Boris Johnson, le dirigeant qui déraille

Cette semaine, on parle beaucoup du « chaos » qui règne dans la tête de Boris Johnson. (Il se trouve qu’il semble avoir perdu le contrôle d’un de ses discours.)

Est-ce dangereux d’avoir un tel homme à la tête d’un pays ?

Son équipe faisait savoir qu’il n’était pas seul. 

Mais il est surtout possible que ce comportement soit le résultat de la sélection naturelle. M.Johnson ne serait pas là s’il n’avait pas quelques qualités. Et être chaotique en est une, parce que cela rend imprévisible. 

Désunion européenne ?

Ecouter la BBC a un effet miroir. 

L’autre jour, un journaliste interviewait un ministre irlandais au sujet des différends entre la Grande Bretagne et l’UE. Le journaliste expliquait que le gouvernement anglais estimait que l’UE est toujours la première à lâcher lorsqu’on lui impose un rapport de force. D’où sa tactique. 

Il n’est pas impossible que ce soit ce que tout le monde pense. Et même que ce soit le cas. 

Cause ? Manque de solidarité ? L’Union n’est pas une union ? 

Covid, c'est reparti pour un tour

L’épidémie de coronavirus, en Grande Bretagne, est en recul. Elle y a fait de très gros dommages. Elle semble maintenant toucher le continent. La Hollande confine. 

Quelle stratégie va adopter le gouvernement français ? 

Quand on considère le cas anglais, on peut se demander si ce n’est pas le « trouble à l’ordre public » qui est la principale préoccupation d’un gouvernement. Boris Johnson a démontré que l’Anglais tolérait un haut niveau de décès, en échange d’une absence de contrainte. Dans cet ordre d’idées, l’intérêt de la vaccination n’est pas son efficacité, mais le fait qu’elle est suffisamment convaincante pour diviser l’opinion, et permettre de régner. 

D’ailleurs, il est possible que la meilleure vaccination soit d’attraper le mal. Serait-ce le pari de M.Johnson ? Ce qui ne tue pas renforce. Si l’on prend en compte les porteurs sains, une grosse partie de l’Angleterre pourrait donc être protégée, et peut-être même pouvoir résister, sans encombrer les hôpitaux, aux nouvelles variantes du virus. 

Nous sommes bien peu de choses ? Peut-il en être autrement lorsqu’une seule personne a la responsabilité de dizaines de millions d’êtres humains ? 

Virus et démocratie

B.Johnson interdit aux médecins non vaccinés de pratiquer. Mais le service de santé anglais, en difficultés, ne peut pas perdre de médecins. Cette décision va-t-elle faire plus de mal que de bien ? (Débat de la BBC.)

Cela ressemble à un exercice de philosophie. Comment prendre la bonne décision, alors qu’il y a des morts à la clé ? Effrayant ?

En tout cas, la situation anglaise présente des paradoxes : 

  • Ceux qui devraient être les mieux informés concernant le vaccin, certains médecins, semblent douter. Pourquoi ?
  • Quid du droit d’objection de conscience, dans une société libérale ? 
  • Pourquoi M.Johnson ne veut-il pas de la « distanciation sociale » adoptée partout ailleurs ? 
  • Pourquoi y a-t-il beaucoup plus de morts du coronavirus en Angleterre que dans des pays comparables ?
  • etc. 

Et s’il y avait incompatibilité entre démocratie et la façon de diriger de M.Johnson ?

K.Lewin disait que la technique de conduite du changement en milieu démocratique était le « changement planifié ». Il consiste non à partir des idées de M.Johnson, mais de la réalité du peuple, et, en particulier, des médecins. Et de comprendre ce qui est ou non possible et désiré. Une fois que l’on a un plan qui convient à tout le monde, c’est le « bas » qui le met en oeuvre, coordonné par le « haut ». 

France forte ?

Querelle de la pêche. La BBC interviewe, samedi dernier, un représentant du port de Calais. Il est désolé. De tels embarras pour seulement 40 bateaux. Auparavant la BBC avait annoncé que la France avait demandé à l’UE de décourager le séparatisme. 

Peut-être que le gouvernement a compris que Boris Johnson a adopté la tactique du voleur chinois, ou de la grenouille. Qui vole un oeuf vole un boeuf, autrement dit. Zéro tolérance. 

Et si l’on n’arrêtait pas là ? Et si la France se convertissait à la doctrine Trump / Poutine ? Le rapport de force ?

Et l’Allemagne, comme réagirait-elle ? Elle est forte économiquement et faible moralement ?

C'est Mme Thatcher qu'on assassine

Levelling up. Programme de Boris Johnson, depuis son élection. C’est l’enterrement de Mme Thatcher. (Mais aussi de ses successeurs.)

« Les talents sont également répartis partout, mais pas les opportunités« , dit M.Johnson. Ce qui semble simple bon sens. En cause : « quarante ans d’un mauvais modèle économique« . La raison du Brexit ce n’est ni l’UE, ni l’immigration, c’est le libéralisme.

On parle de « reconstruction« , et les zones dévastées, qui furent jadis la gloire industrielle du pays, sont comparées à l’Allemagne de l’est, avant la réunification. Un « New deal » à la Roosevelt est nécessaire, tant les investissements à consentir sont colossaux. Et il faudra au moins une décennie pour réussir. 

En attendant M.Johnson a siphonné les voix du parti travailliste, dans les fiefs de celui-ci. 

Va-t-il réussir ? L’important est le diagnostic. La politique que l’Angleterre mène depuis 40 ans a dévasté le pays. 

(Or, cette politique a été imitée partout.)

Combattre Zemmour

Comment combattre Eric Zemmour ? se demandent les partis politiques. 

Peut-être imiter MM.Biden et Johnson ? Ils ont cherché à comprendre pourquoi on avait voté Trump et Brexit. Et ils ont trouvé l’équivalent de nos gilets jaunes (probablement en plus mauvais état). Des gens qui avaient beaucoup de difficultés. 

Et le discours ? Pas besoin de surenchère. Simplement leur annoncer que l’on va les sortir de l’ornière. Solidarité. Comme le gouvernement l’a fait avec l’économie pendant l’épidémie. 

Et si tout le monde retrouve de « bons emplois », comme on le dit en Angleterre, cela signifie que l’économie marche, et que les dettes n’en sont plus, elles ont été des investissements. 

Examen de gouvernement

Une commission parlementaire a étudié la gestion de la pandémie par le gouvernement Johnson. Il aurait pu mieux s’y prendre, ce qui aurait évité un nombre considérable de morts inutiles, mais il a été particulièrement efficace en phase de vaccination. 

Ce type de commission est-il usuel chez nous ?

Une démocratie en ordre de marche, de temps en temps, essaie de tirer des leçons de son expérience ? 

Inévitable Brexit

L’Angleterre fait un virage à 180 degrés. L’ultralibéralisme, la loi du marché, le Thatchérisme et le Blairisme, c’est fini. Boris Johnson veut que son pays tire le meilleur de ses citoyens et de ses ressources. Productivité, haute qualifications, hauts salaires. Il siphonne les voix de la gauche. Et il prend l’entreprise à son propre jeu : sera-t-elle capable d’innover ? De justifier ses prétentions au génie entrepreneurial, qu’elle rémunère déjà si généreusement ? 

Sans Brexit, ce changement n’était probablement pas possible. Il faut savoir brûler ses vaisseaux ? Surtout quand ils sont pourris ? Car le pays semble dans un fichu état. 

Maintenant, Boris Johnson est face à son destin. Celui de Churchill ? Saura-t-il provoquer un réflexe salvateur chez un peuple qui s’enfonce depuis, peut-être, l’ère victorienne ? 

(Mais nous n’avons probablement rien à lui envier…)

Gendarme et voleur

Quand j’étais petit, je jouais au gendarme et au voleur. Ce qui m’a toujours surpris, c’est que mes camarades préféraient être les voleurs. Il est stimulant de défier l’autorité ?

J’ai l’impression que c’est dans l’air du temps. Que peut faire Boris Johnson, sinon un mauvais coup ? Mais pourquoi s’en priverait-il ? S’il est pris, il devra se conformer à ses engagements. Sinon, il aura gagné. Et voilà pourquoi nous soupçonnons notre gouvernement de nous cacher quelque chose : fors l’honneur, qui ne compte plus, il n’à rien à perdre. 

Mais, au fond, n’est-il pas plus stimulant de jouer le gendarme que le voleur ? Car le gendarme, lui, ne peut jamais gagner définitivement. Et revanche, une seule erreur peut être fatale. Le gendarme vit les mêmes sensations que l’alpiniste à mains nues ?