Penser ?

Un ami approuve un article de linkedin que je trouve confus. Pourquoi ?

Il traite de la question du moteur électrique, et c’est un jeu de massacre. Tout le monde a tort.

Ce n’est pas ce que j’attends d’un article. Je n’aime pas que l’on me dise ce que je dois croire. Ce qui serait bien mieux serait d’expliquer les arguments des uns et des autres, au lieu de les juger.

Car juger suppose un critère de jugement, un bien et un mal. Or, il n’y en a pas d’absolu. Un événement, que M.Xi envahisse Taiwan ou que M.Poutine déclenche une guerre nucléaire, une répétition de la crise de 29… , peut faire que la fin du monde soit à la fin de la journée…

Il y a des années j’ai rencontré un universitaire québécois qui me posait des questions curieuses. Après un long moment très confus, j’ai fini par comprendre qu’il cherchait à trouver une façon de savoir si une surface était plus plate qu’une autre. Avec quelques efforts supplémentaires, j’ai compris qu’il était un expert en ergonomie, qu’une entreprise lui avait demandé de juger du confort de siège, et que le meilleur siège, selon lui, était plat. Je lui ai conseillé de dire cela à ses clients. Et de les laisser faire seuls leur choix.

Coeur et jugement

Le prix Nobel comme les oscars récompensent le succès. Parfois, ils peuvent aussi être politiques. MM. Obama et Krugman ont reçu des Nobel anti Bush, les oscars sont anti Trump. Et la valeur de l’oeuvre ?

Ce qu’il y a d’étrange ici, c’est que l’on est à l’opposé de ce que Kant, et d’autres, ont estimé être l’essence du jugement. L’esthétique est là où s’exprime de la manière la plus pure notre capacité à juger. C’est une aspiration spontanée, partagée par tous. C’est au delà des concepts et codes culturels. Comme le dit Pascal : le coeur a des raisons que la raison de comprend pas. Eh bien, c’est le coeur qui est l’organe du jugement. Notre société : sans coeur et sans jugement ?

Ethique de l'information ?

Un universitaire se disait choqué. Dans un différend qui l’avait opposé à quelqu’un qu’il considérait comme un charlatan, les journaux avaient donné autant de poids à sa parole, et aux travaux savants dont il n’était que le porte-voix, qu’à celle du charlatan.

Il me semble que c’est une tendance du moment. Par exemple France Culture annonce une mesure du gouvernement et interviewe ensuite, pour faire équilibre, le représentants d’un parti d’opposition, ou d’une association. Les deux opinions ont-elles le même poids ? Il est difficile de ne pas penser que l’on est là devant un procédé de manipulation.

France Culture répondrait probablement qu’il refuse la « parole d’autorité », qu’elle émane du savant octogénaire ou du président issu d’une élection. Seulement, il y a d’autres façons de procéder. Il ne faut opposer à la « parole d’autorité » un ensemble aussi significatif que possible d’opinions divergentes. C’est ainsi que l’on obtient une idée des dimensions du problème, et que l’on peut juger en son âme et conscience de ce qu’il faut en penser.

J'ai toujours tort

J’ai toujours tort, dit ce blog. Et il est vrai que c’est l’impression que j’aie. Mais pourrais-je avoir raison ?

Il me semble que, dans le changement, il y a un moment étrange. Alors, on voit exactement ce qu’il faut faire, mais on agit à l’opposé. Par exemple, on utilise le bon mot, mais un mot a deux acceptions, contraires. Et on se sert de la mauvaise. Typiquement, on peut utiliser « aimer » dans « aimer ses enfants » et « aimer le poulet ».

Mais il y a des gens qui ont toujours raison, au moins dans leur existence professionnelle. C’est le cas de Christian Kozar. Il a mené une vie d’aventures. Elle l’a fait rencontrer des prises d’otages, des redressements d’entreprise et des crises sociales, notamment. Parfois, il a été en danger. A tous les coups, il a pris une décision inattendue, qui était judicieuse a posteriori. C’est ce qu’il appelle « le vol de la bécasse ». La bécasse est difficile à tuer, parce qu’on ne sait pas où elle va, alors qu’elle finit toujours par atteindre son but.

Il donne une anecdote pour expliquer son mécanisme intellectuel. Si l’on montre à des diplômés une boîte et on leur demande ce qu’elle contient, ils vont faire des conjectures. Si l’on fait de même avec des enfants, ils vont l’ouvrir. Et si, pour bien décider, il fallait garder une âme d’enfant ?

Critique

La France aurait perdu le sens critique, dont elle était dépositaire depuis le temps des Lumières. Un chercheur me disait que c’était l’opinion de l’université américaine.

Comme souvent, le mot « critique » a plusieurs sens, et il a dérivé du mauvais côté. Le sens critique est ce qui permet de penser bien, de juger correctement. D’où le titre des ouvrages de Kant : « critique de… ». On l’entend maintenant comme un doute systématique. Cette dérive frappe les professionnels de la philosophie. Ils censurent. Si bien que la philosophie devient un art de salon, vain, qui fait du sur place, une forme de nihilisme.

Il y a aussi la critique agressive. C’est celle qui tire d’une critique juste, une conclusion fausse. Typiquement, la gauche dit : la droite a tort, donc j’ai raison. Et inversement. Mais, sii la gauche et la droite ont tort, aucune n’a raison.

Y a-t-il une bonne critique ? Celle qui montre la pensée paresseuse, et ce qui est, probablement, utile ; et qui mène à l’action.

(Une analyse de la pensée des Lumières.)

Dialectique

J’ai toujours tort, dit ce blog. Depuis que je suis tout petit, je me rends compte, de temps à autre, que ce que je crois, sans savoir que je le croyais, est faux. Peut-être que, pour avancer, il faut croire à la vérité, alors qu’elle n’existe pas ? « L’erreur est humaine » dis-je aussi. Mais il ne faut pas croire trop longtemps à une vérité donnée : « Persévérer est diabolique. » Ce mécanisme qui nous permet de marcher sur l’eau est peut-être ce que certains appelleraient la « dialectique ». Une discussion permanente avec le monde, qui se déroule en passant de certitude en certitude opposée, sans que le phénomène ne soit circulaire.

En conséquence, on ne peut pas dire à quelqu’un : « vous pensez que », en brandissant une de ses déclarations passées. Bien sûr, la loi peut condamner certains agissements contraires à l’intérêt général. Mais, pour se faire une idée de la personnalité de quelqu’un, le « juger », au sens non juridique du terme, il faut prendre en compte le mouvement qui le porte. Car notre vie c’est ce mouvement ?

Marrons cassés

Dans mon enfance, ma mère amenait à Noël une boîte de marrons glacés cassés du Comité d’entreprise de son employeur. De ce fait, je n’ai jamais aimé que les marrons cassés, et pas les marrons entiers.

On pourrait avancer que le marron cassé convient mieux à une petite main que le marron entier. Le marron cassé est plus dense en marron et en sucre que le marron entier, et donc rationnellement meilleur. Et la boîte de marrons cassés est elle-même plus remplie que celle de marrons entiers, pleine de vides. Mais c’est surtout mes normes de jugement qui se sont formées alors. Comme quoi, notre jugement est conséquence des circonstances.

Gnangnan

Une commentatrice de Flannery O’Connor disait que, dans ses nouvelles, le drame venait des personnes « gnangnan ». Exemple, une dame qui prenait en amitié un tueur, qu’elle introduisait dans sa famille, qu’il massacrait. Idem pour un instituteur et un psychopathe. (Emission de France Culture.)

« Gnangnan » veut dire mou. Une autre forme de « banalité du mal » ? Je me suis demandé si le danger ne venait pas plutôt des bien pensants, qui, par idéologie (cf. les préceptes d’une certaine religion chrétienne), ne voient le mal nulle part. Ou, du moins, ne voient que des âmes à racheter. Du coup, ne faisant rien pour le corriger, ou l’éviter, il se déchaîne sur ceux qu’ils auraient dû protéger.

Statue

Faut-il enlever la statue du général Lee ? se demandent les Américains. Après tout il fut un horrible esclavagiste. J’entendais aussi dire qu’aujourd’hui André Gide irait en prison. Non parce qu’il était homosexuel, mais parce qu’il fréquentait les adolescents. 
Doit on juger le passé avec les valeurs de notre temps ? D’ailleurs Lee et Gide n’ont-ils pas leur utilité ? Ne nous amènent-ils pas à nous dire que si des gens bien ont pu faire des erreurs, cela pourrait nous arriver aussi, et qu’il serait bien d’être prudent ? D’autant que ce sont nos pères…

Moteurs de la décision

Je me demande si l’homme n’est pas aux prises avec deux forces :
  • Ses convictions. Elles portent sur sa vision du monde, par exemple s’il est individualiste, ou humaniste. (Autrement dit s’il ne voit pas plus loin que son intérêt instantané, ou s’il pense qu’il sert une cause plus large.)
  • Son inertie naturelle, qui tend à le pousser à croire que ce qu’on lui dit est conforme à ses convictions, et donc qu’il peut rester dans un état végétatif. 
à cela vient s’ajouter le fait qu’il part avec un bagage. La société lui a lavé le cerveau, afin qu’il ne vienne pas bouleverser l’ordre existant. Ce n’est que petit à petit qu’il va comprendre que ce qu’on lui présente comme parfait est plein de contradictions. S’il a le courage de dépasser son inertie, il approchera petit-à-petit de ses convictions. Jusqu’à ne plus être victime de cette inertie. 
C’est peut-être le sort des saints ou de Socrate, ou ce que dit Confucius de l’homme de 70 ans, ou le message du Tao. Tous ce monde, plus ou moins rapidement, a trouvé sa « voie » ? Ses actes et ses paroles sont cohérents. Et ils sont adaptés à l’univers qui l’environne.