L’Amérique quitte le Moyen-Orient

Je retiens d’un long article sur le Moyen-Orient, que si les lois de l’économie s’appliquent à la politique américaine, l’engagement de l’Amérique au Moyen-Orient ne devrait pas durer.
En effet, il lui rapporte moins qu’il lui coûte. Le pétrole Irakien ne représente que 10% de son approvisionnement, ce qui va chuter. Pas de quoi couvrir les frais militaires qu’elle a engagés (1100md$ jusqu’ici). Pour le reste la présence américaine profite aux intérêts de ses concurrents (Chine) et nourrit l’anti-américanisme local (une autre forme de protection d’intérêt).
Réflexion personnelle : n’est-ce pas parce que l’Amérique a agi en tuteur de la région que cette dernière se comporte de manière irresponsable ?
Compléments :

Irak et liberté

Reportage de la BBC (From our own correspondant). Un irakien explique qu’il a perdu sa liberté. Ses opinions pourraient lui coûter la vie (il part d’ailleurs aux USA). Sous Saddam il faisait ce qu’il voulait.
Le régime de Saddam était occidentalisé, son renversement a amené le déchaînement des forces traditionnalistes, muselées jusque-là ? Résultat d’un changement mené par des idéalistes : l’inverse de ce qu’ils en attendaient ?

Quel avenir pour l’Irak ?

L’Irak est dans une situation précaire. Le pays n’est pas gouverné. Sa classe dirigeante, arrivée dans les bagages de l’armée américaine, n’était pas faite pour diriger, mais pour comploter, comme toute opposition en exile. Les voisins du pays (l’Iran, la Turquie, la Syrie, la Jordanie, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe) tirent les ficelles du gouvernement.
Bref, anarchie et forte possibilité de prochaine dictature.
Ce qui est curieux dans cette histoire est l’impréparation de ce changement (mais, si on avait cherché à le préparer, l’aurait-on fait ?). Au fond c’est une illustration d’un biais de nos élites occidentales : pour elles les problèmes du monde n’ont que des solutions simples, issues de leur esprit. 

Guerre d’Irak

Enquête sur les mensonges du gouvernement anglais concernant la nécessité d’une guerre avec l’Irak. Où l’on apprend que ses services secrets l’avaient averti qu’elle favoriserait les visées de Ben Laden, et que l’Angleterre en serait victime. Il y aurait aussi eu des raisons de croire que les sanctions contre l’Irak fonctionnaient.
Plus curieusement, il semblerait que le gouvernement anglais se soit convaincu de l’honnêteté de ses déclarations par un processus progressif, qui consistait à procéder par une série de petites entorses à la rigueur intellectuelle. 

Tribus irakiennes

L’avenir de l’Irak semble toujours aussi incertain. Il serait maintenant aux mains des tribus.
  • Ce pourrait être une bonne chose, parce qu’elles sont inter confessionnelles, et pragmatiques.
  • Ce pourrait être l’anarchie (« une sorte de Somalie qui aurait du pétrole ») si aucune force n’est capable de contenir leurs intérêts divergents.
Il semblerait que Saddam Hussein et l’Empire Ottoman aient déjà rencontré cette situation. Curieux comme l’histoire se répète (voir aussi : Dictature en Irak ?).

Green Zone

Film fort efficace de Paul Greengrass.
On y admire la sophistication de l’armement américain, qui permet d’identifier dans le noir, et d’un hélicoptère, qui est ami ou ennemi.
Scénario vraisemblable ? Est-ce important pour le réalisateur ? Il fait passer un message clair : la guerre d’Irak a été une aventure montée par des apprentis sorciers, menteurs et manipulateurs, en costard cravate et sortis des meilleures écoles.
Le « mauvais » du film ressemble comme un frère aux dirigeants des grandes entreprises, des banques et des fonds d’investissement. Et ses pratiques s’apparentent aux leurs, y compris l’usage de théories fumeuses pour justifier des décisions injustifiables. On se croirait chez Enron ou Goldman Sachs.
Quant au bon, c’est Matt Damon, le « vrai Américain ». Homme du peuple (sous officier), grand professionnel, qui tient dur comme fer aux valeurs américaines et qui, lorsqu’elles sont menacées, bouscule montagnes et hiérarchies pour les faire respecter.
L’Amérique a-t-elle été corrompue par une élite de diplômés à la rigueur intellectuelle et à la morale incertaines ? Sa rédemption passera-t-elle par un retour à ses valeurs éternelles, que porte en lui l’Américain du peuple ? 

Renseignement militaire

Le renseignement militaire en Irak fonctionne mal. Selon un haut responsable, il lui faut des ethnologues :

« the vast intelligence apparatus is unable to answer fundamental questions about the environment in which US and allied forces operate and the people they seek to persuade. Ignorant of local economics and landowners, hazy about who the powerbrokers are and how they might be influenced, incurious about the correlations between various development projects and the levels of cooperation among villagers, and disengaged from people in the best position to find answers » (…) He urges them to get out of headquarters, work with soldiers on the ground, talk to people and act more like journalists, as well as historian and librarians. Interestingly he says that 90% of intelligence work these days is what he calls « open source », and quotes a former head of intelligence saying that the job should be more Sherlock Holmes than James Bond.

A damning view of US intelligence in Afghanistan

La guerre, c’est une conduite du changement par d’autres moyens : comprendre la logique de la culture adverse permet de prévoir ses actions et d’en tirer parti.

Tony Blair et l’Irak

RFI parlait d’une interview de Tony Blair par la BBC dont il ressortait qu’il pensait qu’il avait eu raison de faire la guerre en Irak, même si les raisons qu’il a données étaient erronées (armes de destruction massive).

Mécanisme intellectuel possible de Blair : 1) mon rôle est de faire ce qui est bien pour le peuple (sous-entendu idiot) ; 2) une fois que je l’ai trouvé, j’utilise les moyens qui me permettent de le convaincre. La fin justifie les moyens.

Faisons maintenant l’hypothèse que le peuple est intelligent, et que l’Angleterre est une démocratie, et que M.Blair représente « l’exécutif », c’est-à-dire l’organe qui doit mettre en œuvre la volonté du peuple, telle qu’exprimée par le « législatif », qu’aurait-il dû faire ?

Modèle trop théorique ? Dans notre démocratie le chef de l’exécutif ressemble à un dirigeant d’entreprise, il a une délégation de pouvoir, même s’il doit rendre des comptes. Alors, pourquoi M.Blair n’a-t-il pas soumis le problème de la guerre d’Irak au peuple ; organisé la réflexion de celui-ci de façon à ce qu’elle soit efficace ; et mis en œuvre la solution qui en résultait ? Peut-être que l’Angleterre aurait trouvé une idée qui aurait permis de réaliser la fin que désirait M.Blair (éliminer une dictature), mais avec un moyen moins sanglant, et moins inefficace (la guerre), et sans tricher avec les règles de la société ?

Compléments :