Destruction créatrice

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de « destruction créatrice » ? S’est-on demandé dans le débat organisé par le Commissariat au plan. C’est fou ce que l’on en a entendu parler ces dernières décennies. A chaque fois que l’on se débarrassait d’un secteur économique, c’était pour faire la place à l’innovation, qui ne pouvait qu’être révolutionnaire.

Or, il se trouve que les interpreneurs voient la création à l’oeuvre ! Et, effectivement, elle correspond à une destruction, donc à une reconstruction.

Alors, pourquoi sommes-nous seuls à nous en rendre compte ? Une hypothèse :

Cette innovation provient de l’intérieur du pays, de l’entreprise traditionnelle. Or, le gouvernement l’a cherchée à l’étranger, il a pensé qu’il fallait copier ce qui se faisait ailleurs. En conséquence il a « désaménagé » le territoire, il l’a vidé de ses moyens. Et il semble bien le percevoir toujours comme un boulet.

Eviter de mentir

Comment éviter à l’homme politique la tentation du mensonge ? Le sociologue Robert Merton a une théorie à ce sujet. Il dit que la société nous donne des objectifs à atteindre, et des moyens « légaux » pour ce faire. Celui qui atteint ces objectif, sans employer lesdits moyens, « innove ». Le criminel est un innovateur. Et les USA sont un pays où l’innovation est une valeur culturelle.

Donald Trump illustre cette idée. Il a voulu réussir, donc devenir extrêmement riche, et il ment en permanence sur sa fortune, et il a employé tous les moyens (illégaux) possibles pour s’enrichir.

Donc, si la société désire moins de mensonges, qu’elle réfléchisse aux objectifs qu’elle nous fixe, et qu’elle nous donne de meilleurs moyens de les atteindre ?

Innovation sociale

La cathédrale fut l’équivalent des grandes inventions qui transforment les sociétés.

Ce fut un extraordinaire progrès, sur de multiples fronts, architecture, vitraux, charpente, etc. Le résultat devait avoir un effet extraordinaire – imaginez ces immenses édifices plein de richesses et de lumière, au milieu d’un chaos de petites habitations sombres (ce que l’on aperçoit encore à Reims, où la cathédrale domine la ville) ! Le paradis sur terre ?

Ce fut aussi une colossale activité économique, qui employait une grosse partie de la population. Pour en donner l’échelle : églises et cathédrales avaient, par définition, la capacité d’abriter les habitants du pays !

Ce fut, enfin, un extraordinaire moyen de redistribution des richesses.

Exemple d’innovation sociale ?

(Les oeuvriers des cathédrales – et pas les ouvriers !)

Nouveau monde

De Gaulle semble avoir pensé que les nations ont des personnalités. C’était peut-être une idée de son temps. Un temps de Kultur. Mais c’est aussi une idée d’anthropologue et de Montesquieu.

A ce sujet, redécouvre-t-on le véritable visage des USA ? peut-on s’interroger. Un visage qu’aurait fait oublier Roosevelt et un après guerre de science et de progrès.

Jusqu’à Roosevelt, les USA furent le pays de la spéculation et de la crise économique terrifiante. Ils se caractérisent aussi par un puritanisme oscillant. Soit l’Américain veut convertir le monde à la vraie foi, soit il veut s’en isoler pour ne pas être corrompu.

Paradoxalement, les USA et la Chine sont des Etats laïques, issus du Marxisme, fils de la raison des Lumières. Les USA sont une théocratie. Ils craignent l’athée, et aiment les fondamentalismes.

Leur force est probablement leur hypocrisie, ce que les Indiens appelaient « langue fourchue », et ce que Robert Merton nommait « innovation ». S’ils s’en prennent aujourd’hui à leurs amis, s’ils renient la ligne qu’ils ont suivie depuis la guerre, c’est une innovation : c’est un moyen efficace d’obtenir un petit gain. Ailleurs, ils appellent la mort « maladie », car la maladie est bonne pour le business.

Comme dans la fable du scorpion et de la grenouille, il ne faut pas leur en vouloir : c’est dans leur nature. En revanche, il faut s’en méfier.

Cela pourrait-il causer leur perte ? Ils ont relancé l’Islamisme, fourni des armes à l’Iran, prôné la croissance par les services et sous-traité leur production à la Chine, etc. Leurs coups tordus finissent toujours par nous retomber sur le nez. Peut-être faudrait il réorienter un peu mieux les effets de leurs innovations ? Façon « containment » ?

Politique chinoise

L’autre jour une émission de la BBC disait que les gouvernements européens « had been sleeping at the wheel ». Effectivement, ils n’ont rien compris aux changements du monde. Ils n’ont même rien compris aux conséquences des politiques dont ils se faisaient les champions.

Je découvre que les Chinois ont mené une impeccable politique industrielle, dont je ne soupçonnais pas la complexité. Ils sont non seulement parvenus à dominer toute la chaîne de la valeur de « l’énergie propre », de la voiture électrique à la mine, en passant par les batteries, les éoliennes et les panneaux solaires, mais surtout ils ont acquis une avance technique qui semble massive aussi bien, par exemple, dans les techniques de traitement des terres rares que dans celles de fabrication des batteries.

Pourquoi les constructeurs automobiles occidentaux ne se sont-ils pas adaptés ? me demandait-on. N’auraient-ils pas été victimes d’un phénomène dont parlent les livres de management : sans pression externe, l’entreprise n’innove pas ? Plus exactement elle tend à la concentration pour tuer la concurrence, dormir tranquillement et payer grassement l’actionnaire ? Les entreprises occidentales n’ont-elles pas eu pour toute politique la « domination par les coûts », à l’image de Stellantis ?

Le libéralisme, la déréglementation, l’économie de marché… n’auraient-ils pas les vertus que l’on nous a serinées ?

Et l’avenir ? Peut-on rattraper l’avance chinoise ? Ne faudrait-il pas plutôt s’intéresser à la prochaine révolution ?

Esprit d’entreprise

Les universitaires du management disent généralement que, sans stimulation extérieure, l’entreprise tend à stagner. Voilà qui n’est pas le discours que l’on entend aujourd’hui.

C’est vrai que l’on parle des vertus de la concurrence. Seulement, elle disparaît bien vite : le monopole semble le destin naturel de l’économie de marché. Car la loi du marché, c’est l’investisseur, et sa loi, à lui, c’est le profit à court terme ?

Ce qui fait que, nouveau paradoxe, les grandes ères de développement économique ont été des périodes de planification étatique. Elle a imposé la modernisation de l’entreprise, souvent par nationalisation ! USA et Europe d’après guerre, Japon et Chine modernes, par exemple. La Start up nation française est obtenue à coups de fonds publics, de même que le « new space » américain.

Sur diagnostic

« Sur traduction » disaient les enseignants de mon enfance. De même, il semblerait qu’il y ait des « sur diagnostics ». Le médecin fait de plus en plus de diagnostics et cela bousille un nombre considérable de vies. La médecine est mauvaise pour la santé. (The age of diagnosis, BBC.)

Toute innovation tend à avoir des effets imprévus qui en éliminent souvent les effets bénéfiques.

Science sans conscience ? Cela tient peut-être à ce que notre société aime l’individualisme et pousse l’individu à n’en faire qu’à sa tête. Avec Trump, Vance, Musk nous en avons la démonstration ?

Start-up et innovation

Dans son excellent livre, que j’ai commenté ici, Hervé Kabla fait une profonde remarque : pour réussir, l’entreprise ne doit pas être innovante ! La raison est évidente : amener un « marché » à « acheter » une innovation coûte très cher et demande beaucoup de temps.

Voilà qui n’est pas ce que l’on nous a raconté ! On nous a parlé « d’open innovation » : désormais ce ne sont plus les grandes entreprises qui innovent mais les start-up…

Quelques remarques :

  • Le rôle du capital-risque est devenu dominant. Mais que savent des spéculateurs des besoins réels du marché ? Si vous êtes un prix Nobel ou un cadre supérieur de Tesla ou d’Open AI, vous pourrez aisément trouver de l’argent pour votre dernière lubie…
  • Importance du « business developer » digne de ce nom : capable de vous aider à trouver rapidement le bon créneau, et de convaincre quelques clients.
  • Importance d’évoluer dans le bon « milieu » : pour chaque sujet, les compétences sont concentrées à des endroits bien particuliers : on y trouve les clients qui savent comprendre l’intérêt d’une innovation, et les concurrents qui définissent l’état de l’art à dépasser (cf. le milieu de la mode parisien d’il y a quelques décennies).

Hacking growth

Un temps « hacking growth » était à la mode. Les créateurs étaient appelés « hackers ». Je ne sais pas trop ce que cela signifie. On parlait de « pirates » à l’époque. Mais, j’ai l’impression que « hacking » veut plutôt dire tailler en pièces.

La théorie d’alors était que c’était en attaquant la loi et la convention que l’on pouvait innover. C’est probablement proche d’une idée récurrente des textes de management : l’attaque d’une « bureaucratie » à la « tronçonneuse ».

C’est la technique qu’utilisent MM.Trump et Musk, avec leur administration et avec le monde.

(Elle nie la complexité du monde et n’a jamais donné quoi que ce soit, sinon, souvent, la destruction de l’objet attaqué. Mais l’Américain n’a aucune mémoire.)

Le concept a été poussé jusqu’au « life hacking« , qui consiste à se brutaliser pour se forcer à être vraiment efficace !

Copyright

Nous sommes en retard ! Nous sommes en retard en intelligence artificielle, notre industrie a une guerre de retard ! Il faut rattraper les Chinois, les Indiens, les Américains. Voilà ce que l’on dit au plus haut niveau de l’Etat. Là où se trouve l’élite intellectuelle.

Mais le plus haut niveau de l’Etat a-t-il réfléchi un instant ? Car est-ce que les Chinois, les Indiens et les Américains sont heureux ?

Certes les Chinois et les Indiens nous ont écrabouillés en nous achetant la corde pour nous pendre. Mais qu’ont-ils gagné ? Demain ce sera eux qui fabriqueront des avions et des voitures, mais nous n’auront pas les moyens de les acheter, car nous n’aurons plus d’économie. Mort, où est ta victoire ?

Et si, au lieu de regarder chez les autres, qui feront toujours ce que nous ne savons pas faire, nous regardions chez nous et fassions ce qu’ils ne savent pas faire ? Peut-être aurions-nous quelque-chose à échanger ?