Chronique d'un monde en panne ?

Ce que j’ai lu de The Economist.
Le chômage des jeunes n’en finit pas de croître. Parmi les raisons classiques, une qui l’est moins : les entreprises ont plus de mal qu’avant à trouver des personnels qualifiés, parce que, contrairement à ce qu’elles faisaient, elles ne les forment plus… Peut-on à la fois désirer la dislocation de l’Etat et s’attendre à ce qu’il donne un enseignement à vos employés ? me suis-je demandé.

Aux USA, la discrimination positive pourrait disparaître. (Qu’en penser, alors qu’il y a encore peu on nous disait d’imiter l’Amérique ?) L’Angleterre vit d’expédients. Pour améliorer les comptes de cette année, l’Etat veut vendre ses dernières participations. La bourse de Londres semble aussi s’être laissé aller. Elle a coté des entreprises kazakhs et indonésiennes douteuses. Pendant ce temps, Ed Miliband se prépare à prendre le pouvoir. Cela effraie The Economist : c’est le retour à une gauche anté Thatchérienne, qui ne croit pas que « les millionnaires créent la richesse ». L’Italie a un nouveau gouvernement. Apparemment jeune et de centre gauche. Apparemment une défaite pour 5 étoiles. L’Europe et les USA parlent d’un traité de libre échange. Des deux côtés on est poussé par un désir désespéré de croissance.

Histoire de la Tchétchénie. Compliquée. Les Tchétchènes sont déplacés par Staline. Puis ils décrètent l’indépendance en 1991. D’où guerre avec la Russie, en 1994. Plus de nationalisme, mais arrivée de l’Islam, Soufisme contre Salafisme. Le premier est choisi par le gouvernement pro russe, ce qui amène une réaction du second, qui conduit le susdit gouvernement à accepter un Salafisme atténué. Mais M.Poutine ne veut pas en entendre parler : il pourrait vouloir se substituer à l’Etat russe. En Syrie, Bashar el Assad aurait utilisé des armes chimiques afin de tester le désir d’intervention des USA.
La NASA loue les fusées du secteur privé. Apple rachète ses actions, pour plaire à ses actionnaires, mais ne sort toujours pas de produit révolutionnaire. Le transport aérien à bon marché est un métier d’Hommes. Le succès dépend de paris sur le futur prix du pétrole. Car il détermine le choix de modèles d’avions, et 10md d’investissements. (Et en plus il y a le risque de surcapacité…) L’annonce que Barack Obama avait été victime d’un attentat a affolé les ordinateurs boursiers, mais seulement l’espace de quelques minutes. Robustes systèmes d’information ? Quant aux gestionnaires de fonds d’investissement, ils modifient leur portefeuille trop souvent. Ce qui coûte cher. Ils seraient moins efficaces que l’investisseur amateur, qui achète et vend avec plus de modération.

Un article sur Daniel McFadden, un économiste qui a fait entrer les sciences humaines dans sa discipline. Un autre sur la capacité des insectes (au moins les bourdons) à apprendre les uns des autres. Déclin de la pensée libérale ?  

Economie anglaise en panne

Europe. L’Angleterre est en panne. The Economist suit ses crises depuis 170 ans. « Cinq ans après chacun de ces événements, l’économie était en croissance. Ce n’est pas le cas cette fois. » Le salut est keynésien. Investissement dans l’infrastructure de transport. Mais il faut trouver 28md£ pour cela. Pourquoi ne pas emprunter ? Rien ne va, d’ailleurs. La Grande Bretagne vient d’essuyer une défaite en Europe, en ce qui concerne la paie des banquiers. L’annonce d’un référendum sur son appartenance à l’UE a affaibli une position traditionnellement forte (« La Grande Bretagne demeure la plus puissante force de libéralisation du marché commun et de promotion du libre échange »). Et elle n’a pas les faveurs de Mme Merkel, seule maître de l’Europe après Dieu. L’Amérique deviendrait-elle européenne ? Le mal de l’Europe, c’est le sud. Contrairement au nord, on n’y croit pas que travailler dur soit suffisant pour réussir. Jusque-là l’Amérique, elle, avait un « contrat social partagé », mais elle se dispute de plus en plus.
Mme Merkel navigue au gré des courants électoraux. Pour le moment, elle dérive vers la gauche. L’Espagne va-t-elle ressembler à l’Allemagne ? En tout cas, ses réformes sont aussi terribles que celles de Schröder. Mais n’est-ce pas plus la puissance du tissu économique de l’Allemagne que ses réformes qui ont fait son succès ? me suis-je demandé.
En Italie, on a l’air parti pour de nouvelles élections. M.Bersani, devrait laisser sa place à un concurrent, M.Renzi. Il aurait plus de chances que lui de les remporter.
Moyen orient. Les frères musulmans, qui semblaient représenter un Islam honnête et responsable, n’ont pas été à la hauteur des attentes. Qui va les remplacer ? Les autres courants islamistes vont-ils parvenir à s’unir ? Curieux jeu de chaises musicales en Palestine. L’Egypte aurait peur que le Hamas soit contagieux. Elle aurait fermé ses tunnels. Ce qui l’aurait forcé à faire du commerce avec Israël. Et à renforcer son fondamentalisme, pour qu’on ne puisse le critiquer de collusion avec l’ennemi.
Entreprises. Les actionnaires empêchent de dormir les dirigeants de grandes entreprises. Ce qui est bien, dit The Economist. Ce qui l’est moins est que les Etats européens veuillent contrôler la paie des dits dirigeants. (Réflexe « populiste ».)
Grande transformation : Internet fait triompher l’ère du partage. Quelles vont en être les conséquences ? Quant à Google, il aurait découvert l’importance de faire de beaux produits, comme Apple. Cela aurait profité à son cours de bourse. 

Printemps érable et frais d'université

Le Printemps Érable parle du Québec et des mouvements étudiants récents. J’y ai vu, peut-être à tort, un parallèle fort avec le printemps arabe : des deux côtés un mouvement spontané de mécontentement qui profite à des partis, indépendantistes ou islamistes, qui ont quelque chose de fondamentaliste. Ce qui donne un assemblage un peu fragile, car la raison sociale de ces partis ne les prédispose pas à répondre aux problèmes qui sont à l’origine des mouvements.

Le billet pose aussi la question du coût des études supérieures. La montée des prix n’est-elle pas inéluctable ? Il y a effectivement ici un effet curieux que j’ai observé à l’université.
L’université française avait la particularité d’avoir des coûts faibles. Ses titulaires de chaire étaient extrêmement mal payés, et elle s’appuyait sur des quasi bénévoles venus de l’entreprise et tout un sous prolétariat d’assistants. Elle adopte maintenant les pratiques et salaires anglo-saxons. Est-ce un gain ? Je n’en suis pas sûr.

L’agrément du cours y gagnera probablement. Il sera mieux organisé et moins amateur qu’aujourd’hui. Mais son contenu ne changera pas. Un cours de mécanique classique sera toujours un cours de mécanique classique. La vidéo de promo ci-dessous, qui vient du MIT, illustre ce que je pense. 

Or, la conséquence de la montée des coûts ne peut qu’aller de pair avec celui des études. Aura-t-on demain des licences à 200.000$? Seuls les riches auront le droit d’être éduqués ?

D’ailleurs, l’explosion du prix de la formation universitaire est-il logique ? Pourquoi l’université ne fait-elle pas comme l’entreprise, c’est-à-dire ne baisse-t-elle pas ses coûts par gain de productivité ? Il n’y a pas besoin d’être un génie pour donner un cours de licence. D’autant que l’élève est supposé avoir une autonomie grandissante, et qu’il bénéficie de l’aide de plus en plus efficace de la technologie

De la globalisation à la parcellisation ?

Les trente dernières années du monde ont été marquées par ce que l’on peut résumer par le « consensus de Washington ». C’est-à-dire la domination du libre échange et de la démocratie anglo-saxonne. Ce modèle a connu une crise majeure. Or, aucun modèle ne peut survivre à une crise. Les forces qui vont le renverser sont certainement en cours de constitution. Peut-on apercevoir ce qui pourrait les alimenter ? Tentative d’exercice de prospective :

  • La démocratie  a été pervertie pour servir de rouleau-compresseur au libre échange. Elle est vue comme une hypocrisie par les puissances montantes (à commencer par la Chine).
  • Au Moyen-Orient, s’affrontent des forces extrémistes islamistes. Elles remplacent des dictatures dont l’ambition avait été d’occidentaliser leurs pays (Iraq, Syrie, Égypte, Tunisie…). Que mettront-elles à leur place ? L’Islam, avec ses variantes infinies qui se haïssent toutes, est probablement plus explosif que le christianisme des guerres de religion.
  • Le Japon, le meilleur converti à l’occidentalisme, est en dépression quasi suicidaire.
  • La Chine pourrait devenir une grande puissance pauvre. Viserait-elle à atteindre la taille qui lui permettra de tenir l’Occident et son modèle en respect ?
  • L’Inde est un chaos au contact de poudrières, le Pakistan et l’Afghanistan.
  • Quant à l’Occident, il se bat contre lui-même. Les Républicains américains pensent que les démocrates sont le mal. En Europe, le nord veut se séparer du sud. Les pays victimes de la crise se déchirent.
Tout cela semble signifier un repli sur soi généralisé. Qu’il soit instable ou non dépend peut-être de ce que l’Occident arrive ou non à se réconcilier avec lui-même, et à contrôler l’irresponsabilité (revendiquée) de la classe financière anglo-saxonne. En effet, il n’y a pas beaucoup d’autre groupe social désireux d’assurer la concorde internationale

Europe et danger islamique

« L’Islam militant » serait un problème en Angleterre et en Allemagne, mais pas en France, qui « en réprimant sévèrement l’Islam militant a en grande partie contenu le phénomène ».

Par ailleurs, l’Europe, en ayant créé des « conseils islamiques », pourrait avoir favorisé le développement « d’un leadership musulman pragmatique qui semble de plus en plus désireux de réaliser un avenir commun en Europe, plutôt qu’un conflit entre civilisations ». (Managing the future)

Changement en Irak

Les Américains partent, le gouvernement irakien se dispute, les attentats se multiplient et l’Iran cherche à prendre pied dans un pays religieusement ami. (Sovereignty without security) L’Irak va-t-il imploser ?

Pour le moment, j’ai l’impression que Kurdes, Sunnites et Chiites, tendances religieuses et (plus) laïques semblent chercher à évaluer leurs forces respectives. Leurs très puissants voisins doivent aussi se demander quel parti ils peuvent tirer de la situation. Phase d’expérimentation ? Rien ne va plus ?

Charlie et la démocratie

Charlie Hebdo, dévasté par une bombe.

J’entendais dire ce matin que la notion de « blasphème » n’existait pas dans la loi française et ne correspondait pas à notre « identité ». Charlie Hebdo serait-il plus efficace que notre président pour définir cette identité ?

Je me suis demandé, d’ailleurs, si elle ne se constituait pas lors de ce type de crise. De tels incidents forcent partisans et opposants à un principe à se manifester et à se compter. Les principes qui ont suscité une lame de fond s’installent pour longtemps dans l’inconscient collectif ?

Charlie Hebdo, en annonçant un numéro « blasphématoire », aurait-il voulu forcer la France à se prononcer sur ce qui compte pour elle ?

Compléments :

  • La Grèce serait-elle le Charlie Hebdo de l’Europe ?

Élections en Tunisie

L’Islam aurait le vent en poupe en Tunisie et en Libye. Surprise ?
C’était le scenario qui me semblait le plus vraisemblable au début de l’année. Même si ce sont quelques intellectuels qui font la révolution, la démocratie donne le pouvoir à la majorité, dont les préoccupations sont terre à terre.
Va-t-on vers un modèle turc, iranien, autre (sachant qu’aucun des deux premiers n’est arabe) ? 

Banlieues fondamentalistes

Certains immigrés chercheraient dans l’Islam ce que ne leur donne pas l’État français : l’appartenance à une communauté. (From Clichy to cliché)

Thèse de droite ? Validation de l’opinion anglo-saxonne selon laquelle le pouvoir intégrateur de la nation française est une illusion ?…

Ce serait le cas si l’intégration française n’avait jamais fonctionné. Or, elle a été redoutablement efficace. Elle a d’ailleurs liquidé nos spécificités locales, à commencer par les langues régionales. Son moteur était l’école universelle, qui, jusqu’à preuve du contraire, a été un programme de gauche.

Plus d’école, plus d’intégration ?

Compléments :

Moyen-Orient turc ?

La Turquie semble un modèle vraisemblable pour l’avenir des révolutions arabes. (Révolutions qui pourraient gagner tout le Moyen-Orient.) Pourquoi ? Islam modéré relativement bien organisé et bien adapté aux attentes d’une grande partie de la population. Et la Turquie est un pays puissant qui a un intérêt à faire que ses voisins suivent son exemple.

Voilà ce que je retiens (à tort ?) des bribes d’un débat entendues samedi dernier sur France Culture.
En tout cas, l’équilibre de la région, longtemps défini par l’alliance USA, Israël, Egypte, Turquie et Arabie Saoudite, pourrait changer. L’Amérique va-t-elle demeurer le seul soutien d’Israël, contre le reste de la région, pour le plus grand profit de la Turquie ?
Compléments :