Le missile de Kant

Apparemment Kant aurait voulu être le Newton de la morale. D’où ses impératifs.

J’ai lu que lorsqu’un pilote militaire est poursuivi par un missile, il doit débrancher sa raison, qui lui dit qu’il est fichu. Il est alors possible qu’il trouve une issue à la situation.

J’ai aussi noté quelque-chose d’approchant lorsque j’écrivais mon premier livre sur le changement. La systémique mathématique, qui m’avait séduit un instant, décrivait le changement a posteriori, et non a priori. Les mathématiques justifient, mais n’expliquent pas. La conduite du changement est une question d’intuition et de technique.

Je me demande s’il n’y a pas là une loi que n’a pas vue Kant.

Révolution copernicienne

Circuit court, RSE, impact, Web3.0, réseau social… les « éléments de langage » changent de sens.

Exemple : le concept d’entreprise. Il est central. Mais n’a plus le sens GAFA : non le moyen d’affirmation de soi d’un démiurge façon Elon Musk, mais l’Agent de la transformation durable du monde. Une forme d’ONG !

J’entendais une émission sur le « changement copernicien » selon Kant. Le changement copernicien est un changement de point de vue. La Terre au centre, ou le soleil au centre. J’ai l’impression qu’il se passe quelque-chose de semblable : l’individu/business au centre ou la nature au centre. Nouvel humanisme dirait un ami. Yang au Yin, dirait un autre.

Mais le business n’a pas disparu, dans les deux cas, c’est l’alpha et l’omega.

Ce qui me ramène à une autre émission. Son sujet était la transition du poisson au tétrapode. Dans un premier temps le poisson développe des « fonctions » qui l’avantagent en termes de sélection naturelle – dans son milieu. Puis il découvre qu’il peut faire autre chose de ces fonctions.

Ce qui demeure curieux est que dans les deux phases on utilise les mêmes concepts (circuit court, etc.), comme si les deux « systèmes de pensée » tentaient d’exprimer une même réalité, ou de résoudre un même problème… Cela se comprend bien en ce qui concerne le scientifique qui étudie le système solaire. Seulement, dans notre cas, qui concerne la façon dont l’humanité choisit de vivre, il semble que l’on puisse se permettre un peu d’imagination. Passer d’un système à l’autre ne devrait-il pas changer la nature de nos préoccupations collectives ?

J’émets une tentative d’explication :

Le premier système se trouve confronté à des problèmes existentiels. Contradiction interne qui le force à un changement de « principe directeur ». Mais il est toujours confronté aux mêmes problèmes… Comme le poisson, qui développe des membres, il lui faut du temps pour prendre conscience des horizons qu’ouvrent ses nouvelles capacités ?

Pas convaincant ? Aurais-je besoin de réussir un « changement copernicien » ?

(Ps. Les émissions que je cite ici appartiennent à la série In our time de BBC 4. Et la transformation dinosaure / oiseau semble obéir au même mécanisme que le passage du poisson au tétrapode.)

Insociable sociabilité

L’homme est poussé par son égoïsme, alors qu’il n’est rien sans la société. L’égoïsme provoque des conflits, dont les conséquences désastreuses convainquent l’individu de l’utilité de la dite société. Idem pour les Etats. C’est ce que Kant a nommé « insociable sociabilité« , selon Les chemins de la philosophie de France culture.

Que nous devions porter des masques, garder nos distances, penser « circuits courts » et autres, serait-ce une conséquence de ce phénomène ? Un rappel à l’ordre après s’être laissé aller à nos pulsions individualistes ?

(Kant pensait que la raison pouvait nous éviter l’apprentissage du conflit. Pour ma part, il me semble que c’est une raison mal digérée qui nous fait croire que nous, individus, ne dépendons de rien, et que l’on nous doit tout. La nature n’est qu’interdépendances.)

La fin de l’homme

La théorie de la complexité parle d’émergence. Il n’existe pas d’individu isolé. Il y a des groupes d’individus (atomes ou hommes), et ils apparaissent avec les lois qui les régissent (loi de la gravité ou code de la route). Ces lois qui transcendent l’homme sont la « métaphysique » des philosophes.

Je me demande, à la suite d’un billet précédent, si le propre de l’homme n’est pas, justement, de pouvoir entrapercevoir les règles qui le gouvernent. C’est un être semiémergent. (Apparemment, pour Kant, c’était l’artiste qui était le plus humain d’entre-nous.)

Je me demande aussi si, ce qui le menace le plus, n’est pas la complexité qu’il génère lui-même. Travailler, par exemple, a longtemps été une sorte de jeu d’enfant. Aujourd’hui, il faut des tas de diplômes, ce qui disqualifie une grande partie de l’humanité. Ne peut-on pas imaginer une sorte d’étouffement de la capacité émergente de l’homme sous l’emprise de la société ? 

Qui suis-je ?

Une des observations de ce blog est qu’aucune idée n’est innocente. Elle est le reflet d’une vision du monde. Et, si elle est acceptée, elle a la capacité de transformer le monde selon cette vision. Cette idée vient de la systémique. Nous sommes des morceaux de systèmes, et partout où nous nous arrêtons, nous tentons d’installer notre système avec nous.
Quel est mon système ? Une piste m’a été donnée par Hannah Arendt. Pourquoi diable quelqu’un qui me ressemble aussi peu semble-t-il réagir comme moi ? Et si j’avais quelque chose en commun avec elle, et avec les gens qu’elle estimait, notamment Clémenceau, Camuset Kant ?
Je soupçonne que le point commun de tout ce monde est qu’il est sorti du peuple, grâce à l’éducation, mais sans couper ses racines (contrairement à Sartre, qu’Hannah Arendt méprisait). Peut-être que cela le place à égale distance du « collectivisme » de l’intellectuel, qui asservit le peuple par l’idée, et de l’individualiste, parasite social. C’est du moins ainsi que Clémenceau semblait se définir.

Si le système est celui de Kant, c’est peut-être un système « scientifique ». Il considère que le monde est incertain. Qu’il faut être sur le qui-vive (doute). Et que l’union fait la force. C’est un système qui reconnaît qu’il a besoin des autres systèmes. Et, même, que leur « conflit » est une dynamique nécessaire. (Cf. la vision qu’a Kant du fédéralisme.)
A suivre. En tout cas étrange exercice. Lire les autres, pour décoder sa propre pensée. 

L'histoire peut elle avoir une fin ?

Les Anglo-saxons ont proclamé « la fin de l’histoire ». Leur modèle culturel avait gagné pensaient-ils. Au fond, il n’y a rien de nouveau. Beaucoup de religions annoncent leur victoire définitive, et l’arrivée de Dieu sur terre. Hegel et Marx avaient probablement une idée de ce type là en tête. Ainsi que les Nazis. L’utopie doit être une pathologie sociale.

Pour sa part Kant prévoit une fédération mondiale de cultures qui se stimuleraient les unes les autres. C’est plus malin. La terre deviendrait une sorte d’écosystème de cultures, qui se complètent et évitent aux unes et aux autres de croire à la fin de l’histoire ? Mais n’est-ce pas aussi une fin de l’histoire ? Pas forcément. Il me semble que Schumpeter a vu juste quant il a parlé de destruction créatrice. Mais à condition de ne pas la limiter au capitalisme. Nous sommes soumis à des bouleversements permanents. Ils nous demandent de nous adapter. De nous transformer. De ce fait, l’histoire ne peut pas finir. En attendant, il serait bien que l’on se méfie des utopies…

L'homme n'est pas une marchandise

Les géants d’Internet veulent utiliser nos données. Comment éviter qu’ils ne nous volent notre vie ? se demandait une émission de France Culture ce matin. Réponse inattendue : les données personnelles ne doivent pas pouvoir être considérées comme des marchandises.

Si rien de ce qui est humain ne peut être considéré comme une marchandise (ce qui est l’idée de Kant, pour qui l’homme ne peut qu’être une fin), construire la société sur « le modèle du marché », comme nous y encourage la pensée anglo-saxonne depuis des décennies, devient impossible. Parade absolue.

Hannah Arendt

Je me suis interrogé sur Hannah Arendt : haïssait-elle le monde ? Je ne pouvais pas plus me tromper. Sa devise était « amour du monde » ! Hannah Arendt m’a certainement donné une grande leçon. Une leçon qui est peut-être au centre de sa pensée. Mon erreur n’était pas dans l’interprétation de son livre, mais dans celle de ses intentions. Voilà ce qui arrive lorsque l’on est intellectuellement paresseux. La paresse intellectuelle est le mal banal qui nous entraîne sur la pente douce du mal absolu.
Le plus étrange est qu’à mesure que je lisais la vie d’Hannah Arendt, je découvrais qu’elle a écrit ce blog. Apparemment, à probablement pas grand-chose près, nous avons les mêmes obsessions. Toujours est-il que la pensée d’Hannah Arendt est étonnamment explosive. Elle contredit tout le prêt à penser moderne. Elle a révélé à la société de son temps ses petits arrangements coupables. Comme moi, celle-ci a réagi brutalement.

Eichmann et la banalité du mal
Il n’est pas étonnant que les déclarations d’Hannah Arendt sur Eichmann aient été mal reçues ! Ce n’est pas ce qu’elle écrit d’Eichmann qui compte. (Eichmann est un pauvre type qui n’avait pas les capacités de comprendre ce qu’il faisait.) Mais c’est son opinion sur l’attitude de la communauté juive. Hannah Arendt dit d’elle ce que l’on dit de la France : son élite dirigeante a facilité le travail des nazis. Et cela en pensant faire le bien, ou un « moindre mal ». Or cette élite dirige Israël ! Et le procès Eichmann est une manœuvre politique de Ben Gourion, qui par ailleurs a des accords avec l’Allemagne (qui lui livre des armes).
On entre de plein pied dans la théorie d’Hannah Arendt. L’homme est conditionné par sa communauté. Les nazis ont réalisé le mal absolu en détruisant les conditions qui font de l’homme un homme digne de ce nom. C’est pour cela que tous les peuples ont réagi de la même façon à leur influence. Le seul antidote au mal est la pensée et le jugement. C’est à la fois le doute quotidien, le refus du prêt à penser et des bons sentiments. Mais aussi chercher, contrairement à ce qu’a fait le monde d’après guerre, à comprendre pourquoi nous avons basculé dans le mal absolu. Tant que nous ne connaîtrons pas les causes du totalitarisme, il nous menacera.

La société contre le politique
J’avais correctement compris que la grande affaire d’Hannah Arendt est la lutte entre la société et le politique. Le politique doit s’entendre au sens grec du terme. C’est le débat dont émergent les directions que doit suivre la cité. C’est ce débat permanent entre égaux qui fait l’homme. L’homme a donc besoin d’une « pluralité » d’hommes pour se constituer. Il ne peut devenir lui-même que par « l’action » au sein d’une collectivité. Le droit de l’homme premier est donc d’être membre d’une communauté.
L’évolution historique de la société la montre occupée à détruire le politique, afin de faire de l’homme une chose gouvernée par ses besoins physiologiques. Exemples ? La glorification du travail par Marx, travail qui jusque-là était l’apanage des animaux ; l’égalité des femmes, qui si elle ne s’inscrit pas dans un combat politique servira une forme d’asservissement. (Autre exemple : l’attaque récente contre l’Etat et les politiques, au nom du marché ?)

Science du politique
Hannah Arendt voulait établir une science du politique. Je ne sais pas si elle a réussi. En tout cas, voici quelques idées que j’ai retenues.
Comme Kant, et contrairement à Hegel, elle pense qu’il n’y a ni fatalisme, ni détermination. L’histoire n’est pas écrite, c’est l’action quotidienne qui la fait. Comme Kant, elle est contre la raison pure, et pour la raison pratique. Elle oppose la « vérité des faits », à la raison. La raison nous enthousiasme pour des idées abstraites, coupées du sens commun qui se construit par la discussion. C’est au nom de ces idéologies que l’homme détruit l’homme. En revanche, les hommes ou les sociétés possèdent au fond d’eux une richesse qui leur est particulière (par exemple l’idée du politique chez les Grecs ?). C’est elle qu’il faut préserver. C’est l’interaction de ces « richesses » humaines qui permet la créativité du débat politique.
Le totalitarisme commence par une combinaison élite / masse. L’élite pense de manière mécanique. Elle suit une idéologie. La masse, si je comprends bien, diffère du peuple en ce qu’elle est faite d’individus indistincts, il n’y a plus de communautés. Elite et masse ont en commun, donc, de ne pas penser, de ne pas être capables de juger. Juger ne demande ni un haut intellect, ni une connaissance des sciences de la morale. Mais un questionnement systématique, une conversation permanente avec soi-même, et la volonté de prendre des décisions avec lesquelles ont pourra vivre. De manière plus technique, Hannah Arendt pense que juger, c’est se vider (de ses préjugés). On voit alors le bien et le mal, comme on voit le beau et le laid en art. (D’où référence aux travaux de Kant sur l’esthétique.)
L’éducation est un sujet important. De même que chaque action est une renaissance et une réinvention de la société, l’enfant est la source ultime d’innovation. Il ne doit donc pas être endoctriné. Ses différences, sa connaissance de la culture à laquelle il appartient et sa capacité à raisonner doivent être développées (idées de Herder).
La reconnaissance de l’importance du groupe comme condition nécessaire de l’être humain pose un problème curieux. Elle contredit la prééminence des droits de l’homme, puisque ceux-ci sous-entendent que l’individu est une sorte d’électron libre. En outre, pas de droits de l’homme (ou de la femme !) sans communauté pour les faire appliquer. Elle semble dire qu’une société est un assemblage de communautés. Les communautés sont des êtres moraux qui ont leurs droits. Aucune ne doit dominer les autres (comme l’UE, au fond). L’assimilation par une communauté supérieure de communautés subalternes (les Juifs en Allemagne d’avant guerre, les noirs aux USA) doit être combattue.
Autres idées curieuses. L’ambiguïté. Lorsqu’aucune solution proposée n’est satisfaisante (assimilation ou sionisme dans le cas d’Hannah Arendt), il faut naviguer entre les deux. Pensée systémique ? La non-violence, aussi. Hannah Arendt pensait que la violence était une manifestation d’impuissance. Qu’en cas de difficultés, il fallait sonder les ressources de la non-violence en premier.

Hannah Arendt le néoconservatisme et la pensée française
On finit dans l’anecdote. Contrairement à ce que je pensais, Hannah Arendt était anti-neocon. Mouvement dont elle a rencontré les fondateurs en Allemagne (Leo Strauss). Pour elle, les néoconservateurs combattaient le totalitarisme par le totalitarisme. Plus exactement, ils faisaient de la démocratie un concept totalitaire.
Hannah Arendt connaissait très bien la France, pour y avoir vécu. Elle a soutenu Daniel Cohn-Bendit, dont les parents avaient été ses amis. Elle pensait qu’en voulant secouer la rigidité des règles administratives de son université, il avait failli faire tomber un Etat étrangement fragile. Pour elle, le plus grand penseur français était Camus. Quant à Sartre c’était une sorte de néant. Une pensée pseudo hégélienne incohérente, qui s’était raccrochée au Marxisme, avec lequel elle n’avait rien à voir, pour pouvoir dire quelque chose.

Changer la France, sans effort

L’université est-elle le miroir de la France ? Les salaires des enseignants tendent à s’aligner sur ceux de leurs équivalents américains. Or, les écarts sont colossaux. Cette inflation est incompatible avec un enseignement gratuit. Il me semble aussi voir cette même inflation dans l’entreprise. Les salaires des managers supérieurs n’ont-ils pas beaucoup progressé depuis 30 ans ? Alors, et si notre crise actuelle venait d’un conflit entre le modèle social anglo-saxon qui cherche à s’imposer et nos valeurs traditionnelles ?


La grande transformation
Le modèle anglo-saxon ressemble à celui qu’avaient en tête les Allemands d’avant guerre lorsqu’ils parlaient de « civilisation » : des individus liés par des contrats. Un modèle « a social », qui va main dans la main avec l’économie de marché. 
Ce modèle est une utopie : il disloque les structures sociales nécessaires à l’homme. (Même les élites anglo-saxonnes ne se l’appliquent pas.) C’est pour cela qu’il suscite de plus en plus de mouvements de rejet, partout dans le monde.  

Changement à effet de levier
Face à ce changement, nos gouvernants ont réagi par la révolution culturelle. Les noyaux durs de M.Balladur voulaient un capitalisme à l’allemande. Mme Aubry et ses 35h en appelaient au rite des acquis sociaux. M.Sarkozy désirait probablement imposer le modèle anglo-saxon, victorieux, par la méthode Thatcher. Maintenant on rêve du Mittlestand allemand.
Mais avaient-ils bien compris les Chinois ? Les Chinois combattent l’influence étrangère, incompatible avec leur culture, en s’appuyant sur cette dernière, mais en utilisant les armes de la première. (Avec plus ou moins de bonheur.)
C’est une forme d’effet de levier systémique. Faire le contraire de ce que nous faisons. Autrement dit, cesser d’avoir honte d’être français. C’est ainsi que l’on retrouvera la motivation et les ressources de se remettre en piste.

Paix perpétuelle
Ce n’est pas un appel au nationalisme. Pour bien utiliser nos forces, nous devons comprendre les règles du jeu mondial. C’est ce que l’Allemagne de la seconde guerre mondiale n’a pas réussi. Elle a voulu imposer sa culture au monde. Ou, du moins, lui faire une place de choix, par la force. (D’ailleurs, était-ce sa culture, ou une culture fantasmée ?)
Il ne faut pas s’arrêter là. Le rejet du modèle anglo-saxon, confondu avec celui de l’Occident, est lourd de conflits et de repli identitaire. Pour éviter un âge des ténèbres, il faut, probablement, en appeler à la paix perpétuelle de Kant. C’est-à-dire, faire un monde où l’on ne cherche pas à détruire ce qui est différent, mais à s’en enrichir. Pour cela, il faut peut-être arriver à une forme de dialogue entre cultures, en étayant celles qui ont le dessous, et en endiguant les autres.

Albert Camus

Albert Camus n’était pas celui que je croyais.

Il n’était pas existentialiste ! Pour lui l’existentialiste était allemand, alors qu’il aimait les philosophes grecs.

Il n’était pas non plus philosophe, il se voulait artiste. Et l’absurde n’a pas été important pour lui. En fait, c’est peut-être plus sa vie que son œuvre qui est digne d’intérêt. Homme de convictions et de doutes, il a « osé penser », selon la devise de Kant.

Il s’est « révolté », il s’est dressé contre les dogmatismes. Il a cherché une « troisième voie » entre les pensées totalitaires de gauche et de droite. Ce qui lui a valu la haine de l’intelligentsia parisienne et de la presse, qui un moment l’avaient cru l’un des siens. (La droite a cherché à le récupérer, jusque dans la tombe : M.Sarkozy a voulu le transférer au Panthéon !)

Il s’est ainsi permis de critiquer l’Union soviétique, encensée par Sartre, ainsi que le terrorisme et ses victimes innocentes en Algérie, où il désirait qu’il y ait accord entre ses « peuples » européen et musulman (à l’image de ce qui s’est fait par la suite en Afrique du sud).

Il a aussi été le premier à s’inquiéter de la bombe atomique (immédiatement après Hiroshima), et n’a jamais oublié les Républicains espagnols victimes de Franco.

Algérien, venu du peuple le plus pauvre (père mort à la guerre de quatorze, mère servante et quasi handicapée mentale), souffrant toute sa vie de tuberculose, remarqué par un instituteur qui lui a permis de poursuivre ses études, résistant… il est resté fidèle à ses origines. Il a préféré sa mère à la justice : les hommes, les petits, à des concepts abstraits, qui n’ont peut-être que pour seul usage de les asservir.

TODD, Olivier, Camus, une vie, Folio, 1996.