Care

« Take care ». La première fois que j’ai entendu cette expression, en Angleterre, il y a plus de quarante ans, elle m’a surpris. Mais j’ai cru comprendre que c’était le plus haut témoignage de sympathie.

J’ai aussi été surpris de voir l’expression reprise récemment. Le mouvement du « care », en français dans le texte. (Et « Obamacare ».)

En écrivant mon billet sur « l’âge de la terreur », et en écoutant parler des dommages imprévus de notre politique de prévention, qui diagnostique de plus en plus d’autisme ou de risques génétiques, ce faisant détruisant la vie de gens qui auraient été heureux en d’autre temps, je me suis demandé si, une fois de plus, l’intention n’avait pas donné son opposé. L’ange fait la bête.

Leçon ? Quand la mode est au bon sentiment, attendons-nous au pire ?

Platon

On ne le dit pas, mais Platon avait un talent fou. Il est surprenant à quel point ses dialogues sont vivants. (Talent du traducteur ?) Je suis un contemporain de Socrate, et j’ai envie de l’assassiner.

Platon illustre le propre de la philosophie : elle pose des questions fondamentales. Mais au lieu de s’y arrêter, elle prétend qu’elles ont des solutions. Et ces solutions sont totalitaires, par définition même du terme. Elles dénient à l’homme le droit de penser.

Quels sont les sujets de Gorgias ?

La politique, pour commencer. Il est dit que le peuple est mauvais par nature et que l’homme politique ne cherche qu’à le séduire. Voilà le fameux « populisme » dont on nous rebat les oreilles. Comme l’écrit aussi Aristote, le peuple doit être éduqué. Mais, le peuple, c’est nous !

Lorsque l’on considère la politique de nos gouvernements, depuis un demi siècle, on ne peut que constater que tout en se lamentant de l’arriération du peuple, ils font tout pour l’encourager dans ce sens. Ils lui donnent ce qu’il ne demande même pas ! Le peuple comme mal, une prédiction auto réalisatrice ? Et si, au contraire, ils cherchaient à comprendre le peuple ? A mener ce que Kurt Lewin nommait un « changement planifié » ?

La rhétorique ensuite. Platon en fait une flatterie des plus bas instincts (ceux du peuple !). Mais l’observation commune montre que nous ne savons pas parler. Socrate en donne l’exemple : il roule ses interlocuteurs dans la farine. Il ne cherche pas à comprendre ce qu’ils avaient du mal à exprimer. Il les ridiculise. Or, il arrive que nous ayons des idées justes. D’ailleurs, c’est peut-être toujours le cas. La rhétorique est la technique qui permet de s’exprimer, au sens premier du terme, de parvenir à formuler ses sentiments, par nature inconscients, impalpables. Mais aussi d’éviter de tomber dans les pièges des manipulateurs. Et il faut peut-être plus d’une vie pour cela.

(Remarque. Mon dictionnaire d’ordinateur oppose totalitarisme à démocratie. Je l’entends au sens du CNRTL : « Qui rend ou tente de rendre compte de la totalité des éléments d’un phénomène, qui englobe ou tente d’englober la totalité des éléments d’un ensemble. »)

Supplice chinois

Si Trump n’existait pas, il faudrait l’inventer ? Sans lui le monde est terne.

Christine Ockrent lui consacrait, samedi, une nouvelle émission. Elle s’interrogeait sur la situation en Asie.

Je retiens que la Chine ne va peut être pas bien économiquement, mais qu’elle flairerait une occasion. Sa stratégie jouerait sur la psychologie de ses adversaires, plus que sur la force. Elle cherche à faire craquer les nerfs de Taiwan, et soupçonne que Trump pourrait être amené à lâcher l’île.

Ce blog a beaucoup étudié « l’influence », la manipulation des esprits. Ce fut longtemps l’apanage de la « soft power » américaine. Les régimes dirigistes vont-ils lui rendre la monnaie de sa pièce ? En tous cas, en ce qui nous concerne, nous Européens, rien ne change ?

Réseau pour adulte

L’Angleterre parle de protéger l’enfant des effets néfastes du réseau social. (Online Safety Act.)

Le réseau social ou la tentation du capitalisme ? Faire des affaires en exploitant les faiblesses de l’homme ?

Les travaux portant sur l’escroquerie montrent que l’escroc (avec une forme d’honnêteté) tire parti de nos failles inconscientes. Il semble en effet que notre action soit influencée par ce que Descartes, peut-être, appelait des « passions », ou ce que la science moderne nomme des « biais ». Dans mon cas, il s’agit notamment d’une forme de paresse intellectuelle, qui m’empêche de critiquer une démonstration bien construite ou un désir pathologique de ne pas contredire mon interlocuteur.

Il est possible de prendre conscience de ses défauts, peut-être de les corriger. Peut-on aller jusqu’à ne plus être manipulable ? En tous cas ce travail paraît douloureux à certaines personnes. Fameuse dissonance cognitive : plutôt que de reconnaître ce qu’ils croient faussement un tort, ils persévèrent dans l’erreur et, paradoxalement, cherchent à se venger sur quelque innocente victime.

Une observation personnelle. Loi de la nature ?

Esprit d’entreprise

Les universitaires du management disent généralement que, sans stimulation extérieure, l’entreprise tend à stagner. Voilà qui n’est pas le discours que l’on entend aujourd’hui.

C’est vrai que l’on parle des vertus de la concurrence. Seulement, elle disparaît bien vite : le monopole semble le destin naturel de l’économie de marché. Car la loi du marché, c’est l’investisseur, et sa loi, à lui, c’est le profit à court terme ?

Ce qui fait que, nouveau paradoxe, les grandes ères de développement économique ont été des périodes de planification étatique. Elle a imposé la modernisation de l’entreprise, souvent par nationalisation ! USA et Europe d’après guerre, Japon et Chine modernes, par exemple. La Start up nation française est obtenue à coups de fonds publics, de même que le « new space » américain.

Faux jumeaux

On entend beaucoup parler, depuis pas mal d’années, du « jumeau numérique ». Désormais il est possible de faire un double numérique de n’importe quoi.

En fait, me disait-on, c’est grossièrement faux. On ne sait pas reproduire le comportement de beaucoup de matériels. Même un logiciel existant pose des difficultés. Il peut être obsolète ou il peut faire l’objet d’un contrat qui en limite l’usage.

Faute d’avoir une panacée, on continue à faire comme on a toujours fait : un modèle du « problème à résoudre » au coup par coup, avec les moyens du bord (souvent « physiques »).

Nous vivons à l’ère du marketing et du mensonge. Mais personne n’en éprouve aucune honte. Consternant.

Bulle 5G

Ce blog n’a pas toujours tort. Il dît que la 5G était une bulle spéculative, et il semble bien que ce soit le cas.

Depuis que je suis entré dans la vie active, avec la « 5ème génération », « l’intelligence artificielle va changer le monde », je ne vois que mode de management après mode de management.

Ce qui est fascinant est la capacité de nos faiseurs d’opinion, de notre élite intellectuelle auto-proclamée, journalistes, hommes politiques, meilleurs diplômés de nos meilleures grandes écoles… à les avaler sans aucun esprit critique. Et à entrer en transe. Et à n’avoir aucune mémoire.

After astronomic levels of hype, the fifth generation of mobile networks has been a letdown. What happened? And will 6G be any better?

After astronomic levels of hype, the fifth generation of mobile networks has been a letdown. What happened? And will 6G be any better?

Business Insider (@businessinsider.com) 2025-03-14T20:44:24.328Z

Pizza d’Amazon 

Des beaux esprits nous expliquent à longueur de billets que M.Bezos dit que dès qu’une équipe a besoin de plus d’une pizza, elle est trop grande. Mais qu’attend notre administration pour appliquer ce principe ? (Je note qu’il me faut une pizza pour moi tout seul…)

Or, je lis que le mal d’Amazon est sa bureaucratie ! (Ce que confirme un ami qui en a démissionné il y a quelque temps, extrêmement frustré justement pour cette raison.)

Amazon is laying off dozens of people in its communications department, the latest culling of the corporate workforce amid executives’ efforts to cut costs and reduce bureaucracy

Bloomberg (@bloomberg.com) 2025-01-29T19:41:26.412Z

L’enseignement que j’en tire ne concerne pas Amazon. Il s’agit du phénomène « fausse nouvelle ». Il est beaucoup plus répandu qu’on ne le pense. Par manque de rigueur intellectuelle et d’esprit critique, nous sommes tous en danger d’en être coupables.  

Anti woke

La ligne de M.Trump est finalement simple, lis-je : c’est « anti woke ».

Tout ce qui, de près ou de loin, rappelle les idées de ce mouvement est révoqué systématiquement. Le mouvement woke est le fait d’un petit groupe de « gosses de riches ». Seulement, il paraît avoir mis l’ensemble des démocrates dans le même sac.

Un genre de nettoyage ethnique. Le plus curieux est, lorsque l’on se souvient de la « cancel culture » et de la capacité de ce mouvement à imposer ses idées à la société, que M.Trump ne rencontre apparemment aucune opposition, mais, plutôt, un grand soulagement.

Target becomes latest big US company to end diversity initiatives
Retailer’s decision comes days after Trump restricted similar programmes within the federal government

Financial Times, 24 janvier