Hyperinflation ?

Depuis quelques temps les milieux financiers américains ont peur de l’inflation. Conséquence du plan de relance, énorme, de M.Biden. Qu’en penser ? Idées en vrac.

  • Depuis encore plus longtemps, on entend que la « dette covid » va être effacée par l’inflation. M.Biden aurait-il cherché à faire d’une pierre deux coups ? Venant des apprentis-sorciers qui nous gouvernent, cela ne serait pas étonnant. Mais cela ne résoudrait rien : les Etats empruntent à taux négatif, si ces taux augmentaient cela, probablement, rendrait leur situation difficile. Et l’inflation est un fléau redoutable, qui a dévasté notre pays pendant des décennies. (Sans parler de l’inflation en Allemagne, avant guerre.) 
  • J’observe que nous avons déjà une hyper inflation. Mais elle ne porte pas sur les biens de grande consommation. Elle touche l’immobilier (sans que ses victimes, les gilets jaunes, le comprennent), et les actions, en particulier. 
  • On parle aussi d’impôts pour payer les surcoûts de l’épidémie. Ce qui serait pire que le mal : en affaiblissant marché et entreprises cela provoquerait une contraction de l’économie… donc moins de recettes ! 
  • La seule solution, dans la logique actuelle, semble la croissance. Taux négatifs et prélèvements normaux sur une économie en développement éliminent les dettes. Comment y parvenir ? Notre gouvernement de droit divin voit l’économie comme une boîte noire, son seul moyen d’action est d’injecter de l’argent. C’est inefficace, et, donc, ça ne fait qu’empirer le problème. Une meilleure solution serait de se retrousser les manches, de descendre de l’Olympe, et de créer les conditions qui permettent aux entreprises de s’adapter aux nouveaux marchés, simplement en les aidant à utiliser correctement ce qui existe déjà. 

Le retour de l'inflation ?

Je lisais les mémoires de Casanova, qui parlait d’un temps où il y avait des « quarantaines », lorsque l’on arrivait dans un port. Ce type de coût a été éliminé. A bon escient ? Les mesures de protection contre le virus ne risquent-elles pas de coûter cher ? Ne risque-t-il pas d’y avoir une inflation des biens de consommation courante ?

Curieusement, il est question de cette inflation masquée depuis longtemps. La théorie d’alors était que la société avait évolué, mais que les changements n’avaient pas été perçus par la grande majorité de la population, pour cause d’endettement (de la population et de l’Etat, qui subventionne, par exemple, le chômage).

Et s’il y avait eu un changement dont on n’avait pas perçu le coût, parce qu’il était masqué ? Coût qui tenait à ce que l’on prenait des risques de plus en plus grands, risques que l’on présentait comme « innovation » ?

Inflation différentielle

Nous sommes aux prises avec un curieux phénomène. L’inflation qui touche les biens de consommation courante est nulle. Mais les maisons, les biens de luxe, la valeur de certaines entreprises… subissent une inflation délirante. Et les banques échangent des masses d’argent qui ne servent qu’à être échangées.

Cet équilibre est-il stable ? Comment le réguler ?

Trump et changement

Changement = danger. Qu’est-ce qui peut changer avec Trump ? 
On l’a décrit en Hitler. Mais le danger du changement ne vient pas de sa politique extérieure, mais interne, économique. Car pour l’extérieur, contrairement à Mme Clinton, il compte poursuivre la politique de M.Obama. Et cette politique a été le grand changement de la précédente mandature. M.Obama a tenté de résoudre les problèmes du monde sans l’usage de la force. 
Ce qui pourrait, en revanche, avoir un gros impact sur nos vies est économique. Les banques centrales impriment de l’argent. Vont-elles arrêter ? Le programme de M.Trump n’en parle pas. Il semble être ce qu’il a dit, et ce qu’il est : utiliser la force de l’Amérique pour en faire profiter ses intérêts. Ceux de tout le monde sauf des multinationales et de « l’élite globalisée ». Ce que lui demande la « rust belt », hier démocrate, ce n’est pas de lutter contre l’immigration, mais contre les délocalisations. C’est faire fabriquer l’iPhone ou les Ford aux USA. Il ne s’agit pas de donner de l’emploi mais d’améliorer sa qualité. Il faut faire grimper les marges des entreprises locales et les salaires, en réduisant la concurrence internationale. Autrement dit, il veut relancer l’inflation. Pour cela il n’a pas besoin de faire grand chose. Tout se joue à la marge. D’autant que les USA sont au plein emploi (emploi mal payé, mais emploi). 
Si les USA se replient, le reste du monde va devoir faire de même. Possible baisse de la pression concurrentielle, et redémarrage de l’inflation. Mais aussi cela peut forcer les pays sous-traitants à devenir créatifs. Or, ce n’est pas la compétitivité qui est le moteur du marché, mais la différence. Marché = échange de choses « différentes ». Et pas « moins chères ». Trump est probablement bon pour le marché.
En tout cas, cela pourrait nous annoncer des moments compliqués. Inflation, et rapport de force. En particulier, pour ceux qui n’appartiennent pas à un écosystème qui puisse leur permettre de profiter de l’aléa. Europe divisée, ou individu isolé.

Inflation vestimentaire

Pensée pour Noël ? Je suis frappé par le peu de durabilité des vêtements. Ce que j’ai acheté dans des enseignes bas de gamme a une durée de vie inférieure à la saison. Au-delà, ça se découd ou ça change de couleur, surtout ça se déforme. En payant beaucoup plus cher, on obtient des choses un peu mieux, mais pas tant que cela. C’est fragile. Or, il se trouve qu’ayant rapidement atteint mes configurations actuelles, j’ai conservé certains vêtements de ma jeunesse. Eux n’ont quasiment pas bougé en 40 ans, ou presque. Que s’est-il passé ?

Peut-être que derrière le mal il y a un bien ? Baisse globale des prix ? J’en doute. Ou sorte de justice mondiale ? Il était anormal que nous soyons aussi bien habillés ? Les pauvres de pays riches ont donné aux riches des pays pauvres ?…

En tout cas, je suppose que derrière ce phénomène, il y a la création des « enseignes ». Au lieu de commercialiser leur production au moyen de distributeurs, les fabricants ont établi leurs propres enseignes, et leurs boutiques. Ce qui a dû leur coûter cher. Pour le reste ils ont joué au mieux sur la supply chain. Changements de fournisseurs fréquents, à la recherche des peuples les moins payés (le Bengladesh commence à être hors de prix). Transport. Et grosses distributions de dividendes (c’est le seul objet du dispositif). Et aussi nécessité de disposer d’une gamme de vêtements étendue afin d’occuper un magasin. Peut-être aussi designers coûteux. Et publicité tonitruante (la mode fait oublier la médiocrité du vêtement). Tout cela doit représenter des coûts monstrueux. Ils expliquent probablement pourquoi l’exploitation du prolo du Bengladesh ne suffit pas à produire un vêtement correct.  

Inflation sans inflation

Depuis l’élimination de l’étalon or, il y a eu une croissance monstre de la masse monétaire. Sachant qu’il y a quasiment toujours la même quantité de choses à acheter, pourquoi leur prix n’a pas cru massivement ? C’est une question que se posent les économistes. Je me demande s’il n’y a pas eu une sorte d’inflation virtuelle.
  • La portion des CSP- parmi les élèves des grandes écoles est passée de 43% (65-69) à 18% (90–99). Des enfants qui, hier, auraient accédé à des postes importants, ne le peuvent plus. Leur avenir a été « dévalué ». « Pour la première fois en période de paix, la génération qui précède ne laisse pas aux suivantes un monde meilleur à l’entrée de la vie » (Chauvel, Louis, générations sociales perspective de vie et soutenabilité du régime de protection sociale in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).
  • Beaucoup d’entreprises sont à peine rentables. Beaucoup d’hommes vivent difficilement. Il suffirait que l’Etat réduise son aide, ses subventions ou ses commandes, pour qu’ils connaissent la faillite ou le dénuement. Nous sommes en sursis d’un appauvrissement massif.

Voilà qui démontre le génie du discours néoconservateur. Il affirme que le faible vit dans la paresse, grâce aux subventions de l’Etat. Or, le faible est juste à flots. Car tout ce que l’Etat lui donne est récupéré par le « fort ». C’est le fort (le néoconservateur) qui est nourri par l’Etat. Plus le pauvre est pauvre, plus il doit être aidé, plus le riche s’enrichit. Plus l’Etat s’endette. Voici le mécanisme de la spéculation : inventer un discours qui permet de s’enrichir aux dépens de la crédulité générale.

Baisse de l’euro

La BBC ce matin se demandait pourquoi l’euro était aussi bas, par rapport au dollar et à la livre.

Une explication qui, curieusement n’a pas été évoquée, est la baisse des taux directeurs de la BCE.

Cette baisse pourrait signifier une augmentation des exportations européennes (bonne nouvelle, après tout ?) et de l’inflation.

Par ailleurs, j’entendais la BBC, toujours mais hier, dire que l’inflation anglaise était autour de 5%. Le pouvoir d’achat local est rapidement raboté. 

Crise bancaire

Actuellement, ce qui est mis à mal, ce ne sont pas les États, mais le système financier.

L’argent n’y circule plus. En parti parce qu’il doit reconstituer ses réserves, en partie parce que la peur est de mise, et qu’on ne se prête plus. (The dash for cash)

S’il s’effondre, c’est toute l’économie qui le suit. Comment le sauver ?

Difficile de voir une autre solution que des prêts des banques centrales. Création monétaire.

Curieusement, ceci ne semble pas devoir créer d’inflation. Parce qu’il y beaucoup de ressources oisives, et qu’une injection d’argent ne peut que les remettre en marche ?

De l’intérêt de l’eurobond pour l’Allemagne

L’Angleterre emprunte à taux négatif (-2%), entendais-je dire ce matin à la BBC. Elle gagne de l’argent en s’endettant !

Phénomène paradoxal : l’endettement de l’Occident inquiète les marchés qui se jettent sur tout ce qui semble un peu sûr, à savoir l’or, la dette anglaise et américaine. À cela s’ajoute l’inflation, relativement élevée en Angleterre.

Mais alors, et si le bon sens allemand était erroné ? La BCE, en maintenant des taux élevés, empêche l’inflation. S’il existait des eurobonds, la finance mondiale se détournerait de la dette américaine pour les acquérir, et, qui sait ?, les amènerait à un taux inférieur à celui des obligations allemandes…

Compléments :
  • En fait, ce raisonnement, outre qu’il est à court terme, oublie un phénomène psychologique majeur : l’homme aime mieux perdre que de gagner, si un autre profite de la situation en trichant. Il est possible que certains Européens préfèrent un cataclysme, plutôt qu’une prospérité injuste. (Ce phénomène se voit à l’œuvre dans la constitution du groupe humain : l’entente interne prime la survie du groupe : SCHEIN, Edgar, Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.)

Répression financière

En phase d’inflation, empêcher les capitaux de partir à l’étranger et ne leur offrir que la dette d’État comme issue. Moyen de dégonfler la dette des nations, plus efficace que les impôts :
Ce serait plus ou moins ce qui se passe aujourd’hui : l’inflation est supérieure au rendement des placements, et les banques devant reconstituer leurs garanties doivent conserver leurs fonds à la maison. Mais l’effet serait limité. (The great repression)