Le fond rance de la France

Je lisais ici : « Marc Weitzmann : « Pour qui s’intéresse au fond rance de ce pays, l’affaire Moix est passionnante »« .

Le problème ne serait-il pas mieux posé si l’on se demandait pourquoi désormais le « fond rance » a autant de poids pour l’opinion que la parole de l’intellectuel admirable ? Pourquoi cela n’était il pas le cas, il y a encore peu ?

Mais aussi pourquoi, dans certaines circonstances, ce n’est toujours pas le fond rance qui a le dernier mot ?

Idées criminelles

J’écoutais une émission sur l’aveu en URSS, sous Lénine et Staline. Cauchemar. Et dire que toute cette irrationalité vient d’utopies ! On a cru des idées stupides, et elles nous ont fait massacrer des vies. Et nos « élites », si arrogantes et sures de leur supériorité intellectuelle, ont été les vecteurs de ces idées stupides, comme les moustiques du paludisme.

Alors ? Ne faudrait-ils pas mettre au programme de l’agrégation de philosophie un cours de pensée ? Simplement, l’histoire des erreurs de raisonnement de nos grands esprits, aux conséquences criminelles ?

Mais peut être que cela ne servirait à rien. Ces élites sont le fruit de décennies de conditionnement. Ont elles encore la moindre capacité à douter d’elles-mêmes ? Peut être faudrait-il, alors, réfléchir aux conséquences de ce conditionnement, et se demander comment mieux l’orienter ?

Le paradoxe du diplôme

Roman graphique, une de mes découvertes. Comme plus personne ne sait lire, on a transformé le livre en images. Mais on a appelé cela « roman » pour ne pas faire perdre la face au lecteur. D’autant qu’il se croit très intelligent puisqu’il a le bac, et souvent cinq années d’études en plus.

Des gens qui n’ont pas été formés pour penser, mais qui croient être supérieurement malins : quel avenir nous préparent-ils ?

Cannes : festival du cinéma engagé

Une récompensée du festival de Cannes déclarait que, cette année, la sélection était faite de films « engagés ».

J’entendais, quelques temps avant, Marcel Amont, 90 ans déjà, dire qu’il avait eu un père engagé, et qu’il en avait conclu qu’être engagé demandait un talent que peu de gens avaient. Il avait préféré être un fantaisiste, qui rend les gens heureux.

Pour un festival de Cannes du bonheur ?

Intellectuel et totalitarisme

Emission sur les intellectuels collaborationnistes de droite. On entendait le discours de Maurras, lors de sa réception à l’Académie Française. Il se présentait comme un « polémiste ». Cela semblait bien innocent. C’était suivi de propos pitoyables de Céline. Grands fauves ou pauvres types ? D’ailleurs, que dirions-nous aujourd’hui des intellectuels marxistes, si Staline ou ses successeurs nous avaient envahis et expédiés au Goulag ? me suis-je demandé.

J’en étais là, lorsque j’entends une autre émission dire que Friedman et Hayek sont allés rendre visite à Pinochet, pour le féliciter…

Morale ? L’intellectuel, c’est l’amour du concept. Son mal, c’est croire pouvoir mettre l’univers dans une formule. C’est, au sens propre, le « totalitarisme ». La négation de la réalité l’amène au nihilisme, la destruction de tout. Méfions-nous d’un excès d’éducation : elle aliène ?

Politiquement correct et origines du totalitarisme

Emission d’Alain Finkielkraut. Le politiquement correct, d’une part viserait à promouvoir un certain type de société ; d’autre part, il le ferait en rendant impossible toute discussion, assimilée à une pathologie. Le directeur de Libération disait à celui qui exposait cette thèse, un sociologue canadien, qu’il exagérait. La France n’était pas un Etat totalitaire : la preuve, on lui permettait de tenir de tels propos.

Il est temps que surgisse ce type de polémique. De penseur, l’intellectuel est devenu inquisiteur. Il ne se sert plus de son cerveau. S’il le met en marche, il découvrira que le monde n’est pas aussi simple qu’il le croit. Alors, il nous sera utile.

En rétablissant un débat de raisons, on éloigne le spectre de l’émergence d’un dictateur, qui en appelle à nos instincts animaux.

Apprendre à penser avec les intellectuels

L’intellectuel est passé du marxisme au libéralisme. L’intellectuel croit au « bien ». Ce bien est l’opinion commune d’un « certain milieu ». Il pense comme ce milieu. Il n’a pas d’esprit critique.
Et, comme M.Attali et sa prospective, il est déterministe. Il ne croit pas que l’homme crée le monde.

L’intellectuel nous montre ce qu’il ne faut pas faire ? Penser, c’est avoir un esprit critique, et l’utiliser pour guider une action créatrice ?

Printemps arabes : leçon de négociation ?

Je cite une étude qui s’étonne des printemps arabes. Pourquoi l’Occident a-t-il lâché des régimes qu’il avait soutenus pendant des décennies, alors qu’ils n’avaient rien fait de neuf ?

La raison est peut-être évidente : l’URSS. L’URSS disparue, ces régimes ne servaient plus à rien. Et ils avaient deux vices : leurs valeurs n’étaient pas occidentales ; ils refusaient le marché. On dit parfois que l’Amérique a soutenu des dictatures, mais elle l’a fait à contre-coeur ? Ce n’était pas dans sa nature ?

Cette histoire illustre les théorie de négociation en situation de conflit de Thomas Schelling, économiste. Les dictateurs pensaient qu’ils étaient utiles à l’Occident : ils étaient un rempart contre l’islamisme (ou nom plus adapté). Ils se croyaient donc inattaquables. Mais un tel atout n’est utile, dit T. Schelling, que lorsqu’il est perçu. Or, les élites, farcies d’utopies, qui dirigent l’Occident ne le voyaient pas. D’où la tactique de M.Assad : il a utilisé ce que W. Ury appelle le « non pédagogique ». Il a vidé ses prisons de leurs terroristes pour que l’Occident apprenne par l’expérience qu’il avait plus à gagner en jouant avec lui que contre lui. Celui qui remporte une négociation conflictuelle est celui qui est prêt à se suicider.

Intellectuel : de la vérité à la post vérité ?

L’histoire des intellectuels commence avec l’affaire Dreyfus, si l’on en croit Michel Winock. L’affaire Dreyfus n’est pas tant une question de justice ou d’antisémitisme, pour l’intellectuel, c’est une question de vérité. L’intellectuel est le combattant de la vérité.

Mais, l’intellectuel est devenu post moderniste. Il met sa parole au service du bien. Il ne défend plus la vérité, il la crée. (Voilà pourquoi il a si vite forgé le mot « post vérité » pour M.Trump : il était furieux que ce dernier lui ait emprunté sa technique ?)