Je me souviens de mon père lisant religieusement Le Monde. J’étais frappé par sa technique remarquable pour découper sans ciseaux les articles qui l’intéressaient. Je ne sais d’ailleurs pas ce qu’il en faisait. Je doute qu’il les ait utilisés pour ses cours. Un moment, il m’envoyait les problèmes d’échecs et les bandes dessinées.
Petit-à-petit Le Monde l’a déçu. Je crois qu’à la fin de sa vie, il ne l’achetait plus. En revanche, il était devenu un grand lecteur du Canard enchaîné. (Dont je n’ai jamais pu supporter l’humour pesant!)
Il attribuait la dérive du Monde à 68. Je viens d’entendre un journaliste du Monde qui corroborait ses hypothèses : après-guerre, disait-il, le cours des choses était clair, progrès et reconstruction, à partir de 68, tout s’est brouillé. Il aurait fallu faire un travail de fond pour comprendre ce qui se passait et en tirer une nouvelle ligne directrice.
Il se trouve aussi, qu’en 69, le fondateur du Monde a pris sa retraite. Ayant perdu son barreur, Le Monde a navigué au hasard des vents qui soufflaient devant sa porte ?
(PS. J’ai aussi appris que le Monde avait été une invention de De Gaulle, qui était même à l’origine de son titre. Il voulait un journal qui représente la pensée de la France, plutôt que telle ou telle idéologie, ou nouvelles locales. Ayant mis à sa tête un incorruptible, il a récolté un journal d’opposition.)