Blog courageux ?

Hervé Kabla, dans sa revue des blogs d’entreprise, parle du blog de Françoise Gri, PDG de Manpower France.

Françoise Gri est un grand patron qui semble s’adresser à nous comme si nous étions des êtres humains, pas des benêts qu’il faut abreuver de sottises lénifiantes.

On lit dans son blog que l’intérim va vraiment très mal, mais que, contrairement à ses concurrents, elle ne réduit pas ses effectifs. Elle semble ne pas croire que ce soit justifié.

Être courageux, serait-il aussi économiquement habile ? Signal envoyé à l’économie française : ne soyez pas tétanisés (donc faites appels aux services de l’intérim) ? Moyen puissant de publicité, à un moment où l’on n’entend que des mauvaises nouvelles, et où l’intérim a mauvaise presse ?…

Relation client

Que révèle la qualité du service client d’un fournisseur ?

Hervé Kabla a vécu une expérience kafkaïenne avec le service client d’Asus (Support Asus: insupportable!). Un commentaire lui répond que le service client d’Apple est exceptionnel.

Il n’en faut pas beaucoup pour connaître la nature de la culture d’une entreprise. Le premier contact en dit long :

  • Il est possible qu’Apple pense que l’homme est important, qu’il soit client ou employé. Peut être même qu’il l’apprécie, le trouve digne d’intérêt. C’est probablement pour cela qu’il conçoit des produits aussi intelligents : il a compris ce qu’attendait l’utilisateur.
  • Asus est sans doute une entreprise qui ne voit pas plus loin que la technique et les coûts de production. Le reste ne compte pas. Une telle entreprise peut-elle être durable ?

Blogger : pour une fin digne

Finir sa vie avec élégance, et même faire de sa fin le symbole de sa vie, a été une préoccupation des élites des grandes civilisations passées. On avait un peu oublié cette préoccupation. J’en suis un exemple : mon travail sur le changement refuse obstinément d’envisager la fin de l’entreprise. Et pourtant, en période de crise, qui sait s’il verra l’aube suivante ?

Heureusement, Hervé Kabla rappelle cette tradition (anxiété de survie) et explique comment la respecter (anxiété d’apprentissage). Quelques bonnes pratiques : Rédiger son dernier billet sur un blog d’entreprise.

Complément :
  • La tradition grecque a fait de la fin des philosophes le symbole de leur vie (JERPHAGNON, Lucien, Histoire de la pensée, tome 1, Tallandier, 1989). En particulier pour Socrate, dont le procès est à l’image de son combat, ses trois accusateurs représentant les trois maux de la cité (CHÂTELET, François, Platon, Gallimard, 1965).

Presse d’opinion

Poursuite de ma réflexion sur la presse (Mal de la presse).

J’ai dit que nous avons une presse d’opinion. Elle veut nous dicter notre pensée. Elle obéit à des principes que l’on ne discute pas. Les journaux américains étaient massivement pour Obama ; lors du referendum européen, la presse était unanimement favorable au oui… Au moins, à l’époque de l’affaire Dreyfus, la presse était-elle divisée.

Lundi soir je suis passé à côté d’un petit groupe de manifestants du côté des Halles, j’ai cru comprendre qu’il ne s’agissait pas de dénoncer les violences de l’Armée israélienne, mais d’une attaque systématique contre Israël, depuis sa création, et même contre le grand Rabbin de France… Je ne suis pas loin de penser qu’Hervé Kabla a raison lorsqu’il dit que la presse « attise les haines ».

Qu’aurait-elle dû faire ?

  • Offrir l’image de la division. Au moins, certains n’auraient pas eu la certitude que l’affaire était jugée.
  • Mais pas de l’impuissance. Une fois de plus, la presse s’est déchaînée, sans que son acharnement ne paie. Demain on n’entendra plus parler de Gaza. Bientôt la presse n’aura plus aucune crédibilité. Notre démocratie y aura-t-elle gagné ?
  • Avant de donner une opinion, la presse doit enquêter à charge et à décharge, et nous informer de ses découvertes. Elle ne doit pas se contenter de désigner des coupables. Elle doit apprendre à proposer des démarches pratiques que les adversaires puissent mettre en œuvre. Elle doit livrer un combat qu’elle puisse gagner, même avec une faible probabilité.

Quel est le rôle de la presse ? Nous donner ce dont nous avons besoin pour nous faire une opinion.

Ça ne signifie pas qu’elle ne doive pas avoir d’opinion. Mais que son opinion stimule notre réflexion, qu’elle ne veuille pas la tuer. La presse, dans son ensemble, doit donner le spectacle du conflit d’idées qui provoque le débat, fondement du processus démocratique. 

Israël et la Palestine

Hervé Kabla, qui est en Israël, est perplexe quand aux raisons de l’offensive de l’armée israélienne en cours.

J’avais entendu qu’elle s’expliquait ainsi : l’on s’approchait d’élections et le parti politique qui ne serait pas favorable à la guerre les perdrait certainement. Je m’étais fait quelques vagues réflexions sur les complexités du fonctionnement d’une démocratie.

Hervé estime 1) qu’il n’y a rien de nouveau dans les tirs de roquettes sur Israël, l’explication de l’offensive ; 2) que le parti travailliste, au pouvoir, n’a rien à gagner de cette guerre, puisqu’elle mécontentera son électorat arabe. En outre, l’offensive est à la fois bien préparée (Israël s’est assurée de l’appui de l’Egypte), sans l’être : l’armée israélienne menace d’une attaque au sol, mais ne semble pas avoir le type de troupe nécessaire à ce genre d’opérations. En attendant, elle mobilise ses réservistes.

Difficile de dire quoi que ce soit d’intelligent sur ce conflit…

  1. Il n’y a pas de guerre des civilisations comme pensait pouvoir l’affirmer le très dangereux Huntington (Mort d’Huntington). Les cultures s’adaptent les unes aux autres. Si on leur en laisse le temps, elles copient ce qui semble réussir ailleurs. Je ne vois pas de raison pour qu’il n’y ait pas de paix au proche orient.
  2. Mon intuition me faisait regarder avec suspicion Israël. Peut-on, avec raison, utiliser massivement la force contre un ennemi sous équipé ? Cela ne fait-il pas une victime de cet ennemi ? Dans la dernière guerre du Liban, Israël n’a-t-il pas cru, comme l’Amérique de la deuxième guerre d’Irak, que l’on pouvait imposer son modèle du monde par la force ? La population palestinienne ne vit-elle pas dans des conditions effroyables, d’où sa colère ? Je me demande si je ne me suis pas trompé, une fois de plus. Je suis passé à côté de l’essentiel. Eu égard aux règles de notre monde, beaucoup de choses sont compréhensibles, mais une est inadmissible : qu’une culture veuille la mort d’une autre. Je ne pense pas que ce soit le cas d’Israël vis-à-vis de ses voisins. Qu’en est-il de quelques élites dirigeantes palestiniennes et iraniennes ? Tant qu’elles n’auront pas changé d’avis, il sera difficile de faire porter tous les torts aux représailles israéliennes, et d’arriver à une paix. Lorsque l’on veut la mort de quelqu’un, on peut s’attendre à ce qu’il essaie de vous tuer. Ça ne choquait pas nos ancêtres les barbares.
  3. Il y a un moyen de mettre de l’ordre dans la perplexité d’Hervé Kabla : expliquer l’offensive israélienne comme un bluff. Mais, alors, la menace déterminée de l’usage de la force peut-elle produire un changement d’opinion ? Peut-elle amener les protagonistes à émettre des exigences qui ne soient pas inacceptables par l’autre parti ? Le monde palestinien est-il suffisamment constitué pour que qui que ce soit puisse s’engager pour lui, sans être trahi par telle ou telle faction ? D’ailleurs peut-il y avoir changement de cap sans un intermédiaire qui recueille ce que les uns et les autres ne peuvent pas se dire ? L’Amérique ne pouvant pas jouer ce rôle à court terme, Israël compterait-il sur une Europe qui n’a jamais fait ses preuves dans ce type de situations ?… En tout cas, j’espère que c’est le bon moment pour une médiation…

Demi-millier

500 billets, et question à chaque centaine : qu’ai-je appris ?

La forme des billets s’est stabilisée. Elle est le fruit du hasard.

  • Le style du billet est une adaptation au langage des blogs du style que j’utilise dans mes livres. Il paraît qu’on m’y entend parler. Ce qui est, effectivement, ce que j’ai cherché à faire (avec beaucoup de difficultés !).
  • Chaque billet se termine par des « compléments », une annexe où je donne les quelques références qui justifient mon propos. Originellement ces compléments (qui ont porté plusieurs noms), avaient pour but d’attirer l’attention du lecteur sur d’anciens billets. Depuis j’ai trouvé le moyen de faire ressortir, à la fin de chaque billet, les billets qui portaient sur les mêmes libellés. Cependant, j’ai conservé mon annexe. C’est probablement la partie la plus pénible de la rédaction mais 1) elle rappelle la forme de mes livres 2) elle me force à faire des révisions, et à éviter de trop me répéter ou d’oublier un développement intéressant 3) elle semble lue.
  • Mes chroniques de film doivent à une remarque d’Hervé Kabla le lien hypertexte entre photo d’affiche et site d’Allociné. Bonne idée : ça me fait de grandes photos qui donnent un peu de couleur au blog. Pour les autres articles, je ne sais pas trop comment les illustrer. Et merci à Jean-Pierre Bove pour ses bandes dessinées.  
  • La dimension du billet vient d’une remarque de Vincent Giolito, qui trouvait mes billets initiaux trop longs. En fait, récemment, je suis revenu à des billets un peu plus bavards : c’est ceux que je préfère écrire. Pour ces billets, j’ai emprunté une idée de Nicolas Dasriaux de Neoxia : les intertitres.
  • D’une certaine manière la forme de mes billets reflète le changement de stratégie que j’ai expliquée à la précédente centaine. Au début de la vie de ce blog, j’ai caressé l’espoir qu’il soit lu par (relativement) beaucoup de monde. D’où un contenu qui devait être attrayant. C’est pour cela que j’ai un moment mis en bleu certains passages importants. L’introduction, elle aussi en bleu (parfois un résumé, parfois une accroche), vient d’une remarque de François Hauser qui avait noté que la première ligne de mes billets apparaissait sur Plaxo. Il fallait que cette première ligne donne envie de lire le billet, me suis-je dis.
  • Depuis, j’ai abandonné Plaxo, et je me suis rendu compte que je ne me reconnaissais pas dans ce que cherchaient les visiteurs occasionnels du blog. En outre, contrairement à ce que je croyais, le sujet du changement n’est pas un sujet qui intéresse le grand public français. Les journalistes y sont totalement imperméables ; et l’entreprise et ses problèmes ne font encore qu’effleurer la conscience collective. Il faudrait que j’écrive en Anglais. Mais parler Français est un des plaisirs que me procure ce blog… J’ai compris que je l’écris pour une petite communauté de gens que je rencontre régulièrement. Une amie de Dominique Delmas, qui fait le tour du monde en voilier, utilise un blog pour informer ses proches de ses aventures. Le moyen est plus efficace que la lettre. Finalement mon blog a pris cette forme : il conte mes aventures à mes amis.

Un problème que je n’ai pas totalement résolu est le temps que me prend ce blog. Certes j’écris vite (il semble même que je donne des complexes à des journalistes professionnels, pour qui rédiger un billet par jour est un calvaire !). Mais j’ai beaucoup d’autres choses à faire. La difficulté vient du processus que suit la rédaction d’un billet. Il faut parcourir des sources d’idées (journaux, blogs, radio…), puis laisser décanter, puis rédiger. Malheureusement, d’une idée en surgit une autre, et alors il y a grand danger qu’une grosse partie de la journée se passe à écrire… J’ai sacrifié à ce blog le 4ème livre auquel je voulais consacrer été et Noël. Pas facile aussi de trouver le temps de lire autre chose que des articles dans ces conditions.

Les matheux à la lanterne

Denis Guedj dénonce le dévoiement des mathématiques par la finance (Ces mathématiques vendues aux financiers). Un article, brillant, repéré par Hervé Kabla (Denis Gudej n’aime pas les maths financières).

Il se trouve qu’il parle de l’université Paris-Dauphine (« succursale de Wall street »), et que je me trouvais dans cette université il y a peu. D’après ce que j’ai cru comprendre, les financiers n’y pavoisent plus. Plus de débouchés, plus d’élèves. Et les enseignants protestent de leur honnêteté. Va-t-on découvrir qu’ils furent des résistants de l’ombre ? Denis Guedj tire-t-il sur un corbillard ?

Plutôt que de dénoncer des coupables, pourquoi ne pas se demander ce qui est arrivé et comment ne pas recommencer ?

Pourquoi des centaines de milliers de gamins ont-ils brutalement cru qu’ils étaient des génies, simplement parce qu’ils avaient fait des études scientifiques ? (ça faisait beaucoup de génies d’un coup !) Pourquoi ont-ils cru que leurs modèles prédisaient l’avenir, alors que la science dit que c’est impossible (et que les génies patentés se sont trompés plusieurs fois dans leur vie) ? Pourquoi n’ont-ils pas eu la rigueur scientifique de reconnaître leurs erreurs quand elles sont devenues évidentes, pourquoi, finalement, ont-ils triché pour couvrir leur débâcle ?

Bug dans notre enseignement scientifique ? Il enseigne un positivisme béat et ringard ? Il oublie l’essence de la science : l’humilité ? Et surtout il oublie de nous dire que l’homme est stupide sans l’aide de la société ? Que le génie ça n’existe pas ?

Complément :

Le crépuscule des blogs

Pour The Economist (Oh, grow up) le blog entre dans le rang.

Ses applications premières – chacun confiant ses impressions à Internet – sont condamnées. Remplacées par Facebook ou par le microblogging, et par la concurrence des blogs de journaux, contre les moyens desquels l’isolé ne peut lutter. Le principal marché du blog est l’entreprise. Bonne nouvelle pour Hervé Kabla.

Je continue à trouver mon blog utile : ça me force à formaliser des idées que j’aurais laissé s’évaporer, et ça alimente les conversations entre amis !

La fin du Web 2.0

Hervé Kabla et Olivier Ezratty (dernier et futur invités du Club Télécom) débattent de la fin du Web 2.0 (Le web 2.0 est-il vraiment mort? J’en doute.)

Surprenant : je venais juste de découvrir le Web 2.0 qu’il disparaît. Les bulles deviennent discrètes ? Ou je deviens sourd.

Sur les malheurs de Facebook : Facebook Moskovitz’s departure means egg on the face.
19 novembre : Google, Microsoft et Olivier Ezratty

L’intellectuel, fondamentaliste de la raison

Les commentaires d’Hervé Kabla sur Neocon et mes observations sur les économistes américains me rappellent quelqu’un qui a marqué l’histoire : l’intellectuel. Portrait d’un fléau moderne.
  • Tocqueville n’en pensait pas grand bien. L’intellectuel croit trouver la vérité dans sa pensée, ou dans ses équations. Il n’a aucune hésitation à risquer notre vie pour ses idées. La guerre d’Irak est un élément de la liste interminable de ses méfaits. À lui s’applique ce que disent les religions des sectes : leur erreur est de croire qu’elles ont trouvé la vérité.
  • Bizarrement, la croyance en l’existence d’une vérité accessible à l’esprit humain a été trahie par ce qui aurait dû la justifier : la Mécanique classique. À la fin du 19ème siècle Poincaré a étudié le problème des trois corps. Résultat ? Pour savoir si, par exemple, Mercure ne va pas être éjecté du système solaire, il faut connaître la position des planètes avec une infinie précision. Début de la théorie du chaos : un écart microscopique peut avoir un effet macroscopique.
  • Pas besoin de faire appel à la météo pour en voir des manifestations. Vous réformez la Russie, brutalement des phénomènes inattendus surviennent. Des forces ignorées se réveillent. Le pays éclate, une mafia apparaît… Vous déréglementez l’énergie californienne, vos fournisseurs utilisent les failles du marché pour vous ruiner (et plongent votre Etat dans le noir). Vous réorganisez votre entreprise en unités indépendantes, leurs luttes paralysent son fonctionnement… Le changement c’est le chaos !
  • C’est pourquoi la science du changement est le contrôle : c’est se donner les moyens d’intervenir quand un phénomène imprévu menace de déstabiliser l’édifice. C’est pourquoi le « deleveraging » de l’économie va demander de la vigilance.
Compléments :
  • PETERSON, Ivars, Le chaos dans le système solaire, Pour la Science, 1995.
  • EKELAND, Ivar, Le chaos, Flammarion, 2002.
  • Sur la Russie : Changement en Russie.
  • Sur la Californie : voir l’article que Wikipedia anglais consacre au sujet de la déréglementation de son énergie.
  • Sur le deleveraging de l’économie : Meilleure stratégie ? Serrer les fesses.
  • TOCQUEVILLE (de), Alexis, L’Ancien Régime et la Révolution, Flammarion, 1985.