Le retour des canonnières

La Chine annonce que l’espionnage d’une entreprise occidentale lui a coûté 100 milliards de $. L’Iran emprisonne les ressortissants occidentaux, la Russie renoue avec son passé expansionniste, et cherche à déstabiliser les pays qui l’encerclent…

Décidément l’ère de l’angélisme est passée. Comme je l’ai dit dans un billet précédent, l’Europe doit regarder le monde en face, il est extrêmement inamical, et il ne comprend que la force. Elle n’a plus d’armées, et de toute manière la solution n’est plus efficace. Elle doit se reconstruire des convictions et apprendre à utiliser les atouts qu’elle a en mains pour les faire respecter.

Compléments :

Iran et Europe

L’Iran juge des ressortissants européens dans le cadre de procès qui ressemblent fâcheusement à ceux de Staline. L’Iran pose un difficile problème à l’Europe : que faire ?

L’Iran a trouvé le point faible de l’Europe : l’Europe n’est pas une puissance, au sens où ses décisions ne sont pas suivies des résultats qu’elles appellent. C’est pour cela qu’elle évite ordinairement d’en prendre. C’est ennuyeux, car son bouclier habituel, les USA, a une crédibilité en berne, est en crise, et n’a peut-être pas des intérêts très conformes à ceux de l’Europe. L’Europe est d’autant plus faible qu’elle a sûrement beaucoup d’otages potentiels (notamment économiques – ceux qui rendent lâches les gouvernements) en Iran.

En fait, voilà exactement l’exercice qu’il faut pour construire une Europe-puissance :

  • Elle est provoquée, elle doit réagir, sous peine de perdre toute crédibilité. Plus important : elle ne peut pas laisser ses ressortissants se faire insulter.
  • Mais cette réponse ne doit pas affermir le régime iranien, qui va l’utiliser pour montrer à son opinion que l’Occident est hostile, et que les accusations des procès étaient fondées, afin de souder sa population derrière lui.
  • Et elle doit prendre en compte les mesures de rétorsions qu’infligeront les Iraniens aux intérêts et aux ressortissants européens. Leur impact doit être évalué et des solutions trouvées pour que leurs effets ne nuisent pas à l’objectif recherché.

Cependant, il existe des facteurs favorables aux Européens, qui sont justement ceux qui expliquent l’attitude du gouvernement iranien : ce régime est extrêmement faible. Non seulement il fait face à une opposition qui pense avoir gagné les élections, mais Amadinejad est contesté par les ultras. Son lien avec Kameneï, qui lui aussi doit être sur un siège éjectable, pourrait être relativement ténu. Juste une question d’intérêt à court terme.

Curieusement, l’Europe doit retrouver ses réflexes de puissance coloniale, mais elle ne peut plus utiliser ses armées comme à l’époque où ses ambassades étaient encerclées par les Boxers, elle doit apprendre à jouer avec les règles de la démocratie pour arriver à ses fins. Il suffit qu’elle réussisse une seule fois pour qu’elle sache dorénavant comment se faire respecter. Les intérêts de ses ressortissants, et de son économie, s’en porteront bien mieux.

Compléments :

Honduras

Ce que je comprends de la situation du Honduras. D’un côté le monde des affaires appuyé par les USA, de l’autre un peuple de crèvent la faim. Caricature du modèle latino américain. Un président élu à droite dérive à gauche, jusqu’à devenir un allié de Chavez et de Cuba.

Et ça se complique : il n’a droit qu’à un mandat, mais en veut un autre. Il épuise les ressorts légaux, puis demande à l’armée de l’aider et licencie son chef d’état major récalcitrant. L’armée le jette, en pyjama, dans un avion en partance pour l’étranger. Chavez menace le pays de mesures de rétorsions (le Honduras dépend du pétrole vénézuélien), voire d’une guerre.

Les deux interprétations suivantes sont justes, ou quasiment :

  1. Un président, défenseur du peuple, dérange l’establishment qui organise un coup militaire.
  2. Un dictateur aux dangereuses tendances communistes est écarté par l’armée.

Ingrédients d’un dialogue de sourds, qui se termine en bain de sang. Chacun aurait été sûr de son bon droit.

La communauté internationale, emmenée par B.Obama, semble avoir évité le piège. Elle a condamné une violation démocratique (qui n’était pas évidente), évitant probablement une escalade.

La raison pour laquelle j’ai écrit ce billet est qu’il me semble que, dans cette affaire, la démocratie a vaincu. Face aux coups tordus des précédentes administrations américaines, Hugo Chavez était en passe de s’affirmer comme le champion de la justice sociale, le défenseur des valeurs démocratiques, et de les utiliser pour imposer au continent sud américain un modèle qui ne semble pas franchement les respecter. Il n’a plus de raisons d’être un démocrate approximatif.

Espérons que B.Obama va parvenir à adapter ce type d’intelligence manœuvrière à la situation intérieure des USA.

Compléments :

  • La même stratégie appliquée à l’Iran l’a montré beaucoup moins sympathique que ne le laissait paraître la politique préventivement agressive de l’administration Bush (Iran suite). C’est une illustration de prédiction auto-réalisatrice : l’administration Bush faisait le lit du fondamentalisme et du terrorisme de tout poil, et de la haine de la démocratie. C’est aussi une bonne nouvelle en ce qui concerne la Chine, qui utilise la duplicité américaine pour faire croire que la démocratie est un outil de destruction massive inventé par le perfide Occident. Face à un Occident honnête, il sera difficile à la Chine de céder à ses tendances dictatoriales et d’utiliser une propagande antioccidentale pour servir ses intérêts économiques, au détriment de ceux de ses partenaires.
  • Sur les événements : Booted out (avec un complément d’une émission de France Culture de ce matin, vers 7h).

Les USA perfectionnent le nucléaire pakistanais

How the U.S. Has Secretly Backed Pakistan’s Nuclear Program From Day One : parce que le Pakistan et l’Inde sont des amateurs du nucléaire, ils se méfient de leurs bombes et tendent à ne pas les déployer. De manière à éviter tout risque de faux mouvement, et fiabiliser leur armement nucléaire, les Américains leur apportent leur technologie ultra secrète. D’où accélération de la production.

Là où je ne suis pas l’article, c’est lorsqu’il note une inconsistance : pourquoi armer le Pakistan quand on craint qu’il puisse être envahi par les Talibans ? Mais c’est évident, voyons : pour apporter un peu de civilisation à ces barbares !

En tout cas, les Iraniens sont bien bêtes : pourquoi se faire des ennemis d’Américains aussi serviables ?

Iran et blog

On crée d’abord, et on cherche à savoir ensuite à quoi cela peut servir. Les récents événements en Iran ont eu un effet inattendu : révéler à quoi étaient utiles les réseaux sociaux (Web2.0).

  • Les médias traditionnels ont été longs à se mettre en mouvement.
  • Twitter, par contre, a immédiatement réagi, avant de sombrer sous une avalanche d’informations sans contenu.
  • Le blog aurait été le vainqueur de l’affaire : très rapidement y serait apparu une synthèse de sources et de recherches « de fond », donnant les éléments nécessaires au jugement de l’événement.

Cette analyse me semble oublier Wikipédia (anglais) qui rassemble généralement très vite des informations sur le dernier fait divers. Mais, je n’ai pas regardé ce qu’il disait de l’Iran.

Source : Twitter 1, CNN 0.

Iran suite

Un article qui paraît bien informé semble dire que le problème que pose l’élection iranienne n’est pas tant le trafic des chiffres que le fait que l’on ait pu croire qu’ils ne seraient pas trafiqués. Car l’Iran n’a absolument rien d’une démocratie.

Je m’interroge. Est-ce que le gouvernement iranien voulait faire de ses élections une campagne de communication, histoire de se montrer démocratique et de désarmer en partie l’animosité occidentale ?

Il n’avait pas prévu que son opinion publique, et ses « opposants » (pourtant des apparatchiks qui savaient à quoi s’en tenir), le prennent au mot ? En tout cas, il semble avoir dispersé les doutes le concernant et affermi la position de ceux qui ne l’aiment pas.

Que penser de l’Iran ?

Dans un précédent billet, je trouvais l’Iran assez démocratique. Les résultats de la dernière élection connus, est-ce toujours le cas ?

  • Y a-t-il eu manipulation des résultats ? Personne n’en sait rien. Il est possible que l’Occident ait exagéré la force de l’opposition parce qu’il lui était plus facile d’approcher les classes moyennes que le peuple.
  • Ce qui est surprenant est la taille d’une victoire au premier tour, alors que, si mes souvenirs sont bons, la précédente élection de M.Amadinejad avait été une surprise. Or, cette fois ci, l’opposition semblait importante et déterminée.
  • D’ailleurs, cette opposition est visiblement extrêmement mécontente, puisqu’elle est prête à risquer sa vie pour ses idées. Or, une démocratie ce n’est pas qu’un choix à la majorité, c’est aussi la capacité de représenter la diversité d’une population, qui fait sa richesse (l’Iran n’aurait pas grand avenir si elle n’était peuplée que de paysans).

On fait fréquemment l’erreur de penser que parce qu’un parti politique est élu démocratiquement, ce parti est démocratique. Il ne l’est que s’il est capable de se faire battre. Sinon, comme le parti nazi, c’est une dictature.

Si c’est le cas pour l’Iran, et si l’argument du précédent billet est juste (M.Amadinejad a été fait par M.Bush), il y a ici un sérieux avertissement : nous avons intérêt à manipuler avec prudence les démocraties fragiles, sous peine d’en faire des dictatures.

Complément :

Ennemis que l’on mérite

J’avais cru comprendre que l’Iran était un totalitarisme sanguinaire. Le film Persépolis montrait que l’on pouvait y parler assez ouvertement, se rendre à l’étranger et en revenir… Bref, pas vraiment l’Union soviétique. Un article parle d’une élection présidentielle – empoignade fort démocratique, où l’on pèse le pour et le contre de l’attitude va-t-en-guerre du gouvernement actuel.

Un journaliste de France Info explique que c’est l’intransigeance de George Bush qui avait fait le précédent gouvernement. L’attitude conciliante de B.Obama pousse l’Iran à une attitude conciliante.

Illustration certaine de la prédiction auto-réalisatrice de R.Merton, et, peut-être, d’une de mes thèses selon laquelle le monde anglo-saxon tend à voir comme ennemi tout ce qui est fermé à son commerce et à son influence.

État policier

En France, il n’y en a que pour la répression :

  • On a eu une Hadopi, bancale, maintenant la police va faire régner la loi dans l’école, mais sans qu’il lui soit donné de moyens pour cela (si j’en crois un syndicaliste policier interviewé hier par le radio – et favorable à la mesure).
  • Et voila Lopsi2. Il s’agit d’espionnage d’ordinateurs. La Tribune demande à un expert de juger la faisabilité des mesures envisagées. Après avoir dit ses doutes, sa conclusion :

Il ne faudrait pas que nous installions des systèmes de contrôle informatique comme en Chine, ou en Iran, où les gouvernements ont instauré une politique de contrôle d’Internet. Et puis il y a une question importante d’ordre moral qui se pose quant au contrôle de l’Etat sur le Web. Existe-t-il une menace d’ordre public en France via des sites Internet qui justifierait un tel dispositif ?

Et la mienne :

  • Nouvel exemple de conduite du changement à la française. Des décisions qui partent dans tous les sens, aucun débat, des conséquences qui ne sont même pas envisagées, une mise en œuvre risible, car pas préparée.
  • Nous sommes en crise, nous sommes menacés par l’effet de serre, le système capitaliste dominant est critiqué par tous, et le gouvernement ne parle que de répression. Mais pourquoi ? Y a-t-il menace ? Pense-t-il que c’est ce que l’on attend de lui ? Croit-il que la punition puisse être un moteur pour une nation ?