La marque du bon journalisme

J’ai longtemps lu The Economist, pour savoir ce qui se passait en France. 

Pourquoi ? Parce que ce journal cherchait des explications systémiques, à long terme, à nos évolutions. Il voulait prévoir ce qu’allait devenir son ennemi héréditaire. Moi comme tout le monde, nous nous fichons de ce qui est en train d’arriver. Nous cherchons à savoir où cela nous mène. 

Le Monde a pris la pente inverse. Ses titres sont la traduction des annonces de la veille de la presse anglo-saxonne, ou le simple écho de ce que répètent les chaînes d’information. Epidémie de coronavirus, jour 1092. 

Le journaliste : Albert Londres, Zola, ou rien ? 

Remettons les journalistes à leur place ?

Le coronavirus est un révélateur de ridicules. 

Dans beaucoup de domaines, vaccins, manière de traiter la maladie… il n’y a pas de consensus entre scientifiques. Alors, on appelle le journaliste pour qu’il donne son opinion. Mais comment peut-il juger alors qu’en comparaison des savants qui s’affrontent, il ne sait rien ? D’autant que, bien souvent, ces savants expriment bien mieux leurs idées qu’il n’arrive à le faire ? D’ailleurs comment juger ? Ce seront les faits qui décideront. 

Que pourrait-il faire ? Nous exposer les raisons des uns et des autres, et enquêter. 

Coronavirus et éthique de la recherche en médecine

L’éthique du chercheur moderne et l’extrême facilité à manipuler génétiquement des virus rendent la fuite d’un virus expérimental d’un laboratoire bien trop facile. Il serait temps de prévenir ce risque. Il a des parades. Article publié par le CNRS.

En ce qui concerne le coronavirus, dit l’article, un laboratoire de Wuhan cherchait justement à comprendre comment un virus animal pouvait se transmettre à l’homme. Il n’est pas écarté qu’il ait fait l’objet de manipulations génétiques. Etudier cette hypothèse, à côté des autres encore possibles (que l’on a beaucoup de difficultés à prouver, par ailleurs), est le travail de la science. 

En voyant le complotisme partout, les journalistes ne rendent pas service à l’humanité ?

Le Monde made in USA ?

Il n’est question que de George Floyd, à la fois pour Le Monde ou France Culture.

Pourquoi, d’ailleurs, parlent-ils tant de M.Trump ? N’y a-t-il rien d’autre dans le monde ? Le journaliste est-il paresseux, ou est-il un démocrate américain égaré ? (Ou les deux à la fois ?)

(Au moins, il y a quelque-chose de bon dans cette affaire : le coronavirus ne fait plus la une.)

Virus et quatrième pouvoir

La presse a pris l’habitude de dénoncer les « théories du complot ». Je ne suis pas sûr que cela ne soit pas contreproductif. En effet, d’une part ses articles n’informent pas, puisqu’ils ne font que nier, et, d’autre part, ils sont désobligeants pour le lecteur. Nous ne payons pas les journalistes pour qu’ils nous disent que nous sommes des morveux ignorants.

Ce que devrait comprendre, je crois, ces journalistes, c’est que, derrière les « fausses nouvelles », il y en a une vraie : il y a un vide, une inquiétude, qu’elles comblent. Les journalistes ne répondent pas à cette inquiétude. Et si c’était, pourtant, cela, leur rôle ?

Mais comment informer, quand on ne sait rien ? Etre rassuré ne veut pas dire savoir le fin mot de l’histoire, mais comprendre que quelqu’un de compétent cherche à comprendre. C’est l’idée centrale de ce que l’on appelle « communication de crise » :

« Dîtes-moi ce qui vous inquiète, je vais enquêter. »

Mais pas enquêter comme le fait le journaliste, c’est-à-dire s’arrêter à deux ou trois interviews d’autorités pontifiantes. La presse doit enquêter, comme on le fait dans les films d’Hollywood, ou comme le fait un chercheur, ou comme devrait le faire un juge d’instruction.

Ne serait-ce pas cela, ce que signifie ce fameux « quatrième pouvoir » ?

(Vox et les causes de l’épidémie de coronavirus.)

Petit Monde

Dans mon enfance, mon père lisait religieusement Le Monde. Je me souviens qu’il en découpait souvent des articles. Puis il ne l’a plus acheté.

Je suis abonné à ses titres, mais ils ne me donnent pas envie de lire ses articles. Pourquoi ? D’abord parce qu’ils ne m’apprennent rien. Ce sont les nouvelles d’hier. Ensuite, parce qu’ils me semblent écrits pour un « microcosme », les quelques quartiers parisiens dont sont issus ses journalistes. Ce qui intéresse ce petit monde ne me concerne pas.

Le Monde de mon père devait occuper une fonction sociale, globale, universelle : une sorte de laboratoire d’idées.

Canicule : fake news ?

J’entendais la radio comparer le coup de chaud qui se préparer à celui de 2003.

Est-ce honnête ? J’ai vécu la canicule de 2003, à Paris, et il me semble qu’elle avait des caractéristiques bien différentes de ce qui se prépare. D’abord, elle a duré plusieurs semaines. Ensuite, ce qui fait les dégâts du coup de chaud, ce n’est pas la température diurne, mais la température nocturne. En 2003, la nuit n’était pas plus fraiche que le jour.

Et si nos journalistes s’interrogeaient sur l’éthique de leur métier ?

Frédéric Dard

Frédéric Dard sortait quatre ou cinq livres par an, et chacun se vendait à plus d’un million d’exemplaires. Comment expliquer son succès ? Le talent ?

Frédéric Dard est un pauvre. Il lit beaucoup, mais on lui fait faire des études de comptabilité. Un oncle a l’idée de lui faire rencontrer l’éditeur d’une revue, à tout petit tirage, locale : ne pourrait-il pas être journaliste ? Il a 16 ans. Le dit éditeur, ayant bien bu, n’a pas les idées très claires. Il l’embauche, sans salaire. Pour ne rien faire, dans les premiers temps. Puis pour collecter les revenus de la publicité dont vit le journal. Au début, il publie à compte d’auteur. Puis, à 27 ans, il rencontre celui qui est en train de fonder la collection Fleuve noir. Il cherche des auteurs pouvant produire en continu. C’est le succès.

Un succès qui ressemble à celui d’Asterix, peut-être : une fois San Antonio reconnu, on l’achète comme un paquet de cigarettes ?

Un Frédéric Dard aurait-il percé à notre époque ? L’Education nationale l’aurait peut-être éliminé du journalisme, ou aurait déformé son talent ? Elle en aurait fait un fonctionnaire de banlieue ? Il n’aurait peut-être pas trouvé d’éditeur ?…

En tout cas, l’histoire de Frédéric Dard est probablement plus celle d’une époque que celle d’un homme exceptionnel, pliant les événements à sa volonté.

(Réflexions venues d’un entretien entre Frédéric Dard et Jean-Louis Ezine, chez France Culture, en 1988.)

Journalisme : métier de classe ?

D’où viennent les journalistes ? Un article de La vie des idées.

Fini l’époque de Tintin et d’Albert Londres, ou même de Jules Vallès. Pour être journaliste, il faut faire une école de journalisme. Il y a une kyrielle de telles écoles. Mais seules les « grandes » permettent d’avoir accès aux médias prestigieux. Et, pour entrer dans ces écoles, il faut passer par sciences po ou certaines classes préparatoires. Ce qui produit des « journalistes sur sélectionnés scolairement et socialement« .

Cela a plusieurs conséquences :

  • La culture de l’investigation a cédé la place à celle de la bête à concours.
  • Les valeurs et les goûts de ces bêtes à concours de la haute société ne sont pas ceux du reste du marché. 
  • Le journalisme était un monde ouvert, il se ferme. D’où conflit entre anciens et modernes. 

Le journalisme : la société française en réduction, et sa crise ?

Les changements du Monde

Je me souviens d’un temps où mon père découpait les articles du Monde. Puis il ne l’a plus acheté.

Aujourd’hui, je reçois les titres du Monde. Aucun intérêt. Le Monde me fait penser à un France Culture qui voudrait ressembler à Europe 1.

Je pense qu’un autre positionnement est possible, et rémunérateur. Celui qu’avait le journal après guerre.