Censure ?

Un chef d’entreprise me disait qu’une partie de son réseau de distribution était constitué de magasins bio, et que ceux-ci avaient été quasiment rayés de la carte. A un moment, il recevait un avis de dépôt de bilan chaque semaine ! Pourquoi n’en avons nous pas entendu parler ? s’interrogeait-il.

Un banquier m’a dit la même chose. En ajoutant que le secteur du vélo a connu et connaît encore des moments difficiles.

La cause serait l’inflation. Le bio et les vélos n’étaient pas des articles de première nécessité. On s’en est passé.

Il reste la question de : pourquoi cette nouvelle n’a pas fait la une de la presse ? Faut-il y voir une théorie du complot ? Il ne fallait pas dire au peuple que ses conditions de vie s’aggravaient ? Ou la presse est-elle écrite par des gens riches ?…

Menons l’enquête ?

Inflation

Lawyers in Elon Musk pay case seek $6bn in Tesla shares
Plaintiffs’ firm Bernstein Litowitz described their request as ‘unprecedented’ and ‘conservative’

Financial Times de samedi

Les USA sont un monde de sauvages où la justice a remplacé le champ de bataille. (Du moins pour le riche, le pauvre utilise encore les armes ?)

Les montants en jeu n’en finissent pas de grimper. L’unité est le milliard. Il en est de même pour les entreprises. L’unité, en ce qui les concerne, est le millier de milliards.

Cela me semble traduire le fait que, au sommet de la pyramide, il y a eu une inflation massive des fortunes. Mais on ne s’en rend pas compte, parce que l’INSEE ne mesure que le prix de la carotte (industrialisée).

(Des moeurs de l’Amérique :

Elon Musk sues OpenAI and Sam Altman over Microsoft alliance
Elon Musk has filed a lawsuit against OpenAI and its chief executive Sam Altman, alleging they have compromised the start-up’s original mission of building artificial intelligence systems for the benefit of humanity.

Financial Times de vendredi

Fin de parenthèse.)

Milliardaire

Qui sont les milliardaires ? Une émission de BBC 5 (Good, bad billionnaire).

A moins de 100 milliards, on n’est rien. Depuis la naissance de Bill Gates, le premier des milliardaires de nouvelle génération, la fortune du milliardaire a été multipliée par 15. A quand les mille milliards ?

L’émission parlait de « création de valeur ». Mais elle ne semble pas avoir été uniformément répartie. Le pouvoir d’achat de la population ordinaire n’a pas augmenté. L’hypothèse de ce blog est que cette fortune vient des banques centrales qui ont imprimé beaucoup d’argent. Il s’est déversé sur « l’élite », qui, elle même, l’a investi dans l’entreprise à la mode.

Cette inflation a, d’ailleurs, eu l’intéressante conséquence de faire de gens quelconques des (petits) milliardaires. Au moins aux USA. C’est le phénomène « people » : dès que vous êtes connu, vous devenez une agence de promotion. Les marques viennent vous voir pour que vous parliez d’elles. Et vous pouvez créer votre propre gamme de produits. On est désormais célèbre pour être célèbre. Certaines personnes donnent leur vie (en particulier sexuelle – étonnant pour un pays puritain) en spectacle. Et si elle plait au peuple, ils sont milliardaires.

Quant aux très grandes fortunes elles sont celles de gens qui étaient au bon endroit au bon moment. Les Russes ont exploité la débâcle de leur Etat, Bill Gates les relations de sa mère avec les dirigeants d’IBM, Bernard Arnault l’incurie du gouvernement français. Et leur fortune s’est construite sur des biens culturels propres à leur nation. Mais ils ont aussi eu du talent. Celui d’exploiter les vents portants. On n’aurait pas attendu de l’austère Bernard Arnault qu’il soit « dans le coup ».

D’ailleurs, pour être au bon endroit, il faut être un « privilégié ».

Le milliardaire est un homme de notre temps.

Inflation

En Angleterre, le sujet de préoccupation, c’est l’inflation. La banque d’Angleterre doit elle augmenter brutalement ses taux pour arrêter l’économie, et mettre le pays au chômage, ce qui calmera les revendications salariales ?

Une possibilité serait que l’on se trouve, ici comme ailleurs, devant un goulot d’étranglement. Le pays repose sur une politique de bas salaires. Cela ne peut pas durer éternellement. Il y a un moment où il faut adopter la méthode suisse : compenser le salaire par l’innovation et la productivité.

Mais, c’est moins facile qu’augmenter un taux ?

Inflation salariale

Hier matin, j’écoutais la BBC parler d’inflation. Elle était en grande partie salariale. Après avoir été privés de chauffeurs, on n’avait maintenant plus de mécaniciens, disait une interviewée. On constate aussi, chez nous, que la pénurie de ressources humaines est liée à une pénurie de qualification des jeunes générations. Les personnels qualifiés partent à la retraite. Notre système éducatif ne forme pas les personnes dont a besoin notre économie.

Je me demande si les pays occidentaux n’ont pas été paresseux. Ils se sont contentés d’aspirer les personnels qualifiés des pays « pauvres ».

En 40 ans, l’écart entre les « salaires du haut » et ceux « du bas » aurait été multiplié par 7. Nos dirigeants se sont récompensés pour avoir eu l’idée de remplacer leur mission d’innovation et d’investissement par celle de recruteur, voire d’acheteur ?

Inflation et innovation

Depuis une bonne décennie, je suis bombardé des mails d’un activiste qui prédit la fin du monde. Son raisonnement serait approuvé par tout économiste sérieux : les banques centrales n’ont pas arrêté d’imprimer des billets ; fatalement, cela doit conduire à l’inflation : il y a beaucoup plus d’argent pour le même nombre de choses à acheter.

Pourquoi cela ne s’est-il pas produit ? La réponse, selon moi, est la start-up. Jadis, il fallait être un capitaliste pour monter une entreprise, ou vivre d’amour et d’eau fraiche. Aujourd’hui, plus ou moins facilement, on peut trouver de l’argent pour cela, et même parfois beaucoup. Cet argent est massivement privé : les banques centrales ont enrichi toute une population de « privilégiés », qui réinvestit ses gains.

A mon avis, le rendement de l’affaire est faible. Peu d’entreprises sont durables. La plupart passent d’investisseur en investisseur, avant de disparaître, corps et biens, dans les profondeurs d’une multinationale. Mais, cela fait vivre du monde. Et c’est en cherchant que l’on trouve. Au fond, on a fait entrer dans le marché un nouveau bien : l’idée.

Combattre l’inflation

Combattre l’inflation, c’est simple : augmentez les taux d’intérêt. Cela arrête l’économie, met en faillite des entreprises, et beaucoup de monde au chômage. Mais c’est le prix à payer. Voilà ce que dit le monétarisme, pensée officielle.

Et si l’inflation était due à autre chose ? Par exemple à des facteurs structurels, comme le Brexit en Angleterre ? Ou à quelques profiteurs ? (Que penser d’Orange et Microsoft augmentant leurs tarifs de 10% ?) etc.

Que faire ? « Quoi qu’il en coûte » ? Affirmer sa volonté d’éliminer l’inflation et chercher, sans a priori, ses causes, et les éliminer une à une ?

(Remarque, l’INSEE note que les taux de marge des entreprises, en moyenne, n’ont pas été affectés par l’inflation. Ce qui pose la question de ce qu’elles font de leur marge. Si elles l’utilisent dans des investissements peu touchés par l’inflation, celle-ci est une chance pour elles. En outre ce n’est qu’une moyenne : certaines ont perdu, d’autres gagné ?)

Faillite de la Silicon Valley

La banque de la Silicon Valley est en faillite. Grand classique. En 2021 a eu lieu une nouvelle bulle spéculative. Un grand nombre d’entreprises à la mode ont levé beaucoup d’argent, et l’ont laissé à la banque. N’ayant pas grand chose où investir, elle a mis ses fonds dans des obligations à taux fixe, bloquées 10 ans. Les taux ayant changé, ses actifs n’avaient plus de valeur.

Faut-il y voir une illustration de ma théorie de « l’inflation différentielle » ? La politique de « quantitive easing » des banques centrales a apporté énormément d’argent à certaines couches de la population. Cet argent s’est réinvesti dans des biens spéculatifs.

La faillite de la banque pourrait être un moyen de liquider ce trop plein sans mettre en danger la société ?

(Analyse du Financial Times.)

Inflation

Que donne mes théories sur l’inflation confrontées à la réalité ?

Elles résistent. Curieusement, il semblerait que l’on ait trouvé le moyen d’éviter les crises monétaires. Et cela par un raisonnement complexe et contre-intuitif.

D’abord, il y a le récent Nobel, Ben Bernanke, qui a décidé lors de l’éclatement de la bulle internet, contre toute la littérature de l’économie, qu’il fallait avoir un recours massif à la planche à billets. Cela a produit une « inflation différentielle », en enrichissant massivement le « 0,1% », et en créant une spéculation sur le titre d’entreprise, et l’immobilier. Mais le commun des mortels n’a pas été touché. On a pu dire qu’il n’y avait pas d’inflation. L’INSEE ne s’intéresse qu’au prix de la carotte.

On peut même estimer que cela a créé une nouvelle économie. Ces nouveaux riches veulent investir leur argent. Et c’est bon pour la start-up. Même si elle est généralement un flop, elle permet à des gens de rêver, et à d’autres, en se la passant de main en main pendant une vie professionnelle, de toucher de gros salaires. Tout l’art de Robin Hood consiste désormais à créer des modes qui orientent cet argent vers des activités utiles.

Ce que l’on a découvert, ou redécouvert, c’est que l’inflation est une question de « tuyau ». Si on ne l’adapte pas, le « système » a une capacité à la croissance limitée. Vouloir pousser l’activité économique au delà de cette capacité produit un échauffement, l’inflation. Cela est arrivé lors du redémarrage de l’économie après confinement, et à l’occasion de la relance Biden. Cette inflation devient un mal, si elle crée une spirale d’augmentation des prix. C’est-à-dire si, lorsque il y a à nouveau équilibre entre le flux d’activités et le tuyau, il n’y a pas de contre poussée sur les prix.

Cela révèle aussi la nature du mal : l’inflation, contrairement à ce que pense l’économie, ne touche pas tout le monde de la même façon. Les « isolés », qui sont très nombreux dans une société libérale, peuvent être broyés.

Et les gouvernements ? Au lieu d’accorder des augmentations de salaires, qui sont irréversibles, ils ont apporté un secours à court terme. Ils ont été aidés par la faiblesse des syndicats, et des grandes organisations. De plus en plus l’action syndicale paraît être une défense de minorités privilégiées, aux dépens de la majorité et de l’intérêt général (cf. paragraphe précédent). C’est peut-être ce qu’estime le gouvernement anglais, qui ne bouge pas face à un mouvement de grève massif. Et ce qui explique, peut-être aussi, la réforme des retraites de notre gouvernement.

(Le moment Thatcher de M.Macron ? A ce sujet, il est surprenant qu’il n’ait pas placé l’âge de la retraite à 70 ans. Histoire de montrer sa force. Peut-être sera-ce pour la prochaine fois ?)

Epée de Damoclès ?

En Angleterre, c’est la « rigueur ». L’Etat augmente massivement les impôts et fait des économies. Il doit réduire ses dettes et arrêter l’inflation. Cela s’annonce violent, pour la population. En particulier la « classe moyenne ».

Pourquoi la France n’est-elle pas touchée ? Elle ressemble pourtant beaucoup à l’Angleterre. « Rigueur » n’est pas français ? Génial équilibrisme gouvernemental ? Parapluie européen ?

Peut-être serait-il prudent d’envisager des temps difficiles ? Car un problème bien posé est à moitié résolu ?