Faut-il bombarder l’Iran ?

Faut-il bombarder l’Iran pour lui faire passer le goût du nucléaire ? semblent se demander les USA et Israël.

Faut-il intervenir en cette période préélectorale ? La présidence américaine n’y a peut-être pas intérêt, mais Israël pourrait le prendre en otage. 
The Economist pense qu’une attaque aurait plus d’inconvénients que d’avantages (Bombing Iran). L’opération serait hasardeuse et au mieux peu fructueuse. En outre, elle souderait l’Iran derrière ses dirigeants. Il semble plus efficace de diviser pour régner. Le pouvoir iranien est en proie aux tensions internes, le Moyen-Orient connaît un printemps communicatif…

Explosif Iran ?

Il n’y a pas que la situation intérieure de la Syrie qui soit compliquée. Il faut probablement lire les actes de l’Iran non comme l’expression d’une ligne directrice mais comme celle d’une forme de chaos. Leur motivation serait au moins autant interne qu’externe. Et ce d’autant plus qu’une élection se prépare.

Par exemple, alors que l’on dit qu’Israël attend une amélioration de la météo pour attaquer l’Iran, une telle attaque, qui souderait la population, serait peut-être favorable aux intérêts de l’Ayatollah Khamenei…

Par ailleurs, l’Iran se serait lancé dans une série d’attentats contre les intérêts israéliens dans le monde. Ce serait en représailles des assassinats par Israël de spécialistes iraniens du nucléaire.

Compléments :

Syrie : un détonateur ?

Deux mouvements opposés face au conflit syrien font peser des menaces qui vont au-delà, me semble-t-il, des frontières syriennes.

D’une part, l’Arabie saoudite, tout comme Al-Qaida, lancent des appels aux musulmans sunnites pour soutenir ou intervenir en faveur de leurs frères syriens. Cette alliance objective d’un régime politique et d’un mouvement né pour le combattre peut déjà surprendre. Elle s’explique par un réflexe communautaire : les quartiers sunnites de Homs se trouvent sous le bombardement d’un gouvernement (et d’une armée) dominé par les Alaouites, apparentés aux Chiites. Lesquels sont soutenus par l’axe chiite constitué par l’Iran, le Hezbollah au Liban et, en moindre mesure, le gouvernement chiite irakien.

D’autre part, la Russie et la Chine continuent de défendre la dictature syrienne – comme tant d’autres dans le monde – peut-être moins par intérêt que pour éviter un précédent qui auraient des résonances intérieures, surtout en Russie. A l’opposé, l’Occident est tenté par un nouveau schéma à la libyenne. Certains pays arabes, notamment ceux qui viennent d’effectuer leur révolution (vers plus de démocratie ?) condamnent de plus en plus fermement la répression en Syrie. La ligne de fracture, ici, se situe entre la pérennisation de régimes autoritaires ou dictatoriaux et le pouvoir au peuple dans un Etat de droit.

Pourtant, si la situation était aussi simple, on pourrait (?) espérer une solution négociée. Il semble malheureusement que le problème est beaucoup plus complexe, pour deux raisons essentielles.

Première raison : la Syrie est un pays lui-même complexe, dominé en nombre par des Arabes sunnites (environ les trois quarts de la population) mais vivant aux côtés de plusieurs minorités ethniques ou ethnico-religieuses (communautés chiites ismaéliennes dont les Alouites, Kurdes, Turkmènes, Druzes, Assyriens et Arméniens notamment). Ces minorités sont des minorités très significatives voire des majorités à l’échelle de certaines régions syriennes.

Deuxième raison : la nature et les intérêts des pays de la région sont très divers. Pour résumer à très grands traits, les monarchies du golfe souhaitent essentiellement protéger les sunnites et contrer l’Iran et son axe chiite. Certaines d’entre elles, notamment l’Arabie saoudite autour de ses régions pétrolières, ont toutefois de fortes minorités chiites (même une majorité dans le cas de Bahrain). Les gouvernements issus du printemps arabe veulent démontrer qu’ils peuvent promouvoir une forme localisée de démocratie, compatible avec l’islam et indépendante de l’Occident. La Turquie (sunnite) tente, elle, de promouvoir son propre régime, d’affirmer sa puissance régionale, de contrôler les velléités des Kurdes syriens…

Les dynamiques politiques à l’oeuvre, à l’intérieur ET à l’extérieur, me font penser au cas libanais. C’est-à-dire à un nouveau détonateur d’un chaos régional. L’importance et l’enchevêtrement des enjeux peut soit bloquer le changement de régime entraînant une crispation internationale durable, soit à l’inverse provoquer un changement si fort qu’il débordera de manière incontrôlable hors de Syrie.

Où va la Syrie ?

Comment les troubles syriens vont-ils finir ?

D’un côté, il y a un peuple résolu, qui n’a pas peur du martyr, de l’autre un président jeune et appuyé par une armée dévouée. Chacun à ses alliés, les nations sunnites pour les uns, l’Iran et la Russie, pour les autres.

L’Occident et Israël ne seraient-ils pas au milieu ? La situation actuelle ne leur serait-elle pas favorable ? Un allié de l’Iran est paralysé, sa défaite mettrait Israël en face d’une union sunnite… Cela explique-t-il notre manque d’empressement à faire cesser l’affaire ?

Compléments :

Reflux de la culture occidentale ?

Le printemps arabe fut-il celui de la démocratie ?

Si l’on regarde l’histoire du Moyen-Orient sous l’angle culturel, on observe :

Une vague colonisatrice, supposée apporter les Lumières à des peuples attardés. Une contre vague, qui, au nom de ses valeurs, refuse le joug de l’Occident. Elle aboutit à l’installation de gouvernements dictatoriaux et « progressistes » (à notre sens). L’Iraq, la Syrie, et l’Égypte furent, il y a quelques décennies, des dictatures éclairées.

La nouvelle vague semble un retour aux valeurs culturelles traditionnelles. En particulier, l’Arabie Saoudite et l’Iran tiennent le haut du pavé. 

Iran USA : situation explosive ?

J’entendais La rumeur du Monde de France culture dire, hier, que l’Amérique et l’Iran ont intérêt à la confrontation.L’argument me semblait celui-ci :

Le Qatar et l’Arabie saoudite financeraient les partis sunnites, qui sont sortis vainqueurs du Printemps arabe. La Syrie vacillant, l’Iran commence à se trouver isolée, et aimerait se refaire en Iraq.

Or, de même que les élections présidentielles poussent les partis politiques locaux à l’irresponsabilité, l’affrontement entre le président et le premier ministre iraniens leur fait désirer, eux aussi, quelque grand acte d’éclat, extérieur.

Changement en Palestine.

Les Palestiniens vont-ils s’unir et se rapprocher de l’Égypte ?

La tentative de reconnaissance par l’ONU faite par le Fatah a résulté en une forme de sanctions économiques, qui poussent le Fatah à se rapprocher du Hamas, qui, lui, est prospère. Le Hamas s’éloignerait de l’Iran et de ses alliés pour rejoindre les Frères musulmans égyptiens. (Rivals who may need each other)

Vers un Moyen-Orient soudé par un Islam (relativement) modéré mais ferme dans ses principes ?

Compléments :

Changement en Irak

Les Américains partent, le gouvernement irakien se dispute, les attentats se multiplient et l’Iran cherche à prendre pied dans un pays religieusement ami. (Sovereignty without security) L’Irak va-t-il imploser ?

Pour le moment, j’ai l’impression que Kurdes, Sunnites et Chiites, tendances religieuses et (plus) laïques semblent chercher à évaluer leurs forces respectives. Leurs très puissants voisins doivent aussi se demander quel parti ils peuvent tirer de la situation. Phase d’expérimentation ? Rien ne va plus ?

Total menacé ?

Les bénéfices colossaux des grands pétroliers seraient des trompe-l’œil.

Ces groupes seraient pris en sandwich entre de monstrueuses compagnies d’État (Iran, Arabie Saoudite…), et des sociétés spécialisées plus petites et plus agiles.

Leur avantage concurrentiel ? Leur technologie. Leurs bénéfices honteux ne sont soutenables qu’à condition que le pétrole demeure coûteux et difficile à extraire. (Big Oil’s bigger brothers)