Indépendance

Vous vous souvenez de L’Islande ? Sa faillite résultant d’une bulle spéculative ? Son refus d’entrer dans la zone euro ? Et son succès à se sortir de ce mauvais pas attribué, justement, au fait qu’elle possédait sa monnaie ?
Eh bien l’Islande envisage de lier cette monnaie à la livre ou à l’euro. Car les fluctuations de cours lui rendent la vie impossible ! Une leçon pour nos nationalistes ? 

Rêve en Chine et déprime ailleurs

Le nouveau gouvernement chinois parle de « rêve chinois ». Pas moyen de savoir ce qu’il sous entend par là. (Mais peut-être est-ce un reflet du « rêve américain » ? Celui de la Chine étant de redonner la place qu’elle mérite à sa culture, plutôt qu’une bagnole à chaque citoyen, comme aux USA.) Mme Merkel et M.Hollande ne s’aiment pas trop. Mais ça ne change rien, ils sont condamnés à s’entendre. L’Islande change de gouvernement. Ce n’est apparemment pas une question de programme. Juste un usage de crise. L’humeur de l’UE n’est plus à la rigueur. The Economist l’encourage à continuer son effort de libéralisation, cependant. Et la zone euro est de nouveau menacée. Ce coup-ci ce sont les banques espagnoles et italiennes qui ne prêtent pas à leurs PME. Scénario habituel : elles pourraient entraîner leurs pays et la zone euro dans leur chute. La Grèce, après avoir réduit de 20% son PIB, pourrait repartir. Mais son moral est si bas que l’on peut en douter (60% des jeunes sont au chômage). En France, M.Hollande se montre amical vis-à-vis de l’entrepreneur : baisse des taxes sur les plus-values de cession. L’Angleterre est soulagée : le gouvernement français demande des économies à son armée, mais ne renonce pas à son rôle mondial. D’autant qu’il faudra faire sans les USA. Et, effectivement, M.Obama n’intervient pas en Syrie, alors qu’il le devrait. (Curieusement, l’article n’envisage pas les conséquences d’une telle intervention.) D’ailleurs, la Syrie, facilement accessible, est devenue la destination préférée du tourisme terroriste, actuellement en plein boom. L’Angleterre est inquiète : que feront ceux de ses nationaux qui font la guerre en Syrie, lorsqu’ils reviendront à la maison ?

Djibouti semble béni des dieux. Le trafic de son port ne fait qu’augmenter. C’est le point de passage obligé de l’approvisionnement de l’Ethiopie, arrêt pratique pour les cargos naviguant entre l’Europe et l’Asie et toutes les grandes armées mondiales y sont installées. Mais sa population n’a pas accès à ces revenus. Elle est la « plus pauvre d’Afrique ». À Ho Chi Minh Ville, menacée par la montée des eaux, les autorités locales préfèrent un projet hasardeux de digues à 2,6md$ plutôt qu’un, plus efficace, à 1,4m$ ! Question d’intérêt. Au Bangladesh, un immeuble s’est effondré sur des ouvriers du textile. Ce qui obéit à une logique certaine. Main d’œuvre excessivement bon marché, pas de droit de l’environnement, et boom de la demande suscitée par une ouverture des marchés de l’UE. Dans ces conditions, il faut produire à tous prix.
Défaillance du marché. Les compagnies pétrolières sont évaluées en fonction de leurs réserves. Or, si l’on veut limiter le réchauffement climatique, une partie de ces réserves ne pourra pas être exploitée. Le gouvernement américain demande au commerce en ligne de collecter la TVA. Ce qui pourrait être bénéfique pour Amazon qui, jusque-là, plaçait ses entrepôts dans les zones hors taxes. La société va optimiser sa logistique, multiplier ses dépôts et acquérir une flotte de camions. Avantage concurrentiel important : apparemment pouvoir disposer immédiatement de ses acquisitions compte beaucoup pour le consommateur américain. (Ce qui explique pourquoi Amazon France insiste autant sur la livraison dans la journée ?) Pourquoi les banquiers anglo-saxons ne sont pas en prison ? Parce que l’incompétence n’est pas un crime. En Allemagne, en revanche, on ne transige pas avec la confiance.
On est parvenu à faire voler des robots-insectes. Mais il leur manque encore une alimentation autonome. La pollinisation pourrait être un de leurs emplois ! L’Amérique veut replanter ses forêts de châtaigniers génétiquement modifiés. Les anciennes populations de ces arbres ont été victimes de maladies. 

Terne semaine

En dehors des Nordiques du billet précédent, que donne le tour du monde de The Economist, cette semaine ?

Barack Obama veut légaliser 11m d’immigrés illégaux, mais bien intégrés. Ce n’est pas du goût des Républicains, qui n’y voient pas beaucoup d’électeurs. En Egypte, les frères musulmans semblent avoir cru qu’on les avait élus pour leurs valeurs, alors qu’on voulait qu’ils règlent les problèmes, croissants, de la nation. L’Egypte évitera-t-elle une nouvelle révolution, ou un coup d’Etat militaire ? L’Europe essaie de négocier un accord de libre échange avec les USA. Elle espère ainsi intéresser l’Amérique et l’Angleterre à son cas. John Kerry, nouveau ministre des affaires étrangères américain va-t-il parvenir à sortir Barack Obama de ses tentations casanières ? L’Angleterre tente petit à petit d’extraire ses collectivités locales de la centralisation Thatchérienne. Quant au gaz de schiste, peu de chances d’en voir le bout du nez en Europe. D’ailleurs, il ne semble pas aussi évident que cela que ses gisements soient économiquement exploitables. Thyssen Krupp se réinvente, de même que RIM / Blackberry, dont le meilleur atout serait ses 80m d’utilisateurs. Les entrepreneurs donnent des leçons à l’Etat. Certains forment des groupes de conseillers. McKinsey lui propose de partager de meilleures pratiques. D’autres, enfin, l’enjoignent d’utiliser les technologies de l’information. Mais tout ces gens ont-ils vraiment quelque chose à apporter ? Ou quelque chose leur échapperait-il dans la complexité du monde politique ? La justice a donné raison à l’Islande de ne pas avoir dédommagé les clients étrangers de ses banques en faillite. Leçon : confiez vos économies à une banque nationale. On aurait trouvé une manière de réduire le coût des retraites : les faire ressembler à un système par capitalisation. Le montant de la retraite est découvert à sa liquidation. La seule chose sûre serait la contribution versée. Dormir permettrait d’éliminer les mauvais souvenirs et de se rappeler des bons. Le sommeil court et le cerveau rétréci du vieux iraient avec un moindre besoin d’apprendre. La malnutrition serait liée à la flore intestinale, autant qu’à la diète. Les pigeons se repéreraient aux infrasons émis par la mer. Les pays émergents représentent 83% de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serres. Apparemment, la question commence à les préoccuper. Sans qu’une solution soit en vue. Finalement, Nixon a fait le sale boulot d’Eisenhower. 

Islande tirée d’affaires

L’Islande, grande pécheresse, semble bien mieux se tirer d’affaires que le Portugal ou l’Irlande.
Pourquoi ?
Elle n’a pas payé toutes les dettes de ses banquiers. Mais surtout son taux de change flotte. Ses salaires sont, en euros, à 60% de ce qu’ils étaient. (Why Not The Worst? – NYTimes.com)
L’économiste la donne en exemple. Mais qu’en serait-il du monde si on le suivait ?

Sarkozy contre Atomic Anne

N.Sarkozy n’a pas perdu la main. Personne ne lui résiste. Anne Lauvergeon était coriace, pourtant. Elle avait trouvé une faille : les gens qu’il voulait lui substituer, tirés de son entourage, étaient peu reluisants. Mais, le président ne voulait pas placer un copain, mais éliminer Mme Lauvergeon ? Il lui suffisait pour cela de la remplacer par un homme d’Areva, qui n’avait, par conséquent, pas les défauts des précédents candidats ?
M.Sarkozy tient M.Ghosn, qu’il a sauvé d’un scandale, ses amis contrôlent FT, EDF, Veolia, Thalès…?Dirigisme gaullien ? M.Sarkozy commis voyageur de la France ? Sa popularité profite des contrats qu’il décroche ? Et ces grandes entreprises régulent l’emploi, comme après guerre ? C’est lorsqu’il est dos au mur que le champion fait preuve de génie ?
Compléments :
  • Au revoir to Atomic Anne
  • Risque ? Tuer l’innovation et « too big to fail » (Crédit Lyonnais et FT de Michel Bon) ? M.Sarkozy fait de la France une grande Islande ?

Modèle économique irlandais

L’Irlande doit-elle faire comme l’Islande, ne pas payer ses créditeurs ?

En Irlande des économistes tels que Philip Lane du Trinity College de Dublin, voit des risques à suivre l’exemple de l’Islande. L’Irlande a besoin, en tant que rampe de lancement de multinationales, de sa place dans l’UE. Il survit des liquidités de la Banque Centrale Européenne, et, dans tous les cas, ne peut pas se permettre de se couper de l’Europe. (A parable of two debtors)

Parasite irlandais ?

Contre les quotas de femmes administrateurs

Il y a peu j’entendais un journaliste de la BBC se demander si ce n’était pas parce que l’Islande avait imposé des quotas de femmes administrateurs d’entreprise (comme la France), qu’elle avait failli sombrer.
En tout cas, ces quotas ne sont plus à l’ordre du jour en Angleterre. Les risques qu’ils présentent, donner la direction de l’économie à des personnels non expérimentés, sont trop élevés. L’Angleterre compte maintenant combattre à sa source la cause du mal, le fait que les femmes n’ont pas les carrières qui conduisent aux conseils d’administration. Il est demandé aux entreprises d’expliquer ce qu’elles font pour alimenter en femmes les bons « tuyaux ».
Deux questions :
  • L’imposition de quotas ailleurs qu’à la tête des entreprises suscite-t-il un tel émoi (victorieux par KO au premier round, d’ailleurs) ?
  • Nouvel épisode d’une contre-attaque de la doctrine des droits de l’homme, vue comme une idéologie gauchiste perverse, dont l’Angleterre serait l’élément avancé ?

Compléments :
  • Une analyse détaillée du point de vue anglais : Quotas are no silver bullet for women on the board.
  • Les administrateurs masculins du secteur financier américain n’ont pas mieux évité que les administratrices islandaises sa crise de folie. Quelle que soit leur composition les conseils d’administration sont incapables de contrôler quoi que ce soit ? 

Internet des transports ?

L’Islandais est peu nombreux, mais teigneux : ses banques créent des catastrophes planétaires, ses volcans paralysent les avions… Un ami est bloqué à New York et ne sait pas quand il reverra sa famille…
Rappel de ce que notre économie tient à la bonne volonté d’une nature que nous prenons un peu trop pour un acquis. D’ailleurs, la mode des « supply chains » qui a eu le vent en poupe ces derniers temps ne présente-t-elle pas quelques coûts que nous n’avions pas identifiés ?
Ne serait-il pas temps de revoir notre système de transport, au moins aérien ? Il semble qu’il soit difficile de protéger les avions. Mais ne serait-il pas possible de construire le réseau aérien un peu comme Internet ? En s’assurant que les défaillances des nœuds du réseau ne lui sont pas fatales. Autrement dit, mieux répartir les aéroports (danger des « hubs »), et les relier par des TGV. (Mais aussi moins utiliser l’avion, et les transports fragiles ?)

Ça va péter ?

Selon The Economist nous connaissons une bulle spéculative financière (Bubble warning). Rien de neuf. Ce qui l’est, c’est l’idée suivante :

Pour éviter les dommages de la crise, les gouvernements se sont massivement endettés. Pour résorber ces dettes ils devront prendre des mesures inacceptables par leurs administrés. Ils tricheront. Ceux qui le peuvent dévalueront leur monnaie (comme le font l’Angleterre, et les USA), d’autres ne paieront pas ce qu’ils doivent aux étrangers (ce que tente de faire l’Islande), j’imagine que l’inflation doit aussi être efficace…

Comme lors des crises précédentes, le système de contrôle de la finance mondiale (aujourd’hui les banques centrales indépendantes) sera victime de cette manœuvre, qu’il était supposé empêcher.

The gold standard broke down in the 1930s because countries would not pay the political price, in the form of austerity, to maintain the link. They chose domestic workers over foreign creditors. The Bretton Woods system broke down because America was unwilling to bear the burden of being the linchpin of the system. Now, the system that prevailed in the 1980s, 1990s and 2000s, in which creditors trusted central banks to maintain the value of debtor countries’ currencies, is breaking down as well.

Paying the price

On en réinventera un nouveau sur les ruines fumantes de l’économie mondiale ?

De ceci sort une image cohérente, conforme aux réflexes innés de l’homme face au changement : le refuser. On espère qu’il suffit de dépenser pour régler les problèmes du monde, puis lorsque l’on a trop de dettes on les élimine par un tour de passe-passe.

Compléments :

  • Traduit autrement, ce billet dit que nos gouvernements n’ont pas le savoir faire de conduite du changement qui évite une crise destructrice pour une partie de la société.
  • Sur l’Islande : Is it a blizzard?
  • Voting away your debts.

Avantage économique des démocraties

Democracy, diversification, and growth reversals explique que la force des démocraties est la maîtrise de leur croissance. Les pays peu démocratiques vivent des montagnes russes.

Ce qui explique ces montagnes russes, c’est le manque de spécialisation (par exemple pétrole) de leur économie, quand l’industrie locale a le vent en poupe, le pays se développe vite, quand ce n’est plus le cas, c’est le chaos. Les démocraties laissent prospérer l’initiative individuelle, qui diversifie les risques.

Et l’Islande ? C’est pourtant un pays démocratique. Et l’Irlande, les USA et l’Angleterre (dans une moindre mesure) ?

Ceci donnerait-il raison à Simon Johnson ? Nous avons vécu une période où l’oligarque, le manager professionnel, a été roi, il a tué (via les fonds d’investissement) les entrepreneurs, il a détruit la diversification et la vitalité du tissu économique (cf. les modes de management qui ont affecté, notamment, l’automobile) ? Il est parvenu à démolir les processus démocratiques, ceux qui font qu’aucun individu ne peut imposer ses intérêts aux autres, et que du coup la nation est multiple ? Est-ce cela le fondement de la démocratie ?

Compléments :