Macronite

J’ai toujours tort. Je n’en ai jamais autant conscience que lorsque j’anime un travail de groupe. (Ce qui m’arrive plusieurs fois par semaine.)

L’intelligence collective a quelque-chose de curieux : elle projette l’esprit de l’individu dans « l’inconcevable », dans une sorte d’espace sidéral. Travailler avec un groupe, c’est comprendre ce que veut dire « complexité ». Autrement dit les limites terrifiantes de l’esprit individuel.

Pascal disait que le « malheur des hommes vient de ne pas savoir rester en repos dans une chambre », il me semble surtout qu’il vient de ce qu’ils ne savent pas travailler en équipe. S’ils y parvenaient cela leur apprendrait que les idées qu’ils formulent dans la solitude de leur cerveau sont des illusions minables, et que le monde est infiniment plus merveilleux que celui de Socrate ou de Platon.

Bon sens collectif

Tout cela se passe dans une ambiance pré-révolutionnaire inédite. Les quelque 100 élus Renaissance revenus des enfers de la dissolution n’ont plus envie, mais plus du tout, de se faire dicter leur loi. Ni par le parti, ni par l’Elysée.

“Désormais le top-down, c’est terminé, on passe au bottom-up“, se marrait un cadre de Renaissance au téléphone hier avec Playbook (…) Autrement dit, finies les décisions prises d’en haut et qui s’imposent à tous.

Politico Playbook Paris, hier

Le secret de l’esprit d’équipe et de coalition ? Se débarrasser des grands fauves, aveuglés par leur ambition personnelle ?

(Et c’est aux sans-grades de nommer leur chef : quelqu’un qui ne veut pas l’être ?)

Tiers lieux

De quoi le Tiers lieux est-il le nom ? se demandait Sous les radars de France culture. (Il y a déjà quelques temps.)

Effectivement, on peut se poser la question. Le terme recouvre un ensemble extraordinairement hétéroclite d’initiatives.

Mais faut-il faire la fine bouche ? Le mal de la France, c’est le chacun pour soi. Les Tiers lieux ne sont-ils pas le laboratoire de la sociabilité ? Le précurseur du « cluster » qu’apprécie tant ce blog ?

Attention, « gentrification » ! disait l’émission. Effectivement on peut craindre que, une fois de plus, ce ne soit qu’un effet de mode…

Inégalités criantes

L’enfant est une victime. Obligatoirement, il sera défavorisé par rapport à ses semblables mieux nés.

Voilà ce que l’on nous raconte tous les jours.

Mais cela signifie qu’il n’y a qu’une façon de mener sa vie ! Et qu’elle nous est imposée de l’extérieur.

Et s’il n’y avait pas de « sotte famille » ? Et si chacune apportait à ses enfants une sorte d’idéal. Et si, ensuite, ceux-ci cherchaient un bonheur à leur mesure, en fonction de ce que peut leur apporter la société, mais sans obéir au diktat d’un modèle unique ?

En fait, s’il y a quelqu’un qui a intérêt à l’égalité des chances, est-ce l’individu, ou la société ? Une société stratifiée est une société de faible intelligence ? D’Ancien régime ?

Société intelligente

Pourquoi la politique est-elle l’école de l’abjection ? se demandait un ami. Influence du milieu ?

Ce que Hannah Arendt a nommé « banalité du mal » ? Le groupe invite à l’irresponsabilité et au calcul mesquin ? Comme le dit le professeur Cialdini, s’il y a une chose que cherche à optimiser l’homme, c’est le « non usage » de son cerveau ?Comment rendre une société intelligente ?

Le risque force à rester sur ses gardes, et à l’alliance. Et l’alliance ne se fait qu’avec des gens de confiance.

La première personne qui doit être de confiance, c’est nous. Sans quoi il ne peut avoir d’alliés. D’où question existentielle : pourquoi me faire confiance ? Qu’est ce que j’ai que les autres n’ont pas ? Car la confiance n’est qu’une condition nécessaire, elle n’est pas suffisante : on ne s’allie pas avec un boulet…

Le risque fait, en plus, de l’individu un « laboureur » au sens de B.Cyrulnik. Il le force à être responsable, à utiliser sa tête, à ne compter que sur soi. Car le réseau est par nature éphémère, il est un travail de tous les instants. La conscience du risque immunise contre le populisme, les utopies et les complots.

Seulement, tant que toute la société ne perçoit pas le risque, il est tentant pour ceux qui ont un peu de pouvoir de nuisance de l’utiliser, pour tirer quelque bénéfice à court terme.

L’open innovation revisitée

Open innovation ? Je me méfiais de ce terme, que j’associe à la mode, hautement artificielle et spéculative, des start up.

Eh bien, il se pourrait que je me sois trompé :

« L’hybridation des espaces, comme des organisations, est une tendance qui tend à se développer au-delà même des tiers-lieux. Les tiers-lieux en constituent ainsi un signal faible. Il s’agit finalement de la suite logique de la démarche d’open innovation initiée ces dernières années : développement de collaborations multi-acteurs (privés / publics, grands groupes / PME, associations et entreprises), dans toute leur diversité, mixant et mutualisant les secteurs et savoir-faire. L’hybridation permet de mélanger et mettre ensemble des métiers, des personnes, des usages, des compétences qui semblent différents mais qui, ensemble, créent un nouvel usage, un nouveau produit, etc. Ce phénomène est corrélé au besoin de recréer du lien et de favoriser l’intelligence collective par plus de transversalité et de pluridisciplinarité, afin de relever les défis considérables qui nous attendent. »

Effectivement. Je constate qu’il y a une tendance « sociétale » à « l’hybridation ». Tout ce que nous fabriquons est maintenant un mélange de technologies qui, jusque-là, ne se connaissaient pas. Voitures, bicyclettes, électroménager, téléphone, animaux… On rêve même d’équiper les enfants de capteurs. La création devient « écosystémique »… Après un temps où l’autiste digital était roi, « l’intelligence relationnelle » va-t-elle prendre sa revanche ?

La démocratie c'est l'intelligence collective

Si l’on devait construire une démocratie, comment devrait-on s’y prendre ?

Pas comme les Grecs ou la 3ème République. Le débat dans l’agora est l’antithèse de la démocratie. C’est la victoire du bonimenteur, du populiste et de l’émotion. Le chaos. 

Le général de Gaulle a cru résoudre le problème en réduisant la démocratie à l’élection d’un souverain. Il s’est trompé. 

Quid d’un « juste milieu » à la Aristote ? Entre la 3ème République et la 5ème ? Mais pas la 4ème ? 

RSE ? On la prend pour une mode de management de la bien pensance, un miroir aux alouettes, une question de carbone et de nature… Or, elle consiste à réunir les « parties prenantes » d’une question et à les amener à débattre, jusqu’à trouver un chemin commun. C’est « l’intelligence collective » en marche. 

Cela n’a rien d’utopique, si l’on comprend que l’on est dépendants les uns des autres. Et la mise en oeuvre pratique de cette idée n’a rien de compliqué :

  • « Partie prenante », signifie que la population est divisée en groupes ayant des intérêts communs. Ce qui permet de négocier en petit nombre.
  • J’ai découvert récemment un terme curieux : « acceptabilité ». Ce que l’on cherche, c’est que le chemin ne soit pas idéal, mais acceptable pour tous. Car l’idéal de l’un est inacceptable par l’autre, qui est prêt aux pires extrémités pour défendre sa cause. En fait, c’est cela que l’on appelle la « justice » : chacun fait un effort pour réaliser l’intérêt général.
  • Une autre idée critique est illustrée par un terme du vocabulaire de 68. Alors, on apostrophait l’autre, en lui disant : « d’où parles-tu ? ». Aujourd’hui, nous sommes noyés par une information incompréhensible. Or, tout cela n’est que du bruit. Chaque acteur du jeu politique est une pendule arrêtée qui a une idéologie bien précise. Il parle « de quelque part ». Il suffit de la connaître, pour comprendre ce qu’il fait. 

En résumé, tout cela pourrait entrer dans un « processus d’instruction », au sens où l’entend la justice. 

Et, s’il y a urgence ? On laisse la personne au pouvoir en faire à sa tête, et on la juge ensuite. C’est déjà ce que faisaient les Athéniens. Seulement, ils confondaient juger et punir. Si bien qu’ils ont tué leurs généraux victorieux, et qu’ils ont perdu la guerre du Péloponnèse. Juger signifie apprendre. Pour cela, il faut que l’action du chef soit « transparente ». C’est la condition du droit à l’erreur. 

Francemali

Le Malien serait-il complotiste ? Il dirait que si une nation aussi puissante que la France ne parvient pas à rétablir l’ordre dans son pays, c’est que cela sert ses intérêts. Son intervention est une façon déguisée de maintenir son emprise coloniale. Voilà ce que j’entendais dans une émission de France Culture un peu lointaine (Christine Okrent). 

Peut-être en vain, ai-je essayé, dans ce blog, d’expliquer comment un président de gauche avait pu prendre une telle décision. Toujours est-il qu’en écoutant cette émission, j’ai pensé qu’il ne servait à rien de critiquer nos gouvernants : ce qui ne va pas, c’est le « système ». Tant que l’on ne comprendra pas qu’un pays ne peut pas être dirigé par un homme seul, on continuera à faire des bêtises, et à croire qu’il n’y a pas un président pour rattraper l’autre. Sans doute aurions nous besoin de directions collégiales à l’image de ce qui se fait dans la PME allemande. 

Il y avait plus intéressant, dans cette émission. Il était dit que la force de l’Europe était d’être unie et d’apporter à une nation son savoir-faire de construction d’une économie prospère. 

Serait-ce là l’atout de l’Occident, quand il est bien utilisé ? L’économie est le dernier en date des développements humains, et c’est l’Occident qui continue à en posséder la recette ? 

L'économie est une question de politique locale

2021, pour l’association des interpreneurs, a été l’occasion d’une étude particulièrement importante, parce qu’elle a changé notre façon de comprendre les raisons de la prospérité économique d’une nation. 

Elle montre que la performance de l’entreprise vient essentiellement de son environnement immédiat. C’est l’explication, en particulier, de la performance allemande, pays du collectif. 

Cet environnement, pour être efficace, doit avoir des caractéristiques très particulières.

Ce constat a des conséquences majeures : 

  1. les politiques publiques vont, depuis des décennies, dans le mauvais sens ; 
  2. pour un dirigeant, l’acte stratégique premier est de choisir et de modeler l’environnement qui l’accélère ; 
  3. les élus locaux sont des personnes clés du développement économique. 

Une synthèse brève de l’étude est ici : Etude des clusters d’entreprises

Gouvernement et intelligence collective

La mortalité par alcoolisme aurait augmenté de 20%, en Angleterre (1500 morts de plus, d’après mes calculs), du fait du confinement, disait la BBC. En outre, les progrès scolaires de tous les élèves auraient plus ou moins faibli, y compris ceux des meilleurs. Ce qui semble dire que l’apprentissage a une importante part de stimulation sociale. 

Quand on fait des tests statistiques, on utilise deux critères. Le premier est le risque d’écarter une hypothèse alors qu’elle est juste. Le second est d’écarter l’alternative, alors qu’elle est juste. 

Dans la vie de tous les jours, on ne prend en compte que le premier critère. C’est généralement une erreur. En effet, en se laissant un peu de souplesse, on peut réduire presque toujours massivement le second risque. Car, à long terme, c’est souvent lui qui compte réellement. 

Ce qui manque à notre type de gouvernement (mondial) à exécutif jupitérien, c’est cette capacité à la souplesse, à l’intelligence. Car la véritable intelligence n’est pas, comme le croit implicitement ce modèle de gouvernement post gaullien, individuelle, mais collective.