Arnaud Montebourg vend l'Insead

A peine sorti de l’Insead, où il a étudié 4 semaines, Arnaud Montebourg cumule les emplois. Dans le dernier, il doit multiplier par 10 le chiffre d’affaires de la SSII d’un ministre tunisien.
Son objectif est d’aider à multiplier les ventes par dix en sept ans
Créée en 2002, Talan a connu un développement canon. Aujourd’hui, la société emploie 1000 consultants pour un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions d’euros. Surtout, elle vise un chiffre d’affaires à 1 milliards d’euros en 2022. (Huffington Post)
 Et ce en étant présent à quelques réunions chaque année.
Avant, j’ai été ministre du redressement productif pendant plusieurs années, sans résultat, après quatre semaines à l’Insead, je décuple le chiffre d’affaires d’une entreprise. Quelle publicité pour l’Insead. J’ai entendu dire que l’Insead lui avait offert une bourse d’études. C’était de l’argent bien placé.

(PS. La SSII a aussi recruté Michel Combes, le PDG d’Alcatel qui a récemment vendu son entreprise à Nokia.)

Pourquoi The Economist n'aime pas l'Insead?

J’ai l’impression que The Economist n’a jamais beaucoup aimé l’Insead. C’est étrange, car l’Insead a été un des plus fervents défenseurs de la globalisation. Il a même été un pionnier de la délocalisation. Et son doyen réside désormais à Singapour. Récemment, je me suis demandé s’il n’y avait pas un parallèle à tirer avec l’histoire de Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy aurait dû être le meilleur ami de The Economist : n’était-il pas un combattant de la liberté, qui avait fait tomber le Mur de Berlin, et était allé jusqu’à vouloir mettre la princesse de Clèves et la culture française à la benne ? Mais ça n’a pas été le cas.

Et si The Economist voyait l’Insead et M.Sarkozy comme des caricatures de son idéal ? A l’image de ce que pense une démocratie du dirigeant d’une république bananière ? (C’est une mauvaise publicité ? M.Berlusconi en est un autre exemple ?)

La mondialisation sera-t-elle celle des affaires ?

J’ai publié un billet sur la stratégie de l’Insead qui suscite les commentaires du groupe linkedin des anciens de cette école. L’un est particulièrement inattendu. Il provient d’un des pionniers du campus de Singapour, par ailleurs spécialiste diplômé de conduite du changement. Il explique, en substance, que l’Insead ne pouvait pas s’étendre à Fontainebleau parce qu’il est interdit d’y couper des arbres, et qu’écrire un blog en français est idiot.

Voici ce qu’entend l’Insead par « business school for the world » ? Une culture mondiale unique, celle des affaires ? J’ai bien peur que ce ne soit pas comme cela que la comprennent les Chinois, entre autres. La mondialisation de demain risque d’être une mondialisation de nations et de cultures. L’Insead victime d’une mode de management ?

Peut-on sauver l'Insead?

L’Insead a l’air mal parti. Peut-il être tiré de la médiocrité galopante?

Je crois qu’il souffre du même problème que Wikipedia. Il a subi un détournement. Ceux à qui on avait confié ses commandes en ont pris le contrôle. Et ces deux organismes ont la particularité d’être remarquablement isolés des influences extérieures.

A une époque, on parlait beaucoup « d’organisations apprenantes ». Je soupçonne que c’est un oxymore. Les organisations doivent apprendre ou périr. C’est peut-être d’ailleurs la qualité première de l’entrepreneur. Il a une capacité exceptionnelle à transformer le revers en leçon. Eh bien, je soupçonne que ce qui manque à Wikipedia et à l’Insead, c’est justement cette capacité. Curieusement, ce sont deux organismes qui sont supposés dispenser le savoir. Peut-être ont-ils cru qu’ils savaient? Peu d’espoir de salut, en tout cas.

Insead, proie et ombre

Débat sur une plate-forme d’échange de l’Insead (à laquelle je n’ai plus accès suite à une évolution technique à la Obamacare) : le doyen de l’Insead va-t-il quitter la France ? L’histoire de l’Insead mérite un billet. 

A note for English speakers.
As Insead new dean elects to stay in Singapour, this post looks at a paradox. Insead has been founded as the MBA for Europeans. An extraordinary success has ensued. Recently it has chosen to be “the business school for the world”. Since then it has been taken over by European schools that have stuck to their roots. Insead’s future is worrying. It has left a large and rich market for a non existent one. This post makes an assumption. Insead’s problem comes from its professors. Insead has tried to recruit US academics. For obvious reasons it could only get second tier people. (To know Ben Bernanke is the current dean’s apparent main feat of arm…). While Insead should have made its teaching staff in its image, the opposite has happened.  

L’INStitut Européen d’ADministration des affaires fut une innovation. C’était une adaptation du concept de MBA à l’Europe. En fait, c’était une sorte d’executive MBA. Autrement dit un MBA court pour cadre ayant déjà une grosse expérience. En effet, en France et en Allemagne, le cadre est généralement Bac + 5, voire plus (docteurs allemands, corps de polytechnique…), alors qu’il est Bac + 3 aux USA. Succès remarquable. L’Insead a longtemps été LE MBA européen. On y venait, j’ai eu cette impression, lorsque l’on était intéressé par l’Europe. Par exemple certains élèves Japonais avaient préféré l’Insead à Harvard parce qu’ils comptaient mener une carrière en Europe (ou, du moins, leur employeur avait formulé ce projet pour eux).

Puis, changement. L’Insead devient « the business school for the world ». Que cela signifiait-il ? Que l’Europe était finie ? Que l’avenir était à la globalisation et à l’Asie ? Ce faisant n’a-t-il pas lâché la proie pour l’ombre ? N’a-t-il pas délaissé un marché, peut-être ringard, mais qui lui était acquis, pour un autre, pour lequel la pâle copie de Harvard qu’il est n’a aucun intérêt, et qui d’ailleurs tend à ne prendre de la globalisation que ce qui l’intéresse ? L’Insead a lâché l’Europe pour Singapour ? Ne s’est-il pas fait voler sa place par des écoles qui n’ont pas eu son complexe de supériorité, et qui se sont adaptées sans renier leurs racines, comme HEC, l’ESSEC, l’IMD, l’IESE ?

Simple erreur stratégique ? Ce qui nous frappait, mes camarades et moi, lorsque nous étudions à l’Insead était le décalage entre le niveau des élèves et celui des enseignants. Les premiers étaient issus des universités d’élite, les seconds étaient, dans le monde des MBA, de division d’honneur. Et si le vice de fabrique de l’Insead avait été son incapacité à construire un corps professoral qui corresponde à son positionnement ? Et si c’était ce corps professoral qui avait mené le changement, en cherchant un terrain sur lequel ses caractéristiques aient été un avantage, alors que c’était lui qui aurait du se réformer ?…

Angleterre, Europe, Jihadisme…

Quoi de neuf dans The Economist ?
En dehors des règlements de compte de Barack Obama, dont je parle ailleurs, on y voit David Cameron annoncer un referendum à son peuple sur l’appartenance de son pays à l’Europe. C’est pour 2017. Entre temps, il se fait fort d’obtenir des concessions des autres Européens. Apparemment, il aurait tort de se priver, l’Allemagne et la France n’auraient rien à lui refuser. L’Angleterre subit un curieux phénomène. On y travaille de plus en plus, mais on y produit de moins en moins. Parce que le système bancaire ne laisse pas faire les faillites, et n’a donc pas de cash pour les secteurs qui se développent ? Préoccupant ? Serait-ce pour cela que son gouvernement parle autant d’Europe, alors qu’elle ne préoccuperait pas outre mesure les indigènes ?
On parle aussi du jihadisme en Afrique. Il aurait « saisi des doléances légitimes nourries par la pauvreté, la discrimination, et la mauvaise gestion de gouvernements corrompus ». Qu’arriverait-il s’il parvenait à « contrôler les ressources d’un pays entier » ? Un message en direction des USA, qui ne veulent plus entendre parler d’autre part que chez eux ?
Partout, le monde semble partir à gauche. En Israël, d’abord. Mais peut-être aussi en Allemagne. Les prochaines élections pourraient poser plus de difficultés à la chancelière que prévu. Ce qui devrait lui rendre difficile la réforme de l’Europe. Toujours est-il que le système bancaire européen va subir un contrôle allemand. Ce ne serait pas une bonne idée. Les bulles sont locales, et demandent une gestion locale. Quant aux 50 ans franco-allemands ? Vieux couple.
Sinon ? The Economist pense (comme ce blog), que l’avenir d’Apple est derrière lui. Il est maintenant incapable de bouleverser de nouveaux marchés. Dans un univers devenu concurrentiel, il ne fait pas le poids face à Samsung. Il en serait de même du « leader global » que veut former l’Insead. Donner ce titre à une personne lui tournerait la tête. « Si le leadership a une sauce secrète, c’est peut-être l’humilité. Un patron humble comprend qu’il y a des choses qu’il ne connaît pas. Il n’écoute pas seulement les autres grands pontes de Davos, mais aussi le type de gens qui n’est pas invité, ses clients, par exemple. » Décidément le monde bascule à gauche… (Et The Economist rejoint curieusement ce qu’un de mes commentaires disait de polytechnique.)
On a trouvé le moyen de stocker de l’information dans l’ADN. Toute l’information du monde tiendrait dans un camion. Mais le procédé est coûteux, et ne permet pas une lecture / écriture rapide. Approprié pour le stockage à long terme. 

Le meilleur dirigeant du monde

L’Insead classe les dirigeants mondiaux selon leur performance au long cours. En tête : Steve Jobs. Dans les Français bien classés : Philippe Varin (maintenant dirigeant de PSA).

 C’est étrange. Philippe Varin n’inspire pas, actuellement, une admiration illimitée. Et lorsque j’étais à l’Insead, Steve Jobs était vu comme un raté. On donnait d’ailleurs en exemple son successeur (maintenant oublié). Cette étude est-elle bien scientifique ? Ne masque-t-elle pas une hypothèse qui pourrait être fausse ? à savoir que le dirigeant est seul responsable de la performance de son entreprise ? Qu’il est tout, et que nous, et le reste de l’univers, ne sommes rien ?

Projet de société

Présidentielle : quel est le programme des candidats du PS ? (Hollande, Aubry, Montebourg, Royal, Baylet, Valls… Débat télévisé des Primaires socialistes : les programmes des candidats PS passés au crible)

Pendant longtemps ce blog a reproché au PS de tabler sur le mécontentement que ne pouvait que susciter N.Sarkozy. Conséquence inattendue des primaires, ce n’est plus le cas. Ses leaders pensent. C’est honnête, un peu austère, très marqué par l’économie. Mais, j’ai du mal à y voir un « yes we can » ou une « big society », une ligne directrice forte. Exemples :
  • Martine Aubry semble en vouloir aux niches fiscales. Dans ce cas, pourquoi ne dit-elle pas que N.Sarkozy a creusé la tombe de la France avec ses mesures ? Ça serait violent, mais frappant.
  • François Hollande parle d’un curieux contrat intergénérationnel, ou d’embaucher des enseignants… Que cherche-t-il à faire ? Reconstruire une société solidaire, après 4 décennies, au moins, d’un individualisme incontrôlé ? Si c’est le cas pourquoi ne pas proposer un reengineering social ?
Différence culturelle entre la France et les USA ? Lorsque j’étais à l’Insead j’ai été frappé par la façon dont les étrangers organisaient des réjouissances : ils levaient des fonds et louaient une aile de Versailles. Le réflexe du Français était de cuisiner ses plats lui-même. En France, on bricole de petites idées disparates, aux USA on se donne les moyens, et le temps, de les formuler dans un projet de société ? Professionnalisme vs. amateurisme ? 

Nokia cassé

Mon téléphone Nokia a des spasmes. Il s’interrompt au milieu d’une conversation, et vide sa batterie à grande vitesse. Pourtant, il n’a que deux ans. Je trouvais déjà son ergonomie peu amicale. Nokia ne saurait-il plus fabriquer de téléphones ? Serait-ce de là que viennent ses malheurs ?
Et dire que, lorsque j’étais à l’Insead, Nokia était une société qu’il était recommandé d’admirer, car s’étant miraculeusement transformée à plusieurs reprises dans sa vie. (On admirait aussi les Japonais, par contre Apple était condamné par le corps professoral.)

Entreprise virtuelle

Nathalie Ravidat, de l’Université Descartes, a analysé le concept d’entreprise virtuelle, tel qu’il est défini par les universitaires. Elle a beau le retourner dans tous les sens, elle ne voit pas comment il peut fonctionner. D’ailleurs, tout ce qu’elle trouve d’un peu virtuel est tiré / a été conçu par un « leader », ce qui n’est pas prévu par le concept.
En l’écoutant, j’ai pensé aux cours que j’avais eus à l’Insead, qui me disaient que l’avenir était à « l’adhocratie », que la grande entreprise traditionnelle était condamnée. Et je me suis demandé si tout cela n’avait pas pour origine l’idéologie libérale.
Pendant des décennies les chercheurs ont essayé de prévoir l’avenir et de nous montrer qu’il n’appartenait pas à la grande entreprise bureaucratique mais au marché (à une nuée d’individus coordonnés par la main invisible du marché) ?
Compléments :