Orange mécanique

On fait une expérience sur les enfants et les jeunes singes. Même dispositif : il y a quelque chose de bon à trouver. Mais il est caché. Pour y parvenir, on suit une procédure compliquée. Singes et enfants imitent la procédure. Puis on ôte le cache. Le singe va droit au but, l’enfant continue la procédure.

Qui est le plus intelligent des deux ?

L’être humain est social avant tout ?

(Entendu à la BBC : Ritual, par Dimitris Xygalatas.)

Ptite tête

Le volume du cerveau de sapiens aurait régressé en 10 ou 20.000 ans. Abêtissement ? Question que se posait une émission de la BBC. (The body : a guide for occupants.)

Quantité ou qualité ? Toutes les têtes ne semblent pas avoir le même volume, et pourtant fonctionner aussi bien. En particulier, la tête féminine est plus petite que son équivalent masculin. Le volume du cerveau semble aussi avoir un lien avec la taille de la personne.

On pourrait aussi se demander si le volume ne tient pas au câblage. Le propre d’homo sapiens, me semble-t-il, est sa capacité à bâtir des sociétés, et des réseaux sociaux. Le professeur Cialdini constate que nous cherchons à économiser nos cerveaux et que nous le faisons en utilisant des euristiques sociales (si les autres le font, ce doit être bien…). Peut-être avons nous un cerveau économe ? A l’image de ces puces électroniques qui sont optimisées pour traiter un petit nombre d’instructions particulièrement fréquentes ?

Si c’est le cas, l’intérêt de ce codage doit se manifester très tôt, car il ne semble pas qu’il y ait beaucoup de différences entre la tête d’un homme des villes et celle d’un occupant de quelque forêt épargnée par la civilisation.

De quoi « élite » est-il le nom ?

Une des découvertes de ce blog est que nos grands hommes ne le sont pas autant qu’on le dit.

En fait, s’ils sont grands, c’est par la dimension de leurs erreurs. Tous ont cru avoir trouvé la pierre philosophale. Seulement, ce qu’ils ont trouvé est important pour la pensée humaine. Ne serait-ce que parce qu’il faut s’en méfier.

En dehors de cela, le plus frappant est que le grand homme n’est pas très malin. Au fond, il utilise une forme de bon sens qui n’est vraiment pas très sophistiqué. Il a des préjugés. Et le préjugé est l’ennemi de la raison.

D’où vient ce phénomène ? Deux idées :

  • Jusqu’ici, il y avait peu de personnes qui avaient une éducation supérieure. D’une part, le gros de la population était incapable de juger de la qualité de leur pensée, d’autre part, ils pouvaient dire ce qu’ils voulaient sans aucune contradiction. Ce qui leur donnait certainement une arrogance excessive. Jusqu’à se proclamer « élite ».
  • Pour parvenir à émettre une pensée intéressante, il faut un long travail, du type de celui que demande une thèse, ou la fameuse « décennie qui fait les génies » de la littérature anglo-saxonne. Notre pensée spontanée est primitive.

Ethique et IA

On fait avec l’IA comme on a fait avec l’énergie atomique. Les savants qui l’ont mise au point comprennent qu’elle est dangereuse quand elle est devenue une bombe. Voilà ce que j’ai entendu des informations de la BBC. Un des pères de l’IA se disait « perdu ».

On entendait aussi qu’il serait utile de donner des cours d’éthique aux chercheurs.

Je me suis demandé si cela ne serait pas utile à tout le monde…

PS. Ce que l’on trouve sur le site de la BBC :

Growth mindset

Pourquoi la France est-elle mauvaise en mathématiques ? Parce que le Français pense que les mathématiques sont un test d’intelligence, et que l’intelligence est figée.

Etudier les mathématiques nous fait courir le risque de montrer au monde, et surtout à nous-mêmes, les limites de notre intelligence ?

Les nations qui réussissent en mathématiques sont convaincues que l’intelligence se cultive. « Growth mindset » en anglais.

« Les élèves animés de cet état d’esprit de croissance ne considèrent pas les maths comme une question de talent, mais d’effort et d’apprentissage. »

(Tiré d’Actuariel n°48. Suite de l’article précédent.)

Influence du milieu

On me raconte des histoires d’adoption. Des enfants venus de groupes sociaux les plus déshérités, promis à une vie peut-être courte, et, dans le meilleur des cas, de violence, qui font de très honorables carrières en France.

De l’extraordinaire influence du milieu sur l’homme ?

Une observation à laquelle notre société et ses enseignants devraient penser de temps à autres ?

Génie artificiel

On entend beaucoup parler de Chatgpt.

C’est amusant, ce que l’on en dit, a fait remonter en moi un très vieux souvenir : ma réaction lorsque j’ai rencontré, il y a fort longtemps donc, les tests d’intelligence qu’utilisent les Américains pour choisir leurs étudiants. Je m’étais dit que c’était des tests pour machine.

Ceux qui créent ces tests suivent des règles. Si l’on connaît ces règles, on réussit. J’avais fait la même observation à l’époque où je passais les concours des grandes écoles : chacune avait son esprit, le connaître changeait de tout au tout ses résultats. (Je m’en suis rendu-compte un peu tard !)

Il me semble que le génie de l’intelligence artificielle est là : dénoncer notre paresse intellectuelle. L’homme ne suit pas de règles, il les invente !

Professeur McFarlane

La lettre du département d’ingénierie de Cambridge m’annonce le décès du professeur McFarlane.

Il était directeur de la division dans laquelle j’ai étudié. Et, il a dirigé ma thèse de M.Phil. D’ailleurs, je devais paraître un tel extra-terrestre, que je n’ai pas eu un, mais deux superviseurs. A qui je n’ai d’ailleurs jamais fait appel, sinon pour leur présenter mon mémoire final. (Un système expert pour la conception de systèmes de contrôle. L’Intelligence artificielle faisait déjà rage en ces temps anciens.)

Le professeur McFarlane était une sommité du contrôle des systèmes, ou automatique (Control engineering). Il l’avait fait profiter de l’apport des mathématiques, et était à l’origine d’un logiciel de CAO, CLADP, qui permettait de les concevoir. Je ne sais pas ce que ce logiciel est devenu, mais il aurait mérité d’être vendu, comme CATIA.

Curieusement, j’ai rencontré à cette époque deux courants de recherche, qui sont fondamentaux pour mon sujet d’intérêt actuel : le changement. Il y avait, donc, le « contrôle des systèmes », qui vise, en quelque-sorte, à réaliser le changement par les mathématiques. Il y avait, aussi, « l’anthropologie sociale », que je méprisais en ces temps, mais dont j’ai retrouvé expérimentalement les principes. Car comprendre les cultures est bien plus efficace que les mathématiques pour faire changer une société.

Quant au professeur McFarlane, il est peut-être l’une des une ou deux personnes réellement intelligentes que j’ai rencontrées dans une vie, qui m’a pourtant fait côtoyer beaucoup d’estampillés « élite ». Etre intelligent, selon cette définition, c’est comprendre ce que l’autre ne parvient pas à comprendre, et, en deux mots, lui donner le conseil qui l’amène à son objectif. Ce type d’intelligence est l’élégance ultime.

Symbole et intelligence

L’intelligence est manipulation de symboles, dit Herbert Simon. C’est ce que le cerveau et l’ordinateur savent faire.

D’où la tentation de penser que l’un égale l’autre, comme le croit les papes du « numérique » ?

Je tends à croire que c’est faux.

Les démonstrations sont faites a posteriori. On commence par l’intuition, le « coup de génie », et on la prouve ensuite. D’ailleurs, très souvent, on « rationalise » : on invente une justification à ses actes. On serait bien incapable de trouver leur cause.

Et observer un entrepreneur montre qu’il agit selon des envies, irrationnelles. Ce n’est qu’a posteriori, une fois de plus, que son action prend un sens.

D’autre part, l’homme invente les symboles, mais pas l’ordinateur. Et il y a la poésie, et la « figure de style ». Le sens jaillit d’un détournement de sens, de la contravention avec la règle !

Le concept central de la théorie de la complexité est « l’émergence ». Il semble bien que ce soit aussi ce qui caractérise l’intelligence humaine. Comme le dit James March, un temps associé à Herbert Simon, « decisions happen » ?

(Et les théories concernant l’intelligence comment s’expliquent-elles ? Ceux qui les conçoivent sont des virtuoses du symbole, et ils se trouvent extrêmement intelligents ?)

Grandeur et décadence de l'ingénieur

Dans mon enfance, l’ingénieur était élite de la nation. Aujourd’hui, il est une sorte d’espèce protégée. Il a quelques emplois réservés, extérieurement prestigieux, mais sans conséquence. 

C’est peut-être l’histoire des deux sens de logos. Logos voudrait à la fois dire raison et parole. Eh bien, le tout parole a pris le pas sur le tout raison. L’X-Mines a été remplacé par l’inspecteur des finances. « Ingénieur » est à entendre au sens anglais : rustre.

Causes ? Trois hypothèses :

  • Le progrès, et ses grosses usines pestilentielles, a fait son temps. Toute la séduction de l’ingénieur s’est envolée. 
  • On a testé, ça n’a pas marché. L’ingénieur a dirigé notre pays et ses entreprises. Cela leur a été fatal. En le ménageant, on l’a écarté. 
  • Désormais, celui qui veut arriver au sommet doit s’expliquer. Or, l’ingénieur n’a pas été formé pour cela. 

Après l’ère de l’ingénieur autiste nous en sommes arrivés à celle du bonimenteur ? Pas tellement mieux ? Comment le dirait Aristote, il faudrait un « juste milieu » entre ces deux extrêmes. Le logos bien compris. L’homo sapiens ?