Anti Jupiter

Si la guerre d’Iran a quelque chose de bon, c’est de nous amener à nous interroger sur l’usage et l’efficacité de l’intelligence artificielle, dont elle fait un emploi massif.

A ce sujet, je note une première. Jusque-là la guerre était la mère de l’invention, dans ce cas, les USA se servent des produits du marché.

L’intelligence artificielle fait gagner les batailles, mais perdre les guerres ? L’homme tend à lui déléguer ses responsabilités, or, elle n’a pas de vision d’ensemble. Résultat, elle démolit beaucoup, et de manière indiscriminée, mais elle ne comprend rien à la stratégie. Curieusement, comme je le note depuis des années, elle semble révéler les biais cognitifs humains. Dans le cas de l’Iran et du Hezbollah, il a été fait l’hypothèse implicite que ces sociétés étaient construites sur le modèle occidental du surhomme. Il suffisait de le décapiter pour que le pays s’effondre. Exemple type d’énantiodromie : faute de chef, M.Trump n’a plus d’interlocuteur. (Aurait-il fabriqué une société de terroristes qui n’obéissent à personne ?)

Autrement dit, le rôle de l’homme est plus important que jamais. Il doit apprendre par la pratique le bon usage de l’intelligence artificielle, ce que ne font pas les Européens, qui se sont interdit d’aller en Ukraine. Et surtout, il doit construire des sociétés résilientes. Le modèle jacobin a vécu ?

(Réflexions suscitées par Affaires étrangères.)

(M.Trump, dit-on, est soucieux de laisser une trace dans l’histoire. Il a, d’ores et déjà, réussi son coup. Une autre preuve que l’homme est tout et l’intelligence artificielle, rien ?)

Lois de la guerre

En Iran, l’homme aurait-il défait l’intelligence artificielle ?

On dit que l’armée américaine en a fait un usage magnifique. Seulement, comme au Vietnam, ceux qui semblent avoir gagné sont ceux qui n’ont pas peur de mourir. C’est aussi ce que dit la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel. Ou les travaux de l’économiste Thomas Schelling.

Triste Liban

Un million de personnes déplacées, près du quart de la population. Pauvre Liban, qui prend tous les coups, sans pouvoir rien faire. Conséquence imprévue des succès israéliens : le Hezbollah ayant été décapité est aux mains des Iraniens !

Comment cela va-t-il se finir ? Israël va-t-il abattre l’Iran et, donc, le Hezbollah ? Ce serait apparemment dans l’intérêt des pays du Golfe, pour qui l’Iran est une menace permanente. Mais si cela dure ? Une crise mondiale, comme celle de 74, qui a mis fin aux trente glorieuses ? (Qu’est-ce que cela signifie, pour nous, qui sommes déjà dans une mauvaise passe ?) Il y aurait aussi beaucoup de nations qui n’y auraient pas intérêt. D’où émergence d’une diplomatie internationale qui mettrait fin au conflit ?

(Affaires étrangères.)

Une question que personne ne semble poser : que vont devenir toutes ces victimes de guerre ? Des terroristes ?

Silence des agneaux

On me dit qu’aux USA, c’est le calme. Les habitants vivent comme si de rien n’était.

Ce qui est surprenant, surtout, c’est le silence des démocrates. Eux qui déplaçaient ciel et terre pour le moindre acte de racisme, eux qui avaient raillé M.Trump lors de son premier mandat. Approuveraient-ils la guerre iranienne, comme un prolongement des printemps arabes ? Mais leur silence vient de plus loin.

Pourquoi ne se révoltent-ils pas ? aurait dit Camus. Parce que la révolte n’est qu’une question de conviction et que l’intellectuel n’est que raison ?

Une exception ?

US counterterrorism chief resigns over Iran war
Joe Kent, the director of the US National Counterterrorism Center, has resigned in protest at the Iran war. He said Tehran posed “no imminent threat to our nation” and the US launched the conflict “due to pressure from Israel and its powerful American lobby”.

Financial Times, 17 mars

Guerre artificielle

L’intelligence artificielle remplace l’homme. Sa première victime serait le général américain, si je comprends bien.

Voilà qui expliquerait les raisons de la guerre ? M.Trump aurait été victime du fameux « biais de positivité » de l’Intelligence artificielle ?

The US turned to Claude and other artificial intelligence systems to help shape its vision for AI warfare. In Iran that strategy is unfolding in real time.Read The Big Take ⬇️

Bloomberg News (@bloomberg.com) 2026-03-13T03:40:23Z

Animal blessé ?

Erreur de calcul ? On disait le régime iranien fragile, il semble avoir trouvé l’énergie du désespoir.

Retournement de situation ? La faille de Donald Trump, c’est le prix de l’essence et la bourse. Celle des Israéliens est, peut-être, leurs illusions : détruire leurs ennemis ? Ne s’en font-ils pas de nouveaux, et de bien plus méchants ? On entend de plus en plus que les USA épuisent leurs munitions. Bientôt, ne pourront-ils plus se défendre ? Et, surtout, défendre ceux que veulent conquérir les ennemis des démocraties ?

Nouveau clou dans le cercueil de la globalisation, et de l’irresponsabilité de l’UE ?

Prospective et systémique

Du détroit d’Ormuz. Un sujet pour Affaires étrangères. L’émission annonce « étranglement de l’économie mondiale ».

On parle surtout de pétrole. On constate que, quel que soit son producteur, il est bien mal placé. Mais les nations ont appris des précédentes crises, et ont des réserves et abaissé leurs dépendances.

Un sujet qui n’est pas abordé est celui de la crise systémique. La guerre d’Iran, indirectement, pourrait elle casser un des maillons critiques de l’économie mondiale ? On entend que le Bangladesh, fournisseur des textiles mondiaux, serait affecté. On lit aussi :

Iran war risks global food shock as fertiliser supplies cut
Growing number of fertiliser plants forced to shut, threatening rice and other harvests

Financial Times du 14 mars

Une autre question est celle de l’évolution de l’Iran et de ses alliés. Ce qui a fait, un temps, le succès du Hezbollah dans sa guerre contre Israël fut ses kamikazes. Et si un foyer de terrorisme mondial renaissait ? Apparemment, les USA craignent des attentats. On soupçonne même Trump de les espérer.

Prospective

Comment le conflit iranien peut-il tourner ?

Les Israéliens et Donald Trump semblent miser sur une révolution. Les Israéliens paraissent avoir noyauté le pays. Mais qu’ont-ils noyauté ? Son système d’information ou sa société ?

Toujours est-il que, ne voulant pas intervenir au sol, si le gouvernement iranien parvient à maintenir son emprise sur sa population, il est probable qu’il ne craint rien à court terme. S’il parvenait à frapper l’Américain à la pompe, il forcerait probablement Donald Trump à rendre les armes. (Et à chercher son prochain mauvais coup.)

Et si la Chine aidait l’Iran à se reconstruire, en échange de son pétrole ? La Chine est peut-être trop prudente pour cela. Mais, qu’arrivera-t-il après la campagne de publicité que fait Donald aux USA ?

Paix

Il est déprimant d’entendre parler de l’Iran, de la Syrie et de l’Irak, et aussi de l’Ethiopie. Mais qu’est-ce qui pourrait amener l’homme à ne plus s’entre-tuer ?

Parmi les causes de boucherie, il y a ce que disait Voltaire : le monde est aux mains d’un petit nombre de monarques. Et ces gens obéissent à des raisons pitoyables, intérêt personnel, grandeur de la nation, quelqu’idée arrêtée… Et, croyant être malins, ils détruisent des vies.

La solution n’est, d’ailleurs, pas le prince philosophe, ou énarque, comme le croyait Platon. Il est pire que tout. Car, une autre cause de boucherie est « l’idée ». Le meilleur exemple de ce mal n’est-il pas l’Afrique, victime des nôtres, qui n’étaient pas les siennes ? Le véritable crime du colonisateur (et de l’anti colonisateur) ne serait-il pas d’avoir imposé à ses populations un jeu sans leur en donner les règles ?

Et la Chine ? Elle avait déjà beaucoup d’atouts, puisqu’elle était une vieille civilisation. Depuis qu’elle a pris conscience que ses complexes de supériorité étaient déplacés, elle veut absorber l’avantage de l’Ouest, sans perdre son âme. Pour ce faire, elle a accepté une « recolonisation », dans les années 90. Une fois les résultats désirés obtenus, elle a éjecté l’Ouest et lui a déclaré la guerre. Seulement, il ne semble pas que le succès soit complet.

Alors ? L’Europe conserve un avantage. Elle a précédé le monde dans l’erreur. Très tôt elle s’est posé la question d’une cohabitation pacifique entre peuples. Or, l’humanité a désormais fait sa jonction. Nous sommes interdépendants. Et les idées qu’elle a eues ne sont pas idiotes. Et si elle continuait à les mettre au point, et devenait le laboratoire de la paix ?

Iran

La situation de l’Iran illustre peut-être les forces qui jouent lors d’un changement de régime.

Il semble bien que la raison de beaucoup de révolutions n’est pas tant idéologique que matérielle : quand on a faim, on n’a pas peur de se faire tuer, et, contre quelqu’un qui ne craint pas la mort, tout pouvoir est impuissant. Son véritable ennemi est la crise économique qu’il est incapable de juguler.

Mais il se pose alors la question de l’après régime (ce que notait Tocqueville, au sujet de la révolution de 1848). L’Iran, sous cet angle, a quelque-chose du Vénézuela. Ce ne serait qu’une théocratie de façade, elle serait aux mains de clans mafieux.

Et voilà, l’assurance sur la vie du régime : personne n’a intérêt à ce que l’Iran sombre dans le chaos. Les massacres peuvent se poursuivre.

Affaires étrangères. (Par ailleurs, le pays serait majoritairement non religieux, jeune, bien éduqué, et ethniquement hétérogène, 50% de la population étant constituée de minorités.)

(L’Iran n’est-il pas victime d’une dérive propre aux « non démocraties » ? Même si une démocratie a des défauts, au moins on peut espérer qu’elle s’amende ? Réfléchissons-y à deux fois avant de la critiquer violemment ?)