Pour une réforme de la médecine

J’assimile la médecine à de la conduite du changement. Or, les techniques médicales sont du type « passage en force » (destruction par des moyens violents – chimiothérapie – qui laissent le patient chancelant, s’il survit) donc, les moins efficaces. Don’t Talk, Reproduce annonce une nouvelle ère de subtilité médicale.

Quand elles atteignent un certain nombre, non seulement les bactéries se mettent à produire des protéines toxiques, mais elles créent un biofilm qui les protège des antibiotiques. Pour cela elles doivent communiquer entre elles. Seulement, certaines profitent de la protection du groupe, mais ne participent pas à la communication. L’énergie qu’elles économisent ainsi leur sert à se reproduire plus vite que leurs consœurs. Il suffit de favoriser cette population pour que se dissolve la solidarité sociale.

La médecine réinvente « diviser pour régner », fondement du libre échange. Je pronostique donc qu’elle va maintenant penser aux techniques d’influences individuelle et sociale, qu’étudie la recherche en management. Elle apprend à l’individu à se servir des règles qui guident un groupe pour en obtenir ce qu’il veut. C’est élégant, mais ça demeure du passage en force.

Que conseillerait la version médicale des techniques que j’emploie ? 1) Comprenons ce qui pousse les bactéries et 2) demandons-nous si cela ne pourrait pas nous être utile. Du coup, une épidémie serait une innovation du vivant qui ferait progresser l’espèce humaine.

Compléments :

Capitalisme et confiance

Nouvelle série d’articles sur Bernard Madoff. Parmi les bizarreries relevées par les observateurs : manque de contrôle par l’organisme de réglementation des marchés financiers américains (la SEC), et légèreté. (Peu de gens se sont émus que le fonds de M.Madoff soit contrôlé par un cabinet d’audit de 3 employés, dont un de 78 ans, habitant la Floride, et une secrétaire…)

Dans BNP escroquée par Madoff, j’ai parlé de deux techniques d’influence. Il semblerait qu’une troisième s’y soit ajoutée : la « rareté ». La rareté fait perdre tout sens commun à l’homme. (C’est ainsi que les enchères nous rendent fous : plus qu’un jour, stock limité…)

HSBC lent $ 1bn to a handful of feeder funds, while BNP lent €350m and NomuraY27.5bn ($307m).
The banks earned hefty fees from their lending, leading to an increase in the size of the teams running fund derivative businesses over the past few years.
John Godden, head of IGS, the consultancy, said: “it became increasingly competitive and, every time a bit of capacity became available in the Madoff feeders, the banks had to lap it up and move quickly. So they don’t go and do the due diligence.”

Cependant, comme je le soupçonnais, la confiance a perdu beaucoup de monde :

“There were so many people who trusted someone”, (Simon Ruddick) said, describing a willingness to rely on other trusted investors as “passive due diligence”.

L’affaire Madoff, et, plus généralement, la crise actuelle, montrent que le système capitaliste a été infiltré par des parasites qui ont profité de la confiance qu’on leur faisait pour le dynamiter. Richard Foster (McKinsey explique la crise) fait du capitalisme un jeu de gendarme et de voleur entre régulateur et entrepreneur. Pourtant, ça ne semble pas avoir été toujours le cas : la devise de la bourse de Londres est My word is my bond (je n’ai qu’une parole). Et Max Weber disait que le capitalisme s’est bâti sur la morale protestante, et, qu’aux USA, à la fin du 19ème siècle, l’appartenance à une communauté religieuse était la preuve de sa solvabilité (la communauté payant les dettes de ses membres).

La morale américaine a subi une mutation : le capitalisme peut-il lui survivre ?

Compléments :

La démocratie comme idéologie

Le blog pro-Obama de Matthew Yglesias se réjouissait il y a peu du soutien immédiat de Barak Obama à la démocratie pakistanaise.

  • Le Pakistan a un président, notoirement corrompu, qui a passé 8 ans en prison. Il n’est là que parce qu’il était marié à une famille qui domine la vie politique nationale depuis des décennies et a gagné les dernières élections. Ses premières mesures semblent montrer que l’intérêt du pays (nucléaire et proche de l’anarchie) ne pèse pas lourd dans ses considérations. Et, bizarrement, il n’a renoncé à aucun des pouvoirs de son anti-démocratique prédécesseur, Pervez Musharraf.
  • Pour le psychologue Robert Cialdini la caractéristique de l’homme est d’économiser son cerveau. Il réfléchit le moins possible. Il décide par court-circuit. La démocratie c’est bien. La dictature, c’est mal. Ce faisant, il devient prévisible et manipulable (Robert Cialdini étudie « l’influence »). Monsieur Obama, vous qui êtes supérieurement intelligent, n’oubliez pas de penser !
Compléments :
  • Mes informations viennent des 3 articles que The Economist du 13-18 septembre consacre au Pakistan.
  • CIALDINI, Robert B., Influence: Science and Practice, Allyn and Bacon, 4ème édition, 2000.
  • Les dangers que font courir à la démocratie ses admirateurs béats : La démocratie est en péril.