L'automobile et l'emploi

« Pays pionnier dans l’automobile, la France a beaucoup souffert dans la compétition mondiale au cours des vingt dernières années. L’automobile est à l’origine de près de la moitié de la dégradation du solde des produits manufacturés depuis 2000, et explique une large part de la désindustrialisation qu’a connue le pays. » dit une étude de France Stratégie

En fait, le fabricant français va bien, mais les conditions de production sur le territoire national ne sont pas favorables. Donc il ne produit pas en France. Une question de coût du travail et de fiscalité. Y compris, en comparaison de l’Allemagne, du Japon et des USA ! Là, explique le rapport, le désavantage coût est compensé par l’avantage volume ! 

Et si le Japon et l’Allemagne, tout simplement, avaient voulu faire travailler leurs citoyens « quoi qu’il en coûte » ? Alors ils auraient cherché à compenser leurs différents handicaps par l’innovation, permettant des gains de productivité, des programmes de qualification de leurs employés, corrélatifs, et des méthodes de type « mode projet » qui permettent une grosse créativité et réactivité, et une réduction de temps de cycle, à condition de travailler avec des partenaires proches.

La relocalisation n'est pas pour demain

Conférence de l’ESCP sur la relocalisation. Où l’on apprend que la délocalisation n’a pas été une bonne affaire. Rien ne marche correctement avec une « supply chain » étirée. Il n’y a que des « coûts cachés ». Manque de réactivité, baisse de qualité, contrefaçon, risques d’approvisionnement, risques de réputation, freins à l’innovation (on a découvert que, pour innover, il fallait que la création et la production soient proches)… Paradoxalement, ce sont ceux qui avaient le plus à gagner, le textile et le jouet, et qui en ont le plus profité, qui étaient les moins faits pour être loin de leurs marchés et des modes. 

Va-t-on revenir à la raison ? Non, car, entre temps, nous avons perdu les compétences nécessaires à faire le travail maintenant délocalisé ! (La délocalisation ou l’attrape nigaud ?)

L’espoir : reconstruire à partir de ce qui existe encore de compétences sur notre territoire. 

(La conférence disait aussi que la France a été particulièrement efficace dans l’élimination de son industrie, il n’y a que la Grande Bretagne qui ait fait mieux, et, encore, marginalement.)

La bonne façon de réformer ?

Enquête sur le programme Territoires d’industrie. Son but est de favoriser la réindustrialisation du pays, en partant du terreau industriel local. 

Au lieu d’imposer d’en haut, comme il le fait d’ordinaire, le gouvernement laisse l’initiative à ce que le programme appelle un « binôme élu, industriel » de volontaires. 

Voilà qui change, effectivement, du jacobinisme :

  • L’Etat fait un diagnostic rigoureux et honnête. 
  • Il identifie un potentiel, et le moyen de l’exploiter. 
  • Il n’intervient pas directement, mais met à la disposition de volontaires, dont il a décrit les caractéristiques, la « boîte à outils » dont son analyse montre le besoin (y compris concernant ses propres services, dont il décrit les défauts avec objectivité), ainsi qu’un plan directeur pour guider un projet.
Et quand il y a volonté locale, ça marche, et pour relativement pas cher. 
Problème ? La volonté. Ce type de démarche repose sur l’initiative. Comment réformer le pays, dans son ensemble, dans ces conditions ? 
Par le « nudge ». Le gouvernement semble jouer sur des réflexes conditionnés (tout cela s’inscrit dans des « contrats » avec l’Etat, c’est associé à des subventions…). Et ensuite, l’émulation : l’élu va au secours de la victoire. Il suffit de quelques réussites pour que tout le monde suive. 

Industrie : les motifs du crime

Autour de moi, on s’interroge : mais qui est donc derrière la disparition de l’industrie en France ? On cite le président Giscard d’Estaing. Mais il me semble surprenant qu’il ait, seul, eut cette idée. Elle devait être dans l’air que respirait notre élite. 

Un article chinois nous donne peut-être une piste. Il a été écrit en 2015 et se demande si la Chine doit aller vers les services. Réponse : NON ! Et voilà pourquoi :

« While the need to maintain its industrial might is influenced by its own development story, there are untold number of lessons to be drawn from developed nations. The United States is one such example. Once the world’s largest industrial producer, in the 1980s it started to out-source manufacturing. The service sector not only flourished but actually replaced manufacturing as the backbone of the economy, eventually accounting for as much as 70 percent of the economy. Without the support of a real economy, it was only a matter of time before the bubble burst, triggering the 2008 mortgage crisis that spiralled into the worst economic disaster since the Great Depression. The United States is now trying to claw back the lost advantages of its industrial sector. This time, however, by focusing on innovation it aims to create a stronger sector that is able to compete globally.« 

Michael Porter dit, par ailleurs, que le boom des services viendrait du démontage de la chaîne de la valeur de l’industrie. Les services liés au produit sont désormais vendus séparément. 

Voici l’hypothèse que je formule : les Américains ont compris qu’en séparant fabrication et services, il y avait beaucoup d’argent à gagner, la rentabilité du service étant meilleure que celle de la fabrication. Mauvais calcul ? Cherchaient-ils un bénéfice rapide (ce type de manoeuvre s’appelle « arbitrage » chez les financiers) ? En tout cas, il est possible que, la France, mouton de Panurge, ait suivi l’exemple américain. 

Service et industrie

Dans un ancien ouvrage de Michael Porter (The compétitive advantage of nations) est écrit qu’il n’y a pas de service sans industrie. Pierre Velz dit à peu près la même chose : le poids économique total de l’industrie serait le triple de son poids apparent. 

Ce qui laisse entendre que la doctrine qui a voulu que l’avenir soit aux services, et pas à l’industrie, ne serait probablement pas économique. Faut-il y voir une idéologie ? Le courant écologique aurait-il commencé bien plus tôt qu’on ne le dit ?… 

Mystère. 

(Une note sur l’industrie, qui montre l’importance des définitions… Notes du conseil d’analyse économique.)

Industrie 4.0 : autre chose qu'une mode ?

Il y a cinq ou six ans, quand on m’a parlé d’Industrie 4.0, j’ai été surpris que cette idée resurgisse. Alors, quand je l’ai, de nouveau, retrouvée dans un rapport… 

Et pourtant, j’ai peut-être à nouveau tort. Pour diverses raisons, il faut « relocaliser ». Or, par ailleurs, on n’a plus de terre à bâtir, écologie oblige, et l’éducation nationale ne produit que de gros intellects désabusés, qui ne trouvent plus de sens à la vie, et encore moins à l’industrie, surtout quand elle est à la campagne. 

L’industrie 4.0, c’est à dire une automatisation féroce, est une réponse à tout cela. Pour être compétitive, l’industrie, si elle veut rester en France, doit être performante, et surtout ultra intelligente. Elle doit retrouver le chemin du gain de productivité. Elle doit aussi occuper le bâti existant, et elle doit être plus séduisante que les start up, pour attirer le diplômé. 

Pour autant, cette Industrie 4.0 n’est pas un coup de marketing. Un des grands changements de notre temps, qui a été pauvre en innovation, c’est la démocratisation des logiciels les plus sophistiqués. (Témoignage.) Il y a de quoi faire beaucoup, pour pas cher. A condition d’être intelligent. 

Préférence nationale

Nos facteurs de production sont en piteux état. On me dit que l’on doit impérativement adopter une politique de préférence nationale. Mais comment faire que les entreprises qui ont pris l’habitude d’acheter au moins cher achètent français ? 

Plusieurs idées :

  • Pas de nouvelles lois, il y en a trop, on en crève. Il faut une prise de conscience, déjà, que cela va mal et que tôt ou tard on paiera notre manque de solidarité. 
  • On peut se passer de petites économies sans dommages. 
  • Dans nombre de cas, en réfléchissant un peu et en prenant en compte toute la chaîne des coûts, on peut trouver des solutions françaises ou européennes, qui sont meilleures que celles qui viennent de plus loin. 
  • Pourquoi ne pas faire comme les Chinois : imposer à ceux qui installent des éoliennes en France de transférer leur savoir-faire et d’utiliser la sous-traitance locale ? (Un exemple.)

Réindustralisation : faire et défaire, c'est toujours travailler

Hier on désindustrialisait, aujourd’hui on réindustrialise… 

Et l’on dit aujourd’hui ce que, hier, aucun journal n’aurait osé publier ? Si le pays va mal, c’est parce que son industrie a fondu. Tout semble se ramener à cela. Et cela est dû à la volonté de nos gouvernants. 

L’Allemagne a fait une politique « néo mercantiliste » : elle a dopé ses exportations en contractant sa demande intérieure (stratégie de 40, par des moyens pacifiques ?). La France et quelques autres, avec une charmante innocence ?, a fait exactement le contraire, et s’est fait tondre la laine sur le dos. En outre, nos multinationales n’ont de français que le nom. Elles produisent à l’étranger pour alimenter notre marché (contrairement à ce qui se passe en Allemagne). 

Comment se sortir de l’ornière ? Oublions les multinationales, et cultivons notre jardin ? A condition qu’il reste autre chose que du sable ? 

(voir article.)

Réindustrialiser la France

Dans les années 70, que l’avenir soit au service faisait consensus parmi les élites occidentales. La France s’est désindustrialisée. Et elle est allée, dans ce domaine, beaucoup plus loin que des pays comparables. 

Les conséquences de cette politique étaient visibles depuis longtemps, en termes de chômage, des malaises sociaux associés, de désertification rurale, et de déficit du commerce extérieur. Mais, apparemment, il a fallu l’épidémie, et les failles béantes qu’elle a révélées (santé, télécom, numérique…), pour que nos gouvernants prennent conscience que le pays avait perdu sa « souveraineté ». 

D’où des propositions d’économistes pour « réindustrialiser » le pays. 

Bonnes idées ? Le changement est un processus long, qui commence par une prise de conscience. C’est elle qui compte…

L'industrie disparaît

Temps des bilans. Pourquoi la France s’est-elle autant désindustrialisée ? Un universitaire me disait que c’était dû à un choix de V. Giscard d’Estaing. J’enquête. Je trouve deux articles (Atlantico et France Culture).

Le déclin de l’industrie serait lié à une politique « néo libérale », dont M.Giscard d’Estaing a effectivement le crédit. Elle apparaîtrait quasiment immédiatement après la disparition du général de Gaulle. Il faut laisser faire les lois du marché. 

Paradoxalement, cette politique serait inspirée d’une doctrine allemande, alors que les Allemands ne sont que stratégie collective et industrielle, fort peu libérale. 

Un facteur important dans ce changement serait que « Nos élites ont rêvé d’une industrie sans usine« . Or, ces élites ont la double caractéristique de vivre en dehors de la pratique et de la réalité, et d’avoir énormément de pouvoir. 

(Quant au président Giscard d’Estaing, faut-il interpréter le fait que le ministère de l’industrie ait été absorbé par le ministère des finances lorsqu’il le dirigeait comme la mise sous tutelle du corps des mines, qui portait la politique industrielle du pays, et le début de la « financiarisation » de l’économie ? Un règlement de comptes entre polytechniciens ?)