La lettre du département d’ingénierie de Cambridge m’annonce le décès du professeur McFarlane.
Il était directeur de la division dans laquelle j’ai étudié. Et, il a dirigé ma thèse de M.Phil. D’ailleurs, je devais paraître un tel extra-terrestre, que je n’ai pas eu un, mais deux superviseurs. A qui je n’ai d’ailleurs jamais fait appel, sinon pour leur présenter mon mémoire final. (Un système expert pour la conception de systèmes de contrôle. L’Intelligence artificielle faisait déjà rage en ces temps anciens.)
Le professeur McFarlane était une sommité du contrôle des systèmes, ou automatique (Control engineering). Il l’avait fait profiter de l’apport des mathématiques, et était à l’origine d’un logiciel de CAO, CLADP, qui permettait de les concevoir. Je ne sais pas ce que ce logiciel est devenu, mais il aurait mérité d’être vendu, comme CATIA.
Curieusement, j’ai rencontré à cette époque deux courants de recherche, qui sont fondamentaux pour mon sujet d’intérêt actuel : le changement. Il y avait, donc, le « contrôle des systèmes », qui vise, en quelque-sorte, à réaliser le changement par les mathématiques. Il y avait, aussi, « l’anthropologie sociale », que je méprisais en ces temps, mais dont j’ai retrouvé expérimentalement les principes. Car comprendre les cultures est bien plus efficace que les mathématiques pour faire changer une société.
Quant au professeur McFarlane, il est peut-être l’une des une ou deux personnes réellement intelligentes que j’ai rencontrées dans une vie, qui m’a pourtant fait côtoyer beaucoup d’estampillés « élite ». Etre intelligent, selon cette définition, c’est comprendre ce que l’autre ne parvient pas à comprendre, et, en deux mots, lui donner le conseil qui l’amène à son objectif. Ce type d’intelligence est l’élégance ultime.