Elections au Brésil

Le candidat de « droite » brésilien a failli être élu au premier tour. France Culture le présentait, dans des informations qui précédaient l’élection, comme un être effroyable. Et disait qu’elle serait indécise…

Cela pose un problème d’exactitude de l’information que nous transmettent les « médias ». Comme aux USA, ne tendent-ils pas à ignorer, voire à refuser, la réalité ?

Ethique de l'information ?

Un universitaire se disait choqué. Dans un différend qui l’avait opposé à quelqu’un qu’il considérait comme un charlatan, les journaux avaient donné autant de poids à sa parole, et aux travaux savants dont il n’était que le porte-voix, qu’à celle du charlatan.

Il me semble que c’est une tendance du moment. Par exemple France Culture annonce une mesure du gouvernement et interviewe ensuite, pour faire équilibre, le représentants d’un parti d’opposition, ou d’une association. Les deux opinions ont-elles le même poids ? Il est difficile de ne pas penser que l’on est là devant un procédé de manipulation.

France Culture répondrait probablement qu’il refuse la « parole d’autorité », qu’elle émane du savant octogénaire ou du président issu d’une élection. Seulement, il y a d’autres façons de procéder. Il ne faut opposer à la « parole d’autorité » un ensemble aussi significatif que possible d’opinions divergentes. C’est ainsi que l’on obtient une idée des dimensions du problème, et que l’on peut juger en son âme et conscience de ce qu’il faut en penser.

Opposition

France Info disait ce matin que le projet de loi antiterroriste du gouvernement faisait contre lui l’unanimité de l’opposition. Or, la droite dit qu’il est laxiste, et la gauche qu’il est liberticide. Curieuse unanimité.

De même, j’entendais M.Trump faire une déclaration à une foule enthousiaste (au sujet de « Little Rocket Man »). Beaucoup d’hommes politiques français l’auraient envié. Le journaliste parlait d’un public « acquis » à sa cause. On le décrit généralement en France comme peu aimé des Américains. Est-ce réellement le cas ?

Nos journalistes ne feraient-ils pas bien de se pencher sur leur façon d’analyser l’information ?

Journalisme

La technique est toujours la même. Les informations de France Culture parlent d’une décision du gouvernement, elles font ensuite parler un opposant appartenant à une ONG ou un parti d’opposition. Résultat : les deux opinions ont le même poids. La seconde en a plus que la première, même. Or, elle a un poids démocratique beaucoup plus faible.

Un universitaire me disait la même chose. Un journal mettait en regard l’opinion du meilleur expert mondial d’un sujet, et celle d’un inconnu qui avait émis une théorie fumeuse. Même poids pour le lecteur.

Aux USA, le journaliste fait une enquête. Il creuse. Et il s’efforce d’entendre tout le monde. Et si l’on envoyait nos jeunes journalistes se former aux USA ? Ils nous ramèneraient peut-être des techniques que nous avons oubliées. (Les techniques d’Albert Londres ?)

Journalisme

Les journalistes ont les mêmes accents que les députés « dégagés ». Le peuple ne les écoute plus, pas plus que M.Mélenchon et Macron. (Et Mme Le Pen ?) Or, la vérité est dans la bouche du journaliste ; vous n’êtes pas équipés intellectuellement pour la trouver, disaient les invités du Grain à moudre de France Culture ce matin.
C’est nouveau. Hier, le journaliste pensait qu’il y avait mieux que la vérité. Qu’il y avait le bien. Et qu’il devait l’enseigner. Cependant, peut-être y a-t-il deux autres nouvelles, dans ce changement :
  • Le journaliste comprend qu’il peut se faire « dégager » (un des invités du Grain à moudre est éditeur de The Conversation, parole d’experts, mise en page par le journaliste). Il s’est mis à s’interroger sur son rôle. Il s’est mis à penser.
  • Pour la Révolution, l’esclavage, c’était le lavage de cerveau (en ce temps on parlait de « coutume »). La liberté, c’était parvenir à penser par soi-même. Eh bien, ce projet pourrait commencer à se réaliser : le peuple « ose penser ». 

Pourquoi le Français n'écoute-t-il pas?

Un jour mes élèves m’ont dit que si je n’arrivais pas à communiquer avec les journalistes, c’était parce que je posais des questions et que le journaliste est supposé savoir. Dans le billet précédent Edgar Schein leur donne raison.

Mais cela éclaire aussi un problème très important. Quand vous rencontrez quelqu’un, il est soit supérieur, soit inférieur à vous. C’est la logique française. Dans le premier cas, vous l’écoutez, dans le second, non. Mais, pourquoi aurions-nous un supérieur ? Ce serait injuste ! Du coup, nous n’écoutons personne.

Cela explique aussi une découverte récente. La plupart des consultants qui interviennent dans les entreprises sont ma payés. Pourtant, ils font un travail que ne sait pas faire leur client. Oui, mais être sous-traitant signifie être inférieur. Donc être un exécutant. Donc être mal payé. C’est logique, finalement.