Le communautarisme d'Internet

Publiant des articles pour une association que j’ai co fondée, je m’intéresse à leur diffusion. Je constate qu’ils sont lus si mon interviewé possède une grosse « communauté ». L’importance de l’article, ou même de l’interviewé, ne compte pas. (Ou quasiment pas.)

Pourquoi ? Tout ce que je dois de ma connaissance de la Chine tient à quelques mots clés, et au site d’un universitaire américain. Trouver ce site ne serait pas possible maintenant. Les moteurs de recherche sont achetés. Ils vous demandent même si vous ne feriez pas mieux d’utiliser d’autres mots que ceux de votre recherche (y compris si les mots sont votre nom) ! Pour qu’un article puisse être remarqué, il faut, probablement, qu’il réponde à une interrogation nouvelle et exotique, repérable par des mots clés non commerciaux. Du coup, on ne peut être lu que si l’on a déjà un fan club.   

Onze mille

Ce blog a franchi un nouveau millier. Quels enseignements en tiré-je ? 

Il y a un rendement décroissant de « l’enseignement » ! Petit-à-petit, le blog devient un rite. Au fond, c’est une obligation de penser. Le cerveau tend à sommeiller. La vieillesse est un naufrage.

Mais, attention, le rite est dangereux ! Ecrire un article tend à devenir de l’art pour l’art. Le plaisir de raconter une histoire. Surtout, l’art de bien « tourner » un histoire. Une fable, comme La Fontaine. Le fond ne compte plus. On ne pense plus !

Il y a eu des nouveautés, tout de même. De temps à autres, je regarde ce qu’on lit en ce moment de mon blog. Ce qui m’a fait découvrir des articles et des idées que j’avais oubliés, et dont je suis content ! J’ai aussi vu que certains billets avaient une vie propre. Ils ne sont pas tombés dans l’oubli et jouissent d’une popularité quasi constante. 

Leur succès tient du mystère. J’imagine que leurs mots clés ont trouvé une niche chez Google. Ils correspondent à une interrogation de quelques personnes. Mais pas à une question qui intéresse le marché. Ce qui aurait fait qu’on les aurait achetés. 

Huawei ou le KO du fonctionnaire ?

Huawei chercherait à contourner les sanctions américaines en s’installant aux USA, dit le Financial Times. 

Huawei est, très probablement, le véhicule du PC chinois pour imposer sa loi au monde. Car, semble-t-il, Huawei a un quasi monopole technique. Et celui-ci s’exerce sur Internet, le système sanguin planétaire. 

Bien sûr, Huawei n’est pas seul. Le GAFA a montré qu’il était aux ordres de l’Etat américain. Lui aussi est en monopole. Sauf en Chine. 

Cela pose à l’Europe, une double question. D’abord, celle de sa dépendance. Ensuite celle de sa politique. Alcatel avait tout ce qu’il fallait pour être l’équivalent de Huawei. En outre, il aurait pu aussi être un concurrent d’Apple. Au lieu de l’innovation, il a choisi une stratégie « gestionnaire », qui l’a conduit à se débarrasser de tout son savoir-faire (au profit des Chinois ?), pour devenir une entreprise de service, avant de connaître une fin honteuse. 

Alcatel n’est qu’un exemple d’une caractéristique française : le haut fonctionnaire. Un nombre invraisemblable d’entreprises françaises, dirigées par des fonctionnaires, ont été incapables d’innover. Soit elles sont passées à l’étranger, soit elles sont chargées de dettes. Ce qui est effarant lorsque l’on considère la richesse de savoir-faire accumulé sur des siècles que ces fonctionnaires ont eue entre les mains. 

« la France n’a jamais eu les hommes d’affaires qui auraient pu l’entraîner. Il y a un équipement au sommet, au point de vue capitaliste, qui ne me semble pas parfait. (…) l’inadéquation de la France à la vie économique du monde est un des traits de son identité. » dit Fernand Braudel

Internet remplace-t-il notre mémoire ?

Plus besoin d’apprendre, il y a Internet, m’a-t-on dit récemment.

Cela me semble, fondamentalement, idiot. En effet, les innovations émergent de l’accumulation d’un très grand nombre d’idées, d’expériences, au sein du même homme. Et, plus on vieillit, plus on accumule. Et, d’ailleurs, l’homme a une curieuse façon d’innover : il tire de nouvelles idées d’associations entre phénomènes qui n’ont rien à voir (j’entendais, par exemple que l’idée du barillet du Colt viendrait de l’observation du la barre d’un navire).  Internet, lui, ne tire rien de son accumulation. De même que l’homme qui n’apprendrait rien.

A quelles conditions vais-je m'abonner ?

La Tribune me demande à quelles conditions je m’abonnerais.

Informer et faire réfléchir, voici ce que j’attends d’un journal. Et il doit être suffisamment complet pour remplacer (quasiment) les autres sources d’information. C’est que j’avais trouvé dans The Economist, avant qu’il soit victime d’une prise de pouvoir par des activistes. C’était probablement ce qu’était Le Monde avant qu’il ne subisse le même sort, en 68.

Reste la question du papier. Je lis mal à l’écran. D’autant que les pages Internet semblent prévues pour le smartphone, et pas pour mon ordinateur.

Prendre le télé travail par le bon bout

Le télé travail est traité comme tout changement : mal.

Il s’est imposé, plus ou moins bien, mais on fait comme si rien ne s’était passé. Du coup, on ne tire pas tout le potentiel de cette innovation, et on ignore les aspects néfastes (notamment psychologiques) de son utilisation irréfléchie. Si bien qu’il n’est question partout que de fatigue, de découragement, de lassitude…

Il faudrait, au contraire, prendre le temps du recul.

  • Qu’ai-je appris de la pratique ? 
  • Quels sont les impacts, notamment psychologiques, du télétravail ?
  • En quoi le télétravail, bien compris, peut-il transformer la performance de mon entreprise, la façon de travailler et de vivre de ses membres ?
  • Conclusion : comment faire évoluer rationnellement mes procédures de travail pour tirer parti de cette innovation ? 

Le coronavirus aurait-il tué la 5G ?

On s’interroge sur l’utilité de la 5G, en France.

L’épidémie a montré que le territoire était mal équipé en termes d’infrastructure numérique. Or, la 5G va amplifier le déséquilibre entre régions. En outre, elle est eco unfriendly, pour de multiples raisons. Et on ne sait pas très bien quels sont ses bénéfices. (Sans compter que l’on est totalement dépendant de matériels étrangers.)

Changement ? Le temps des modes et du marketing laisserait-il la place à la réflexion ?

(5G : entre risques sanitaires et risque d’une répartition inégale sur le territoire, certains parlementaires souhaitent la création d’une commission d’enquête.)

Internet : nous sevrer de notre dépendance aux USA ?

Le confinement a révélé une réalité inattendue. Notre problème n’est pas tant notre dépendance à la Chine que celle que nous avons vis-à-vis des USA. Car la vie du pays a dépendu d’Internet. Et Internet, ce n’est pas nous.

Cependant, ma thèse est qu’il ne faut pas exagérer la difficulté de rattraper notre retard.

Les Chinois ont montré que l’avantage concurrentiel de la Silicon Valley tient à peu de choses. Par ailleurs, c’est le modèle « lean start up », les technologies numériques se sont démocratisées. Il est relativement facile à un petit commerce, par exemple, de disposer d’un site marchand comparable à celui d’Amazon.

Surtout, nous avons été victimes d’un lavage de cerveau idéologique – sans aucune base scientifique – qui nous a fait croire que le succès du GAFA était dû au « talent » de quelques-uns. En réalité, le talent est collectif. Sans terreau favorable, il n’y a pas de génie.

En conséquence, il faut chercher les conditions qui permettent à ce « terreau » de se reconstituer, à des processus d’intelligence collective de renaître.

(On peut imaginer, par exemple, une fédération de petits acteurs, sur le modèle de l’économie sociale ou du développement open source, qui est redoutablement efficace. Ce qui compte, c’est un groupe organisé, et motivé.)

Comment être populaire ?

Internet est le rêve de l’homme de systémique. Toutes les prévisions que l’on a faites le concernant (le triomphe du libertaire, de la démocratie…) ont été mises cul par dessus tête ! Récemment, je me suis intéressé à la popularité des nouvelles qu’on lit sur Internet. On disait que les meilleurs articles seraient « nécessairement » ceux qui gagneraient et que nous lirions tous…

Ce n’est pas la qualité qui crée le lectorat, mais le contraire. Internet est favorable au développement de communautés de copains. Les journalistes eux-mêmes appartiennent à de telles communautés. Leurs messages n’en sortent pas. Vue la façon dont fonctionnent les moteurs de recherche, ils donnent le plus de poids aux articles des plus grosses communautés…

Quant à la censure qu’exerce Facebook, on peut se demander sur quoi elle s’exerce. En effet, ces cercles s’alimentent eux-mêmes. Mon hypothèse est que Facebook censure essentiellement tout ce qui diffère de la doxa, donc, essentiellement, des informations utiles (les autres étant intouchables). Il ne doit pas bon s’appeler Pasteur par les temps qui courent.

Comment cela marchait-il avant ? Il y avait des leaders d’opinion globaux, reconnus de tous. Quand le jury Goncourt jugeait bon un livre, tout le monde le lisait…

Contenu modéré

Internet est-il à l’image de ses concepteurs ?

Toujours est-il qu’il existe un nouveau métier : censeur. Des fournisseurs de Facebook (et autres ?) sont payés pour analyser des contenus publiés sur Internet. Ces contenus sont tellement nocifs que les regarder rend malades les employés des dits fournisseurs.

As a result of exposure to videos depicting graphic violence, animal abuse, and child sexual abuse, some employees developed psychological trauma and posttraumatic stress disorder. (Wikipédia.)

(En outre, les dits employés semblent être des personnels fragiles, travaillant dans des conditions effroyables…)