De la nécessité de big data

On dit beaucoup de choses de Big data. Je ne crois pas que ce soit juste.

  • Tout d’abord, Big data serait la formule magique que l’on attend depuis la bulle Internet. Miraculeusement, il donnerait le moyen de nous faire acheter ce que produit l’entreprise. Ce qui nous fait craindre une manipulation. Je ne crois pas qu’il existe des algorithmes capables de ces prouesses. Et s’ils existaient, ils seraient bien plus dangereux pour le puissant, qui a beaucoup à cacher, que pour le petit. Dommage. Ne serait-il pas amusant de découvrir ce que tel ou tel journal ou tel ou tel dirigeant a derrière la tête ? Curieusement, j’ai étudié les applications de Big data il y a une quinzaine d’années, au hasard d’une mission, et à une époque où aucun visionnaire ne s’intéressait au sujet. J’ai découvert qu’il existe effectivement des applications extrêmement rentables. Mais qu’elles ne sont pas là où on les cherche aujourd’hui. On trouve ainsi un peu partout des problèmes complexes, qui génèrent beaucoup de données, que des entreprises riches ne savant pas exploiter. (Une exception grand public toutefois : il y a un gros marché pour des logiciels capables d’évaluer la solvabilité d’une personne.)
  • Il me semble surtout que l’on n’a pas vu que Big data est essentiel. En effet, avec la disparition du papier nous n’avons plus de traces de nos échanges. Au mieux nous restera-t-il quelques documents officiels. Mais rien de ce qui permet, par exemple, d’explorer la pensée d’un écrivain, d’un philosophe ou d’un scientifique. Nouvel outil d’archéologie, Big data peut permettre de retrouver, dans le chaos d’Internet, un peu de ce que nous avons été. (Mais cela sera bien moins durable que les pyramides !)

Facebook : déjà fini ?

Les enfants quitteraient Facebook, dit be Angels. Raison ? Big parents are watching you. Ils fuient le regard parental. Plusieurs idées me sont venues en lisant ce billet :

  • Les parents vont suivre les enfants sur les réseaux sociaux qu’ils ont choisis : ce qui n’est bon ni pour eux, ni pour Facebook.
  • Ces mêmes parents ne devraient-ils pas s’interroger sur la nature du lien qu’ils ont avec leurs enfants ? Se demander ce que cette relation augure de l’avenir ? Et s’il ne serait pas possible de faire du plus solide et plus sain ?
  • Enfin, une pensée pour l’inusable Tocqueville. Déjà, en son temps lointain, il notait que l’entreprise américaine (en l’occurrence navale) tendait à n’être qu’un feu de paille. En sera-t-il une fois de plus ainsi de Facebook ? Take the money and run ?

Jeanne Bordeau ou le printemps arabe du dirigeant français

La semaine dernière, j’ai assisté au lancement du manifeste de Jeanne Bordeau. (Manifeste que j’ai lu, de surcroît.) Elle interpelle le dirigeant. Elle lui demande de renoncer à ce qu’il est ! Comme Louis XVI en son temps, c’est maintenant son tour de tirer les conséquences du changement qu’il a voulu ?

Que dit Jeanne Bordeau ? Printemps arabe. L’Ancien régime était celui de la parole d’autorité. Le dirigeant parlait. Sa pensée était mise en onde par des professionnels de la manipulation des foules. Internet rend tout cela insupportable. Il nous donne envie de nous le faire (le dirigeant).

Comment le dirigeant peut-il sauver sa tête, Madame Bordeau ? Le traitement est brutal.
Comme me l’enseigne ce blog, écrire pour Internet est un art nouveau et difficile. Jeunes ou vieux, professionnels de l’écriture ou non, très peu de gens le maîtrisent. L’entreprise doit réapprendre à écrire. D’autant que cette écriture est un dialogue instantané tous azimuts !
Ce n’est pas le plus effrayant. Le problème, c’est la cohérence. Internet est une multiplicité de médias, et tout le monde parle. La parole du dirigeant, mesurée, froide et technocratique, est noyée par la logorrhée anarchique et émotionnelle de ses employés, clients, fournisseurs… Internet, c’est la victoire des pulsions des foules sur la raison de l’élite.

Et l’élite pourrait périr par là où elle a pêché. En effet, du temps de mes parents ou de mes grands parents, les employés d’une entreprise étaient mariés avec elle. Ils étaient ce qu’elle était. Aujourd’hui, l’entreprise est faite de mercenaires, liquidables à merci. Comment voulez-vous qu’ils ne profitent pas d’Internet pour vous le faire payer, Monsieur le PDG ?

Il y a pourtant une solution à tout ceci. Simple et élégante. C’est le coming out. C’est l’identité. Qu’est-ce que Jeanne Bordeau entend par là ? Notre identité est ce pour quoi nous sommes prêts à crever. Les valeurs qui sont plus importantes que notre vie. Une fois que vous avez trouvé votre identité, vous pouvez répondre du tac au tac à n’importe quoi. Idem pour l’entreprise.
Comment trouve-t-on son identité ? Par la confrontation, justement. En écoutant, et en répondant. L’identité est ce qui reste lorsque vous avez résisté à toutes les agressions. Bien entendu, si votre identité se résume à « je suis l’élite, je vous méprise », vous ne survivrez pas. Mais, de toute manière, vous ne pouviez espérer mieux. Au moins vous serez tombé la tête haute.

Internet a-t-il fait de nous des médiocres ?

Dans sa lettre, Jeanne Bordeau dit ceci :

Internet favorise et attise la comparaison des prix et développe, notamment chez les jeunes générations, un comportement de recherche systématique du prix le plus bas « A cet égard, il est symptomatique de relever le changement de connotation sémantique du terme « radin » : alors qu’il a longtemps désigné un défaut rédhibitoire, il est aujourd’hui plutôt considéré comme une qualité et immédiatement associé à l’adjectif « malin ». On en vient même à parler aujourd’hui des fameux « radins-malins » et les entreprises n’ont pas manqué de reprendre à leur compte cette expression » (Emmanuel Combe, Le low cost, La Découverte, 2011.)

Radin-Malin serait-il la traduction française de Lean and Mean ? (Que j’entendais plutôt comme maigre et méchant). Internet a-t-il fait entrer dans notre culture une partie de l’anglo-saxonne ? Cette culture glorifierait-elle l’égoïsme de la médiocrité et le calcul matérialiste minable ?

Chine : Internet citoyen ?

L’Internet chinois « sert des intérêts nationaux aussi bien que commerciaux ». Le pouvoir chinois contrôle son Internet de façon à ce qu’il fasse la fortune de ses entreprises, qu’il promeuve sa culture (notamment par le thème des jeux électroniques), et qu’il ne suscite pas de mouvements de foules, susceptibles de le déstabiliser. Le contrôle du dispositif, qui est fortement manuel, fournit un emploi à 100.000 personnes. C’est aussi un moyen pour la bureaucratie centrale de connaître les besoins du peuple et d’y réagir. L’armée a son bataillon de pirates qui cherchent, ailleurs dans le monde, le savoir-faire qui pourrait servir la cause du pays.  Un exemple à imiter ? En tout cas, la Chine exporterait son expérience (principalement vers les pays qui se méfient de la démocratie occidentale).
Par ailleurs, The Economist est inquiet pour la France, ses scandales et son faible président. Ils pourraient entraîner la zone euro par le fond. Et plomber son projet d’Union bancaire, à laquelle The Economist semble très attaché. L’Angleterre s’attaque à son système de sécurité sociale. The Economist, a-t-il lu ce blog ?, pense que ce type de réforme à peu de chances de réussir. Le pays ferait mieux de revoir la philosophie du dispositif, en en faisant une assurance contre les accidents de la vie. Aux USA, comme dans le reste du monde, on est las des partis politiques. Ne défendent-ils pas l’intérêt de quelques-uns plutôt que le collectif ? Tentative de constitution de partis centristes. Mais, en se servant du dit mécontentement, ne vont-ils pas provoquer un rejet de la démocratie ? Ne serait-il pas mieux de faire fonctionner le système existant ? se demande The Economist. Je m’interroge, quant à moi : pourquoi en est-on venu à croire que la seule alternative aux intérêts en place était le populisme ?
La Corée du Nord pourrait-elle déclencher une guerre ? Son nouveau dirigeant est sorti de la gesticulation contrôlée de son prédécesseur. Comportement rationnel, ou acte de folie ? Et le tuteur chinois hésite à intervenir.
Les banques centrales impriment beaucoup d’argent. Ça ne fait pas redécoller l’économie. Les entreprises, qui ont énormément de cash, ne l’investissent pas dans leur outil de production. Elles recherchent des placements financiers à haut rendement. On semble reparti pour une bulle spéculative, si je lis correctement cet article. On en revient même aux subprimes.
Big Data est utilisé pour le recrutement des petits boulots. Ça ne marche pas pour les cadres.

Internet est-il une perte de mémoire ?

Notre interprétation des travaux des hommes célèbres repose considérablement sur leur correspondance ou sur celle de ceux qui les ont connus. Qu’en sera-t-il avec Internet ? Nous n’écrivons plus. Nous échangeons par bribes. Et, en plus, elles se perdront probablement avec la mémoire de nos ordinateurs.

Faut-il le regretter ? Ou trouver une nouvelle façon d’étudier ?

Marquise de Sévigné

Il est temps de nationaliser Google

Google a créé une puissante infrastructure. La forme de cette infrastructure influence tout ce qui va sur Internet. Et elle influence l’allocation de ressources intellectuelles de chaque personne qui interagit avec Internet. Et il n’y a pas grand-chose dans le monde réel qui n’est pas la conséquence de cette interaction ! Cela fait beaucoup de pouvoir entre les mains d’une société qui semble maintenant surtout intéressée de trouver des services de masse qui lui permettent de maximiser son retour sur investissement. (…) à long terme c’est un problème pour Google, car nous n’avons pas l’habitude de confier cette sorte d’infrastructure au secteur privé (…) Dès que les externalités (que provoque une gestion privée) concernent de grandes parties de la production économique, et l’activité cognitive de millions de personnes, il est difficile que le gouvernement n’intervienne pas.

Voilà ce que dit The Economist, après la décision par Google de liquider Google Reader. Redécouvririons-nous la notion de service public ? (Au passage, on notera que liquider Google Reader était probablement une erreur stratégique : il était peu utilisé, mais par des leaders d’opinion.)

Chypre, Alibaba et cigarette électronique

Cette semaine, la crise chypriote fait bouillir The Economist. C’est souvent le cas dès qu’il est question de la zone euro. Quant à moi, je crois que l’affaire est particulièrement compliquée, et que l’on ne peut la régler que de la façon dont l’Europe procède actuellement : par essais et erreurs, coups de théâtre et de bluff. Le journal veut aussi que la cigarette électronique se répande partout. Une décision qui me paraît mériter mieux qu’un raisonnement expéditif. (Au passage, j’ai appris que la nicotine et la caféine étaient des poisons antiparasites…)
Alibaba, gigantesque plate-forme électronique chinoise, devrait conquérir le monde et devenir l’entreprise qui vaut le plus cher, dit encore The Economist. Si le gouvernement chinois ne prend ombrage de la concurrence que la société fait, notamment dans les services financiers, aux entreprises d’Etat. Ailleurs dans le monde, l’influence chinoise semble plutôt pacifique. Le pays est surtout guidé par ses besoins intérieurs, et résiste assez peu, finalement, aux exigences des pays qui sont ses fournisseurs. En Russie, Gazprom est l’instrument politique de Vladimir Poutine, ce qui en a fait un monstre inefficace. The Economist le pousse à se réformer. Pour sa part, lapolitique internationale de Barack Obama essaie d’en appeler à la raison, plutôt que de brandir la menace. Jouer sur la responsabilité des gens est plus efficace que d’en faire des assistés (de sa puissance militaire, dans ce cas), disent mes livres. The Economist en doute. La présidente argentine aurait cherché à discréditer le pape. S’étant rendu compte que ce n’est pas dans son intérêt, elle veut maintenant en faire un ami. « Si (la société) considère la presse comme tellement importante que la liberté d’expression doit être protégée à tout prix, alors elle doit éviter la régulation de l’Etat comme la peste ». La liberté de la presse anglaise est menacée. Les scandales provoqués par la presse de caniveau du groupe Murdoch ont conduit les parlementaires anglais (qui ont sauté sur l’occasion ?) à décider de la contrôler.
Rien ne va plus dans le domaine de la distribution électronique. On expérimente pour trouver le bon équilibre entre boutique réelle et virtuelle. Il va y avoir des morts ?
Un livre sur les frères Emmanuel, réussites américaines. Où l’on voit que c’est votre environnement familial qui forme votre caractère. Et décide si vous serez un seigneur. Ou un esclave ?

Google et le service public

Annonce de la disparition de Google Reader. Je suis interloqué. Google a renoncé à iGoogle il y a peu. Je pensais que Reader était un asile sûr. Le professeur Kabla ne l’avait-il pas dit ? J’ai attendu de savoir ce qu’en pensait ce leader d’opinion, pour m’en faire une.
Il confirme la nouvelle. Si je comprends bien, elle tiendrait à la lecture que fait Google de l’évolution des usages. Pas clair. Ces usages ne me concernent pas.
L’éminent Hervé conseille Feedly. J’ai obtempéré. Le transfert Reader Feedly est immédiat. (Mais j’ai perdu des liens.) Et Feedly est bien plus beau de Reader.
Cette histoire m’a fait penser au pont de l’Ile de Ré. Quant on a appris qu’il avait été construit par le propriétaire de TF1, on a craint qu’il soit coupé par une pub. Il y a encore quelques temps, on entendait partout que le service public allait être remplacé par l’entreprise privée. On y gagnerait honnêteté, efficacité, innovation. Et si l’attitude de Google était représentative d’un monde géré par l’intérêt individuel ? Et si, du jour au lendemain, ce dont dépend notre vie était supprimé pour quelque raison obscure ? 

La machine crée le chômage

Depuis quelques temps, d’éminents universitaires anglo-saxons estiment que la technologie va mettre l’homme au chômage. Un gourou du MIT parle. Deux choses me frappent dans ce discours :

  • Internet a créé énormément de « valeur », puisque nous lui consacrons un temps énorme. Nous avons « voté avec notre temps ».
  • Il y a décrochage entre croissance et emploi, depuis 15 ans. Ce qui prouve qu’un nouveau type de progrès est en marche.
Je ne suis pas diplômé du MIT. C’est peut-être pourquoi il me semble qu’il y a quelque chose d’idiot ici.
  • Un demi-siècle de transformation sociale m’a montré ma famille étendue se transformer d’un groupe soudé et joyeux en étrangers isolés, égoïstes et méchants. Et si le « progrès » avait « créé de la valeur » en détruisant du bonheur ? Le plus amusant dans cette affaire est que la ferme d’un de mes arrières grands parents, qui vivait dans une « abjecte pauvreté » selon l’expression favorite de The Economist, a été achetée par un Anglais. Il gère de là, au milieu des champs et de l’air pur, ses affaires.
  • Quant au décrochage, il me semble avoir une autre explication possible. L’obsession de l’entreprise est de réduire ses coûts de personnel. Dans ces conditions, il n’est pas totalement surprenant qu’elle ait investi dans des technologies qui liquident l’homme.