Chaos neigeux

Un peu de neige. La France est paralysée. Cause ? 
  • Un interviewé par la radio, hier. RGPP, les services de l’État n’ont plus de moyens.
  • Ce matin, on me dit que les services de l’État voulaient montrer qu’ils n’avaient plus de moyens.
Cela illustrerait-il ma version du dilemme du prisonnier, résultat d’un changement mal mené ? Non seulement le changement démolit l’organisation collective, mais, surtout, il donne le signal de la destruction à ceux qui en sont membres ?
Compléments :
  • Hervé Kabla observe des comportements anarchiques, chaos immédiat. Ce matin une personne m’expliquait comment elle avait organisé la sortie en bon ordre d’une autoroute bloquée. Le secret du succès du changement : l’entraide. 

Francis Bernard

Impressionnante présentation de Francis Bernard, le fondateur de Dassault Systèmes. Et très élégant hommage à l’équipe dirigeante qui l’a remplacé (et qu’il a recrutée). Son explication du succès de DS m’a rappelé la pensée chinoise.

  • D’abord, il y eut une formidable conjonction de phénomènes favorables. La guerre froide faisait que Dassault sortait un nouvel avion par an, d’où course en avant technologique. Puis fin de la guerre froide et globalisation qui a répandu l’innovante CFAO (et l’anglais que ni DS ni la plupart de ses clients ne parlaient alors !) partout dans le monde. Il y eut l’alliance avec IBM, alors plus grande entreprise mondiale. Elle a apporté un colossal réseau commercial et son savoir-faire de génie logiciel, puis s’est effacée, après 30 ans sans beaucoup de nuages. Il y eut la culture mathématique française…
  • Mais DS a aussi su construire un formidable navire pour profiter de ce tsunami.

Tous des imbéciles

Pourquoi prend-on les ingénieurs (des télécoms) pour de petites têtes ? se demande Hervé Kabla.
James March et Herbert Simon (Organizations) se sont eux aussi posé la question quand ils ont découvert que la théorie des organisations pensait qu’un groupe d’hommes est une machine : il obéit aux ordres.
Hypothèse fondamentale de la culture occidentale ? Nous prenons l’homme pour un benêt. Nous n’avons pas compris qu’il avait un intellect. Cela vient peut-être de notre individualisme. Nous pensons que nous connaissons la seule bonne solution. Ceux qui n’y adhèrent pas sont stupides et doivent être traités comme tels ? 

Rom théorique

Je suis un Martien pavlovien. Dans un billet, Hervé Kabla décrit les Roms. Eh bien, pour moi c’étaient des êtres théoriques. Je n’avais pas mis de visages sur le concept. Ce qui ne m’a pas empêché d’écrire à leur sujet. Ce blog réagit mécaniquement à l’événement.

Ce que dit Hervé est que le Rom est quelqu’un que je rencontre tous les jours depuis toujours, et qui fait tellement partie de mon paysage que je ne le vois pas comme quoi que ce soit de particulier. Bien sûr, un dirigeant de CCI m’a parlé des problèmes que posaient ses campements qui s’installent rarement où il faut, et qu’il a beaucoup de mal à faire déplacer. D’une manière générale les Roms semblent être une source de frustration pour certaines administrations et populations locales. Mais c’est bien peu par rapport aux calamités qui nous affligent par ailleurs ! Pourquoi faire un tel raffut à leur sujet ? (D’ailleurs raffut semble le terme adapté : le gouvernement aurait pu les déplacer sans bruit. Le bruit était certainement son objectif.)
Mais il y a une bien plus grande surprise : c’est à quel point ce geste ridicule rencontre d’écho dans la population. Le sondage le plus favorable aux Roms donne l’exclusion à 48% contre 42. Plus exactement ce qui est inattendu est le décalage brutal entre le discours des journalistes et ce que pense une large part de l’opinion publique. Y a-t-il deux France aux valeurs antinomiques, celle qui domine étant extraordinairement minoritaire ?
Mais pourquoi la nation devrait-elle être homogène ? Ce n’est pas parce que l’égalité est une de nos valeurs qu’elle devrait être réalisée. Au fond, le pays a toujours été divisé, il n’y a aucune raison qu’il se soit fondu en un bloc par miracle.
Et si la nouveauté était que, justement, le gouvernement ait décidé de nier cette fiction ? Que notre division soit utilisée par lui à des fins politiques – tactique de Nixon ?
En tout cas, l’élite des médias lui a emboîté le pas. Réaction épidermique et dogmatique totalement disproportionnée, disant, par exemple, que les Nazis ont entamé leur plongée dans l’abîme en diabolisant les Roms (une universitaire interviewée par RFI il y a quelques jours).
Alors, à quand une élite politique qui chercherait à nous unir ? Un B.Obama français ?
Mais qu’a-t-il gagné à vouloir rassembler sa nation ? La haine de tous. C’est un monstre pour les Républicains, alors qu’il fait leur politique, et les démocrates le haïssent, infiniment plus que leurs adversaires, pour ne pas avoir déclenché un Grand soir purificateur.
Voici une leçon pour l’apprenti leader du changement. Celui qui veut le bien collectif court le risque quasi certain de ne se faire que des ennemis. Il est bien plus sûr de choisir un camp et de se lancer dans une saine lutte fratricide.
Compléments :
  • Tough-guy Sarko.
  • De Gaulle voulait unifier la France. Mitterrand et Pompidou se sont mis d’accord pour se la diviser

Facebook

Intéressante conférence d’Hervé Kabla traitant du web social et dont il ressort, notamment, que Facebook est en passe de créer un Internet à lui, vivant en autarcie.
Défi pour les monstres d’Internet, Google et Amazon, par exemple, qui peuvent voir leur échapper ce monde et s’y reconstituer des monopoles locaux. 

Bérézina footballistique

Hervé Kabla a bien joué, mais il a perdu. Il avait vu que le Mexique et l’Uruguay ne feraient pas match nul, ce qui laisserait la place à la France de se qualifier. Le début était juste, mais pas la fin.
En tout cas, le spectacle international qu’a donné l’équipe nationale est affligeant. Y a-t-il là quelque chose de la situation de notre pays ?
J’écoutais ce soir un morceau d’émission sur la défaite de 40 que la France de l’époque avait vue comme la sanction méritée des désordres de la troisième république (et même de la république tout court), et je me demandais si l’on n’était pas à nouveau aux prises de mêmes forces de dislocation… 

Twitter

Twitter vaudrait 1md$, sans avoir démontré qu’il pouvait gagner de l’argent. Ses dirigeants commencent juste à s’en préoccuper. Pas d’une façon très rassurante. (Up for promotion.)
Que de telles sociétés aient pu naître démontre la rationalité de la spéculation. Un investisseur met de l’argent dans une start up, parce qu’il sait que d’autres investisseurs seront prêts à lui acheter ses actions, et qu’ils feront de même avec d’autres collègues. L’investissement est rentable jusqu’à ce que l’on ait épuisé les capitaux disponibles. Le perdant de l’affaire est le dernier à posséder des parts de la société. Ce jeu ne crée rien, mais il redistribue l’argent de la communauté au plus habile. D’ailleurs, pouvoir perdre gros rend ce jeu follement excitant, comme me le disait un trader.
Compléments :
  • C’est en grande partie parce qu’il a créé ce mode de spéculation moderne que Goldman Sachs a connu sa fortune actuelle (Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs.) En fait monter un mécanisme spéculatif est extrêmement complexe puisqu’il faut créer et faire connaître une sorte de signal qui, lorsqu’il est déclenché annonce à la société qu’une phase spéculative a démarré. Le signal du web social est probablement la capacité, pour une innovation, d’être adoptée gratuitement par un grand nombre de personnes. Une telle innovation trouvera des fonds, sans avoir besoin de démontrer sa rentabilité. Mécanisme identique, les mini spéculations de 29 : Crash de 29 : mécanisme.
  • Hervé Kabla, l’ethnologue du web social, définit Twitter comme « un café du commerce mondial » (voir commentaires du billet).

Abstention

L’abstention serait devenue une manifestation politique. Elle dit à nos éligibles que nous ne les aimons pas, qu’ils ne sont pas légitimes, que nous voudrions élire d’autres qu’eux, mais que notre démocratie ne les laisse pas naître.
Il me semble depuis longtemps que nos éligibles sont des individualistes, des « libéraux », qui ne partagent pas les valeurs, essentiellement sociales, du pays (France : crise de gouvernance ?). Ils croient que notre vote leur prouve notre confiance. Alors que, pour nous, le choix se fait entre peste et choléra.
Cependant, esprit de contradiction ?, je me demande si nous devons leur en vouloir. Quel homme bien constitué voudrait d’une vie de pouvoir ? Ne sommes-nous pas contraints à le donner à des extraterrestres ? D’ailleurs ces extraterrestres parviennent-ils à mener des politiques d’extraterrestres ? La société ne réussit-elle pas, malgré leurs efforts et à la longue, à les faire marcher droit, à les orienter dans le sens du bien commun (« res publica » comme disaient les Romains) ?
Compléments :

Le lombric d’Hollywood

De nombreux états et pays attirent les tournages de film à coups de subventions. À Hollywood, l’hémorragie est sévère (« la part de la Californie du marché mondial des films de studio (…) est tombée de 66% en 2003 à 34% en 2008 »).

Raison ? En moyenne 566 emplois créés par film, mais aussi « à chaque fois qu’un film est tourné dans un autre État, les gens du coin acquièrent des compétences qui rendent les tournages suivants plus faciles ».

Va-t-on assister à une reprise de la « théorie du lombric » dont parle Hervé Kabla ? Les décideurs d’Hollywood, trouvant qu’ils peuvent avoir le « petit boulot » moins cher ailleurs, vont laisser péricliter les compétences locales ? Puis ce sera au tour des acteurs, et enfin des « décideurs » remplacés par une génération spontanée de volontaires apparue là où les « petits boulots » se seront implantés ?

Et si, ici comme ailleurs, le « petit boulot » sans grade était le défenseur du savoir-faire national ? Le meilleur ami du grand ponte, qui pourtant le massacre, pensant ainsi augmenter ses bénéfices ?

Révolution féminine

« La libération économique de la femme a été probablement le plus important changement de notre temps ». (We did it!)

Juste. Transformation presque inconcevable de la société. D’un côté la cellule familiale a dû se réorganiser, sans ce qui jusque-là était son élément essentiel, de l’autre l’économie a quasiment doublé son personnel.

Comme tout changement, celui-ci a fait quelques dommages collatéraux :

  1. « Les grands perdants ont été les enfants pauvres – particulièrement dans des pays comme l’Amérique ou la Grande Bretagne qui ont combiné un haut niveau d’emploi des femmes avec une certaine répugnance à dépenser l’argent public pour prendre en charge les enfants ».
  2. Les hommes ? « Dans l’Union Européenne, les femmes ont pris 6 des 8m d’emplois créés depuis 2000. En Amérique, depuis le début de la récession, trois personnes licenciées sur quatre sont des hommes ».

« La maternité, non le sexisme, est le problème en Amérique, les femmes sans enfant gagnent presqu’autant que les hommes, mais les mères gagnent significativement moins ». Faut-il introduire des mesures discriminatoires pour aider les mères, et les femmes ? Non ce serait « non libéral et injuste ». Il est mieux, et relativement facile, de réorganiser la société pour simplifier la vie des mères.

Nous devons repenser notre société pour réaliser nos idéaux.

Compléments :

  • Récession et mancession.
  • Cette réflexion sur la discrimination semble rejoindre les idées d’Hervé Kabla sur l’éducation.