The siege

On a oublié la prise d’otage de l’ambassade d’Iran à Londres. La BBC la racontait : The siege.

Elle la faisait vivre de l’intérieur. Une minorité religieuse est opprimée par l’Iran. Elle est manipulée par l’Irak. 6 jeunes amateurs sont formés par Abou Nidal (en ces temps, les Palestiniens étaient du côté irakien ?) et envoyés prendre des otages à Londres. Ils sont tellement mal préparés qu’ils ne se rendent pas compte qu’un agent de sécurité a conservé une arme sur lui. Ils sont perdus. Ils relâchent des otages sans contrepartie, ce qui permet aux assiégeants de savoir ce qui se passe dans l’ambassade. Finalement, les SAS (les troupes d’intervention des services secrets dont jusqu’ici l’Angleterre niait l’existence) interviennent et liquident les terroristes. (Sauf un, un innocent, protégé par les otages.) Triomphe de Madame Thatcher.

L’histoire n’est que bruit et fureur ?

Suicide

Il faudra un jour que l’Ouest fasse un mea culpa. Entre la réforme du monde par la « nouvelle économie », et la guerre d’Irak, que d’erreurs n’a-t-elle pas commises ?

Les Anglais fêtent actuellement cette guerre. Dernièrement, ils parlaient du suicide d’un inspecteur de l’ONU, David Kelly. Son témoignage avait été utilisé par la BBC pour montrer que le gouvernement britannique manipulait l’opinion.

Si j’ai bien compris l’émission (A most consequential death), la BBC était totalement en tort. Elle a été victime de ses a priori. Ils ont été vérifiés par les faits, mais le témoignage ne prouvait rien. Et elle l’a déformé, en faisant croire qu’il émanait des services de renseignement. Quant au suicide, il ne semble pas avoir de coupable, sinon un individu fragile pris dans ses contradictions (il prônait l’honnêteté, mais, interrogé par une commission d’enquête du parlement, il a menti), et broyé par des forces qui le dépassaient. N’est pas Donald Trump, ou Nigel Farage, qui veut.

(Quant à la BBC, je découvre de plus en plus qu’elle a perdu son impartialité légendaire.)

Obama et l'Irak : c'est ma faute, qu'ils se débrouillent ?

Les sectes islamistes les plus arriérées s’emparent de l’Irak. Toute la région est menacée de s’effondrer dans le chaos. Et si M.Obama était responsable ? se demande The Economist. En effet, n’est-ce pas lui qui a décidé d’une évacuation accélérée du pays ? Bien sûr, il n’est pas possible de discuter de la question. Car, sans M.Bush, on n’en serait pas là. Les Républicains n’ont pas intérêt à parler d’une culpabilité qui est la leur. Et les Américains n’ont plus envie de payer les erreurs de leurs présidents. C’est maintenant aux Irakiens de le faire. Demain aux Afghans. (Au passage, The Economist salue l’extraordinaire cynisme de M.Obama.)
Ce qu’il y a de curieux dans l’affaire irakienne, c’est qu’elle semble révélatrice d’un phénomène général. La « démocratie » n’a pas amené à la tête du pays ce qu’il avait de meilleur, mais a donné le pouvoir à des intérêts particuliers. C’est leur arbitraire qui a jeté le peuple dans les bras des extrémistes. Il semblerait que, partout où l’Occident intervient, c’est le même phénomène qui se produit. Afghanistan, Mali, jadis Viet Nam. 
Que va-t-il arriver ? Aussi bien en Syrie qu’en Irak, personne ne semble pouvoir gagner ou perdre. Dès qu’un camp menace de prendre le dessus, ceux qui sont derrière ses opposants interviennent pour l’arrêter. En outre, le statu quo arrange beaucoup de monde. Les Kurdes, par exemple, qui ont créé un Etat semi autonome, non officiel. Peut-être aussi les Israéliens, lâchés, comme tout le monde, par M.Obama. Donc, le chaos devrait se maintenir
Quelles conséquences pour nous ? Limitées ? Quelques actes terroristes spectaculaires, peut-être. Peut-être aussi un prix de l’énergie élevé, pour certains. Mais pas pour les USA, protégées par leur gaz de schiste. Ce qui explique leur désintérêt ? 

Chaos, principe du capitalisme de marché ?

Irak. L’intervention américaine a donné l’Irak à des intérêts particuliers. D’où révolte du peuple. D’où terreau pour Al Qaeda. Europe. Mme Merkel a besoin de l’Angleterre pour faire pièce à la France et bâtir une Europe libérale. L’irresponsabilité de M.Cameron ne lui facilite pas la tâche. Alors, elle temporise. Avec le temps, on peut faire avaler n’importe quoi aux uns et aux autres. D’ailleurs, tout va bien en Allemagne. Le marché européen redevient porteur, la baisse de l’euro favorise les exportations, le marché domestique consomme. Le capitalisme de marché a vaincu l’Italie ? Mediobanca avait des participations dans les très grandes entreprises. Mission de reconstruction donnée en 46. Aujourd’hui, elle se retire. C’est le marché financier qui la remplace. Il en est de même dans la PME. Là, c’est un capitalisme familial qui disparaît. Ukraine. Le peuple veut nettoyer la corruption oligarchique. Mais les mêmes sont à la tête du pays. Les USA désertent Israël. Reste l’Europe. Mais l’Europe est un chaos confus. Aux USA, les Républicains vont reprendre le pouvoir. Cependant, le peuple s’en méfie. La faute à Bush. Il a fait l’envers de ce qu’il avait promis.
Le régulateur américain mène une croisade contre le financement par les banques internationales des ennemis des USA. Pour cela, il va au-delà de l’esprit des lois et inflige des peines terrifiantes. Résultat : les banques, par prudence, ne font plus d’affaires avec les pays qui auraient le plus besoin de leurs services. Le petit investisseur est bien meilleur que le grand analyste. Et cela parce qu’il a moins de pression à la conformité. Innovation chez les fonds d’investissement. Plutôt que d’acheter des entreprises, ils les reconstruisent de zéro. Les vieilles industries innovent. La destruction créatrice ne les liquide pas (cf. montres, stylos, voiliers, vêtements traditionnels, livres…). Elle en fait des niches hyper rentables et innovantes. Destruction créatrice de HP ? HP cherche de nouvelles idées pour renouveler des affaires qui vont mal. Pour l’instant, la seule certitude, c’est que 50.000 personnes ont été licenciées. Bataille de la batterie. Par l’effet d’échelle on veut abaisser massivement son coût. Destruction créatrice de l’automobile. Cependant, une grosse partie de ce coût est de la matière…
Football. La nature d’une société influe sur le succès du penalty. L’anxiété de l’échec est insoutenable pour l’individualiste. 

Comment sortir du chaos syrien ?

Un ami libanais commente mon dernier billet sur la Syrie :

Quant à la Syrie, n’oublie pas que la Syrie est le théâtre des conflits des autres – je pense aux conflits suivants : conflit Russie-USA, conflit Sunnite – Chiite, conflit régional entre Iran, Egypte-Arabie-saoudite & Turquie pour le contrôle de cette région, conflit économique dans cette région avec une nouvelle apparition de champs de gaz dans le large du Liban, conflit avec Israël, etc.

Un articleajoute à cela qu’il faut aussi envisager les conséquences du conflit. La minorité sunnite irakienne a été gagnée par la fièvre syrienne : l’Irak est aussi menacé de chaos.

Comment éviter que le Moyen-Orient ne devienne un champ de bataille ? Le même article semble penser que son problème vient de la solution qu’il a adoptée : le conflit. Et si, au lieu de jouer à dent pour dent, on essayait de discuter ? Peut-être que cela sortirait l’Iran, par exemple, d’une spirale de radicalisation ? 

Petit traité de manipulation : le sophisme

Lorsque Tony Blair a été accusé d’avoir manipulé l’opinion britannique pour la précipiter dans la guerre d’Iraq, il a répondu que c’était une guerre juste. Autrement dit la faute était vénielle, car la fin justifiait les moyens.

Le sophisme est une perversion de la rationalité. Il fait passer pour un raisonnement rigoureux ce qui ne l’est pas. Le procédé consiste essentiellement à justifier une conclusion prédéfinie par ce qui semble aller dans son sens, sans prendre en compte ce qui la contredit.
The Economist, ma lecture favorite, donne des exemples de sophismes à longueur de pages. Tout ce qui sert sa cause (le libre échange et la gloire de la Grande Bretagne éternelle) est vu positivement, au contraire de tout ce qui la dessert (la France, la zone euro, la main visible de l’État).
Comme M.Blair, le sophiste pense qu’il a raison, et que la fin, l’instrumentalisation de la raison, justifie les moyens.
Cette croyance s’associe naturellement au protestantisme. En effet, certaines de ses formes estiment que Dieu couronne ses élus de leur vivant, en leur accordant un talent, une vocation. Autrement dit, si vous êtes particulièrement doué pour quelque chose (faire des affaires, être un bon élève…), c’est probablement que vous avez été choisi par Dieu.
M.Blair est catholique. Il n’y a pas besoin d’être protestant pour s’estimer un surhomme. Le sophisme est une pathologie de la confiance en soi !

Changement en Irak

Les Américains partent, le gouvernement irakien se dispute, les attentats se multiplient et l’Iran cherche à prendre pied dans un pays religieusement ami. (Sovereignty without security) L’Irak va-t-il imploser ?

Pour le moment, j’ai l’impression que Kurdes, Sunnites et Chiites, tendances religieuses et (plus) laïques semblent chercher à évaluer leurs forces respectives. Leurs très puissants voisins doivent aussi se demander quel parti ils peuvent tirer de la situation. Phase d’expérimentation ? Rien ne va plus ?

Sarkozy à Munich ?

F.Hollande reproche à M.Sarkozy d’avoir conclu un accord en trompe l’œil (sans le mécanisme qui aurait garanti que l’Italie ne puisse pas être attaquée par les marchés), et vendu l’Europe à l’ennemi, la Chine.
Notre président courage aurait-il rejoué Munich ?
Mais, la France est-elle capable d’entendre ce type d’argument ? Visiblement, M.Sarkozy pense que non, et qu’il faut lui parler à la façon « moi Tarzan, toi Jane ».
Surtout, M.Hollande se prépare-t-il à faire coller ses actes à ses paroles ? Comment va-t-il faire entendre raison à la Chine et à l’Allemagne ? Comme M. de Villepin, lors de la guerre d’Irak : la crinière au vent, et en calbute ? 

Jumelles et radio analogique

Discussion un peu ancienne. Thalès aurait reçu de grosses commandes de l’armée américaine pour des jumelles nocturnes et des radios analogiques.
Ses concurrents auraient procédé à des réductions de coûts systématiques en utilisant des technologies de masse. Résultat : leur matériel est bon marché, mais pas adapté aux besoins de l’armée. En particulier les radios numériques ne fonctionnent pas en environnement de guérilla urbaine (Irak). Seul l’analogique est adapté, mais ils ont perdu le savoir-faire nécessaire.
Phénomène unique où systématique ? Pourrait-on découvrir que nous avons avons oublié ce qui nous est essentiel, pour cause de gestion financière myope ?

Irak, 2011

Les difficultés actuelles des régimes autoritaires moyen-orientaux donnent envie de réécrire l’histoire. Que se serait-il passé en Irak si les Américains ne l’avaient pas envahi ?
Saddam Hussein aurait 74 ans, sans une succession solide, selon ce que l’on sait de ses enfants.
Le premier problème des dictatures, c’est la succession du tyran. Ce qui fit la force de la France fut que ses rois eurent des enfants. Leur second problème est qu’un tel régime repose trop lourdement sur les capacités d’une seule personne et emploie insuffisamment celles du reste de la population. C’est intenable dès que la concurrence adopte un modèle qui utilise plus intelligemment la ressource humaine (comme l’a fait l’Angleterre dès le 17ème siècle) ?