Le nihilisme existe-il ?

Nihilisme. C’est le reproche que font des Camus, Proudhon, Arendt ou Dostoïevski à ce que, faute de mieux, on pourrait nommer « gauche bourgeoise », Marx, Sartre, la pensée 68, les intellectuels qui ne sont pas venus du peuple, ou qui n’ont pas été fidèles à leurs racines. Le nihilisme est l’antinomie d’autorité. C’est penser que la fin, l’atteinte d’un utopique idéal, justifie tous les moyens. La Terreur en particulier. Cette fin peut être le néant. Détruisons la société, le mal, elle se renouvellera miraculeusement. C’est ce que dit Heidegger, qu’ont beaucoup aimé nos intellectuels.
Mais les nihilistes sont-ils vraiment nihilistes ? Les casseurs de 68 sont à l’Académie française, dans les palais de la République, ou à la tête de nos grandes entreprises. Le nihiliste ne veut pas détruire la société. Il la trouve très bien. A condition d’en profiter. Ce qu’il nie ce n’est pas l’Autorité, mais celle de ses parents. Cependant, il n’a pas compris qu’en attaquant la seconde, il faisait tomber la première. Et il se trouve bien dépourvu quand il constate qu’en créant l’anarchie, il a sapé sa propre autorité. 
L’intellectuel a été le vecteur du néant. C’est maintenant à la société de reconstruire une histoire qui ait du sens pour elle. Logiquement, l’intellectuel devrait trouver sa justification dans ce travail. Sera-t-il capable de faire sa révolution culturelle ?

Shakespeare l'italien

Un spécialiste de Shakespeare me dit qu’il a fait l’objet des théories les plus fumeuses. Il y a eu l’interprétation psychanalytique d’Hamlet (elle se retrouve dans l’Hamlet de Lawrence Olivier : Hamlet veut coucher avec sa mère). Surtout, depuis 1857 a surgi l’idée selon laquelle Shakespeare n’a rien écrit. Dernièrement, on a attribué son œuvre à un Italien. Le plus curieux est qu’il suffit de lire Shakespeare pour voir l’erreur :

un des arguments les plus souvent rencontrés (…) consiste à affirmer que l’auteur avait une connaissance foisonnante de la géographie de l’Europe, particulièrement de l’Italie. (Or) Il fait de l’Aquitaine une province de la Navarre, met un duc à la tête de l’empire d’Autriche, et un autre à Venise, situe la Bohême au bord de la mer, la Pologne dans l’Arctique, Padoue en Lombardie, le reliquaire de saint Jacques de Compostelle à Florence. À l’exception du Rialto, dans Le Marchand de Venise, dont on ne sait pas s’il désigne le pont, le marché, ou un lieu non précisé, aucun nom de rue ni de place publique ne figure dans les pièces italiennes, aucun nom d’église à l’exception de l’église Saint-Pierre de Vérone qui n’a jamais existé. Dans Les deux Gentilshommes de Vérone Valentin se rend de Vérone à Milan par la voie maritime et attend la marée pour s’embarquer.

Mais personne ne l’a fait. Et si les grandes idées qui nous gouvernent avaient aussi peu de fondements ?

Abêtissement ?

J’écoutais citer Rimbaud :

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,
Golfes d’ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;
U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;
O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
– O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux ! –

Et j’ai pensé qu’il avait dix sept ans quand il écrivait cela. Et que savoir qu’il est incapable d’écrire, voire de comprendre, un tel poème ne guérit aucun de nos esprits élevés de son complexe de supériorité. 
(« En 1865, à la rentrée de Pâques, Arthur Rimbaud quitte l’institution Rossat à Charleville où il a passé le début de sa sixième et entre au collège municipal de Charleville, où il se montre excellent élève ; collectionnant les prix d’excellence en littérature, version, thème… Il rédige en latin avec aisance, des poèmes, des élégies, des dialogues. » wikipedia. En 1865, Rimbaud a 11 ans.)

Bourdieu, l'entriste

Avant hier, Michel Onfray disait que P. Bourdieu avait fait de l’entrisme. Pour mieux les dynamiter, il avait pénétré tous les lieux de pouvoir. A commencer par le Collège de France. Et il est allé jusqu’à se reproduire, pour mieux prouver ses thèses. Ce que Michel Onfray n’a pas vu. 
D’ailleurs, et si Bourdieu, loin d’être le Robin des bois dont parle M.Onfray avait collaboré au phénomène qu’il dénonçait ? Car, si, de son temps, les élites se reproduisaient, il y avait au moins quelques pauvres, comme lui, qui entraient parmi elles. Est-ce toujours le cas ? Et si ses théories avaient encouragé la démolition d’un élitisme qui profitait aux pauvres ?

L'Homme, selon Clint Eastwood

Les films de Clint Eastwood sont bâtis sur un même schéma. Un homme se retrouve face à des circonstances terribles. Il fait front, et il réussit. Message : être un homme c’est avoir le courage d’affronter ses responsabilités. Et, même si l’on est à Al Catraz, ou pire, c’est possible. C’est ainsi que l’on acquiert la dignité, qui est la vertu cardinale de l’Homme. Mais cette vertu est aussi celle du peuple (américain). 
Étrangement, cela me paraît être ce que dit Camus
Or, Clint Eastwood est vu comme un facho. Car, il défend le peuple, qui vote Reagan ou Bush et leurs faibles QI combinés, contre les vertus élevées des intellectuels, qui, eux, votent démocrate.
Cela pose surtout la curieuse question de ce qu’est la nature de l’intellectuel. Est-il quelqu’un qui refuse ses responsabilités ? Un esprit fuyant qui vit en dehors de la réalité ? Qui réinvente cette dernière pour mieux nous en exclure, et servir ses intérêts ? L’intellectuel comme manipulateur de la raison ? 
(Quant à Reagan et Bush, on dit un peu partout qu’ils ont été manipulés par d’autres intérêts. Tant que le peuple ne sera pas représenté par des intellectuels qui n’ont pas perdu leurs racines populaires, il ne pourra qu’être exploité ?)

La gauche trahie par le langage ?

Et si l’intellectuel pensait réellement que nous sommes des barbares ? Et s’il était désespéré ? C’est une idée qui m’est venue en écoutant France Culture. Lors des précédents épisodes j’en étais arrivé à penser que l’intellectuel est un manipulateur. C’est un postmoderne pour qui le langage est l’opium du peuple, et qui, comme Platon, voue ceux qui ont des idées différentes des siennes à l’enfer.
Mais, une fois de plus, j’ai peut-être tort. Et si l’intello croyait à ses théories ? Et s’il constatait l’impuissance du langage, incapable de faire adopter au monde ses belles utopies ? Et s’il ne lui venait même pas à l’esprit qu’il peut agir de ses petites mains délicates ? Et si c’était pour cela que notre président attend ?… 

Mélenchon et Robespierre

M.Mélenchon dit du bien de Robespierre.
Je me demande plutôt si Robespierre n’illustre pas un des vices de l’intellectuel. A savoir confondre la « canaille » avec le peuple. Par canaille, j’entends une poignée d’excités, qu’il faudrait calmer et non encourager. Je me demande aussi si cette alliance excité – théoricien n’est pas responsable de ce qu’une violence totalement déplacée est parvenue à se maintenir comme mode d’expression politique légitime. La Terreur, sœur jumelle de l’abstraction ?

Comment l'intellectuel anesthésie le changement

Il y a des années, j’ai rencontré un associé d’un fonds d’investissement qui s’est présenté ainsi. Polytechnique, corps de l’armement, Normale sup. A chaque fois que je lui disais quelque-chose, son oeil s’éclairait : il l’avait vu en cours ! Mais pourquoi, alors, ne l’avait-il pas appliqué ?
Toute la France est ici. Et notamment la relation entre Sartre et Camus. Camus, comment pouvez-vous oser penser, alors que vous n’êtes même pas normalien ? Et voilà pourquoi le pays ne bouge pas. Nous sommes dirigés par une « élite ». Sa fonction est de paralyser ceux qui agissent. 

Platon, saint patron des intellectuels ?

Ce blog m’a fait découvrir la philosophie. En particulier Platon.

Que croyait Platon ? Que l’on pouvait diriger le monde par des idées. Particulièrement celles qui viennent à la tête d’élus, les philosophes. Bien entendu, le peuple ne pouvait pas comprendre. Il fallait lui raconter des histoires à dormir debout. C’est l’inventeur de l’enfer. Autrement dit du bien (lui) et du mal (nous).

Le technocrate se reconnaîtra dans ce tableau. Ainsi que le totalitaire. Mais encore plus l’intellectuel.

L’intellectuel est peut-être bien un individualiste, qui veut mettre la société à son service. Et il le fait avec son arme, le logos des Grecs, la « raison / parole ». L’opium du peuple.