Alexandre Soljenitsyne

Hervé Kabla a retrouvé un discours de Soljenitsyne aux élèves de Harvard, une critique bienvenue de notre civilisation dit-il. Je crois qu’Hervé est un homme qui ne voit que le bien ; et que je ne vois que le mal.

Ce discours, « le déclin du courage » me semble avoir deux aspects.

  1. La critique de l’Occident, ce qu’Hervé a retenu. Hommes politiques lâches, or il n’y a que l’élite qui compte, peuple matérialiste et veule perverti par le confort. Droits de l’homme, outils de manipulation ; légal qui étouffe le légitime ; presse, voix de la médiocrité et de la mode qui censure le génie et la pensée… « Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. »
  2. La vision du monde de Soljenitsyne. Une poignée d’êtres d’exception, qui savent ce qui est bien. Un peuple de larves dont le droit « est de ne pas savoir » : « Une personne qui mène une vie pleine de travail et de sens n’a absolument pas besoin de ce flot pesant et incessant d’information ». L’humanité doit annuler l’erreur commise à la Renaissance, et revenir à un Moyen-âge « d’embrasement spirituel ».

Ce qui m’inquiète dans ce texte est qu’il reprend les critiques que l’on entend de partout sur l’Occident. Et que nous reprenons facilement à notre compte, sans en comprendre les conséquences. Mais qu’a-t-on à nous proposer en échange ? Le Moyen-âge de brutes et de boue d’Andreï Roublev ? Tout n’est pas parfait chez nous, mais est-ce la faute de nos idéaux, auxquels Soljenitsyne s’en prend, ou de leur mise en œuvre ? N’est-il pas encore temps de la corriger ? La science n’a-t-elle pas été précédée par les charlatans de Molière ?

D’ailleurs notre monde n’est-il que matérialisme lâche ? N’avons-nous pas toujours de nobles idéaux, qui comptent plus que nôtre vie et que les biens matériels ? Et notre force n’est-elle pas d’avoir un peuple qui est contraint de penser, parce qu’il ne peut faire confiance à ses élites ?

Quand au « déclin du courage », je ne sais pas dans quel camp il est. Le valeureux Soljenitsyne a peur de la « pornographie » et même de la « musique » occidentales. Quant au débat démocratique et à la bataille des idées, il n’a aucun goût pour les affronter.

N.Sarkozy dernier des libéraux?

Une curieuse pensée m’est venue en lisant Poudre de Berlin pinpin d’Hervé Kabla :

D’après ce que j’ai cru entendre N.Sarkozy aurait été au pied du mur de Berlin quand il est tombé. Beaucoup en doutent (l’événement a surpris jusqu’à H.Kohl). Ce n’est pas cela qui me frappe, mais l’importance que M.Sarkozy donne à cette chute.

En ce temps, égoïstement, je pensais déjà que notre problème était les crises successives que nous rencontrions, la médiocrité des relations de travail auquel je n’étais pas préparé, et, plus généralement, l’absence de quelque chose qui puisse faire croire à un avenir radieux. La fin du communisme n’apportait pas de solution.

Ce que l’on a du mal à imaginer en Europe, c’est que les libéraux américains, et Nicolas Sarkozy ?, ont vu là un moment unique de l’histoire mondiale : la défaite du mal, la promesse de l’arrivée du Christ sur terre, et du millénaire de bonheur qui doit le suivre, comme chacun sait.

Le comportement de M.Sarkozy me fait m’interroger : serait-il le dernier des Mohicans, le plus Américain des Américains ? Son insistance d’avoir été là le jour J, quitte à être ridicule, la célébration du dit jour par un programme unique de la radio d’Etat, ne signifieraient-ils pas qu’il n’a pas compris qu’il n’y a pas lieu de se réjouir ? Que ce en quoi il croît s’est effondré aussi brutalement que le communisme ? Aurions-nous élu un extraterrestre ?

Compléments :
  • Aux USA, l’illusion s’est appelée, un moment, la Nouvelle économie. Voici ce qu’en disaient, avec beaucoup de franchise, des gens très importants : The New Economy, what it really means, Business Week, Stephen B. Shepard, 6 novembre 1997.
  • À l’extérieur c’était le Consensus de Washington.
  • Quand les libéraux étrangers doutent (Démocratie, économie et paix), M.Sarkozy réforme avec entrain et sereine conscience (L’étrange changement de M.Sarkozy).
  • En me rappelant la très démonstrative affection de M.Sarkozy pour M.Bush et l’Amérique, je pense à un passage de La promesse de l’aube : Romain Gary prend le train pour partir au front, sa mère manifeste bruyamment son enthousiasme patriotique ; ce qui fait dire à un appelé que l’on voit bien qu’elle est étrangère. M.Sarkozy aurait-il une vision idéalisée, d’enfant, de l’Amérique et du libéralisme, un enthousiasme tellement naïf et débordant qu’il paraît un peu gênant, inconvenant, aux membres de sa patrie d’adoption ?

CAMIF

Hervé Kabla (Chouette, la Camif revient) a repéré le blog du repreneur de la CAMIF.

Ce jeune HEC y raconte les débuts de sa société, Matelsom, pionnier français de la vente de matelas par correspondance, et la reprise de l’activité équipement de la maison de la Camif, dont le nom veut dire, pour lui, « C’est à Moi d’Inventer le Futur ».

Il fait beaucoup pour laisser entendre qu’il a gardé l’esprit Camif. Mais l’esprit Camif, c’était celui d’une coopérative, les idées du socialisme utopique. Pas une entreprise de droit privé. Bien sûr, je comprends qu’il ait voulu conserver le capital et l’image de marque Camif, qui sûrement valent cher, mais je ne suis pas sûr que cela ait été possible de cette façon. Peut-on construire une entreprise sur une sorte de dissimulation ?

Compléments :

Évolution de l’homme et du blog

Dominique Delmas n’ayant pas pu enregistrer un commentaire, qui infirme une de mes conjectures, voici son texte :

Alors là il faut que tu te penches sur l’évolution des espèces. En très bref, selon mes souvenirs de biologie et de lectures, on part d’une soupe originelle avec beaucoup d’énergie pour aboutir aux premiers acides aminés bases des protéines, elles mêmes bases de la vie. Les premières cellules, de mémoire, sont des algues microscopiques, unicellulaires. Ensuite pour aboutir aux deux mondes distincts que sont le végétal et l’animal, je crois qu’il ne s’agit pas d’un ligne continue d’évolution dont chaque Règne, Embranchement, Classe, Ordre, Famille, Genre Espèce ou, Variété, etc. (le fameux RECOFGERVI) constituerait un maillon, mais plutôt un aboutissement de deux voies de développement tentées par dame Nature, avec à l’intérieur de multiples essais d’évolution et d’adaptation. Donc schématiquement notre algue a évolué, d’un côté vers le monde végétal sans cerveau sans mobilité et avec des stratégies de vie spécifiques, et de l’autre côté, vers le monde animal avec sa mobilité, et ses autres stratégies de développement. Chaque RECOFGERVI marque une étape des tests de la nature pour trouver le meilleur développement et la meilleure adaptation. Là je t’engage à te plonger dans nombres d’ouvrages traitant du sujet mais tu vas redécouvrir toutes les tendances évolutionnistes diverses et variées, sans parler des théories créationnistes, car finalement c’est peut être Dieu qui avec sa baguette magique…. Alors pour ma part le changement dans la nature est le fruit d’essais erreurs multiples qui aboutissent soit à des impasses soit à la poursuite de l’évolution. La différence entre l’homme et l’animal ou la plante c’est que l’homme à la capacité de se projeter et donc d’organiser ou de provoquer son changement contrairement à l’animal ou le végétal sur qui il tombe par hasard, pendant tous ces millions d’années. Voilà quelques réflexions à chaud qui méritent de longues, très longues discussions.

Au fond, ce blog ne fonctionne pas. Je m’épuise à réfléchir seul, alors que je suis totalement inefficace. Je devrais me contenter de lancer des sujets, et laisser la société leur trouver une solution. Mais pour cela encore faudrait-il que ce blog soit lu, ce qui demanderait, outre qu’il ait un sujet intéressant, que je lui fasse de la publicité, comme le disent Hervé Kabla et mes livres de marketing (et peut-être aussi que je change de plate-forme de blog). Pour que fonctionne « l’ordinateur social », il faut une « mise en œuvre du changement », et il n’y a que les cordonniers à être mal chaussés.
Compléments :
  • Et il n’y a pas qu’avec mon blog que je suis un mauvais leader du changement. Je n’ai pas fait grand-chose pour convaincre l’association Insead de modifier son site web soviétique pour qu’il permette que l’on y pose des questions à nos invités ou que l’on commente leurs propos… Dommage, il y a quelques jours je discutais avec Marc Jalabert de Microsoft, qui aurait aimé parler de Cloud Computing. Un forum sur la question aurait sûrement été très riche.
  • Heureusement, il n’y a que moi qui suis incompétent : InnoCentive utilise les techniques de Web social pour résoudre les problèmes qui font caler les entreprises.

Google Books et la culture française

Hier j’entends à la radio un débat sur la numérisation par Google des fonds des bibliothèques. Hervé Kabla m’avait déjà fait entrapercevoir le sujet, mais l’affaire ne s’éclaircit pas :

Le débat

Je ne comprends pas les arguments qui s’affrontent.

  • M.Jeanneney dénoncerait l’emprise de l’intérêt, du monopole et de l’Amérique sur la culture française. Inutile d’aller plus loin dans la démonstration, on a caractérisé l’axe du mal ?

Lui (Google) confier, et à lui seul, qui vit du profit de la publicité et est enraciné, en dépit de l’universalité de son propos, dans la culture américaine, la responsabilité du choix des livres, la maîtrise planétaire de leur forme numérisée, et la quasi-exclusivité de leur indexation sur la Toile, le tout étant au service, direct ou indirect, de ses seuls gains d’entreprise, voilà bien qui n’était pas supportable.

  • Alain-Gérard Slama semble dire que l’on va aboutir à du Wikipedia, qu’il ne trouve pas sérieux (argument d’autorité), il en aurait aussi après le mode de recherche de Google, qui égarerait même les meilleurs esprits. Il faudrait nous protéger de cet insidieux outil de lavage de cerveau ?
  • Une objection rationnelle, cette fois : différence de droit de propriété entre l’Europe et les USA.
  • Du côté pour, on veut se précipiter, parce que, dans la numérisation qui se fait à l’étranger, il y a des livres français : la culture française va être représentée par une sélection américaine. Argument de MM.Jeanneney et Slama pris à l’envers.

C’est bizarre, mais on ne parle pas tellement de diffusion de connaissance. Le but des bibliothèques, c’est pourtant cette diffusion, de masse, non ? Je ne vois pas comment on peut rêver mieux qu’une numérisation systématique couplée à un accès démocratique. Et si l’opposition au projet venait de ceux dont le rôle est de dire au peuple ce qu’il doit penser ? Si c’est le cas, on a un choc des civilisations : pour l’Américain la culture n’est pas élitiste, mais populaire.

L’enquête

Je suis allé voir de quoi il s’agissait.

  • Aujourd’hui, très peu de documents sont téléchargeables (l’accès hors USA est bridé), ou, simplement, visibles intégralement. Pour cela, il faut qu’ils aient été publiés au 19ème siècle ou avant, et encore. L’idéal est d’être équipé d’un e-book, de façon à pouvoir lire confortablement les pdf téléchargés.
  • J’ai téléchargé un livre de Tom Paine publié au 18ème siècle. C’est relativement rapide, et résultat (y compris imprimé) de bonne qualité : plus facile à lire que l’original (et on n’a pas peur d’abîmer l’ouvrage). Ce qui est épatant, c’est qu’il est possible de faire de la recherche plein texte, et celle-ci reconnaît les caractères anciens (par exemple falsehood s’écrivait falfehood au 18ème). C’est une fonction remarquablement utile, même pour les livres que l’on possède (pour retrouver un passage, je suis obligé de me reposer sur ma mémoire et sur les notes que je prends en marge de ce que je lis).
  • Ce qui expliquerait l’effroi de nos hommes de culture, c’est que, comme Amazon, Google fait des suggestions d’ouvrages apparentés à ce qui semble la recherche du lecteur. Risque de manipulation ? Mais, si l’on en craint une, pourquoi ne pas la dénoncer, une fois que l’on en aura la preuve, ou proposer d’autres moyens de recherche ?

La rentabilité

Paradoxalement, ce que je ne comprends pas, c’est la rentabilité du projet :

  • Microsoft a tenté l’aventure et a jeté l’éponge, après avoir numérisé un million de livres.
  • Pierre Bazin, qui dirige la bibliothèque de Lyon, numérisée par Google, disait que le coût de la numérisation de 500.000 livres (d’un intérêt, en moyenne, extrêmement limité) était 60m€, à quoi il faut ajouter la maintenance des bases de données, et le dispositif pour les rendre accessibles.
  • Pour le moment, et pour sûrement encore longtemps, seuls les chercheurs auront un intérêt pour ce site. Pour le reste, il semble plutôt une boutique de promotion pour les librairies en ligne : la plupart des recherches donnant un livre non téléchargeable, et orientant vers sa version papier.
  • Quant aux revenus, on parle de publicité. Mais la publicité sur Internet ne rapporte rien, sauf à la fonction moteur de recherche de Google. Je ne vois pas le type de publicité qui peut rentabiliser des milliards de $ d’investissement (si j’extrapole les chiffres de Lyon). Commission sur les ventes de livres suscitées par Google Books ? Mais il faudra en vendre des centaines de millions par an, non ?…

Conclusion du moment

S’il y a danger, c’est celui de l’acquisition d’un bien commun (la connaissance) par un monopole. Cependant, aujourd’hui nous n’avons aucun autre moyen de l’obtenir. D’ailleurs, parmi ceux qui pourraient nous l’apporter, Google semble à la fois le plus rapide, et le moins dangereux pour notre indépendance intellectuelle.

Si l’on prend une optique à moyen terme, le projet semble formidablement intéressant. Paradoxalement, ce qui m’inquiète est sa rentabilité. N’avons-nous pas intérêt à ce que Google aille le plus loin possible dans son travail, tout en nous assurant que nous saurons récupérer et utiliser ce travail si Google fait faillite ?

Compléments :

  • Pour la première fois de ma vie, j’ai été innovant (sans le faire exprès) : on peut trouver mon dernier livre sur Google books.
  • Un aperçu de l’opinion de Jean-Noël Jeanneney (contre), et un autre de Pierre Bazin (pour), et pourquoi Harvard et d’autres ont choisi la numérisation par Google, et le projet Microsoft.
  • L’opinion (favorable) de The Economist.
  • Curieusement ce débat sur les moyens d’acquérir un bien commun illustre parfaitement la théorie économique (The Logic of Collective Action). Si on la suit, Google n’est pas optimal pour administrer le dit bien, le mieux, mais c’est compliqué à mettre en œuvre, est une gestion « démocratique » (Governing the Commons – plus ou moins le modèle Wikipedia).

Web : no future ?

Récemment, un ami, dirigeant d’une start up Web 2.0, a eu une illumination : une entreprise doit gagner de l’argent, et pour cela elle doit produire quelque chose que le marché veut acheter. Cet « entrepreneur en série » pensait qu’entreprendre c’était avoir une idée originale, et lever des fonds. La fortune viendrait ensuite, mécaniquement.

Ce qu’Internet a eu de révolutionnaire a été de nous faire oublier le modèle traditionnel de l’entrepreneur qui travaille dur pour gagner sa place au soleil. Pendant plus d’une décennie, le génie a été récompensé. Et aujourd’hui toute une génération d’entrepreneurs n’arrive pas à faire le deuil d’un modèle aussi favorable aux intelligences exceptionnelles.

Conséquence : imaginons que vous ayez un tempérament d’entrepreneur, le Web est-il votre meilleur choix ?

J’en doute. Il a transformé notre vie, il a permis aux fournisseurs de contenant de dépecer l’industrie du contenu, aussi ; mais ses réussites durables ont été étonnamment peu nombreuses et peu impressionnantes, rien à voir avec l’industrie automobile, l’électronique ou même l’aviation. D’ailleurs, dans une moindre mesure, c’est aussi vrai pour l’informatique.

Compléments :

  • Le rôle de Goldman Sachs dans la transformation de l’IPO : Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs.
  • Ces idées me viennent d’un échange avec Hervé Kabla suscité par son compte-rendu d’une conférence de l’université du MEDEF. (La toile va-t-elle craquer?)
  • Les manipulations génétiques, dorénavant à la portée de tous (Biohacking), sont à explorer par l’entrepreneur : par exemple, pourquoi ne pas inventer un agent pathogène qui liquiderait tout être humain qui s’oppose à son intérêt ? Il y a même là un scénario pour James Bond.

Blues au MEDEF

Hervé Kabla et Olivier Ezratty bloguent l’Université du MEDEF.

  1. Hervé Kabla suit une conférence sur « le capitalisme sera éthique ou ne sera pas ». Résultat ? Contrairement au citoyen ordinaire, le businessman est incapable de responsabilité, il doit donc être contrôlé.
  2. Olivier Ezratty montre le MEDEF s’interrogeant sur les chemins de la décroissance économique. Le débat laisse peu d’illusions quant à la capacité de l’entreprise à se réformer à temps. (Je ne vois qu’une issue : que le MEDEF s’équipe du leader que réclame ce diagnostic : M.Bové.)

Surprenant, une année on est ultralibéral, et la suivante altermondialiste.

Comme le dit Paul Krugman (Science économique : bilan), les idées ultralibérales flottaient sur du vent. Quant à la décroissance, elle me semble tout aussi peu justifiée. La « croissance » est une grande illusion, elle mesure ce que l’on veut bien mesurer de l’activité humaine. Le PIB de demain comptera ce que nous ferons demain : nous nous agiterons tout autant, mais différemment. Le problème du moment est d’inventer cet avenir. C’est éminemment favorable à l’économie. D’ailleurs cela va donner leur chance à de multiples innovations, qui existent déjà, mais que la grande industrie est trop paresseuse pour utiliser.

Ce que révèle le blues de l’élite qui fréquente l’Université du MEDEF, c’est probablement moins l’état déplorable de notre avenir que la vacuité de son intellect : une idée importée y remplace une autre. C’est paradoxal : n’a-t-elle pas été sélectionnée pour son QI, sa capacité à penser ? Seulement, elle se contente d’être.

Voilà un changement qui devrait être facile : si elle veut sauver le monde, il lui suffit de faire ce pour quoi elle a été recrutée.

Compléments :

  • Le PIB comme grande illusion, exemple. Hier, le travail de la femme au foyer n’entrait pas dans la comptabilité nationale ; depuis qu’elle ne reste plus à la maison, les tâches qu’elle faisait (garde et éducation d’enfant, ménage, cuisine) contribuent au PIB de la nation.
  • Mon premier billet sur le MEDEF et son université partait d’un diagnostic incorrect : Image (déplorable) du patron français.
  • Exemple d’innovation en attente d’intérêt : L’effet de levier de Microsoft ?

Conseil gratuit (suite)

Point sur la question de la rémunération du conseil après à un débat qui s’est tenu on et off blog.

  • Le conseil à obligation de moyens est payant. Hervé Kabla explique qu’il faut faire entrer le « conseil » que l’on veut donner dans une appellation que le marché a l’habitude d’acheter. Autrement dit, il faut faire du conseil un produit (= quelque chose dont, notamment, les coûts sont connus). Serge Delwasse illustre cette idée par l’exemple de la voyance, un type de conseil payant.
  • Le conseil à obligation de résultat n’est pas payant. Alain Vaury remarque que l’entreprise qu’il dirigeait ne faisait pas payer les conseils de ses équipes d’experts, de très loin les meilleurs du secteur, la vente de produits payaient leurs services. Cet exemple se retrouve souvent : agro-alimentaire, chimie, contrôle technique… D’ailleurs, la réponse à appel d’offres des consultants est la partie fondamentale de la mission, et elle est gratuite. Il en est de même un peu partout. Dans ce cas, le conseiller dépense sans compter ; l’entreprise atteint la rentabilité en répercutant le coût du conseil sur ses produits.
  • Jean-Noël Cassan dit prudence : les donneurs d’ordre ont pris l’habitude de recevoir le conseil gratuit, et d’acheter le produit au moins disant. D’ailleurs, on m’a dit que les acheteurs de l’automobile tendaient à faire circuler les réponses à appel d’offres de leurs sous-traitants. Bien entendu, une telle stratégie n’est pas durable, mais elle l’est suffisamment pour faire capoter quelques fournisseurs.

Les participants au débat retrouvent les arguments de MM. Arrow et Krugman (les économistes sont moins sots qu’on ne le pense ?) :

  1. Certains services obéissent à la logique du marché. Ils ont à la fois un prix et un coût bien définis.
  2. D’autres non. Ils apportent des bénéfices « incalculables », mais les coûts qu’ils entraînent le sont aussi. Ils ont une logique que ne comprend pas le marché. Par exemple celle de l’échange de services. Cette logique a ses lois (exemple : lien à long terme entre les « contractants » pour éviter l’effet de JN.Cassan), qui ne sont pas incompatibles avec celles de l’économie (financièrement, tout le monde s’y retrouve).

Compléments :

  • Pour K.Arrow, dans son étude du secteur médical, l’équivalent du conseil à obligation de résultat – urgences, hôpital en fin de vie…- est gratuit pour le patient, le médecin étant rémunéré par un salaire. Le praticien du secteur privé, lui, vend un « produit », qui est une visite durant laquelle il fait subir une procédure prédéfinie à son client. Kenneth J. ARROW, Théorie de l’information et des organisations, Dunod, 2000. (Chapitre : Incertitude et économie du bien être des soins médicaux.) Sur MM. Arrow et Krugman : Le marché nuit gravement à la santé.
  • En fait, ce n’est pas tel ou tel donneur d’ordre qui est fiable, mais telle ou telle culture (qui inclut client et fournisseur) : un ancien employé de Michelin a tenté de vendre ses secrets à un concurrent japonais, ce dernier à immédiatement alerté Michelin (Comment l’espion de Michelin a raté son coup).

Changement et grande entreprise

Hervé Kabla a publié un billet concernant les difficultés culturelles que Dassault Systèmes éprouve lorsqu’il acquiert une entreprise. J’ai vu ce billet relativement tôt, mais je pensais que je n’avais pas grand-chose à dire sur le sujet. Finalement, j’ai compris que c’était une question de conduite du changement.

En fait, tout ce que disent ce billet et les commentaires qu’il a suscités aurait pu être dit à l’époque où je travaillais pour DS, il y a plus de 15 ans. Alors, l’équipe dirigeante actuelle était en cours de constitution. J’ai aussi vu la première acquisition (Cadam), rencontré certains de ses employés – complètement perdus, et lancé les premiers partenariats (jusque-là, ils faisaient face à une forte résistance interne). Déjà le paradoxe entre une success story admirable et des processus de fonctionnement apparemment peu rationnels étonnait et suscitait des désillusions quasiment amoureuses.

Ce qui m’a frappé quand j’ai quitté DS, c’est que beaucoup d’autres entreprises lui ressemblaient. Particulièrement celles qui font rêver, dans le high tech ou les médias. J’ai fini par comprendre que toute entreprise a ses rites qui ont une rationalité que la raison ne comprend pas. Ils résultent des multiples problèmes qu’elle a dû résoudre au cours de son histoire. Toute organisation est « complexe », au sens de « théorie de la complexité ». C’est pour cela que le nouvel embauché passe par une sorte de parcours d’initiation qui fait de la culture de l’entreprise une seconde nature. Malheureusement, les membres des entreprises acquises rejoignent la société sans ce processus d’acculturation.

Notre premier partenaire a sablé le champagne en pensant que sa fortune était faite. Je lui ai expliqué que si DS mettait à disposition beaucoup de moyens, ils ne travailleraient pas, seuls, pour lui ; il faudrait apprendre à les identifier et à les utiliser ; et donc il fallait avoir un minimum de stratégie. DS lui donnerait des échasses, mais ne marcherait pas à sa place.

Maintenant, le « changement ». Le fond du débat entre Hervé et de ses interlocuteurs est la question suivante : les idées (brillantes) des ingénieurs qui rejoignent DS peuvent-elles influencer sa direction ?

Le management centralisé de DS lui permet de bouger très rapidement, quand il sent l’urgence de la situation (cf. son repositionnement des années 90). Ce qu’il cherche ce sont des innovations de rupture. Pas tant des concepts exotiques que des idées de bon sens qui peuvent transformer le métier de son marché. En réalité, il ne faut pas qu’une idée, il faut aussi un plan de mise en œuvre susceptible de marcher immédiatement. Sans lui, la complexité de l’organisation dont il est question plus haut « tue » l’idée (le passage en force ne réussit que dans les situations d’urgence extrême qui concernent l’ensemble de l’organisation). Ce plan doit donc avoir été conçu avec ceux qui auront à le mettre en œuvre.

Je récapitule. Il me semble que pour faire bouger l’entreprise, il faut proposer à son top management des idées de rupture résultat d’une analyse pertinente des besoins du marché et des capacités de la technologie ; formuler ces idées de manière « vendeuse », en respectant les codes de l’entreprise (qu’Hervé décrit en creux) ; les accompagner d’un plan d’action détaillé porté par ceux qui devront le réaliser.

C’est la technique que j’ai employée pendant quelques années.

Ce petit exemple veut montrer :

  1. qu’il ne faut pas s’arrêter à une rationalité à courte vue lorsque l’on juge une entreprise ;
  2. que sa complexité apparente sous-tend une logique qui permet des changements rapides et majeurs.

Michael Jackson

Idée qu’évoque le blog People d’Hervé Kabla : ce qui frappe chez Michael Jackson est moins son succès que l’invraisemblable régression qu’a été sa vie. Il a fini en caricature de personnage de conte de fées. Je fais un parallèle avec d’autres observations :

  • Les stars féminines noires, qui semblent imitées par les « Françaises d’origine africaine », paraissent devenir une sorte d’idéal de la femme blanche, inaccessible par celle-ci (qui n’aura jamais leur ligne).
  • J’ai l’impression que les actrices japonaises et chinoises ont pris des traits européens, alors que les canons de la beauté semblaient auparavant éloignés des nôtres (cf. les gravures anciennes, ou les films japonais d’avant guerre).

Norbert Elias observait que la société avait commencé par théoriser les règles de l’hygiène avant de nous les imposer ; ne fait-elle pas de même avec notre apparence ?

Préoccupation concomitante : de plus en plus la chirurgie esthétique modèle ses victimes sur l’image d’un idéal conçu par ordinateur ; n’y a-t-il pas des limites à ce que la culture peut demander à notre nature ?