Internet disrupte la démocratie

La loi d’Internet, c’est la notoriété. C’est le like et le tweet. Ils font l’opinion et les fortunes. Eh oui, Internet, c’est la « disruption » de la démocratie et de la politique ! Et si demain, les bureaux de vote ne comptaient que pour du vent ? A quoi ressemblerait la politique ? On le voit dès aujourd’hui :
Ses leaders d’opinion sont ceux qui influencent les algorithmes de Google. Et leur cause ? C’est leur business Internet. Or, ce business est peut-être bien le Cheval de Troie de valeurs qui ne nous conviennent pas (cf. ma conversation avec Hervé Kabla ici). On achète donc des voix, comme, peut-être jamais on n’a pu le faire jusque-là !

Pour autant, et c’est peut-être plus terrible, cela ne dégage pas notre responsabilité. Ne pas dire que vous « aimez » quelque chose, c’est ne pas lui permettre d’être connu. C’est voter contre lui. Et il serait particulièrement grave de le faire parce que vous pensez que ce serait compromettant de donner votre avis, que le NSA pourrait vous en vouloir… Seconde caractéristique de cette démocratie disruptée : l’intimidation par la terreur ? 

(Dans ces conditions, faut-il se réjouir de la « numérisation » des médias ?
Précision : je n’ai rien contre la numérisation en tant que telle. On peut se « numériser », sans avaler l’idéologie sous-jacente.)

Le lien (HTML) va-t-il devenir illégal ?

C’est le lien HTML qui fait Internet. On y vit pour la notoriété. Et la notoriété c’est être cité par des gens influents (comme Hervé Kabla). Et la citation passe par le lien. 
Une décision de justice va-t-elle rendre le lien, criminel ? C’est ce que pense le New Yorker, à la suite d’une décision espagnole qui force Google à payer pour citer des articles. 

The law troubles advocates of Internet freedom (and, one imagines, Google and other Internet companies) because it seems to fit into a broader pattern, in Europe, of government actions that undermine what is sometimes known as the “right to link.” The best-known example of this is the decision, in May, by the European Court of Justice, that Europeans have a right to have links to information about them removed from search results—the “right to be forgotten,”

Ce blog, aide mémoire de son auteur et tissu de citations, tremble.

L’attitude des journaux qui ont attaqué Google est étrange. En effet, d’ordinaire on paie pour que Google nous fasse de la pub. Ou on dépense beaucoup d’argent et d’efforts pour propulser ses articles le plus haut possible dans les pages de recherche Google… 
J’en suis venu à me demander si ce procès n’était pas un acte de désespoir. Rien ne fonctionne plus pour la presse, elle ne sait plus quoi faire pour gagner un peu d’argent. (Mon idée est-elle idiote ?)

Le monopole c’est bien !

On nous a changé The Economist ? Alors qu’il veut toujours plus de « compétitivité » pour les Etats, quand il s’agit de Google, il se rappelle les paroles des grands auteurs classiques : ils ont dit que la concurrence tuait l’innovation. « La concurrence (dit Peter Thiel) explique l’échec, pas le succès ; le succès vient de la fourniture d’un produit sans équivalent, et tend donc naturellement à créer un monopole ». Certes Google, Amazon et les autres affirment ouvertement qu’ils veulent conquérir le monde. Mais ce n’est pas grave, parce que la nature d’Internet est le monopole, que le désirer rend créatif, et qu’aucun monopole ne tient, surtout chez Internet. (La conclusion de l’article semble, toutefois, émettre un doute et rappelle que la démocratie c’est, par nature, le refus des rois, une autre forme de mmonopole.)
L’armée française est devenue la meilleure amie de l’américaine. Sauf en Europe, où la France ne compte pas. La Russie divise l’Allemagnequi retrouve ses divisions de la guerre froide. La droite est pro occidentale, la gauche pour l’Ostpolitik. Souk ukrainien. Les oligarques se disputent le pouvoir. La volonté de l’Ouest de faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN ne fait qu’envenimer ses relations avec la Russie. En Angleterre, la croissance est repartie, mais elle crée des salariés pauvres, qui ne paient pas d’impôts. La situation financière de l’Etat n’est pas meilleure que celle de la France. L’Angleterre ne veut plus que sa sécurité sociale profite aux immigrés. Ce qui pourrait se retourner contre elle : elle a expédié deux millions de vieux dans des pays tels que l’Espagne et la France, où ils profitent de la sécurité sociale locale. Ils sont aussi nombreux, mais ils coûtent beaucoup plus cher aux Etats que les jeunes immigrés.
Comment 21md€ deviennent 315. M.Junker annonce un plan de relance, tour de passe-passe.
USA. Ferguson ou le drame des bas fonds de l’Amérique ? Une police blanche, mal formée et mal payée, affronte une population noire déclassée, dans un monde surarmé. Et cette abjecte pauvreté est rançonnée ! « Un rapport (…) a trouvé que la cour municipale de Ferguson – une ville de 21.135 personnes – a produit 32.975 mandats d’arrêt l’année dernière, principalement pour infraction au code de la route. Ces amendes étaient la seconde plus importante source de revenus d’une ville dont le budget est de 20m$. » L’économie américaine est en plein boom : « le commerce représente une petite part de l’économie américaine, et les autres malheurs du monde, en fait, aident le pays, en faisant baisser les taux d’intérêt et le prix du pétrole ».
Aviation. Le low cost s’en prend au marché des longs courriers. C’est une histoire de moteurs. Ils consomment de moins en moins, ce qui permet de baisser les prix et réduit l’avantage des transporteurs traditionnels. Ce qui leur donnerait encore un peu de répit serait l’incapacité de Boeing et Airbus de livrer assez vite de nouveaux appareils. La politique de subvention aux énergies propres a eu le même effet désastreux au Japon qu’en Allemagne. Et les fabricants de médicaments manipulent les chiffres pour montrer que leur mise au point leur coûte cher. Les producteurs de spiritueux investissent l’argent qu’ils gagnent à l’Ouest dans le trou sans fond des marchés émergents.
La mission principale des conseils d’administration est de s’assurer que le top management de l’entreprise est compétent. Pour cela, il faut, surtout, repérer et faire grandir des talents en leur confiant des projets et des responsabilités où ils vont s’affirmer.
Le fonds Franklin Templeton gère 190md$ de dettes d’Etat. C’est extrêmement rentable, car les lois de l’économie ne s’appliquent pas à ce type de dettes. Paie des banquiers. On essaie de trouver une formule de bonus qui les rende vertueux. Dernière idée : des obligations à très long terme. L’Europe, elle, a limité la proportion du bonus dans la paie. Ce qui a forcé les banques à augmenter les salaires fixes des banquiers. Ce qui est coûteux, et pourrait les amener à réduire les dits salaires…
Cryptage de données. Les données Internet sont plus cryptées qu’on ne le croit. Ce que regrettent les services d’espionnage. Cela pourrait protéger, mieux qu’aujourd’hui, le commun des mortels, mais pas ceux qui font l’objet d’une surveillance particulière. 

Internet a-t-il tué le sondage ?

Je participe à un sondage de SFR, sur Internet. C’est de l’auto administré, donc biaisé. Et c’est idiot, le système continue à me poser des questions alors que je ne suis pas intéressé par ce qu’il me propose. Je ne suis pas allé jusqu’au bout.
Je me suis demandé si l’industrie du sondage avait encore un sens. Une autre victime de la destruction numérique. Elle a été amochée par Internet, la téléphonie mobile, et une perte de confiance généralisée qui fait que l’on ne dit plus ce que l’on pense.
Il faut réinventer l’enquête à partir des techniques anthropologiques. Il faut comprendre la logique des gens, les principes sur lesquels reposent leurs décisions. 

Et si la NSA avait tué Big Data ?

Une idée que l’on entend beaucoup dans certains milieux est qu’Internet serait la voix du Marché, donc de la société. Est-ce vraiment le cas ? 
Lorsque je faisais des études de marché, on expliquait qu’il fallait se méfier des sondages autoadministrés (ceux à qui ne répondent que des volontaires), et qu’un échantillon devait être significatif. 
Rencontre-t-on sur Internet des échantillons significatifs ou sommes-nous en auto-administré ? Et si, surtout, Internet était victime du phénomène FN (les sondés n’osent pas dire qu’ils votent pour le FN) ? Depuis que je vois certains de mes élèves user de pseudonymes ou se méfier du blog (privé) que nous utilisons en cours, c’est la question que je me pose. Et si la NSA avait tué Big Data ?

(En tout cas, Internet n’a pas tué les sciences sociales. Internet est créé et manipulé par des hommes. Comprendre le comportement des êtres humains passe encore par les techniques d’enquête traditionnelles en anthropologie ou en sociologie.)

Ayons peur de la fin des pirates ?

L’esprit d’Internet, c’est la piraterie. Subvertir la société. Or, il semblerait que cela ait fait son temps. Les entreprises ont pris la mesure du danger. Faut-il s’en réjouir ?
Non. Nous sommes en danger d’un monde stagnant. Repli sur soi. Celui qui a exploite celui qui n’a pas. Il faut relancer le progrès. C’est-à-dire ? Rechercher un désir collectif qui mette la société en mouvement. 

Les promesses trahies d’Internet

Je crois que la plus fausse d’entre-elles a été la promesse d’un monde libertaire. (Cf. HUITEMA, Christian, Et Dieu créa l’Internet, Eyrolles,1996.) Car Internet, ressemble de plus en plus à un avatar du totalitarisme ! Non seulement, il n’y a pas de place pour les petits, mais une seule société s’accapare un marché ! Et aussi, c’est la NSA et Google, qui veulent savoir tout sur tout le monde, mais aussi Facebook, outil de flicage domestique. 

Et si les prochaines générations, contrairement à ce que l’on nous dit, fuyaient Internet comme la peste ?  

Déflation et politique du pire

Risque de politique du pire. Cela pourrait être le message de la semaine. L’Allemagne est bloquée, bloque l’Europe et le monde. Mme Merkel en est en grande partie responsable. Elle a développé une technique redoutable pour conserver indéfiniment le pouvoir. Elle dit aux Allemands ce qu’ils ont envie d’entendre. En leur faisant croire que cela vient d’elle. Or, les Allemands ne veulent pas bouger. C’est pour cela qu’ils désirent imposer des réformes au reste de l’Europe. Idem aux USA. Les Républicains vont prendre le pouvoir aux prochaines élections et réduire M.Obama à l’impuissance. Il y aurait de quoi s’entendre, mais ce n’est pas dans l’intérêt des extrémistes de chaque bord. D’autant qu’il est possible de réutiliser les techniques mises au point par le subtil B.Obama pour démolir ce qu’il a construit. Idem en Angleterre. Il serait simple de satisfaire les aspirations, modestes, de la population. Elles n’ont rien à voir avec les thèses de Ukip. Partout en Europe, c’est la même chose. « Les populistes ne vont pas prendre le pouvoir (…) Cela laisse le gouvernement entre les mains des partis traditionnels (…) Puisque la zone euro poursuit une intégration de plus en plus étroite pour survivre, cela signifie demander aux électeurs de faire confiance à des institutions qu’ils en sont venus à mépriser. »
La déflation saisit le monde. « La crainte des investisseurs semble être que le monde développé glisse dans la spirale de la déflation (…) La récente faiblesse de l’euro et du yen pourrait être un signe que ces régions exportent la déflation au reste du monde, leurs exportateurs baissant leurs prix pour prendre des parts de marché ». Parmi les conséquences : prix du pétrole en baisse accélérée. Economie mondiale faible donc demande faible et offre en hausse, de tous côtés. Au Japon, les réformes économiques dont on attendait tant de bien plongeraient le pays dans la récession.
Ailleurs, autres crises ordinaires. Les Serbes basculent dans l’autoritarisme. Mais ils organisent des défilés d’homosexuels pour donner le change à l’UE. Renversement d’alliances en Turquie. Le gouvernement lâcherait les Kurdes, devenus alliés des USA, et se rabibocherait avec les généraux, et jouerait les comparses de l’Etat Islamique. Ce dernier réinvente l’esclavage. Le pouvoir syrien est faible. Mais il ne veut pas abandonner, même pour une solution qui lui sauverait la face. Résultat : chaos probable.
L’Irlande élimine une mesure qui permettait aux entreprises (étrangères) de ne pas payer d’impôts. Mais la compense par une contre-mesure. En Inde, M.Modi voudrait rendre fiable son administration avant, éventuellement ?, de libéraliser son économie. (Ce qui me semble sage.)
Ebola. Croissance exponentielle du nombre de victimes. Il devrait atteindre 10.000 par semaine. Compliqué et coûteux (une capacité de traitement de 100.000 lits coûterait de 1 à 2md$ par mois) d’enrayer l’épidémie. D’autant qu’elle attaque en premier les systèmes immunitaires sociaux, c’est-à-dire les personnels médicaux. Il faut des centres de traitement, changer les comportements  des populations et que les vaccins dont on dispose se révèlent efficaces. Puis relever les pays touchés des dévastations subies.
L’électronique européenne relèverait (modestement) la tête « grâce à sa force dans des technologies qui conviennent bien au nouveau monde des objets interconnectés et de consommation ultra basse puissance ». Apple offre un nouveau système de paiement sans contact. Les bénéfices n’en sont pas évidents pour le marché occidental. Mais les normes pourraient être utiles aux pays en développement, où la téléphonie mobile se substitue déjà aux réseaux financiers.
Toutes les prévisions faites au sujet d’Internet étaient fausses. L’univers d’hier n’a rien de différent de celui d’aujourd’hui. « Il y a un monde entre « disruption » et destruction ». Les économistes se sont trompés. Baisser les taux d’intérêt ne stimule pas l’économie ! Ce qui le fait, c’est la perception que les choses vont bien…

Le gratuit et la crise

Pour combattre le vieillissement, j’ai décidé de réapprendre du vocabulaire anglais. Je note les mots que je ne connais pas. Je cherche leur signification. J’en ai toujours eu l’envie. Mais utiliser un dictionnaire m’épuisait. Avec Internet, c’est bien plus simple. Voilà un usage que j’avais sous-estimé parce qu’il était gratuit. Et pour lequel j’aurais été prêt à payer.
Ce qui m’amène à une question. Et si notre crise était liée au gratuit ? Que beaucoup de choses soient gratuites dans le monde Internet a mis en faillite les entreprises existantes en les remplaçant par un ersatz de peu de valeur perçue. Beaucoup de destruction qui ont accouché de quelques souris : Google et autre Facebook.
Mais pouvait-on faire autrement ? J’en reviens aux idées de François Bourgeois. L’innovation aurait été utile à l’humanité si elle avait été adoptée par l’économie existante. Mais celle-ci, toute occupée de maximiser la valeur actionnaire (qui se trouve entre les mains des dirigeants et des fonds d’investissement), s’est opposée au changement. Pour s’imposer, les forces de l’innovation ont dû employer les grands moyens. Ceux de la spéculation. Ce fut la bulle Internet, pour commencer. Emmenées par le génial Goldman Sachs, elles nous ont convaincus que tout devait être gratuit. Au fond, comme dans toutes les batailles du Moyen-âge, la piétaille a été la victime d’un affrontement entre frères ennemis. 

Evolution de la presse

Pour moi Internet a été inventé par les journalistes. C’est une excuse à leur incompétence, voire à leur paresse.
Jusqu’en 68, mon père lisait le Monde religieusement. Puis il a arrêté. Plus aucun intérêt. Il a continué son enquête sur la marche de la société par d’autres moyens. Comme lui, je ne lis que ce qui m’intéresse. Et en format papier. Je lis Internet, certes, mais c’est de peu de valeur.
Qu’est-ce que cela nous prépare ? Nous allons vers une presse papier, chère (peu de volume), pour les riches ? Et une presse Internet sans contenu, pour pauvres ?