L’homme est-il responsable de son sort ?

Une forme de libéralisme estime que le riche est responsable de son succès et le pauvre de son malheur. Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le libéralisme est un conservatisme.

Pour ma part, je pense que le succès est le fait de la société. Mais que l’homme est responsable de ses échecs. C’est-à-dire de ne pas avoir su bien utiliser les ressources sociales.

Cela n’entraîne pas une condamnation de celui qui a failli (sinon par lui-même). En effet, l’environnement dans lequel on se trouve conditionne massivement le type de succès auquel on peut prétendre ; dans certaines situations, les chances de faire mieux que SDF sont quasi nulles ; d’ailleurs qui peut prétendre, a priori, qu’il aurait réussi dans ces circonstances et jeter une première pierre ?

Par conséquent la société doit chercher à égaliser ces conditions de départ, ou, au moins, à s’assurer que sortir, simplement, la tête de l’eau ne demande pas d’être un héros.

Qu’est-ce qui sous-tend cette opinion ? Il est possible que je fasse l’hypothèse fondamentale que notre sort est déterminé, mais qu’il n’est pas efficace de le croire. (Voir Kant, et la science moderne, sur le sujet.)

Choisir un président (2) : Kant et la République

Maintenant, au tour de Kant et de la République. Pour Kant, le régime politique idéal est celui de la République. C’est-à-dire un exécutif qui met en œuvre la volonté générale, représentée par le législatif. Les deux doivent évidemment être séparés. Ça commence mal pour la France.

On peut en déduire quelques critères de sélection curieux :
  • Un exécutif qui exécute sa propre volonté est une dictature. Par conséquent le candidat qui est porté par une idéologie et qui a la capacité de la mettre en oeuvre doit être écarté.
  • L’intérêt général sous-entend la recherche de ce qui unit la nation. Un candidat qui « divise pour régner », ou qui utilise la démagogie (voir ce qu’en pense Aristote) pour disloquer les principes fondateurs du pays, devrait donc être hors jeu.
  • Mais l’exécutif doit aussi avoir la capacité à exécuter. Un exécutif qui ne sait pas se décider est aussi un mauvais choix (on retrouve les idées du billet précédent). 

Cercle du changement

La rédaction de ce blog s’étend. Idée ? Ouvrir ses « colonnes » à des spécialistes d’un type de changement particulier. Comme dans un journal traditionnel, chacun possède sa rubrique. Et, comme Les Inrocks, ou The Economist, ce « journal » a un esprit propre.

Une caractéristique de notre époque est que la pensée est instrumentalisée par l’intérêt. Il n’y a pas, d’ailleurs, que de grandes idéologies globalisantes, fiction du marché porteur du bien général ou autre. Chacun y va de son sophisme, pour remporter une petite victoire, parfois seulement avoir le dernier mot.

Ce blog oppose à tout ceci une autre idéologie, celle de Kant ? : il y a quelque chose qui s’appelle la science, et qui permet de juger sans a priori.
Qu’est-ce que la science ? Avant tout un art de se poser des questions. Ce sont elles qui informent le jugement qui conduit à la décision pratique. Et ces questions à se poser ? Quels sont ceux qui ont cherché à traiter le sujet auparavant, et qu’en ont-ils dit ?
La théorie doit être à l’appui de l’action. Les rédacteurs de ce blog sont ce qu’Edgar Schein appelle des « process consultants ». Comme dans le film, Mon nom est personne, ils cherchent à aider ceux qu’ils rencontrent à avoir le destin qu’ils méritent.
Toutes ceux que j’ai approchés ont accepté mon invitation. Le comité de rédaction de ce blog devrait dépasser la dizaine de personnes dans les prochains mois, le temps que chacun trouve son rythme. Jean Haguet, Hervé Kabla et Dominique Delmas (par ordre d’apparition) ont commencé à publier. Et j’en suis très heureux. 

Et moi, qu’attends-je du cercle du changement ? Une stimulation intellectuelle. Peut-être une nouvelle façon d’écrire des billets ? Qui sait ?, la transformation de ce blog en un vrai média, positif et motivant, qui donne envie de régénérer le monde ! 

Vers la paix perpétuelle de Kant

Les Lumières veulent libérer l’homme – la liberté étant la capacité de penser par soi-même. Pour cela, il doit, en particulier, s’affranchir des croyances, inaccessibles à la raison. Donc de la métaphysique, qui ne peut qu’être vaine spéculation.
Mais les Lumières n’ont-elles pas une métaphysique ? La raison est première. Il existe un Dieu, qui veut « le souverain bien », l’intérêt général. Son existence est démontrée indirectement, par le fait que son inexistence serait inacceptable (le monde serait livré à l’aléatoire). Les Lumières sont la religion de la raison ?
De la résulte un « État de droit », où les actes de l’individu sont guidés par son devoir que lui dicte sa raison.
Cet État est une République, pas une démocratie. La République est un système politique dans lequel le législatif est séparé de l’exécutif. L’exécutif réalise la volonté générale, pas la sienne. Par contre, la démocratie est un despotisme « de tous sur un ».
Qu’est-ce qui nous sépare de la réalisation d’un tel État, en dehors de la métaphysique et de la religion ? Les hommes politiques. Ils prétendent que l’homme est faible, incapable de la discipline que demande la morale. Leurs manœuvres hypocrites rendent impossible son règne.
Mais Kant ne nie pas que son idéal ne soit pas réalisable immédiatement. Cependant, il est possible d’y tendre, sans prendre de risques. C’est cela pour un politique d’être « moral ». Recommandation capitale : le politique doit renoncer à la dissimulation (« une maxime (…) que je ne peux pas divulguer sans faire échouer par là mon propre dessein »). La « publicité », dire à tous ce qui les concernent, joue un rôle central dans le fonctionnement d’un État de droit.
Le cours des événements est favorable au règne du droit et de la paix. (« Problème qui se résout peu à peu et se rapproche de son but ».) En particulier, la guerre, qui pousse les hommes à aller à la rencontre les uns des autres, les cultures nationales, qui réalisent un équilibre des forces entre États et les maintiennent sur le qui-vive, et le commerce pacificateur amènent le monde, inéluctablement, vers une « paix perpétuelle ». Elle verra s’étendre progressivement une alliance entre États, qui se réuniront en une fédération.
Cette paix sera « armée ». C’est la concurrence entre États qui les maintient en éveil. Il en est de même de l’esprit de l’homme libre, qui a besoin des assauts de la croyance pour être stimulé.
Il est possible que la principale transformation nécessaire à la réalisation d’un État de droit soit celle de l’homme qui doit apprendre « à se servir de son entendement ». (Est-ce cela le progrès ?) Ce qui demande « résolution » et « courage ». Cependant cette pensée n’est pas solitaire. L’homme ne peut penser qu’en communauté : la liberté de communiquer est donc essentielle.

Amérique : l’esprit des lois

Qu’est-ce qui fonde la société américaine ? La terreur des guerres idéologiques.

(Les pères fondateurs) étaient inquiets non seulement des guerres de religion en tant que telles, mais surtout des disputes politiques, qui étaient « religieuses » de par leur intensité. Ils voulaient créer un État et un système politique auxquels des gens ayant des idées totalement différentes de la métaphysique et de beaucoup d’autres choses pourraient être d’une loyauté inconditionnelle. The faith (and doubts) of our fathers

Compléments :

  • La critique de la raison pure de Kant est peut être une solution différente à un même problème. Toutes les religions sont fondées sur une idéologie inaccessible à la raison. Dans ces conditions la seule façon de prouver la supériorité de la dite idéologie est de s’étriper en son nom. Les guerres de religion qui ont résulté de ce principe ont dû particulièrement marquer les esprits. 

Europe, Allemagne, crise et raison

Dans la crise de l’euro, l’Allemagne semble tenir tête au monde. Face aux arguments des économistes internationaux, elle répond (La zone euro espère vaincre la défiance des marchés malgré ses divisions – Coulisses de Bruxelles) :

Le patron de la Bundesbank :

selon moi, il est incroyable de penser que l’on peut gagner la confiance de quelqu’un en enfreignant les règles

Le chancelier :

Je suis convaincue que si nous avons la patience et l’endurance nécessaires, si nous ne laissons pas les revers nous abattre, si nous avançons systématiquement vers une union budgétaire et de stabilité, si nous parvenons réellement à réaliser l’union économique et monétaire (…), l’Europe ne surmontera pas seulement cette crise, l’Europe sortira de cette crise plus forte qu’elle n’y est entrée.

Acte de foi ? Le pays de Kant a renoncé à l’usage de la raison ? La presse internationale ne fait pas l’effort d’enquête nécessaire pour comprendre le fond de la pensée allemande ? 

Le paradoxe du libre arbitre

L’homme doit croire au libre arbitre, surtout si c’est une illusion. Je retrouve ce paradoxe, sujet d’un billet récent, dans un texte de Kant, dont c’est une idée centrale.

Comment le résoudre ? Faut-il mentir à l’homme en lui disant qu’il est libre ?

Ce que dit Kant – « le fataliste le plus convaincu (…) doit agir, à chaque fois qu’il est question pour lui de sagesse et de devoir, comme s’il était libre » (Vers la paix perpétuelle et autres textes, Garnier Flammarion 2006) – semble répondre à la question : expliquons à l’individu que le comportement qui est déterminé par l’idée du libre arbitre est optimal. 

Michel Puech

Michel Puech, un philosophe du développement durable (ou « soutenable ») mène une lutte pour la « micro action ». Il faut faire, avec nos moyens limités, ce que nous pensons bien. (Souvenir de Kant ?)

Ce qui doit s’entendre, surtout, comme une critique de notre « micro inaction » : nous faisons ce que notre morale réprouve, parce que nous disons que notre action solitaire ne peut changer le monde. La micro action c’est adopter un comportement éthique, face à l’hypocrisie de la micro inaction.
Certes, mais la micro action peut être tout aussi dangereuse que la micro inaction. Le pacifiste, qui bloque l’usine d’armement durant une guerre, ou le faucheur d’OGM peuvent faire courir de grands dangers aux valeurs qui leur sont chères. Anarchie. Et la micro action est d’ailleurs vite rattrapée par l’hypocrisie.
Je me demande si la micro action ne doit pas être « responsable » au sens RSE du terme, c’est-à-dire ne prendre comme guide que les lois acceptées par la société, en évitant absolument ce que l’on est le seul à trouver bien. Les lois de la société ne se changent pas par l’action, mais par le dialogue, la « dialectique » ?
Compléments :
  • Cette pensée marque-t-elle l’anti pensée 68 : après le droit à l’irresponsabilité, devoir de responsabilité ?

Erreur de Kant ?

Le billet précédent me fait penser que l’impératif catégorique de Kant est erroné.

Il estime que c’est la raison de l’homme qui doit lui dire comment se comporter correctement.

Sa recommandation de prendre des « décisions universelles » conduit tout le monde à faire la même chose, d’où, lors du Tsunami de Noël 2004, une avalanche de dons finalement inutiles.

L’homme ne doit-il pas agir, comme dans l’exemple précédent, en fonction de ce qu’il « sent » que vont faire ses congénères ?

Ce qui est curieux est qu’il me semble que c’est aussi ce que dit Kant, au sujet de l’art : seule l’intuition permet à l’homme d’appréhender ce qui dépasse son entendement. 

Médecine allemande, la victoire de la raison ?

Modèle de régulation négociée allemande :

Les représentants des médecins participent à la négociation du budget consacré aux dépenses de santé, le montant des honoraires est ajusté en fonction de l’activité totale des médecins au sein du budget limité.
(…) Le bon fonctionnement de l’ensemble repose sur un système de représentation des professions médicales légitime, unifié et responsable (autant de qualités qui manquent en France). (PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.)

Dans la foulée du billet précédent, doit-on voir le triomphe de la raison dans le fonctionnement du système de santé allemand, qui s’autorégule ?  (Ce qui n’est peut-être pas surprenant, au pays de Kant ?)
Le système allemand semble un peu plus efficace que le nôtre, il coûte un peu moins cher pour des résultats, peut-être, un peu meilleurs (en termes « d’années potentielles de vie perdues en 2006 »). Mais le système de santé japonais coûte bien moins cher que tous les autres (la moitié de l’américain), et les Japonais ont l’air de bien se porter, longtemps… L’individualisme serait-il mauvais pour la santé ?