Anti quoi ?

On dit que l’extrême gauche est devenue antisémite. C’est, d’ailleurs, une tâche sur la réputation du parti travailliste anglais dont il a beaucoup de mal à se débarrasser.

Mais n’est-ce qu’une question d’antisémitisme ? Quand je regarde la société actuelle, ce qui a été liquidé, c’est « le rêve de mon père », comme aurait dit Obama. Toute son ambition a été de construire une famille. Il est quasiment mort à la tâche. Et son idéal était celui des valeurs de la République. En particulier l’ascenseur scolaire, qui lui avait permis de faire des études. Or, il n’y a plus d’ascenseur.

D’ailleurs, je me souviens d’avoir entendu Sartre traiter de « bourgeois » des gens comme lui. Quand on connaît le milieu auquel appartenait Sartre, il lui a fallu un sacré toupet pour lancer une telle fatwa.

Paradoxe révélateur ? L’autre jour, les informations de la BBC traitaient de l’insécurité que ressentent les étudiants juifs, au sein des campus universitaires américains. Alors que je m’attendais à ce qu’elle interviewe un manifestant pro Hamas et un étudiant menacé, elle s’est adressée à une manifestante juive. Le « révolté » serait-il suicidaire ? Car, même s’il n’est pas juif, comme Sartre, il nie ce qu’il est. Il s’en prend à ses frères, en se prétendant le champion de telle ou telle communauté qui vomit ses valeurs.

Expression de la crise existentielle d’une certaine jeunesse ?

Classe dangereuse

J’entends que l’armée fait sortir l’étudiant manifestant du campus américain. Ancienne tradition ? On pense à 68, mais, au 19ème siècle, les polytechniciens ont dû participer à toutes les révolutions.

Pourquoi l’étudiant tend-il à manifester ?

Il a du temps, pas de responsabilités, et c’est plus amusant de manifester que d’étudier ? Après tout l’étude et l’immobilisme qu’elle exige ne sont-ils pas contre nature ? Peut-être aussi faut-il évoquer ce qu’a si bien exprimé Platon dans La République : pour l’intellectuel, tout est simple, il y a le bien et le mal. Sans compter que, comme Platon, il a un colossal complexe de supériorité. Il pense que la direction de la cité lui est due. Ou encore une théorie de Kurt Lewin : lorsque l’on entre dans un monde que l’on ne connaît pas, comme le fait l’adolescent, on n’en comprend pas la subtilité. En outre, l’étudiant ne prend pas de grands risques : dans nos sociétés l’étudiant jouit d’une forme d’immunité, surtout lorsqu’il vient du meilleur monde.

Il faut bien que jeunesse se passe ? Mais ne serait-il pas préférable qu’elle se passe ailleurs que dans une université ?

Z pour Zombie ?

We must stop the smartphone social experiment on our kids
China has been way ahead of the west in seeing the dangers of raising a generation of zombies

Financial Times du 30 mars

Génération Z pour Zombie ? Il n’y a peut être pas que le smartphone en cause. Curieusement les courants dominant notre société croient à la puissance de la parole et de la manipulation des esprits. Qu’il s’agisse du capitalisme triomphant post mur de Berlin et de sa publicité et de ses bulles spéculatives ou des courants « socialement avancés », qui font la promotion de la femme, du genre, du climat, etc.

A-t-on pensé à l’impact que toute cette manipulation peut avoir sur un esprit en formation ? N’est-ce pas pour cela, que, jusque-là, on essayait de le protéger ?

(Les Chinois ont peut-être bien compris tout l’usage qu’ils peuvent tirer des réseaux sociaux : Affaires étrangères, de France culture, faisait remarquer, samedi 23, qu’alors qu’ils les interdisent chez eux, ils ont inventé TikTok, qui est ce qui se fait de mieux en termes de destruction de cerveau occidental.)

Conflit de générations

Un entrepreneur mûr me parlait d’incommunicabilité. Il ne parvient pas à parler aux entrepreneurs jeunes. Pourtant, son métier est le développement durable.

Il donne une explication à laquelle je n’avais pas pensé : le jeune est convaincu que le vieux est coupable de l’état de la planète, et qu’en conséquence, ce dernier est un dangereux incompétent. Et, surtout, qu’il, le jeune, doit suivre ce qu’il a dans la tête. Tout ce qu’on peut lui dire ne compte pas, il est faux.

L’intérêt que je vois dans cette hypothèse est qu’elle donne un nouvel exemple d’une situation dans laquelle un homme peut se couper du reste de la société et, surtout, inventer une « vérité alternative », qui vient de nulle part. Au fond, c’est ce que l’on a appelé le « phénomène communautaire ». C’est peut-être, tout simplement, l’explication du fanatisme.

Quels en sont les ingrédients ? Personne coupée de la réalité ? Résultat à la fois du « libéralisme » qui rompt le lien social, par principe, et d’un bombardement de l’individu, isolé, de slogans idéologiques, quels qu’ils soient ?

Pénurie RH

Curieux. La question du recrutement. On accuse le chômeur, la génération Z, la paresse endémique du Français… Pourquoi ne voit-on pas la nature du problème ?

On ne forme que des intellectuels. Des chefs. Il y a désormais quasiment 100% de bacheliers, et une quantité phénoménale de Bac + 5 (plus d’un quart d’une tranche d’âge). Or ce n’est pas ce dont notre économie a besoin.

D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Elle est vraie un peu partout dans le monde. Y compris en Chine, où le chômage des jeunes est considérable. (Plus de 20%.)

En fait, je me demande si la « pénurie RH » ne pose pas une question plus subtile que celle d’une mauvaise orientation. Tous les jeunes étant des chefs, ils ne supportent pas d’être traités comme des subalternes.

Ce sont, peut-être, simplement les relations sociales qui sont à réinventer… Vivre dans une société d’égaux : qu’est-ce que cela signifierait ?

Les conditions de l’homme moderne

Un voisin dit avoir consenti de « gros sacrifices » pour acheter sa maison. S’il l’a fait, c’était pour ses enfants.

Bien jugé ? Car s’ils étaient restés dans leur quartier d’origine, pourtant pas bien loin de chez nous, ils auraient été au milieu d’une jeunesse révoltée. Alors qu’ils semblent particulièrement vifs, prometteurs, et sympathiques (ils me demandent avec une politesse irrésistible d’aller chercher leur ballon qu’ils ont envoyé dans mon jardin !), qu’aurait été leur avenir ?

De la traduction

« Je ne suis pas dans leur tête ». C’est amusant la traduction : une interview de la BBC commence par ces mots. Puis la voix de l’interviewée est noyée par la traduction. Curieusement, les dits mots ne sont pas traduits. En fait, en dehors d’eux et de la traduction, je n’ai aucune idée de ce que disait la personne en question.

Or, la personne en question semblait dire, si j’en crois ses premiers mots, qu’elle ne parlait pas pour elle-même, mais pour les manifestants de Nanterre et d’ailleurs. Si je comprends bien le droit français, ce témoignage n’a pas de valeur.

Certes, mais que disait cette traduction ? Que les manifestants français se sentaient abandonnés.

L’autre jour j’assistais à une conférence. Un élu du 94 expliquait que son territoire était ravagé par le chômage, particulièrement des jeunes, et par la logistique, et que personne ne s’en occupait. Alors, il avait pris le taureau par les cornes. Il avait anticipé le programme Territoires d’industrie, et recherché à ré industrialiser son département. Tout en repoussant la logistique, qui le rendait invivable, hors de ses murs.

La solution aux manifestations ?

(On m’a dit depuis que c’était un élu communiste.)

Grande démission

Tout le monde se lamente de ne pas trouver de talent ?  

Question, et ma réponse :

Faux. Ceux qui en trouvent, ont commencé par se demander : pourquoi devrait-on venir travailler chez moi ? Et ensuite, ils se sont demandé quels étaient les talents des nouvelles générations. Et ils ont compris que ceux qu’ils cherchaient n’étaient pas les bons.  

Justification : avec un groupe de « collègues », je recueille des témoignages sur ce sujet, depuis plus d’un an. Il n’y a pas un problème qui n’ait trouvé une solution simple, élégante, et à coût quasi nul. Et ce que soit la terrifiante question du désastre qu’est l’éducation nationale, ou celle du « décrocheur », dont certains de nos interviewés font des champions, avec un taux d’échec nul ! Remuez-vous les fesses !

Les meilleurs restent

Quels arguments pour retenir un jeune qui souhaite quitter la France pour créer son entreprise ailleurs ?

Une question qui m’est posée. Ma réponse, qui résume mes impressions du moment, et plus d’une vingtaine de discussions avec des « start-up », ainsi que quelques séances d’aide et pas mal de temps d’accompagnement d’entrepreneurs :

Un argument totalement égoïste. L’aide à la start-up en France est sans commune mesure avec ce que l’on trouve ailleurs ! Notre pays est devenu extraordinairement généreux pour ses entrepreneurs, ne serait-ce que grâce au chômage, qu’ils peuvent toucher pendant le lancement de leur entreprise. Et, en plus, on peut recevoir des prix, des prêts d’honneur, avoir des financements en fonds propres locaux, régionaux, nationaux, de “business angels”, de plates-formes de crowd funding, être hébergé par un accélérateur… Les montants levés sont considérables et étaient proprement inconcevables il y a encore quelques années.

Le danger est là : lancer son entreprise en France et partir ailleurs ensuite. En effet, la seconde phase de son développement fait rencontrer “l’irrationalité qui rend fou” de notre pays. Aussi bien en ce qui concerne l’Etat et le secteur public que le secteur privé, en particulier les fonds d’investissement. Mais “qui veut peut”. L’expérience montre que celui qui persévère réussit. Et que l’épreuve le rend particulièrement fort. Car notre pays a beaucoup d’atouts : en dépit des délocalisations, il a gardé énormément de savoir-faire et la force du Français est la réelle innovation : faire ce qui fait peur à l’Allemand et aux autres nations. Et le faire avec étonnamment peu de moyens. C’est le “système D”.  

Génération déboussolée

La fille d’un ami demande que l’on parle d’elle au masculin, me disait un ami. Non qu’elle veuille changer de sexe, mais parce qu’elle juge que cela convient mieux à la nature réelle de son tempérament. 

Voilà qui est curieux, remarquait cet ami. 

Mais n’est-ce pas normal ? Les enfants sont élevés au milieu des théories inventées par les adultes. Et celles-ci sont, par nature, incohérentes, parce qu’elles correspondent, essentiellement, à la rationalisation d’intérêts en conflit. L’esprit malléable des enfants est la victime collatérale de l’irresponsabilité de l’adulte.

C’est ainsi que les jeunes veulent être des entrepreneurs, mais pas pour gagner de l’argent, et tout en ayant de longues vacances. Ou qu’ils sont férocement écologistes, tout en consommant du voyage en avion comme personne avant eux… 

En fait, ces idées ne sont pas nécessairement idiotes. Prises indépendamment, elles ont même quelque-chose d’essentiel. C’est ce qui en fait leur puissance persuasive. 

Mais il s’agit des problèmes que la génération d’avant n’a pas su résoudre. 

La mission de la nouvelle est de s’extraire de l’absurde qu’on lui a légué pour lui donner un sens ?