Opprobre

Les Polonais ne voudraient plus porter la faute des camps de la mort. Et si le fameux « devoir de mémoire » était contre-productif ?

Si le devoir de mémoire condamne certains dès la naissance, il fait croire à d’autres qu’ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Or, est-ce le cas ? Et la crise de 29, due à une spéculation échevelée, et une absence de réglementation, qui a fait de l’Allemagne un chaos ? Et la faiblesse des premiers gouvernements allemands, pourtant fort respectables ? Et les manipulations politiciennes, qui ont amené Hitler au pouvoir ? Et l’aveuglement des milieux intellectuels occidentaux ?… Et si ces circonstances pouvaient se reproduire ? Et si l’enfer était pavé de bonnes intentions ?

Obama

Les intellectuels américains pensent qu’une grande partie de leurs contemporains sont des fascistes racistes. N’ont-ils pas élu M.Trump ? Curieusement, ils ne se demandent pas comment ces fachos ont fait pour élire, et réélire, M.Obama, un nègre. Certes il n’a pas été porté par une vague immense. Mais il a été élu, et réélu, au moins aussi bien que ses prédécesseurs. Et pourtant, il n’a rien fait pour se faire des amis. On pourrait dire la même chose de la France, qui nomme chaque année Omar Sy personne la plus sympathique. (Et Yannick Noah est éternellement au sommet des classements.)

Et si c’était l’intellectuel qui créait le mal qu’il combat ?

Intellocène

Pour Michel Winock, l’affaire Dreyfus a été l’avénement de l’intellectuel. Il me semble que 68 a été la massification de l’intellect. Depuis, nous vivons à l’ère du (quasiment) tous intellectuels.

L’intellectuel est l’opposé du scientifique. Alors que le travail du scientifique est de chercher des preuves (et il n’y a que des présomptions de preuves), l’intellectuel est la vérité. Son esprit est son arme de combat. C’est le sophiste, au sens détourné du terme. Semblable à l’image d’Epinal de « l’homme primitif », il est mu par la volonté de puissance. Mais le terrain de combat n’est pas le ring de boxe, mais le forum. Quant au scientifique il a été évacué des débats qui décident du sort de l’humanité. Il s’occupe de technique.

L’intellectuel a perdu de sa superbe, ces derniers temps. Question. Qu’est-ce qui peut le remplacer ? Un scientifique qui se mettrait à penser ? L’instinct animal ?

Démocratie

« The most powerful nation in the world has a 2-party system, but one party is a deathcult run by the wealthiest 0.01% which uses xenophobia and propaganda to manipulate a morally corrupt 47% majority caste base via a gerrymandered apartheid voting system. » dit un tweet d’un intellectuel américain. (Approximativement : La nation la plus puissante du monde a deux partis politiques, mais l’un est un culte des morts, dirigé par les 0,01% les plus riches qui utilisent la xénophobie et la propagande pour manipuler une caste majoritaire, moralement corrompue, des 47%, grâce à un apartheid électoral truqué.)

Peut-on encore se dire démocrate lorsque l’on pense que 47% de ses concitoyens sont « moralement corrompus » ?

Anatole France

Qui lit encore Anatole France ? Et pourtant quel talent ! Plus personne ne sait écrire comme cela. C’est simple et élégant. Cela se lit d’une traite, et pourtant ce n’est pas sans profondeur. Et surtout, il n’y a aucune agressivité. « castigat ridendo mores », dans la tradition de Molière ? Une leçon que nos  littérateurs modernes pourraient méditer ? 
Et sa vie semble avoir été à la hauteur de son oeuvre. Il fut un des premiers à défendre Dreyfus. Ce qui demandait du courage. Il a été proche de Jaurès, plutôt de gauche, mais sans jamais tomber dans les excès, et les utopies, semble-t-il. 
Pourquoi l’a-t-on oublié ? Apparemment, il a suscité l’ire de ses successeurs. Aragon, notamment. Mais, eux-mêmes, que nous ont-ils laissé ? Plus destructeurs que créateurs ?

Intellectuel

Populisme ! dit France Culture. Le peuple est manipulé par les réseaux sociaux. Mais l »amour est aveugle, non ? Et s’il cherchait l’amour ? Et pas la vérité ? D’ailleurs, les intellectuels patentés ne nous ressemblent-ils pas ? Les plus grands d’entre eux ont défendu, contre la vérité, tous les totalitarismes.  
Et si cela avait été par manque de « critique » (le terme favori des Lumières) ? Et s’il fallait qu’ils aient de la concurrence ? Et s’il fallait que tout le peuple pense, pour que la société pense correctement ?
(Ce qui va demander un apprentissage, dangereux ?)

Déçus de Marine

Je crois fermement que le FN est derrière nous. C’est un parti qui ne peut vivre sans leader charismatique. Et Mme Le Pen a perdu la face lors du débat présidentiel. Elle pourrait être victime de ce qui a fait son succès : la contestation irresponsable. 
Peu de gens pensent comme moi. Un invité de France Info disait que M.Macron avait détruit la politique française, comme il allait échouer, cela laisserait le champ libre au FN. J’entendais encore récemment un intellectuel de France Culture dénoncer la montée des extrêmes comme il l’aurait fait il y a un an. Je me suis demandé si les vrais déçus de Marine Le Pen n’étaient pas à gauche. Ce qui justifiait leur vie était une lutte héroïque pour extirper le mal qu’il y a en l’humanité, sauf en eux. Et le FN était la manifestation de ce mal. Que leur reste-t-il ? M.Macron. Sera-t-il pour eux, après de Gaulle, une nouvelle incarnation du fascisme ? Une raison d’être ?

Espion

La radio racontait l’histoire des espions de Cambridge. Philby et les autres. En fait, ils étaient typiques des intellectuels des années 30. Ou peut-être même des intellectuels modernes. Ils étaient convaincus que le fascisme (sachant qu’alors, on n’avait aucune idée de l’horreur que signifiait ce terme) était à l’oeuvre en Grande Bretagne, et que seule l’URSS pouvait sauver le monde. On voit aussi que l’intellectuel occidental a un pouvoir énorme : ces jeunes gens n’ont eu aucun mal à infiltrer les centres névralgiques de l’Etat britannique. L’un conseillait même la reine. Surtout, l’intellectuel a une immunité quasi totale. C’est ce qu’explique Philby
Mais ce n’était peut-être pas l’intérêt général qui les motivait. Ils étaient en proie à de petites difficultés médiocres (par exemple, alcoolisme, homosexualité honteuse), que leurs beaux esprits ont rationalisé en une lutte mondiale du bien contre le mal. Staline a appelé l’intellectuel occidental, qu’il manipulait, « idiot utile« . La formation de l’esprit le rend-elle incapable de fonctionner ? 

Intellectuel

Je découvre progressivement pourquoi le Marxisme a eu la vie aussi dure. C’est la biographie de F.Mitterrand, confirmée par l’ouvrage sur la revue Esprit, qui m’a fait comprendre ce qui s’est passé. Apparemment l’intellectuel pense que son rôle est de défendre « l’exploité ». Or, l’exploité votait communiste. Donc l’intellectuel devait être communiste. 
Cela pose beaucoup de problèmes. Tout d’abord, implicitement, l’intellectuel préfère la minorité à la majorité. Ensuite, je ne suis pas sûr que ceux qui votaient communiste goûtaient particulièrement Marx. Il me semble que le Parti communiste apportait surtout à une classe de la population une certaine fierté. Mon grand père, par exemple, était fier de me dire que telle ou telle innovation de la SNCF venait d’un cheminot. Ce qui m’amène à me demander si la raison d’être du PC, comme celle du FN, n’est pas le mépris que l’intellectuel manifeste vis à vis du reste du peuple. Ce serait un curieux paradoxe.

Vive la sélection ?

On ne parle que de sélection. En particulier à l’université. Connaissant mes vues paradoxales, un universitaire m’a demandé d’écrire sur le sujet. Ce que je n’ai pas fait. Spontanément, « sélection » me fait penser Tour de France et dopage, voire expériences nazies… 
Mais, faut-il aller aussi loin ? « Elite » est devenue une insulte aux USA, dit The New York Times. On y estime que la « méritocratie » produit un contentement de soi qui rend stupide.