Génération espoir ?

Je mène actuellement une étude sur les start up industrielles. Ce que j’observe :

Aspiration à un « monde meilleur ». Beaucoup d’entrepreneurs, pas tous jeunes, ont décidé de donner un sens à leur vie, en ayant un « impact » sur l’évolution du monde. 

Ils semblent avoir une démarche systématique qui consiste à attaquer un à un ce qui fait notre vie, et à se demander comment le rendre vertueux. Même si l’argent est le dernier de leurs soucis, s’ils réussissent, ils seront, du fait de l’ampleur des sujets qu’ils attaquent, le GAFA de demain. 

Ils sont l’envers de nos chefs d’entreprise traditionnels : ils sont la génération « start up » et réseaux sociaux, ils communiquent bien, maîtrisent les outils du management, cherchent des fonds… Mais, il leur manque aussi ce qui fait la force de l’entreprise traditionnelle : son savoir-faire, mais aussi sa résilience. 

Leur action révèle un phénomène surprenant : ils se heurtent à des institutions, publiques et privées, qui ont une guerre de retard.  

Génération espoir ? On me décrit les jeunes comme ayant envie d’apprendre et de mener une vie qui a du sens,  « un meilleur monde pour tout le monde », comme je le disais plus haut, mais surtout, ce qui est surprenant pour notre culture, comme la génération de l’entraide. 

(à suivre.)

Jeunes en crise existentielle

Un architecte me disait ne plus pouvoir recruter. Le jeune architecte ne sait plus à quel saint se vouer. Il ne sait pas même s’il veut être architecte, ou élever des chèvres. Il est « incapable d’imaginer le monde de demain ». 

Il en est de même de la médecine. Non seulement 25% des diplômés ne pratiquent pas, mais le médecin (très souvent une femme), ne veut pas travailler plus de 3 ou 4 jours par semaine. Et encore pas avec les horaires de ses prédécesseurs. Si bien qu’un médecin me disait avoir été remplacé par deux personnes. 

J’interviewe actuellement de jeunes entrepreneurs. J’entends toujours la même histoire : perte de repère, découverte de l’écologie, je veux sauver la planète, par une forme d’entrepreneuriat social. Mais je ne suis pas prêt à tout pour cela. 

Qu’en penser ? En vrac :

  • Est-ce que tous les jeunes sont touchés, ou, seulement, ceux qui jouissent d’une forme de « privilège » ? 
  • De la puissance du lavage de cerveau auquel nous soumet la société ? Avons-nous toujours conscience, de « l’impact » qu’ont nos nobles idées sur le cerveau vierge de nos enfants ? 
  • Ce mouvement a, indirectement, une logique économique. La transition climatique est l’équivalent d’une reconstruction d’après-guerre. Un marché colossal s’ouvre. 
  • Par rapport au machiavélisme qui a toujours régné en Occident, cet état d’esprit est nouveau. Pour cela, ces jeunes méritent de réussir. Il faut les aider. Les aider à ne pas désespérer, s’ils rencontrent des difficultés, mais, aussi à ne pas trahir leur mission, s’ils réussissent. 

Génération impact

La jeune génération rêve d’avoir un « impact ». Du moins celle qui appartient à la classe supérieure. 

Qu’entend-elle par là ? Faire du bien à l’humanité, à la nature, à la planète. Mais, pas n’importe comment. C’est la transition climatique ou la mission des ONG. 

S. Zweig raconte que la passion des jeunes de son âge a été la littérature, alors que celle de ceux qui les ont suivis était le football ! Et il aurait pu ajouter que, quelques-temps après, la jeunesse était hitlérienne.

Le jeune est extraordinairement sensible aux modes ! Encore incapable de penser par lui-même, il croît aux absolus ? (Ce qui est peut être la première étape de la pensée.) La jeunesse est un « fait social » dirait peut-être Durkheim. D’où le paradoxe du conflit de générations. Les jeunes affrontent les vieux avec les idées de ces derniers, que ceux-ci, en bons hypocrites, ne reconnaissent pas !

Pour autant, faut-il s’en moquer ? Cette aspiration à l’impact annonce peut être un homme nouveau. Petit enfant de 68 ? Il rompt avec la passivité du citoyen et du salarié gaullien ? Il aspire à penser et agir par lui-même ? Résultat inattendu de l’épidémie ?

Jeunesse optimiste ?

Enquête sur la jeunesse. Ce n’est pas ce que j’entends à la radio (enquête de Challenge, commentée par Telos.)

  • Elle serait plus préoccupée par la fin de mois que la fin du monde (ce qui est normal : elle doit gagner sa vie)
  • Ses valeurs sont plus collectives (entraide…) et moins individualistes que celles des générations anciennes. 
  • Elle est plutôt optimiste. 

Jeunesse pragmatique ? Voilà qui augure bien de l’avenir ? 

(Et pose la question de savoir si les journalistes, qui ne nous donnent pas cette image de la jeunesse, ne projettent pas sur elle leurs fantasmes… de vieux blancs, individualistes et inquiets.)

(Baby) Boomers : une occasion de vous faire aimer ?

Les jeunes seront une victime collatérale de l’épidémie, dit-on. Les entreprises, par précaution, ne recrutent plus. Les quelques places libres seront réservées, comme d’habitude, à la jeunesse dorée des écoles prestigieuses.

Les mesures de confinement auront servi à sauver les personnes âgées. N’y a-t-il pas là une chance à exploiter, pour elles ? Venir au secours des jeunes ? Se mobiliser pour que l’économie se remette à les employer ? Et, du coup, enterrer « OK Boomer » ?

La jeunesse a-t-elle raison ?

Un mouvement adolescent se manifeste en faveur du développement durable. La presse se réjouit de ce mouvement. La vérité sortirait-elle de la bouche des enfants ?

La loi parle d’un « âge de raison », et protège les enfants, parce qu’ils n’ont pas toute leur tête à eux. D’ailleurs, les jeunesses furent, un temps, hitlériennes ou soviétiques. La jeunesse est facile à embrigader. La jeunesse c’est le temps, pas toujours heureux, des certitudes simplistes.

Start up nation

On se plaint des jeunes. Egoïstes, irresponsables, sans culture, reliés à un écran, ils vivent dans un monde virtuel et stupide…  Deux observations :

  • Je n’ai pas l’impression qu’ils différent tant que cela de leurs parents. Ce qui n’a rien de paradoxal : nos défauts ne sont gênants que lorsqu’ils apparaissent chez les autres. En outre, toutes les mauvaises habitudes qu’ils ont acquises ne sont que la contrepartie de l’économie de marché qui nous nourrit tous. Ils sont les premières victimes de la transformation numérique qui doit faire notre bonheur, en particulier. 
  • Ensuite, ils ne sont irresponsables que parce que nous ne leur laissons pas de responsabilité. Entre eux, ils se rendront vite compte qu’ils doivent changer leur façon de faire. 

La peur du paradoxe

Lorsque j’enseignais, les dernières années, je faisais peur à mes élèves…
L’exercice que je leur proposais était le paradoxe. Qu’est-ce qui leur paraissait bizarre ? Innocent, et évident, non ? Pourtant cela provoquait des comportements étranges. Paradoxe du paradoxe.

Le savoir-faire de la jeunesse serait-il de nous dire ce que nous avons envie d’entendre ? Elle n’a pas d’avis, elle adapte son ramage à nos idées ? Elle a peur, en révélant ce qu’elle pense, de se faire condamner, ou de trahir ce qu’elle croit être la noirceur de son âme ?!

Les vertus de Pokemon Go

J’ai découvert Pokemon Go, grâce à mes jeunes cousins. Jeu électronique qui consiste à capturer des êtres bizarres qui apparaissent un peu partout dans la nature. Puis à les faire éclore, ce qui demande des kilomètres de marche. C’est le début, ensuite la chose se complique et dépasse mes capacités de compréhension. 
J’ai immédiatement pensé que c’était le jeu de Michelle Obama. Anti-obésité. Il prend le jeune par son vice, le jeu vidéo, mais le transforme en une vertu : il le fait marcher, donc maigrir. Et cela réussit : un cousin me dit avoir perdu 6Kg, pour parvenir au niveau 18. 
(Mais des amis d’une cousine se font payer pour porter des téléphones… Tout le monde n’a pas compris où était l’intérêt du jeu.)

Les jeunes votent FN

Les jeunes voteraient FN (à 35%), d’après France Culture, hier. Les jeunes de 68 voulaient sortir du corset gaulliste, les jeunes modernes aspirent à l’ordre, ai-je entendu. Cela m’a rappelé un souvenir. 
L’an dernier, j’ai eu une surprise. J’ai entendu une classe de Master 2 de Dauphine, université du 16ème, parler à la fois : 1) classement international, implantations à l’étranger, cours systématiquement en anglais et 2) on nous donne des notes, mais on ne corrige plus nos devoirs, or, sans « flicage« , sans « armée« , sans autorité donc, la vie n’a pas de sens. 
J’ai interprété cela comme un désir d’URSS. Or, je voudrais que mes élèves soient des hommes libres ! J’aimerais qu’ils jouent dignement leur rôle de membre de l’entreprise. Mon enseignement cherche à leur faire découvrir les erreurs fatales à une entreprise ou à une carrière. Il veut encourager une forme d’esprit critique, « l’in quiétude », qui pour moi est la seule assurance sur la vie. Je veux aussi leur montrer que « s’ils veulent, ils peuvent ». Pour que toutes ces idées soient comprises, il faut pratiquer, expérimenter. En outre, il n’y a pas une seule façon de faire, chacun doit trouver la voie qui lui va. Mon rôle est donc de fournir des conditions d’une prise de conscience. Ce qui sous-entend une forme de fermeté : reculer devant un obstacle est interdit. 
Ce que je comprends maintenant. Je ne dois pas ressembler aux autres enseignants. J’entendais un professeur d’histoire dire que l’Education nationale croit que l’élève en sait plus que ses professeurs, qu’il ne faut rien lui imposer. C’était peut-être de cela que me parlaient mes étudiants. 
Mais, paradoxalement, n’y aurait-il pas une forme de réaction du corps professoral ? On n’a jamais mis autant l’élève en notes et en équations. Exemple. Le Master2 dont il est question ici était auparavant un DESS. Ses créateurs l’avaient conçu pour que ce soit une année de réflexion sur l’entreprise et d’épanouissement de l’élève. Une sorte de récompense, une détente après des années de travail et de sélection. On y rencontrait tous types d’enseignements, des techniques de management aux sciences humaines. Alors que le contrôle de gestion, la spécialité du Master, consistait à « encadrer l’autonomie » de l’employé, aujourd’hui, on ne parle plus que de comptabilité et de tests. Du qualitatif on est passé au quantitatif. L’autorité y a changé de définition. De la « force tranquille » de la compétence, elle est devenue ligne un rien totalitaire ?
(Je me demande si ce que je dis du DESS ne correspondait pas à un principe de l’enseignement français. A une phase de sélection sauvage succédait une sorte de sas de ré acclimatation à la vie réelle, visant à corriger les biais induits par la phase précédente. Cela expliquerait pourquoi les grandes écoles semblaient ne rien enseigner. Peut-être aussi y a-t-il eu une forme de dérive ? Les enseignants initiaux étaient peut-être des modèles, ils sont devenus des tâcherons ?)