Paix

Il est déprimant d’entendre parler de l’Iran, de la Syrie et de l’Irak, et aussi de l’Ethiopie. Mais qu’est-ce qui pourrait amener l’homme à ne plus s’entre-tuer ?

Parmi les causes de boucherie, il y a ce que disait Voltaire : le monde est aux mains d’un petit nombre de monarques. Et ces gens obéissent à des raisons pitoyables, intérêt personnel, grandeur de la nation, quelqu’idée arrêtée… Et, croyant être malins, ils détruisent des vies.

La solution n’est, d’ailleurs, pas le prince philosophe, ou énarque, comme le croyait Platon. Il est pire que tout. Car, une autre cause de boucherie est « l’idée ». Le meilleur exemple de ce mal n’est-il pas l’Afrique, victime des nôtres, qui n’étaient pas les siennes ? Le véritable crime du colonisateur (et de l’anti colonisateur) ne serait-il pas d’avoir imposé à ses populations un jeu sans leur en donner les règles ?

Et la Chine ? Elle avait déjà beaucoup d’atouts, puisqu’elle était une vieille civilisation. Depuis qu’elle a pris conscience que ses complexes de supériorité étaient déplacés, elle veut absorber l’avantage de l’Ouest, sans perdre son âme. Pour ce faire, elle a accepté une « recolonisation », dans les années 90. Une fois les résultats désirés obtenus, elle a éjecté l’Ouest et lui a déclaré la guerre. Seulement, il ne semble pas que le succès soit complet.

Alors ? L’Europe conserve un avantage. Elle a précédé le monde dans l’erreur. Très tôt elle s’est posé la question d’une cohabitation pacifique entre peuples. Or, l’humanité a désormais fait sa jonction. Nous sommes interdépendants. Et les idées qu’elle a eues ne sont pas idiotes. Et si elle continuait à les mettre au point, et devenait le laboratoire de la paix ?

Iran

La situation de l’Iran illustre peut-être les forces qui jouent lors d’un changement de régime.

Il semble bien que la raison de beaucoup de révolutions n’est pas tant idéologique que matérielle : quand on a faim, on n’a pas peur de se faire tuer, et, contre quelqu’un qui ne craint pas la mort, tout pouvoir est impuissant. Son véritable ennemi est la crise économique qu’il est incapable de juguler.

Mais il se pose alors la question de l’après régime (ce que notait Tocqueville, au sujet de la révolution de 1848). L’Iran, sous cet angle, a quelque-chose du Vénézuela. Ce ne serait qu’une théocratie de façade, elle serait aux mains de clans mafieux.

Et voilà, l’assurance sur la vie du régime : personne n’a intérêt à ce que l’Iran sombre dans le chaos. Les massacres peuvent se poursuivre.

Affaires étrangères. (Par ailleurs, le pays serait majoritairement non religieux, jeune, bien éduqué, et ethniquement hétérogène, 50% de la population étant constituée de minorités.)

(L’Iran n’est-il pas victime d’une dérive propre aux « non démocraties » ? Même si une démocratie a des défauts, au moins on peut espérer qu’elle s’amende ? Réfléchissons-y à deux fois avant de la critiquer violemment ?)

Iran

Guerre Iran, Israël : quels enseignements ?

Publicité pour la bombe atomique ? Avec elle ni l’Iran, ni l’Ukraine n’auraient été attaquées, probablement ? Bientôt, tout le monde sera équipé ?

La loi du plus fort est toujours la meilleure ? Nous, pays occidentaux, qui nous affaiblissons à vue d’oeil, aurions peut-être intérêt à changer les choses rapidement ? A faire régner la paix ?

Prospective

« Quels sont les pires scénarios ? » se demandait la BBC au sujet des affrontements entre Israël et l’Iran. Je n’en retiens pas grand chose, sinon que les USA pourraient être entraînés dans le conflit. Et ce d’autant mieux que leurs bases irakiennes sont exposées aux attentats des alliés de l’Iran, qui, contrairement au Hezbollah ou au Hamas, n’ont pas été affaiblis par les Israéliens.

L’émission de Christine Ockrent me semble plus instructive. Certes, il n’y avait pas d’accord entre les opinions de ses invités.

En ce qui concerne la situation à venir du monde, il se dégageait, me semble-t-il, le scénario d’une victoire israélienne, démantelant l’arsenal nucléaire iranien. Mais, les Israéliens ne sont pas équipés pour. Dans ce cas, la guerre pourrait être longue et dangereuse pour le monde. (Mais bonne pour M.Poutine, dont le pétrole prendrait du prix). L’Iran deviendrait un Etat nucléaire, ce qui serait aussi le cas, par réaction, de tous les Etats de la région.

Politiquement, c’est une bonne affaire pour M.Netanyaou : son peuple hait les Iraniens, qui, d’ailleurs, sont craints par leurs voisins. Un atout des Iraniens est d’être 90 millions, face à un Israël peu peuplé. En revanche, autre scénario, il semblerait que le régime iranien et les régimes du Golfe soient faibles et préoccupés de leur survie. Ce qui devrait le pousser à négocier.

Quant à M.Trump, sa politique de réduction de coûts par désengagement des USA des affaires du monde semble mal partie. Protégez-moi de mes amis… ?

Complexité

Curieux enchaînement de causes et d’effets. En attaquant Israël, le Hamas a provoqué non seulement une réaction contre lui, mais aussi une destruction du Hezbollah, et un effondrement de la Syrie. Le régime accusé de crime contre l’humanité a mis un terme à un crime contre l’humanité que l’on ignorait superbement : la Syrie était une infâme boucherie.

Non seulement l’Iran aurait perdu ses bases avancées, mais la dernière riposte israélienne aurait détruit ses défenses antimissiles, ce qui l’exposerait à une frappe de Trump. Dorénavant Turquie et Israël seraient face à face.

De bruit et de fureur ? L’histoire est une suite de coups de théâtre et d’effets papillon ? Vouloir la contrôler est une illusion ?

(Émission de Christine Ockrent, chez France culture, la semaine dernière.)

Syrie

Le régime syrien connaît des revers. La raison en est que ses alliés russes et iraniens sont affaiblis. (Informations de la BBC.)

Ce qui semble montrer que l’Occident n’a pas encore perdu la partie, et qu’il ferait peut-être bien d’y penser à deux fois avant de faire preuve de faiblesse.

Seulement, il doit peut-être aussi faire attention à ne pas détruire ses ennemis, car, l’histoire montre que, sans eux, c’est lui qu’il détruit ?

The siege

On a oublié la prise d’otage de l’ambassade d’Iran à Londres. La BBC la racontait : The siege.

Elle la faisait vivre de l’intérieur. Une minorité religieuse est opprimée par l’Iran. Elle est manipulée par l’Irak. 6 jeunes amateurs sont formés par Abou Nidal (en ces temps, les Palestiniens étaient du côté irakien ?) et envoyés prendre des otages à Londres. Ils sont tellement mal préparés qu’ils ne se rendent pas compte qu’un agent de sécurité a conservé une arme sur lui. Ils sont perdus. Ils relâchent des otages sans contrepartie, ce qui permet aux assiégeants de savoir ce qui se passe dans l’ambassade. Finalement, les SAS (les troupes d’intervention des services secrets dont jusqu’ici l’Angleterre niait l’existence) interviennent et liquident les terroristes. (Sauf un, un innocent, protégé par les otages.) Triomphe de Madame Thatcher.

L’histoire n’est que bruit et fureur ?

La discorde chez l’ennemi

La BBC est une bonne source d’information ? L’éclatement des pagers semble bien avoir présagé une offensive israélienne.

Ce qui est surprenant est que, depuis quelque temps, Israël semble être capable de tuer les chefs ennemis, y compris iraniens. Alors même que l’on disait certains, comme Hassan Nasrallah, invulnérables, protégés par des masses de béton, ou autre.

Le génie technologique israélien aurait-il trouvé une faille dans la défense ennemie ? Doute qui peut semer la terreur ?

CIA

L’histoire de la CIA, depuis ses origines, racontée par une employée qui y a connu une carrière exemplaire. (Central Intelligence, BBC4.)

Cela donne une forte impression d’une équipe de pieds nickelés… D’une part les opérations de la CIA sont d’extraordinaires improvisations, qui, lorsqu’elles réussissent, résultent de l’effet heureux d’un invraisemblable hasard ; d’autre part, sa vision à court terme produit des conséquences imprévues qui finissent par lui retomber sur le nez. En écoutant l’émission, on n’est pas loin de penser que tous les problèmes actuels de la planète viennent de là. En particulier, c’est la CIA qui aurait fait l’Iran moderne. Et, bien souvent, comme en Iran, elle a eu tendance à remplacer des régimes démocratiques par des dictatures. (A noter qu’il semble avéré, mais l’émission n’en parlait pas, que les USA sont à l’origine du renouveau du terrorisme islamique, ayant cru pouvoir l’utiliser contre l’URSS.)

LA CIA a été créée après guerre. Sa mission : lutter contre l’URSS. Depuis les origines sa tactique consiste à employer la technique de la « résistance », c’est à dire de procéder comme durant la dernière guerre, en cherchant à monter les citoyens d’un pays contre le gouvernement que la CIA veut renverser. Mais, initialement, elle n’a personne dans la place. Elle se fait jouer à tous les coups par les Soviétiques. Ils ont alors le monopole du coeur, et ont infiltré, entre autres, les services secrets britanniques. La CIA parvient à remettre en marche un général nazi, qui a conservé des réseaux en Europe de l’est asservie. Mais ils sont aussi infiltrés. Heureusement pour eux, les Russes finissent par découvrir la supercherie soviétique. Les défections se multiplient.

Esprit du temps. C’est une histoire féministe. Les agents de la CIA sont des machos, très bêtes, mais, à chaque fois qu’ils sont sur le point d’échouer, ils sont sauvés par l’intelligence féminine. Ce qui, encore une fois, est une curieuse tactique. Car cela semble signifier que c’est la femme qui est à l’origine des maux du monde…

Dialogue des peuples

Les Israéliens tuent des militaires iraniens. L’Iran doit riposter. Mais on sait qu’il n’a pas intérêt à un conflit. Attention, dit M.Biden, ils vont envoyer une nuée de drones. Les Iraniens envoient une nuée de drones. Ils sont abattus. Ne ripostez pas dit M.Biden aux Israéliens. On ne peut pas, entend-on dire l’armée. Attaque limitée. L’Iran n’en parle pas. Mais elle porte, d’après ce que j’entends, un message : rien en Iran n’est à l’abri de nos tirs, et nous savons où tirer.

Paradoxalement, c’est une forme de dialogue. Pour le pratiquer, il faut une connaissance intime de l’autre, et donc un grand intérêt pour lui. Comme disait Saint Augustin : « aime et fais ce que tu veux » ?