Jean-François Kahn

Je découvre, à titre posthume, que Jean-François Kahn aurait bien pu être mon idéal de journalisme : informer et donner à penser. C’est ce que me semblent avoir réussi ses publications, si je comprends bien. En plus, il a été capable d’un véritable reportage d’enquête, mettant au jour, par exemple, les scandales du Rainbow Warrior ou du sang contaminé, alors qu’il semble que seuls les Anglo-saxons sachent le faire. Mieux, avec les Nouvelles littéraires, il avait inventé l’équivalent français de Rolling Stone : aborder les questions de société par le biais de la culture.

Et, finalement, il a compris très tôt que les partis politiques traditionnels s’engageaient dans l’impasse dans laquelle nous sommes actuellement.

Fait surprenant, il semble s’être mis tout le monde à dos. Non seulement Le Monde et le Figaro, mais aussi les banques et les fabricants de papier qui ne voulaient pas de lui comme client !

Phénomène mystérieux, il semble qu’en France il y ait des choses que l’on n’ait pas le droit de dire, et ce même si apparemment elles sont dans l’intérêt général. Et que la censure soit du type de celle des pays totalitaires : les citoyens en prennent l’initiative sans avoir besoin de recevoir d’ordre… Voilà qui mériterait une enquête ?

JFK

Décès de Jean-François Kahn.

Il appartenait à mon « vernis culturel ». Mais je ne crois pas avoir lu quoi que ce soit de lui. Je ne suis pas de mon temps.

Curieusement, il semblait dire des choses intéressantes.

J’ai eu plusieurs découvertes de cet ordre ces derniers temps : des personnes à la fois célèbres, mais qui ne semblent pas avoir d’influence sur la pensée officiellement acceptée.

Il semble que les idées qui font autorité soient le fait d’un « microcosme ». Il nous fait croire qu’il est la voix du consensus. Que l’on ne peut exprimer d’opinion contraire à la sienne sous peine d’autodafé.

Comment y parvient-il ? Mystère.

Civilisation de l’argent

Discussion avec une petite cousine (13 ans). Elle ne comprend pas pourquoi elle doit travailler sans être payée. Ce qui me frappe parce qu’un ami me disait il y a peu que son fils mettait ses mauvaises notes au compte de son absence de rémunération.

Mon père avait toute sa vie été infiniment reconnaissant à l’éducation nationale de lui avoir évité d’être un paysan corrézien, grâce à ses résultats exceptionnels au certificat d’études. Je me souviens aussi de Raymond Poulidor, un autre bon élève, qui racontait avoir pleuré lorsqu’il avait dû quitter l’école, après le dit certificat.

Et, en ces temps reculés, l’éducation signifiait l’accès au savoir qui permet de ne pas se laisser embobiner par ceux qui ont l’intérêt de nous asservir.

J’aurais du mal à expliquer ce qui s’est passé. Mais il est fascinant de constater que l’on peut s’endormir dans un monde et se réveiller, sans avoir rien vu arriver, dans un autre tout différent.

Ce qui est aussi curieux, c’est que les dits mondes semblent obéir à un petit nombre de modèles. Nous suivons avec une ou deux décennies de retard le modèle néo libéral, modèle qui était déjà présent dans l’Angleterre de la révolution industrielle : argent, individualisme, classes… D’ailleurs les théories économiques du 19ème, que Galbraith croyait définitivement ridiculisées, ont ré émergé, triomphales.

Ce qui est encore plus curieux, c’est qu’alors que nous y basculons, les Anglo-saxons, eux, voient la France comme un paradis perdu. J’entendais ce matin Axel Kahn dire que Gordon Brown jouait sa ré élection sur une sorte de copie du modèle français ; de même, aux USA, notre popularité est au plus haut…

Compléments :

Web2.0 et France d’en bas

De temps à autres, je lis les commentaires qui sont faits sur les films d’Allociné, ou qui suivent des articles ou des billets de blogs de journalistes, en France. J’y vois une communauté de points de vue.

  1. Qu’il s’agisse de films ou de stratégie de constructeurs automobiles, le propos est riche et intéressant. C’est l’effet Wikipedia : l’information est bien meilleure que celle qu’apporte le journaliste ou le critique. En fait, elle vient de l’intérieur, elle ne s’appuie pas sur telle ou telle théorie, ou idée reçue : qu’il s’agisse d’un technicien ou d’un spectateur, il parle de ce qu’il connaît, du marché et du métier de l’automobile ou de ses sentiments.
  2. On en veut à l’élite française, réalisateurs ou critique « bobo », ou top management qui ressemble comme un frère au dirigeant financier américain (méconnaissance complète du métier de l’entreprise, vision comptable à court terme, zéro pointé en stratégie).

Je ne sais pas quelle est la représentativité de ces opinions, mais elles semblent indiquer qu’une partie de la France, plutôt cultivée, s’indigne de ses classes dirigeantes et du lavage de cerveau auquel elle est soumise. Cela rejoint d’ailleurs ce que disait Jean-François Kahn ce matin : il trouvait invraisemblable que l’intégralité des médias ait appelé à voter oui au dernier référendum européen, alors que 55% des Français ont voté non.

Il est tentant de voir derrière ces observations le modèle que Galbraith prête à l’économie, légèrement aménagé : une petite élite appuyée sur des moyens de propagande qui cherchent à courber l’opinion à ses intérêts.

Cette propagande ne serait pas totalement efficace : il existerait une opposition, majoritaire ?, mais surtout silencieuse, qui arriverait par moment à se mobiliser (le référendum). Et qui, d’ailleurs, le fait peut-être de manière négative, en n’achetant pas les journaux, en ne fréquentant pas les films français intello ou en ne participant pas aux élections.

C’est probablement l’idée qu’a Jean-François Kahn : il pense que la France ne veut pas d’une « alternance », mais d’une « alternative ». Gauche et droite représentent, à quelques subtilités près, de mêmes idées. Il faut renouveler tout cela, et peut-être demander son aide à la France du placard.

Motivation de Maslow

Un article d’Annie Kahn illustre la théorie sur la motivation humaine, de Maslow :

  • L’article commence mal, il reprend la thèse anglo-saxonne, selon laquelle la France, du fait de ses rigidités, sortira après tout le monde de la crise (ou, comme d’habitude, au moment de la prochaine crise ?). De manière inattendue, il conclut qu’il n’y a rien de certain « « La France passe son temps à nous étonner », ajoute le professeur Garelli. »
  • Maslow dit que le sommet de la motivation humaine est « l’auto-réalisation », la transformation de son identité en ce qu’elle doit être. Or, l’identité de l’homme est liée à celle du groupe auquel il appartient. Au début de l’article, ma nationalité était un fardeau ; à la fin, j’aurais presque pu dire que j’étais français, à l’étranger.

Voilà un truc pour dirigeant : rendez vos employés fiers de leur entreprise, ils feront des miracles.

Compléments :

  • La nécessité pour l’homme de réalisation sociale : A lire absolument.
  • MASLOW, Abraham Harold, Motivation and Personality, HarperCollins Publishers, 3ème edition,1987.