Epidémie de narcissisme

Comme le cholestérol, il y aurait le bon et le mauvais narcissisme. Le bon, c’est avoir une estime justifiée pour ses capacités. Le mauvais, c’est la démesure, le besoin d’admiration (Donald Trump ?), produit par un sentiment d’insécurité. 
Il y aurait épidémie de mauvais narcissisme. Sa cause serait sociale. Notre société d’individus n’est plus capable de fournir à l’homme les liens avec d’autres hommes qui lui permettent de se développer harmonieusement. Faute desquels il devient une coquille vide. Les réseaux sociaux ne font qu’amplifier le phénomène. 
Bref, si vous vous sentez atteint, éteignez Internet et faites vous des amis. (Article.)

(Citation : « addiction to Facebook is strongly linked to narcissistic behaviour and low self-esteem ».)

Numérique : le retour d'Orwell ?

Discussion avec Hervé Kabla. Tous les deux nous avons choisi de publier numériquement pour un petit groupe de lecteurs. Faire plus grand nous amènerait, avouons-le, à perdre la liberté de notre propos. 
Paradoxal ? Internet et le « numérique », on nous disait que c’était la liberté. Et c’est devenu l’Omerta. On ne peut plus faire la fête aujourd’hui comme du temps de sa jeunesse, me disait un expert en SI. Car, le dérèglement est pris en photo, se retrouve sur la place publique, et vous nuit toute votre vie. 
J’entends maintenant que l’on regrette la télévision de De Gaulle : elle permettait l’impertinence, et la contradiction, et « la culture » la plus exigeante était accessible à tous… Je me souviens de ma déception lors de l’arrivée des « Radios libres ». Je m’attendais à l’inconnu. Or, c’était de la musique commerciale habituelle, en boucle. Avec de la publicité. « Libre » ? Marketing !

Curieux. Tout comme chez Orwell. 1984. Les mots ont le sens inverse de ce qu’ils veulent dire. Autre forme de totalitarisme ? 

Et si c’était une bonne nouvelle ? Si nous ne sommes pas libres, nous pouvons le devenir ! Et quel plus beau projet peut-on avoir dans une vie ? 

Internet et filtrage de l'information

Il y a une décennie, on faisait des découvertes sur Internet. Par exemple, j’ai trouvé le site d’un professeur américain spécialiste de la Chine ancienne. En quelques références, j’ai appris ce que je sais sur la civilisation de ce pays. Aujourd’hui, le mieux que je puisse espérer est trouver ce que je cherche. 
Contrairement à ce que l’on nous dit, la caractéristique d’Internet n’est pas la quantité d’informations que l’on reçoit, mais sa valeur. Internet c’est une masse de déchets sans intérêt. Le problème que cela pose est le filtrage. Hier, il était fait par les journaux. Mais, aujourd’hui, eux aussi ont été victimes du syndrome Internet : ils nous disent ce que l’on entend partout.
Les réseaux sociaux me servent à filtrer l’information. Pas avec beaucoup de succès. Google+, pour commencer. Je me suis abonné aux flux d’information de quelques titres internationaux. Mais, même là, il y a peu d’intérêt. D’ailleurs, j’ai découvert que l’offre était plus étendue sur Facebook que sur Google+, réseau que je n’utilisais pas jusque-là. Finalement, ce qui marche le mieux est la liste de blogs qui figure sur mon blog. Il y apparaît la dernière publication d’un des sites que j’ai sélectionnés. C’est encore là que j’en apprends le plus. 

La science émergente des réseaux

Une science des réseaux émergerait-elle ? Sa raison d’être serait qu’Internet présenterait un risque systémique

Internet sous-tend de plus en plus d’autres réseaux, par exemple les réseaux électriques. Ils jouent un rôle grandissant dans le fonctionnement de l’humanité. Or, les scientifiques semblent découvrir qu’ils ont des comportements inattendus. Ils pourraient subir des « transitions de phase » qui les rendraient hyperconnectés. Alors ils pourraient s’effondrer comme un seul homme. Et ce pas forcément par malveillance.

Ai-je compris l’article dont je tire ces considérations ?… Je retiens deux idées :

  1. Conformément à ce que dit la théorie de la complexité, c’est le comportement local qui fait les caractéristiques globales du système : si l’on change les règles d’interconnexion, le réseau ne se développe pas anarchiquement, mais de manière homogène. Par ailleurs, il connaîtra l’hyperconnexion d’un seul coup. (« percolation explosive« ). J’imagine qu’ainsi on peut contrôler son développement, et l’arrêter à temps. 
  2. Le mieux serait l’ennemi du bien. Il faut tolérer des légers dysfonctionnements, une non optimisation du réseau, de façon à éviter qu’il devienne hyperconnecté et fragile. 

    Voilà qui peut avoir beaucoup d’applications. Exemples :

    • Militaire : le jeu est probablement d’éviter que les réseaux de son camp ne soient hyperconnectés, et, au contraire, pousser le réseau adverse à l’hyperconnexion. 
    • Médical : prévenir les épidémies. 
    • Changement. Il semble qu’il y ait ici une façon de mener un changement social. Il retisserait un réseau, plutôt qu’il n’utiliserait ses caractéristiques existantes pour le faire évoluer.
    (à creuser.)

    Sérendipité

    Sérendipité disait Softpower de France Culture, dimanche soir. J’ai découvert cet anglicisme avec ce blog. 
    C’est un autre exemple de l’étrangeté d’Internet. Tout ce qu’on le dit être est l’exact opposé de la réalité. Car, Internet est un endroit où il y a particulièrement peu de hasards, et encore moins de hasards heureux. Internet c’est le monde des communautés étroites. Ceux qui parviennent à en sortir sont généralement des techniciens professionnels.

    Blog : comment écrire un best seller ?

    Quels sont les billets qui se lisent ? Chaque année Hervé Kabla, gourou des réseaux sociaux, se pose la question. Et il constate que ses best seller sont les capsules Nespresso, le yacht de Stark et le logo de Carrefour, ainsi que les traditions de Polytechnique, analysées avec une érudition stupéfiante par l’anthropologue Serge Delwasse. Rien à voir avec le thème central du blog. 
    Cela en dit peut-être long sur nos attentes. Nous ne voulons pas penser, mais être distraits, intelligemment toutefois. Il y a une dimension découverte dans ces billets, mais elle n’est pas menaçante. On y voit l’importance des communautés (les Polytechniciens) dans le succès d’un blog. Mais, aussi, ce qui me semble une forme de menace sectaire planant sur les réseaux sociaux : on ne discute qu’avec des gens qui pensent comme nous ?
    Et chez moi ? En fait, j’ai beaucoup de mal à avoir des statistiques, celles de Google étant extraordinairement fantaisistes (cette boîte doit avoir une vision poétique de la science !). Quelques observations :
    • Ce qui marche le mieux : le billet pédagogique, court, amusant mais profond, sur un sujet éternel, mais qui n’est pas inquiétant, qui n’accuse pas le lecteur de quoi que ce soit, une sorte de sujet de cours : par exemple une introduction à l’oeuvre d’un philosophe éminent, à la systémique ou à des questions de psychologie. Il y a, encore, le billet qui part d’un fait de la vie courante, et qui l’utilise pour illustrer une théorie. Comme pour Hervé, ces thèmes sont très loin de la préoccupation centrale du blog (une réflexion sur l’évolution du monde, et les mécanismes à l’oeuvre.)
    • J’ai noté ce phénomène sur JDN : une de mes chroniques a eu un succès inattendu : une introduction aux techniques de conduite du changement
    • Mes interviews fonctionnent aussi assez bien. Peut-être parce qu’elles servent de CV un peu plus vrai qu’un CV à mes interviewés.
    • Y a-t-il un effet communauté ? Grande école et numérique ? 
    • La diffusion de mes billets étant programmée, ce blog ne réagit pas à l’information en temps réel. Du coup, je rate l’effet notoriété qui est une des caractéristiques monstres du web. Quand j’utilise ce phénomène, j’obtiens des résultats étonnants. Par exemple un petit best seller vient d’un entretien Finkielkraut – Serres sur France Culture ! 
    • Globalement, l’orientation de mon blog et la notoriété sont antinomiques. C’est une réflexion agressive sur le monde. Nous n’en sortons pas grandis. Qui a envie d’entendre qu’il n’est pas un héros ? Eh puis, nous souffrons déjà suffisamment, nous avons besoin de détente.

    Castigat ridendo mores n’a jamais été aussi vrai qu’à l’heure d’Internet ?

    Vidéo : comment faire un best seller ?

    La vidéo, c’est notre avenir. Pour être vus, référencés au top d’Internet, faites des vidéos ! Voilà ce que je lisais il y a peu. Cela paraît une évidence. Eh bien, c’est faux.
    Blocage au clic
    Les vidéos que je réalise sont à la fois disponibles sur mon blog et sur Youtube. Qu’est-ce qui se regarde ? Le billet, pas la vidéo. On préfère lire que regarder. D’ailleurs, mes interviews texte marchent bien mieux que les interviews vidéos. Et cela se vérifie. J’ai dans mes relations des fous-furieux du numérique. Eh bien eux aussi ne regardent pas les vidéos. Autre fait : j’ai mis sur mon site un rapport. En quelques mois près de 40.000 vues. J’ai essayé de faire pareil avec des vidéos : quasi 0. Blocage au clic.
    J’ai, moi aussi, du mal à cliquer sur une vidéo. Et quand je clique, je ne regarde pas. J’écoute. Radio ! En effet, regarder me fait perdre le message. (Il s’agit de vidéos techniques, il est vrai.)
    Réaliser un best seller de la vidéo…
    Le plus curieux est que réaliser une vidéo est un travail beaucoup plus compliqué qu’écrire une interview. En effet, il faut commencer par une interview, lui trouver un thème et la concentrer sur quelques messages forts. Sans compter qu’il faut que l’invité soit à la fois dans le vrai, dans l’émotion, une sorte d’improvisation qui vient du cœur, et qu’il ne se disperse pas. Pourquoi fais-je des vidéos dans ces conditions ? Justement pour cet exercice. Il nous force, mon interviewé et moi, à chercher quelque chose de profond et d’universel. Au fond, nous travaillons plus pour nous que pour notre public.
    Comment se « vendent » mes vidéos ? Le clic décolle quand quelqu’un se prend d’affection pour l’une d’entre elles et l’envoie à toutes ses relations en leur disant qu’il faut absolument qu’elles la regardent.
    Pourtant il existe des best seller de la vidéo… Mon explication :
    • Leur message ne parle pas à la raison (ce n’est pas un cours), mais à l’émotion. L’image doit frapper. La bande son doit jouer sur l’émotion. Plus de la musique que des paroles. C’est un nouveau langage. Il peut provoquer une réflexion. Mais indirectement.
    • Pour surmonter le blocage au clic, il faut une pression sociale : « c’est la vidéo à regarder ». 

    La liberté de parole disruptée ?

    La liberté de parole. Tout le monde en parle en ce moment. Et si Internet l’avait « disruptée » ?, me suis-je demandé.
    • Les leaders d’opinion du web ont un intérêt économique à la « digitalisation » du monde, puisque c’est avec elle qu’ils gagnent leur argent. Imaginons que celle-ci tende, sans contrôle, au totalitarisme. Que feront-ils pour l’empêcher ?
    • Sur Internet, la notoriété s’achète, il est facile d’étouffer les voix discordantes.
    • La censure n’est plus dans les mains de l’Etat, supposé représenter le peuple, mais dans celles d’acteurs privés, comme Facebook et  Google, supposés défendre leurs propres intérêts.
    • Mes élèves craignent de plus en plus de s’exprimer sur Internet, même sur un blog privé. En entreprise, les échanges de mails sont surveillés, et les réseaux sociaux ne contiennent que des banalités. (Ce qui est regrettable, car un réseau social permet d’aider plusieurs changements en parallèle, et à distance.)
    • Les médias traditionnels ont été torpillés.
    Une fois de plus, après la destruction il va falloir sérieusement réfléchir à la création.  

    Les études de marché "disruptées" ?

    Il a eu raison contre tous ! Référendum européen, il y a dix ans, médias et politiques affirment que nous voteront oui, le web dit le contraire à Guilhem Fouetillou. Non seulement il va connaître une célébrité, mondiale !, instantanée, mais ce sera le début de Linkfluence, la société qu’il a cofondée.

    Occasion d’une réflexion sur l’évolution des études de marché (un métier que j’ai pratiqué il y a bien longtemps) :

    Sur le web, tout est différent. On ne pose pas de questions. On interprète ce qui s’y trouve. Et il y a des masses d’informations, y compris sur les sujets les plus exotiques. En outre on peut y distinguer des tendances. (Linkfluence capte en permanence ce qui se passe sur Internet.) Et on peut en apprendre beaucoup sur soi et ses concurrents. Mais peut-être encore plus y trouver des idées stimulantes, des tendances émergentes, par exemple. Seulement tout ceci ne tombe pas tout cuit. L’enquête web est avant tout l’art de poser des questions intelligentes. Mais aussi celui d’interpréter les données que vous obtenez (un service que fournit Linkfluence, qui n’est pas qu’éditeur). Il y a certainement des logiciels sophistiqués ici, mais il n’y a pas de miracle, il faut du talent pour saisir les opportunités d’Internet !

    Nous sommes tous Marine ?

    Le monde après Charlie. Il est inquiétant. La menace ne vient pas de l’Islam, mais d’une crise de société, aussi bien en Europe qu’au Moyen-Orient, et du manque de sens de notre vie. L’Islam en fournit un aux djihadistes. Et, encore plus, aux mouvements populistes européens, dans lesquels The Economist voit un danger bien plus grand que celui de l’attentat. Quant aux services de renseignement, ils se heurtent à un os : les entreprises qui véhiculent les données sont maintenant privées. Il devient difficile d’espionner les communications. Mais il est facile de voler en toute impunité. Notamment grâce au Bitcoin et aux logiciels qui permettent d’agir sur le web en anonyme. Dernière innovation : un logiciel qui s’empare de vos données et ne vous les rend que contre rançon. Les autoroutes de l’information génèrent leurs « voleurs de grands chemins ».
    L’économie russen’est pas efficace. Elle vit du copinage, et des revenus de ses matières premières. Ils lui ont permis d’éviter toute réforme douloureuse. La baisse du prix du pétrole combinée aux sanctions européennes va faire passer un bien mauvais moment au pays, en particulier à son système bancaire, qui risque de boire la tasse. Cette baisse des prix, par ailleurs, pourrait permettre à beaucoup de pays de supprimer des subventions, massives, à l’énergie. Elles ont des effets redoutablement vicieux. Le monde de l’énergie se transforme. En bien. Il  y a de plus en plus de sources d’énergie. La crise de l’approvisionnement s’éloigne. L’énergie va devenir propre. Et on la consomme de manière de plus en plus efficace et astucieuse. On se dirige vers une sorte d’écosystème où l’intelligence sera dans le réseau, et nous serons tous producteurs et consommateurs. Ce qui promet un changement douloureux aux fournisseurs d’énergie nationaux, européens en particulier. (L’article ne dit pas qui va gérer le dit réseau, mais que la situation ressemble à celle d’Internet…)
    L’Europe devrait éviter une crise grecque. Chaque camp est prêt à transiger. A moins d’un « accident ». Ne serait-ce que parce que le prochain gouvernement grec sera constitué d’une « joyeuse bande de néophytes ».
    On disait que la Chine, grâce à sa puissance économique, allait dominer l’Afrique et l’Amérique latine. Son influence connaîtrait un reflux. Ce serait une question de valeurs. Au fond elles comptent plus que l’argent. Or les cultures de ces continents sont proches de celles de l’Occident. Les USA sont à la manœuvre. En Inde, M.Modi demeure un farouche nationaliste hindou. (Faut-il avoir peur qu’un super Le Pen soit à la tête de ce qui sera demain le pays le plus peuplé au monde ?)
    BP pourrait être acheté par Exxon. La société est affaiblie par la baisse des prix du pétrole et, surtout, par une stratégie hasardeuse qui a eu des conséquences désastreuses. (Comme quoi, il en faut bien peu pour plomber un pan entier de l’économie.) IBM traverse aussi des moments difficiles. Son modèle économique est secoué par celui du partage. La société devrait s’organiser pour suivre un marché « à deux vitesses » : avec d’un côté les services à grosse valeur ajoutée et de l’autre le traitement d’informations banal. Quant aux fabricants de voitures américains, les beaux jours sont finis. Le marché est saturé, ils sont surcapacitaires et face à une concurrence montante sur le haut de gamme. Une guerre des prix suicidaire s’annonce.
    La tradition coréenne voulait que les habitants du pays financent l’expansion internationale des champions nationaux. Le citoyen est devenu consommateur et refuse désormais cette pratique.
    Economie mondiale : rien ne va plus. Signaux favorables et défavorables. La baisse du prix de l’énergie, c’est bon pour la consommation, mais mauvais pour les producteurs américains. Et puis, que vont faire les banques centrales ? Des bêtises comme la banque suisse ?… L’investisseur est inquiet. Idem en Chine : impossible de savoir si un dirigeant ne va pas faire l’objet d’une purge.