Années 20 : le post post modernisme ?

L’après guerre a été fascinée par les miracles dont été capable la science. Elle a donné le pouvoir aux diplômes. Mais cela a eu une conséquence inattendue : le post modernisme.

Le diplômé s’est révélé un « intellectuel » et non un « scientifique ». L’intellectuel pense que ses diplômes font de lui une « autorité ». La sélection dont il a émergé a prouvé qu’il détenait la vérité. Il croit que la raison est une arme qui permet d’amener la société dans la direction qu’il a choisie.

Au nom de la science, l’intellectuel occidental attaque la science, outil de domination occidental. « Le savoir est lié au pouvoir et à la domination. » « Toute connaissance est fictionnelle. » « Le langage (est) prédéterminé et construit. » Mais heureusement, il y a l’intellectuel, « combattant redoutable ». Il utilise les outils de manipulation du pouvoir contre lui ! (La suite.)

Le post modernisme, c’est la post vérité.

Une fois au pouvoir, l’intellectuel s’est révélé un exploiteur comme les autres. Sa langue est fourchue. Ses nobles théories n’existent que pour justifier sa domination, et l’accroissement de ses richesses, au détriment de celles de la population. Voilà ce que pourrait bien signifier le rejet mondial des « élites ».

J’en reviens à la question posée en 2019 : à quoi ressemblerait un post post modernisme ?

Pourquoi l'élite est-elle haïe ?

« Elite » est devenu une insulte. Pourquoi ? Accusé, levez-vous.

« Un savant est une merde » est une formule de Proudhon qui a eu moins de succès que « la propriété, c’est le vol« .

« Pourquoi Monsieur Guizot n’a-t-il pas osé dire que les capacités intellectuelles étaient les plus corruptibles, les plus corrompues et généralement les plus lâches, les plus perfides de toutes les capacités… un savant est une merde. » (Trouvé dans Proudhon, l’enfant terrible du socialisme, d’Anne-Sophie Chambost.) 

Le débat est lancé.

  • « Elite » désigne l’intellectuel. S’il est accusé, c’est qu’il dirige le monde. Et qu’il le dirige dans son intérêt, contre celui de son prochain. 
  • En termes d’hypocrisie, il a dépassé Tartuffe. C’est un champion de la « contre-culture », un disciple des Bohèmes qu’étaient Baudelaire, Flaubert et leurs amis, alors qu’il est le plus grand profiteur du système. 
  • C’est pourquoi le mot élite a été détourné de son sens. L’élite justifie ses privilèges par sa supériorité génétique. Le peuple la lui renvoie à la figure en lui mettant le nez dans sa stupidité. C’est une satisfaction d’amour propre. Pour le reste, ce qui lui est reproché remonte à la nuit des temps.  
  • Albert Camus et Hannah Arendt l’accusent de nihilisme. C’est la graine du totalitarisme, l’arme de destruction définitive de l’humanité. L’intellectuel croit à des utopies et veut y faire entrer le monde. 
  • Platon, le saint père de la raison pure, aurait inventé l’enfer, selon Hannah Arendt. Avec Spinoza, Gramsci et beaucoup d’autres esprits d’élite, l’intellectuel croit que le peuple, qui est incapable de comprendre ses raisons, doit être manipulé par l’illusion, l’opium du peuple. L’intellectuel est le champion de l’influence, de « l’emprise ». 
  • Il y a opposition entre le coeur (la foi), et la raison. C’est la parabole d’Adam. Adam est chassé du paradis, parce que la raison, et ses appas trompeurs, lui ont fait perdre la foi. Celui à qui le paradis est destiné est le « simple d’esprit », qui ne se fait pas mener en bateau par la raison. L’Américain de base, en d’autres mots. 
  • La raison, c’est la perfidie, la tromperie. Les USA sont construits sur ce principe. Ceux qui les ont fondés ont fui l’Europe et sa culture aristocratique, dont le raffinement est le masque du vice, comme la sauce celui du mets faisandé. (On retrouve ce thème dans beaucoup de films hollywoodiens.) La patrie de ce raffinement trompeur est la France, qui a envahi l’Angleterre et a perverti l’honnête Anglo-saxon. (Ivanhoe, de Walter Scott, représente l’affrontement des deux cultures, qui aboutit, dans cette oeuvre, à une fusion, représentée par les personnes d’ivanhoe et de Richard Coeur de Lion.)
  • Une partie de la philosophie (l’existentialisme) et la science disent la même chose : ce qui est essentiel est au delà de la raison. La raison n’est qu’un outil. 
  • Les neurosciences constatent qu’un homme qui ne serait que raison serait artificiel, il serait incapable de décider. Sans émotion, sans irrationnel, pas de jugement. 
  • La patrie de l’intellectuel, et du mal, c’est la France, donc. On l’oublie, parce que la France n’est plus rien, et que personne ne voudrait revendiquer un tel héritage, mais elle survit par ses idées, qui ont contaminé les intellectuels de tous les pays. Même Mao, en dépit de ses efforts pour rééduquer les intellectuels en les envoyant à la campagne, n’a pas réussi à extirper le mal français. 
  • Mais le mal vient certainement de plus loin, des Grecs, les inventeurs officiels de la raison. Le sophiste a suivi le chemin de « l’élite ». Initialement, c’était un professeur de raison (voir J. de Romilly), mais il est devenu immédiatement « sophiste » au sens moderne du terme : manipulateur des esprits. 
  • A moins qu’il ne faille évoquer, du fait d’Adam, la Bible et ses écrivains, les Juifs ? Ce qui serait, déjà, une raison d’espérer. Car, s’ils ne sont pas encore revenus au paradis, contrairement aux précédents, ils sont parvenus à survivre. Peut-être ont-ils trouvé un antidote ?

    Que dirait la défense ? Que le miracle existe, et que l’intellectuel peut se racheter. Mais surtout que « ce qui ne tue pas renforce ». L’intellectuel est une catastrophe naturelle parmi d’autres. Ce sont de telles catastrophes qui nous ont faits, nous humains. L’intellectuel est donc un bien. Un défi lancé à notre vice réel : la paresse intellectuelle.

    Feminazis

    Dans White Working Class, Joan C. Williams dit que la classe laborieuse américaine appelle les féministes des « femi-nazis » (ce qui marche probablement mieux en anglais qu’en français).

    Décidément, la culture américaine a l’art de la formule.

    Qu’entend-on par « Femi-nazis » ? Ce n’est peut-être pas tant le féminisme en lui-même que la façon dont il est mené, qui est en cause. Il utilise des techniques de propagande et d’intimidation, qui s’apparentent plus aux pratiques totalitaires qu’aux usages démocratiques ? Et c’est comme cela qu’il s’aliène ceux (ou celles) qui devraient en être les partisans ?

    White Working Class

    Le populisme en Amérique expliqué. Le livre qui a valu à son auteur le statut de rock star !

    Issu d’un article écrit le jour de l’élection de Donald Trump, c’est une étude quasi anthropologique de la « classe laborieuse blanche » par un membre de l’élite intellectuelle, professeur de droit, passé par Yale, MIT et Harvard, et phare du combat féministe.

    « Si vous vous souciez de changement climatique, de droits à l’avortement, d’immigration ou d’incarcération de masse, vous feriez bien de vous soucier, aussi, de bons emplois et de dignité sociale pour les Américains de toutes races, qui n’ont pas fait d’études supérieures« .

    C’est la discrimination qui a mis le pays en état de guerre civile. « L’élite », intellectuelle et démocrate, méprise la classe laborieuse blanche, et a prévu sa disparition. Déjà ses conditions de vie se sont tellement dégradées qu’elle n’en peut plus. Pour éviter à leurs enfants de rester seuls à la maison, beaucoup de familles font les 2 x 12. Elle n’aspire qu’à la vengeance. Son nom : Trump.

    Le tour de force du livre est de reprendre, point à point, les critiques de l’élite. Ce qui paraît mal reflète, au contraire, des valeurs admirables. D’ailleurs, ce n’est pas une question de couleur, les noirs et les latinos « moyens » ont quasiment les mêmes valeurs que les blancs. Tous ces gens sont des « gens bien ».

    Quant à l’élite, elle devrait balayer devant sa porte car elle n’est pas exemplaire. En particulier, le « petit blanc » aide beaucoup plus sa femme que le « grand blanc », et, bien que pauvre, il donne une bien plus grosse partie de ses revenus à des organisations charitables. Surtout, et c’est là que tout se joue, l’élite a fait l’avenir à son image. Elle ne peut concevoir qu’un univers pour diplômé de grandes écoles. Erreur. Le progrès ne va pas remplacer l’homme, mais augmenter ses capacités.

    N’oublions pas le pauvre. Il est l’objet de la sollicitude de l’élite. Seulement, les programmes d’aide sont contre productifs. Au contraire, il faut aspirer le pauvre vers la classe moyenne.

    Si nous le voulons, le progrès nous apporte de « bons emplois » et c’est la solution à tous nos maux. Maintenant que l’on a la solution…

    (Article initial. Les grands thèmes du livre.)

    La violence de l'intellectuel

    Je lis USA de Dos Passos. Je suis surpris de la violence de l’intellectuel. Au début du vingtième siècle, l’intellectuel pensait qu’il fallait détruire la société. Son projet s’arrêtait là : je casse. Pas besoin de me préoccuper de la suite, ça ne peut qu’être bien. Ce qui est étonnant, aussi, est à quel point cette société est permissive. La réaction est quasi inexistante. Quel contraste avec La fin de l’homme rouge, où l’on voit le régime stalinien organiser des mises à mort industrielles de fidèles à qui il n’a rien à reprocher ! Je me suis demandé si cela ne venait pas de notre croyance en la liberté individuelle. Nous avons, quasiment, la liberté d’être des terroristes. Que nous ne nous soyons pas disloqués est un miracle. Une démocratie, cela paraît faible et ridicule, mais c’est extraordinairement résilient ?

    Pourquoi l’intellectuel est-il fou ? Ne serait-ce pas le vice d’une éducation qui pense que la raison est tout et qui coupe l’individu de la vie ? N’ayant aucune connaissance du monde, il ne peut envisager, en termes de changement, que la révolution et le chaos ?

    La dialectique de l'intellectuel

    Et si le changement se faisait par des mouvements « telluriques » ? Des couches de la population prennent la place d’autres couches. Dans la dialectique de Hegel, le changement se fait par succession d’opposés. Surtout, la caractéristique de la raison semble l’erreur. Cette erreur, un moment triomphante, porte en elle-même sa négation. Une explication de ce qui nous arrive ?

    L’ère des intellectuels
    Michel Winock a publié une histoire des intellectuels. C’est l’affaire Dreyfus qui en fait une force. Mais, à la fin des années 1990, ils ne semblent plus que l’ombre d’eux-mêmes. A ce moment est écrit Bobo in paradise. Notre société technique donne le pouvoir à l’éducation. L’intellectuel, sélectionné par le concours, remplace au sommet de l’Etat et de l’entreprise une classe de propriétaires formée pour exercer des responsabilités sociales (aux USA). L’intellectuel arrive au pouvoir armé de sa culture, celle de Flaubert, une culture « bohème » anti-bourgeoise. « Bobo » est donc une antinomie. Seulement, au lieu d’agir en Lénine, Staline ou Mao, il est Clinton ou Obama. Elite ultra riche, mais « contre culturelle », donc. Conséquences :

    • Le composant Bohème explique qu’il ait, comme Flaubert, un amour du « marginal » et la haine du « bourgeois », le gros de la population. Mais aussi qu’il vive dans une fantasmagorie, un monde « d’idées », au sens de Platon. D’où la croyance que c’est par la manipulation des idées que l’on change la société, ce que l’on appelle post modernisme, père des Fake news.
    • Le composant Bourgeois explique ce que reprochait au président Lula un de ses compagnons de route : l’abandon du combat pour l’éducation des peuples, au profit du matérialisme.

    Conformément à la prévision de Hegel, il y a retournement complet de ce qu’était l’intellectuel :

    • L’intellectuel, qui était un opposant, est devenu un dirigeant. Si bien qu’il s’oppose maintenant à ceux qu’il dirige, en les considérant comme des exploiteurs ! 
    • L’intellectuel, fruit de la 3ème République et des Lumières, s’est aligné sur l’Ancien régime (Cf. Une politique de la langue). 
    • Le combattant de la vérité de l’affaire Dreyfus est devenu postmoderne. 

    Et maintenant, M.Hegel, que va-t-il arriver ?

    Eric Zemmour

    Je ne sais pas qui est Eric Zemmour. Je suis coupé de tout. (Honte ?) Comment ce nom est-il venu aux oreilles de quelqu’un comme moi ?

    Mon canal d’information est intellectuel, autrement dit de gauche. Et je vois revenir sans arrêt le nom « Eric Zemmour ». Sans lire ce qui en est dit, j’ai fini par soupçonner que c’était une sorte d’Alain Finkielkraut, qui n’aurait pas enseigné à polytechnique.

    Pourquoi une telle publicité ? Parce ce que nos intellectuels et nos médias rêvent de combattre le « mal » ? Alors, ils le créent ?

    L'intellectuel prêche dans le désert

    En termes de stratégie de communication politique, il est d’usage de parler de Gramsci. J’entendais encore France Culture débattre du sujet il y a peu. Sa théorie est que le changement politique se fait par manipulation des esprits.

    On a donc cru mener le monde par la manipulation de la raison. Or, ce que l’on observe aujourd’hui, c’est que plus personne ne croit à ce que dit l’homme de raison. L’intellectuel, en particulier, n’a plus aucune crédibilité.

    Période de vertige pour les « élites » ? Elles sont au pouvoir, et pourtant, elles n’ont aucun pouvoir sur les événements ? Le timonier a cassé son gouvernail ?

    Care

    « Care ». J’ai commencé à entendre ce mot il y a quelques années. Une façon de le définir est de parler d’empathie. Nous devons aider celui qui souffre. Une autre façon de le définir est de l’opposer au « développement personnel », qui affirme que l’individu peut se tirer de tout. Et qu’il ne sera homme, libre, que s’il n’attend rien de personne. (Message des films de Clint Eastwood.) L’un est de gauche, l’autre de droite.

    J’ai repensé à cette doctrine en regardant des photos de famille. Je ne suis pas loin de voir la vie de mes parents comme une illustration de la misère des classes moyennes. Je suis triste pour eux.

    Et pourtant, en y réfléchissant, j’ai compris que j’avais tort. Ils ont eu un rêve, et ils l’on réalisé. C’est, au fond, ce que voulait me dire ma mère, juste avant sa mort, lorsqu’elle m’a donné un livre de photos (ce qui m’avait dévasté). Regarde, j’ai réussi ma vie. Et la tienne.

    Il n’y a rien de plus dangereux que l’idéologie. Surtout quand elle est bien pensante.

    Sauf vot'respect M.Mélenchon

    M.Mélenchon a-t-il manqué de respect à ceux qui venaient perquisitionner chez lui ? Le tribun du peuple ne respecte-t-il pas le peuple ?

    Il ne serait pas le seul dans ce cas. Le champion de la veuve et de l’orphelin, ou plutôt du « marginal », est un intellectuel, qui n’a aucune idée de la réalité. Lorsqu’il rencontre celui qu’il dit défendre, il ne le reconnaît pas. Comme ces écologistes qui se battent pour les animaux sauvages, sans comprendre qu’ils sont dangereux.