Evaluer un changement : la méthode DICE

Soit un changement divisé en une quantité de sous-projets, comment faire pour s’assurer qu’ils vont réussir ? Les évaluer. La méthode est relativement simple. Il faut noter de 1 (bon) à 4 (mauvais) chaque projet sous 5 angles.
  • Durée. Y a-t-il des revues régulières du projet ? (D)
  • Compétence et moyens de l’équipe projet (I).
  • Niveau d’engagement de la direction (C1).
  • Niveau d’engagement du management intermédiaire (C2).
  • Effort supplémentaire demandé aux employés du fait du changement (E).
Si le score du projet, D + 2I + 2C1 + C2 + E, est au dessous de 14, il est bien parti. Au dessus de 17, c’est mal engagé. Entre les deux, c’est incertain.
(SIRKIN, Harold L., KEENAN, Perry, JACKSON, Alan, The Hard Side of Change Management, octobre 2005.)

Commentaire : 
  • En réalité, l’évaluation ne va pas de soi. Les critères sont ambigus. Mais, ce n’est pas grave. Au contraire. Tout l’intérêt de la méthode est de forcer au débat et à l’interrogation.
  • Plus curieusement, le bon changement n’est pas celui dont tous les sous-changements sont garantis de réussir. Le bon changement contient une part d’expérimentation, donc de risque. Le changement doit donc être vu comme un portefeuille de projets dont certains ont le « droit » d’échouer.

Contrôle d’identité : mesure vexatoire ?

Le gouvernement veut réglementer le contrôle d’identité. Apparemment, c’était une urgence.

La raison en est que les personnes qui ne paraissent pas françaises de souche sont beaucoup plus contrôlées que les autres par la police, et, surtout, que cela est vexatoire : le contrôle se fait dans les lieux publics. Les étrangers paraissenteffectivement estimer que c’est inadmissible et que nous avons « la plus mauvaise police du monde ».
Tout cela m’a rappelé une anecdote. À une époque où j’étais jeune et j’avais laissé pousser ma barbe, je me suis trouvé dans une gare Saint Lazare patrouillée par l’armée. C’était une année d’attentats islamiques. Étant en blouson de cuir, en jeans et en baskets, et fier de mon aspect de dur, j’étais sûr d’être contrôlé. Pas du tout. Les militaires ont choisi un attendrissant amoureux de Péné version Michael Jackson café au lait de werewolf, en costume, cravate, et bouquet de fleurs.

Pourtant, j’ai du mal à croire que l’armée et la police soient fascistes et bornées. Je pense plutôt qu’elles sont faites d’un petit peuple de gens consciencieux, qui travaillent dans de mauvaises conditions, et que les résultats qu’elles obtiennent sont plutôt bons.

Et si les contrôles au faciès étaient simplement une façon de rassurer l’opinion ? De montrer que les forces de l’ordre sont là ? Et s’ils avaient été encouragés par la hiérarchie policière, voire politique ? Pourquoi combattre une mesure vexatoire par une autre mesure vexatoire ? N’y avait-il pas un moyen plus habile de faire respecter les droits de l’homme ? Notre gouvernement veut-il nous faire passer le message que, quel que soit le régime politique, c’est toujours le lampiste qui trinque ? Et que l’homme compte moins que des principes abstraits ? 

Rationalité humaine

On me racontait il y a quelques temps que des employés s’étaient convaincus que le nouveau logiciel qu’on allait installer était tellement mal conçu que la touche d’ordinateur (« F4 ») qui, chez son prédécesseur, permettait de sauvegarder leur travail, ferait exactement le contraire. À tel point que des directeurs d’unité envisageaient de la supprimer des claviers ! Rumeur sans aucun fondement.

Comment se peut-il qu’il puisse y avoir de la fumée sans feu ? Des rumeurs aussi précises, et totalement fausses ?
Cela expliquerait’il le comportement des marchés ?
Faut-il évoquer la théorie de Paul Watzlawick selon laquelle de telles fables ont un rôle dans la régulation interne des groupes humains. En fait, ça les empêche d’exploser ? (Il cite une pièce de théâtre dans laquelle un couple a inventé l’histoire d’un enfant mort.)
Compléments :
  • Watzlawick, Paul, Beavin Bavelas, Janet, Jackson Don D., Pragmatics of Human Communication: A Study of Interactional Patterns, Pathologies and Paradoxes, WW Norton & Co, 2011. (cf. billet)

Communication et comportement

Watzlawick, Paul, Beavin Bavelas, Janet, Jackson Don D., Pragmatics of Human Communication: A Study of Interactional Patterns, Pathologies and Paradoxes, WW Norton & Co, 2011.

Ce livre s’intéresse à l’impact de la communication entre individus sur leur comportement. Son idée centrale est que tout est communication dans un échange, et cette communication qui rebondit entre membres d’un groupe qui interagissent crée un mécanisme de contrôle du groupe (je m’ajuste en fonction de ce que je sens de la perception de l’autre). Bref, grâce à la communication, le groupe devient un « système » : il développe des mécanismes qui le contrôlent.

Jusque-là la psychologie avait hérité, comme les autres sciences, de l’hypothèse matérialiste (tout n’est que matière et énergie) inhérente à la pensée occidentale. Que le groupe soit un système permet de comprendre que ce qui est anormal dans l’absolu ne l’est plus relativement à ses mécanismes de stabilisation. La schizophrénie, par exemple, est, dans certaines conditions, le seul moyen possible de se comporter. D’une certaine façon le comportement individuel est une caractéristique d’un système. Nous paraissons agir, mais nous sommes mis en mouvement par notre environnement. D’ailleurs, dans certains cas, nos comportements collectifs, nos rites, n’ont aucun sens, sinon de maintenir ensemble le groupe. Ce sont des fictions.

Ces systèmes peuvent produire des cercles vicieux destructeurs (cf. la schizophrénie). Typiquement, l’individu est pris au piège d’une relation dont il ne peut s’extraire, mais qui lui impose des injonctions contradictoires. Il y répond, en quelque sorte, en débrayant sa raison.

Pour sortir de ces cercles vicieux, il faut s’extraire du système vicié. Il ne faut plus suivre les règles de communication, mais se placer au dessus d’elles pour les analyser. Ce qui demande (toujours ?) un médiateur.

Quant au schizophrène, on doit le traiter par le symptôme : en le plaçant dans une situation dans laquelle ses contradictions lui deviennent inacceptables.

Un autre phénomène important. La communication est à la fois « numérique » (contenu / syntaxe) et « analogique » (véhicule la nature de la relation / sens). Pour arriver à comprendre la réalité d’un message il faut un bon échange entre les deux. L’hystérie serait une conséquence d’une faiblesse dans la traduction de l’un à l’autre. 

L’invention de Barak Obama

En écoutant un débat sur la religiosité de Barak Obama, je crois avoir compris trois choses curieuses :

  1. Ayant été élevé dans une famille blanche, qui plus est à Hawaï, il a découvert tardivement la population noire américaine. D’où, probablement, son début de carrière de travailleur social : pour étudier cette communauté. Il avait besoin d’un stage pour apprendre à lui ressembler.
  2. Sa famille était athée, il s’est converti tardivement à la religion. A-t-il pensé qu’une certaine forme de religiosité entrait dans le personnage qu’il voulait jouer ? Qu’un vrai noir américain devait être croyant ? D’ailleurs peut-on faire une carrière politique aux USA sans laisser entendre qu’on l’est ?
  3. Ce n’est que récemment qu’il a acquis son charisme de prêcheur. Il semble qu’il était différent auparavant, plus terne. D’après un participant à l’émission, il peut « allumer ou éteindre » ce talent à volonté. Martin Luther King sur commande.

M.Obama est une sorte de Michael Jackson dont l’intérieur aurait été refait. Il y a dans son destin bien des ingrédients des grands drames classiques, des Boris Godounov ou des Hommes qui voulaient être roi. Malheureusement pour l’art, notre époque a perdu le secret des fins tragiques.

Compléments :
  • B.Obama changerait son accent en fonction de son auditoire.

Michael Jackson

Idée qu’évoque le blog People d’Hervé Kabla : ce qui frappe chez Michael Jackson est moins son succès que l’invraisemblable régression qu’a été sa vie. Il a fini en caricature de personnage de conte de fées. Je fais un parallèle avec d’autres observations :

  • Les stars féminines noires, qui semblent imitées par les « Françaises d’origine africaine », paraissent devenir une sorte d’idéal de la femme blanche, inaccessible par celle-ci (qui n’aura jamais leur ligne).
  • J’ai l’impression que les actrices japonaises et chinoises ont pris des traits européens, alors que les canons de la beauté semblaient auparavant éloignés des nôtres (cf. les gravures anciennes, ou les films japonais d’avant guerre).

Norbert Elias observait que la société avait commencé par théoriser les règles de l’hygiène avant de nous les imposer ; ne fait-elle pas de même avec notre apparence ?

Préoccupation concomitante : de plus en plus la chirurgie esthétique modèle ses victimes sur l’image d’un idéal conçu par ordinateur ; n’y a-t-il pas des limites à ce que la culture peut demander à notre nature ?

Début de dégonflage ?

Tony Jackson dans Why are the banks in crisis again (FT.com du 19 janvier) :

  • Les banques « estiment déjà que le gouvernement est la meilleure solution ». Elles ont fait le deuil de leur indépendance.
  • Si le secteur bancaire européen doit retrouver son volume de prêts pré bulle, il doit le réduire de 4.700md€ ! (après, seulement !, 800md de baisse ces derniers temps). L’économie aura à revoir son fonctionnement.
  • Prenant son cas particulier en exemple l’auteur observe qu’en 20 ans le salaire des banquiers a triplé. « la banque va sortir méconnaissable de tout cela ».

Compléments :