Le problème avec les dictateurs

Samedi, j’entendais parler de Sadam Hussein. En sous-main, il aurait encouragé certains courants extrémistes, ennemis de ses ennemis. On les retrouverait aujourd’hui.

C’est curieux. C’est aussi vrai de Bashar el Assad, qui a relâché les pires fanatiques de ses geôles, de façon à apparaître comme un rempart face au chaos. Et il en était peut-être de même avec M. Kadhafi. Il semblait penser que l’Occident ne prendrait pas le risque de le liquider, puisqu’il contenait Al Qaeda.

Les changements que l’Occident a tentés en Orient ont raté. Que ce soit le dictateur, la démocratie (parfois par la force, comme en Iraq) ou les bombes (qui se préparent). Et s’il était temps de se demander s’il n’y a pas d’autres solutions, un peu moins théoriques, qui tiennent compte de la nature des cultures concernées ?

Sarkozy et Kadhafi

On dit maintenant que Kadhafi a discuté avec les proches de Sarkozy d’un financement de la précédente campagne de notre président. (Financement de sa campagne de 2007 par Kadhafi : une diversion, pour Sarkozy)


Si c’est le cas, ce n’est pas très joli. Surtout parce que cela signifierait qu’après lui avoir demandé de l’aide, avoir voulu lui vendre des Rafale et des centrales nucléaires, M.Sarkozy a déclaré une guerre à M.Kadhafi, guerre dont ce dernier est mort. Rien ne compterait-il pour M.Sarkozy, que ses intérêts ?
Vrai ou faux, le danger n’est pas là.
Je lis actuellement un passage sur l’histoire Stavisky. Cette affaire a été exploitée par la droite de l’époque (et le Parti communiste) pour tenter de renverser la troisième République, au motif qu’elle était pourrie. Le régime politique a chancelé, et pourtant il avait l’appui d’une majorité de Français, et il y a eu des morts. Or, un seul homme politique notable était compromis. Les autres étaient parfaitement honnêtes, quoi que médiocres.
Il n’est jamais bon, en période de crise, d’avoir des hommes politiques qui prêtent au doute. 

Irresponsabilité, moteur de l’économie ?

Anne Lauvergeon expliquait il y a quelques temps qu’elle a dû se livrer à un exercice contre nature, à savoir s’opposer à N.Sarkozy, qui voulait vendre des centrales nucléaires à M.Kadhafi. Ce qui sous-entend, qu’il est normal que l’entreprise soit irresponsable.

À vrai dire, c’est une idée habituelle dans le monde anglo-saxon. Sa justification étant que du mal nait le bien, suivant la théorie de la main invisible d’Adam Smith.
Je me demande parfois si l’irresponsabilité n’est pas une « innovation », c’est-à-dire un moyen élégant de gagner de l’argent. 
  • En effet, être responsable coûte cher. Par conséquent, si l’entreprise se décharge de ce coût sur la société, elle doit gagner plus que ce qu’elle devrait.
  • En outre, il n’y a probablement pas beaucoup de risques à être irresponsable : si l’entreprise met en danger la société, cette-ci devant se sauver, tirera d’affaire le coupable par la même occasion. 

N.Sarkozy employé par Bouygues ?

On dit que M.Sarkozy aimerait gagner beaucoup d’argent en travaillant pour le secteur privé. Je me demandais qui pourrait l’embaucher. Peut-être une société de conseil comme dans le cas de M.Breton ? En fait, d’après Mme Lauvergeon, il pourrait rejoindre Bouygues. (Anne Lauvergeon atomise Nicolas Sarkozy et Henri Proglio– Le Monde)

Peut-être dans une fonction commerciale : n’a-t-il pas joué les commis voyageurs de la France ? Apparemment, il aurait même voulu vendre des centrales nucléaires à M.Kadhafi. 

Libye : ça commence maintenant ?

Le Colonel Kadhafi semble mal parti. Il va falloir peut-être se demander ce qu’il faut faire maintenant.

Enseignements du passé récent :
  • L’Égypte semble avoir  des difficultés à réussir sa révolution. Or sa culture est bien plus solide que la libyenne (et ses infrastructures n’ont pas été touchées). Risque de chaos ? N’est-ce pas aussi l’enseignement de la décolonisation ?
  • Afghanistan : pour avoir voulu aller trop vite, les USA ont enlisé l’OTAN dans une guerre interminable et qui va probablement se terminer en une plus ou moins grande déroute.
Comment aider la Libye à éviter l’anarchie ? En tout cas, il semble judicieux de remplacer notre investissement militaire par un investissement civil. D’autant que, plus il y aura de pays stables et démocratiques, plus la pression sera forte sur ceux qui ne le sont pas (Syrie), pour le devenir… (Et inversement…)

Lybie : comment ça va se terminer ?

Difficile de savoir comment l’affaire libyenne peut s’achever.
  • La coalition va-t-elle parvenir à s’organiser sans se disloquer ? Ses moyens aériens vont-ils être capables d’aider les rebelles ?…
  • Cependant, il semblerait que le temps joue pour Kadhafi, si sa position n’est pas minée par des défections et s’il arrive à maintenir au moins match nul, il aurait les moyens de faire durer la situation. Et l’Algérie serait prête à le réarmer.
  • Alors faut-il aider le sort, en éliminant le colonel ? (Into the unknown)

Compléments :
  • « cette semaine, les Rafale qui survolaient la Lybie étaient ceux que les Français ont récemment essayé de vendre à Mouammar Kadhafi ». Un avertissement au Brésil ?

Obama le Chinois ?

Dans son traitement de l’affaire libyenne, B.Obama démontre qu’il n’est pas George Bush
Les USA n’interviennent plus que si on le leur demande avec insistance. (The Obama doctrine: The limits to American power). Et même lorsqu’ils assurent le gros des frappes, ils prétendent n’être qu’un participant modeste.
Et c’est peut-être une bonne idée. Si l’Irak, notamment, leur a coûté si cher, c’est parce qu’aucun de ses voisins ne voulait d’eux. Dans le cas libyen, le colonel Kadhafi n’a pas d’ami, ce qui devrait singulièrement faciliter leur tâche. (It takes a village to support a military intervention)
Obama serait-il un peu chinois ?

la notion qui, dans la pensée chinoise (…) occupe une place comparable à notre raison, héritière du logos grec (…) est désignée par un caractère qui s’écrit avec la clef de jade et qui se prononce li. Ce caractère li nous enseigne qu’il y a lieu avant de travailler le jade, de scruter ses veines afin de ne pas risquer de le casser. Il ne s’agit donc pas tant de partager et de calculer que d’observer le cours des choses afin d’agir en fonction de lui plutôt que de s’y heurter. (…) la forme la plus élevée de l’action se fonde dès lors sur une observation à ce point fine et efficace qu’elle ne demande pratiquement aucun effort, son idéal étant de parvenir au plus près du non agir (wuwei) (Kamenarovic, Ivan, La Chine classique, Les Belles Lettres, 2002.)