Internet ou l'esprit de clocher ?

Régulièrement, on me suggère de rejoindre des groupes « d’amis » qui se font de la publicité sur linkedin ou autre. Certaines personnes ont une dizaine de milliers de relations. Grâce à elles leurs publications sont mises en bonne place par les moteurs de recherche.

Nouvel exemple d’énantiodromie ? Notre bon sens nous disait qu’Internet serait un vaste espace d’échange. Un endroit où rien ne pourrait arrêter la liberté. Il est devenu une collection de cercles de comparses, qui se montent le bourrichon.

La liberté d’expression, droit de l’homme fondamental, n’y a pas de place. Toute opinion dissonante est immédiatement éliminée.

Faut-il s’en désoler ? On ne vend pas à ses amis. L’importance que l’on accorde à Internet est probablement disproportionnée. Le monde réel pourrait revenir au galop. Il faudra y reconstruire des liens humains sains ?

Microsoft Network

On a oublié, je crois, ce moment de l’histoire de Microsoft. La stratégie de Microsoft était de construire des monopoles, en en utilisant un pour édifier un autre. (Cela se voit moins, mais ça continue. Microsoft a un monopole sur les systèmes d’exploitation, la bureautique, et bientôt les applications « cloud » pour l’entreprise.)

Lorsqu’Internet est arrivé, Microsoft a créé MSN, Microsoft Network.

Cela n’a pas marché. Or, ce qui est curieux est que MSN est Facebook avant la lettre. Ce qui est plus curieux encore est que Facebook n’est presque rien, puisque c’est un site sur lequel on affiche des photos. Si, au lieu de concurrencer Internet, Microsoft avait proposé cette simple application, il serait peut-être aujourd’hui un monopole des réseaux sociaux.

Comme quoi, qui vaut le plus ne vaut pas toujours le moins.

Bienvenus dans le monde du Capitalisme de surveillance

Au temps des « printemps », on a cru à la libération des peuples par Internet. Résultat ? « Surveillance capitalism », le capitalisme de la « surveillance ». (Du camp de concentration ?) Voilà ce qu’on lit dans les pages de la revue de l’université de Cambridge, qui s’inquiète du respect des droits de l’homme (Human rights in a digital age).

Nouvelle exemple d’énantiodromie : le désir de libération mène à l’oppression, et les grands libérateurs auto-proclamés, les milliardaires du GAFA, se muent garde-chiourmes ?

En tout cas, l’article s’achève sur une de mes vieilles idées. Au lieu de chercher à corriger ce qui ne va pas, et d’empirer le mal, pourquoi ne nous demanderions-nous pas comment nous voulons qu’Internet soit, et ce que nous devons faire pour qu’il le devienne ?

“We know quite well that spaces such as Facebook and Twitter don’t lend themselves to the better qualities of democratic life. So where and how do new possibilities come about? The answer is, through innovation, and through public demand for digital technologies that enable the things that we still value and cherish in democratic life.”

J'accuse Internet (et sa gratuité)

L’attaque de Facebook par le fondateur de wikipedia nous rappelle que certaines autorités morales affirment que la gratuité est le vice d’Internet. Si Facebook, par exemple, était payant, il n’aurait pas besoin d’espionner notre intimité, pour en tirer de quoi nous faire chanter.

Le modèle wikipedia est un modèle intermédiaire. C’est celui de l’Eglise. La puissance de l’Eglise vient du nombre de ses fidèles. Mais ses finances sont alimentées par la charité d’une minorité. Et le modèle est d’autant plus efficace que ses coûts sont faibles, puisqu’il n’y a pas de « plus value » empochée par les propriétaires du système.

Un autre modèle est celui de l’Etat ou du bien public. Il est identique à l’Eglise, en termes de coûts, mais c’est la communauté dans son ensemble qui le finance, selon ses moyens. Ce qui améliore les chances que le dispositif serve l’intérêt général (la minorité charitable ayant rarement des intentions très chrétiennes…). Mais il est plus difficile à mettre en place que les autres systèmes, qui dépendent de l’initiative individuelle.

Le moteur qui ne cherche pas

Les moteurs de recherche ne trouvent plus. J’ai l’impression qu’ils nous disent, comme Georges Marchais : « vous avez vos questions, j’ai mes réponses ».

On a cru qu’Internet verrait le triomphe de la « sagesse des foules ». Ce qui est arrivé est plutôt « la loi du marché ». Le marché, c’est le rapport de forces. Le bon est menaçant. En conséquence, il est étouffé par celui qui a la force.

Créer un « moteur qui trouve » demande de s’interroger sur comment l’homme cherche.

  • On peut penser que chacun a sa manière. En conséquence de quoi, il serait bien qu’un moteur de recherche possède un moyen de modifier ses critères en fonction de notre satisfaction. 
  • Il est aussi vraisemblable que nous sommes des « suiveurs ». Pour chaque sujet, nous commençons par rechercher une référence fiable, qui puisse nous guider. C’est souvent le rôle de wikipedia. Malheureusement, ses articles sont mal écrits, peu fiables (pas mal de choses varient d’une langue à une autre), et ses références inutilisables. 

Et si la recherche sur Internet commençait chez les hommes ?

Wiki Tribune va-t-il couler Facebook ?

Le fondateur de wikipedia annonce un concurrent de Facebook, qui n’aurait pas ses défauts.

Ce que je remarque :

  • Lancé sur la seule force du bouche à oreille. 
  • Le modèle économique de l’idée pourrait faire trembler le GAFA, et les licornes : c’est celui de wikipedia : paient ceux qui veulent, et uniquement les coûts de fonctionnement. 

Demain, Google ?

Le capitalisme moderne comme réaction à l'Etat providence

France Culture parlait de capitalisme, et c’était affligeant. Son histoire du capitalisme faisait, quasiment, succéder le néolibéralisme à Marx. Or, la guerre et l’après guerre furent technocratiques. Il n’y avait pas de grandes différences entre l’URSS et les USA. Pour cela France Culture aurait dû relire l’abondante littérature qui a été produite sur le sujet.

C’est cette emprise de l’Etat qui explique Mme Thatcher, et M.Reagan, mais aussi les théoriciens du néolibéralisme. Ils dénonçaient l’Etat totalitaire et revendiquaient la liberté individuelle, et l’égoïsme. On ne comprend rien non plus au GAFA et à Elon Musk, sans cela. Ces gens veulent montrer que c’est le marché qui crée, pas l’Etat. Ils illustrent aussi une théorie importante, qui est celle d’Ayn Rand. Elle veut que tout ce qui est beau soit inventé par une poignée d’hommes. Le reste de l’humanité vit en parasite. Voilà pourquoi tous ces milliardaires (en milliards empruntés, souvent) veulent montrer qu’ils peuvent rendre le développement durable et l’homme éternel, aller sur Mars, ou encore défendre les minorités.

Ce qui les ennuie, c’est que l’après guerre a été prospérité et innovation. Eux n’apportent rien de neuf. Ils prétendent « faire mieux ». Quoi qu’Internet ait été l’enfant de la guerre froide, ils s’en sont emparés, car c’est la seule chose qu’ils ont en propre.

Réseau social sectaire

Un informaticien me disait qu’il ne s’amusait plus comme avant. Il avait trop peur qu’une vidéo d’un moment d’égarement se retrouve sur Internet. J’entendais Angélique Kidjo parler du régime communiste qu’elle a connu dans sa jeunesse, eh bien Internet commence à ressembler à cela. Plus personne n’ose exprimer ses opinions, et surtout ses interrogations. Nous sommes dans une logique de « suiveurs ». Je « n’aime » que les causes qui font consensus.

Et le système de référencement d’Internet amplifie massivement le phénomène. Il n’y en a plus que pour les pour et les contre. Rien pour ceux qui cherchent. Dans ces conditions d’aveuglement, le risque est que ce soit la réalité qui ramène sur terre, brutalement, ce monde de sectaires.

L'énantiodromie d'Internet

A l’origine d’Internet, il y a un puissant courant libertaire. Il permettrait de vivre chacun chez soi, sans que la société s’occupe de nos affaires, les réglemente.

Or, le propre d’Internet c’est l’information numérique, et le modèle économique de l’entreprise numérique est d’exploiter la trace numérique de notre activité. Etrangement les milliardaires libertaires sont devenus les flics de la population mondiale.

Histoire prévisible ? Ceux qui recherchent un absolu récoltent son contraire. Enantiodromie.

(Un phénomène décrit par beaucoup de monde, de Watzlawick à Camus.)

Des bénéfices, discrets, des crypto monnaies

Avec les crypto monnaies, il n’y a plus besoin de banques et de la main visible des Etats, fatalement totalitaires, sur l’économie. C’est ce que semblent avoir pensé leurs inventeurs.

Or, voilà ce que l’on lit :

Et si le bitcoin était, finalement, le meilleur ami de l’Etat totalitaire ?