À quoi sert le FMI

Un économiste américain apparemment respectable apporte une réponse paradoxale à cette question. Si le FMI, jadis honni, a connu un regain d’estime et de moyens ces derniers temps c’est parce qu’il joue un rôle capital dans le redressement anglo-saxon.

En effet, en venant au secours des pays en défaut de paiement, il leur permet de rembourser leurs créanciers anglo-saxons. Sur le fond, il n’y a rien de condamnable là-dedans, si ce n’est que les dits créanciers ont joué au pousse-au-crime, et que ceux qui vont payer pour leurs méfaits sont les populations locales, innocentes. Elles devront rembourser pendant des années le FMI, comme le font les pays africains.

Exemple d’application : l’Islande. Gordon Brown vient d’annoncer qu’il allait forcer le FMI à renflouer les banques islandaises, pour sauver leurs filiales anglaises (y compris celles qui sont du ressort du gouvernement britannique !). Brillant : l’Islande contribue au désendettement anglais. Les Anglais auraient des complices dans la place : ceux qui ont fait subir une gestion hasardeuse aux banques islandaises ont des intérêts à l’étranger, les mêmes que ceux des britanniques.

Pour mener à bien cette stratégie, on aurait copié le gouvernement américain et son « stress test » : faire croire que les banques se portent mieux que prévu, qu’elles n’ont besoin que d’un petit coup de pouce. Bizarrement, deux cabinets anglais ont été chargés du dit stress test.

Compléments :

  • L’Amérique a procédé de même, mais en utilisant son peuple en guise d’Islandais : elle a renfloué AIG, grâce aux finances publiques, pour que l’assureur AIG rembourse les pertes dues aux manoeuvres douteuses des grandes banques, et les sauve de la noyade.
  • Je comprends mieux la haine que suscite Gordon Brown en Angleterre : il met au jour la perfidie d’Albion. L’intention est bonne, mais il parle trop ?

Plutôt rouge que mort

Dans l’étude faite par The Economist sur le sort de la mer. Il y a des bons et des méchants.

  • L’Islande est un bon, elle a trouvé un moyen de sauver ses poissons. Une analyse scientifique définit la quantité de poissons qui peut être pêchée par le pays sans détruire l’espèce, et un quota de pêche est donné à chaque bateau islandais. Ces droits sont échangeables. Pour s’assurer que personne ne triche, les bateaux sont suivis par satellite et des inspecteurs s’embarquent à leur bord deux fois l’an.
  • Le mauvais, c’est l’Europe. Les règlements n’y sont pas respectés, et les politiciens y sacrifient le long terme à leur intérêt électoral à court terme. Pas de courage politique.

Paradoxe. The Economist a été créé pour défendre le libre échange, en particulier (et les valeurs anglaises du 18ème siècle, en général). Or, ce système de quota est l’envers du libre échange : l’Islande appartient à l’Islandais, pas question d’échanger quoi que ce soit avec l’étranger. Beaucoup mieux : c’est un système redoutablement policier, avec flicage par satellite, et inspecteur. Et, il y a même une planification centrale  « scientifique ». Amusant : « il (le bon système) est basé, c’est crucial, sur l’évaluation scientifique des stocks, pas sur les calculs électoraux d’un politicien ». Le dirigisme, c’est bien mieux que la démocratie ! Et il confirme : ce qui manque à l’Europe, c’est le « courage politique », mettre un frein au laisser-faire des pêcheurs.

Comment interpréter ? L’Anglo-saxon a peur, et veut sauver sa vie ; c’est là sa valeur première ? Du coup, il adopte ce qui semble le mieux à même de la sauver ? Plutôt rouge que mort ? C’est ça être pragmatique ?

Mais il sauve quand même la face : selon The Economist, ce qui rend efficace ce système est le « droit de propriété ». Parce que les pêcheurs ont un droit de propriété sur le poisson, ils en deviennent responsables.

Ce qui semble confirmer que ce droit, un des derniers qu’il cherche à préserver, est fondamental pour l’Anglo-saxon. Le jour où il le sacrifiera, l’espèce humaine sera probablement à l’ultime extrémité.

Complément :

  • Le projet fondateur de The Economist :

Established in 1843 to campaign on one of the great political issues of the day, The Economist remains, in the second half of its second century, true to the principles of its founder. James Wilson, a hat maker from the small Scottish town of Hawick, believed in free trade, internationalism and minimum interference by government, especially in the affairs of the market. Though the protectionist Corn Laws which inspired Wilson to start The Economist were repealed in 1846, the newspaper has lived on, never abandoning its commitment to the classical 19th-century Liberal ideas of its founder.

L’Euro, qu’en dire ?

Plusieurs articles se posent la question. Dix ans qu’il existe.

Toutes les prévisions étaient fausses.

D’un côté les anglo-saxons ne pariaient pas un kopek sur le succès de l’Euro, de l’autre des études prévoyaient une explosion du commerce interne à la zone. Soit deux pays similaires, l’un dans la zone euro, l’autre pas ; un pays de la zone euro ferait trois fois plus de commerce avec le premier qu’avec le second affirmaient ces études.

Résultat ?

La zone euro a fonctionné. C’est déjà un miracle. Elle s’est révélée avant tout une zone de stabilité (inflation, taux, etc.). Il y a eu augmentation du commerce entre participants (10 à 15% sur 5 ans), mais pas dans les proportions prévues.

Peut-être le plus inattendu a été son comportement dans la crise. La zone abrite ses membres de la tempête. Plutôt du naufrage. En fait, ce phénomène est lié à un autre, qui était imprévisible : l’émergence de multinationales financières mal assurées. Quant elles flanchent, ce sont à leurs états d’origine de les renflouer. Ce que ne peuvent pas faire de petites nations, trop pauvres pour ces mastodontes (Islande, par exemple, l’Angleterre et la Suisse étant des cas limites).

À mettre au passif de l’Euro : The Economist estime que cette sorte de matelas a isolé les économies les moins méritantes des sanctions du marché (Italie notamment), qui a vu l’Europe comme un tout. Il n’a pas encouragé le développement économique que l’on aurait pu attendre (la croissance économique de la zone a été relativement faible).  

Compléments :

  • The Economist de cette semaine : Testing times et Demonstrably durable.
  • www.voxeu.org: The first ten years of the euro (par Marc Buti et Vitor Gaspar, 24 décembre) et The Euro at ten : Why do effects on trade between members appear smaller than historical estimates among smaller countries ? (Jeffrey Frankel, 24 décembre).
  • Sur le risque que courent les petites nations : Waterloo anglais ? Faillite islandaise, Islande en difficulté.

Faillite islandaise

Un article de The Economist (Cracks in the crust) explique que l’Islande a été victime d’Internet.

En 2006, pour étendre leur marché, ses banques ont proposé au ressortissant de l’Espace Économique Européen de souscrire des comptes via Internet. En proposant des rémunérations élevées. Réussite fabuleuse. Mais, elles n’avaient pas de quoi garantir ces comptes. Pas plus que leur banque centrale.

Illustration du fonctionnement du capitalisme selon Richard Foster (McKinsey explique la crise.)

Protectionnisme : Allemagne 1, Angleterre 0 ?

Retour à l’histoire de l’industrie anglaise et de la turbine d’éolienne (Énergies renouvelables anglaises).

La théorie économique généralement acceptée parle d’avantage comparatif. Lorsque des pays commercent, l’échange ne fait péricliter aucune de leurs industries, aussi pitoyable soit-elle. Leurs places respectives dans l’économie nationale est simplement fonction de leur efficacité relative (au sein du pays).

Par contre, les théoriciens allemands des origines croient qu’une industrie est comme un enfant : elle doit être protégée quand elle grandit. Sinon elle est éliminée. Une fois forte, elle se défend seule. Justification du protectionnisme.

L’exemple de la turbine leur donne probablement raison : l’Allemagne a encouragé ses talents naissants, ils risquent d’avoir tué dans l’œuf toute velléité anglaise d’entrer sur ce marché.

Le cas déplorable de Détroit parle aussi de l’importance de l’avantage culturel. The Economist est contre tout sauvetage : l’industrie automobile américaine a fait la preuve de son incompétence. Qu’elle parte en faillite, d’autres s’en sont sortis ragaillardis. Certes, mais si ce n’est pas le cas, c’est tout le savoir-faire du pays qui crève. Demain, il ne saura plus fabriquer de voitures. Il devra créer, en marche forcée, une nouvelle industrie qui emploie les victimes de ce remaniement.

Il est capable de tels miracles. Mais faut-il jouer avec le feu ? Alors, pour une incitation habile à construire un nouveau type de véhicules adaptés à ce que semble exiger l’avenir de la planète (l’objet des politiques d’aide proposées) ? Mais les Américains savent-ils aussi bien que les Allemands tirer parti du protectionnisme ?

Le reste du monde a-t-il intérêt à de telles mesures ? Jusqu’à nouvel ordre, la règle du jeu mondial est l’économie. Elle ne marche que par l’échange. Donc, plus les USA peuvent produire, plus ils peuvent nous acheter. Par conséquent, nous avons grand intérêt à ce que leur industrie ne subisse pas de défaillances irréparables.

Si les Allemands sont aussi malins, pourquoi sont-ils en récession ? Parce qu’ils exportent beaucoup, et donc sont associés aux maux de la planète. Le commerce ne fonctionne que sur la confiance, et les crises sont des trahisons de cette confiance. Une saine politique nationale = se constituer des « zones de confiance » et ne pas se mettre en péril en s’en éloignant trop ? (Contre exemple : l’Islande, et probablement l’Angleterre ? – Waterloo anglais ?).

Compléments :

  • LIST, Friedrich, Système national d’économie politique, Gallimard, 1998.
  • De l’intérêt que tous produisent, en économie de marché : La France nouvel Eldorado des biocarburants brésiliens.
  • Je me demande si la définition que la France donne au protectionnisme n’est pas inspirée par sa culture de l’assistanat (cf. l’agriculture) : ses industries sont en permanence en enfance, donc doivent être protégées.

Un maître pour l'Islande

Après une première chute de 30%, la bourse islandaise recule de 77%. L’Islande cherche de l’argent dans tous les rateliers. Plus inattendu elle va rejoindre l’UE en marche forcée et adopter l’Euro (Icelandic Stocks Drop 77% as Trading Resumes After 3-Day Halt).

  • Nouveau désastre d’apprentis sorciers qui ont cru être plus intelligents que les lois de la nature. (Il n’y a pas que les subprimes.)
  • Mais leurs épreuves ne sont pas finies. Il leur faut maintenant passer de l’ultralibéralisme à la bureaucratie européenne.

Je propose un modèle à imiter à l’Islande. Une nation de sa taille, et d’une histoire similaire. Une nation contre qui les crises du capitalisme se cassent les dents. Une société d’agriculteurs qui a su défendre son identité parce qu’elle a compris les règles non écrites de l’UE. La Corrèze. (Green power.)

Islande en difficulté

Dans un changement mal mené, l’organisation cède à des endroits totalement inattendus. Qu’on découvre à cette occasion. Illustration de la théorie du chaos ?

  • Depuis quelques temps j’entendais des rumeurs sur L’Islande. Intéressant pays. Brillante reconversion de la pêche à la finance. Brillante stratégie ultralibérale. Crise et débâcle. Le gouvernement islandais nationalise ses banques.

Après les nationalisations anglaises, le dirigisme de la Fed : l’ultralibéralisme serait-il le chaînon manquant entre capitalisme et communisme ?

Compléments :

  • J’ai emprunté mes renseignements sur l’Islande à : La Tribune.fr du 7 octobre. La crise financière plonge l’Islande au bord du gouffre (bizarre formulation « plonger au bord » ? ou « plonger dans », ou encore « mettre au bord » ?)
  • Sur le chaos : EKELAND, Ivar, Le chaos, Flammarion, 2002.
  • Sur la Fed : Dr Doom.
  • Schumpeter n’était pas loin de répondre oui à ma question : pour lui la propension à la crise du capitalisme amenait les entreprises à devenir de plus en plus grosses, jusqu’à fusionner en un seul organe. Communisme de fait (mais pas nécessairement de type soviétique). SCHUMPETER, Joseph, Capitalism Socialism and Democracy, HarperPerennial, 1962.