Banlieue

La banlieue ne fut pas toujours ce qu’elle est devenue. Il y eut la banlieue des impressionnistes. C’était un lieu de liberté, mais aussi la résidence des « classes dangereuses ». Car, il s’y trouvait l’industrie.

On se demande aujourd’hui pourquoi notre industrie a disparu. Mais, elle était maudite. Au temps de la métropolisation, on a voulu l’éradiquer parce qu’elle nuisait au paysage qu’aimaient les démiurges que l’on voulait attirer. Mais, déjà, donc, au siècle dernier, on la jugeait dangereuse. En outre, on lit que les hauts fonctionnaires, qui en ont pris la tête après guerre, l’ont trouvée d’une complexité qui dépassait leurs capacités. (Contrairement à leurs équivalents allemands qui avaient été formés à l’intérieur des entreprises.) « Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage » ?

On oublie aussi que les fameuses barres de béton que l’on trouve si laides furent vues comme un immense progrès, pour une population qui vivait dans des conditions précaires, sans chauffage, sans salle de bain, sans toilettes… C’est ce que rappelait Sandrine Bonnaire, qui n’est pourtant pas bien vieille.

Déficit américain (suite)

Lors de la première présidence Trump, j’avais entendu qu’il était ridicule. En fait, il menait déjà la politique actuelle. Et, elle n’a rien d’idiot. Il parle le même langage que les économistes distingués. Seulement, il n’aboutit pas aux mêmes conclusions qu’eux.

D’un nouvel article sur le sujet, je comprends ceci :

Bretton Woods avait pour principe la convertibilité en or du dollar. Le pays ne pouvait alors être en déficit, les pays créditeurs pouvant demander de l’or, plutôt que des dollars. Lorsque le pays est entré en déficit sous Nixon (l’article ne dit pas pourquoi, mais je crois que la cause était le Vietnam), il a supprimé la convertibilité. Le dollar est devenu monnaie de réserve. Ce qui encourageait l’étranger à acheter ses titres et donc à financer ses déficits. Le pays n’aurait pas résisté à la tentation.

Des mérites de la vertu ?

L’article répond aussi à une question que je me posais. L’économiste n’aurait-il pas condamné l’industrie ? Eh bien oui. Il croit que « structurellement » elle va disparaître, comme l’agriculture ! Et, n’ayant pas peur du ridicule, il prend l’Angleterre comme exemple. Comme si qui que ce soit voulait ressembler à l’Angleterre !

L’ingénieur est de retour ?

En interviewant des industriels, je me demande si l’on n’a pas vécu, ces dernières décennies, dans une sorte de parenthèse enchantée, durant laquelle tous les problèmes humains nous ont semblé d’une grande simplicité. Une ère de la parole. On pouvait être un esprit d’élite à bon compte.

Et voilà que revient l’industrie. Et l’industrie c’est la science et la complexité. L’affrontement de l’esprit humain contre ce qu’il ne comprend pas. Et, de temps en temps, un miracle. Une découverte qui permet de grands progrès, inconcevables jusque-là. L’industrie c’est la réinvention de l’ingénieur. Du véritable ingénieur. De celui qu’aimait Jules Verne.

Dilemme européen

La décarbonation ce n’est pas que la voiture électrique, c’est aussi de nouveaux modes de production pour la chimie, l’agroalimentaire et la cosmétique. Un changement du tout au tout, qui prend de court une part considérable de notre économie.

La transition écologique est industrielle. Or, l’industrie demande des investissements à très long terme. Ce qui n’est pas le métier du capital risque que nous a valu la « French tech ». Un économiste me disait que « décarboner, c’est creuser le déficit ». Or, au moins pour la France, il n’en est plus question. Au contraire.

Ce n’est rien d’autre que ce que dit le rapport Draghi : l’Europe a légiféré radicalement, mais seuls la Chine et maintenant les USA, ont fait ce qu’il fallait pour respecter ses normes.

On pourrait même dire, en ce qui concerne la France, qu’elle a fait le contraire de ce qu’elles signifiaient : elle a détruit son industrie. Nous ne sommes pas loin d’être échec et mat.

Nous avons vécu l’âge de l’intellectuel ? L’intellectuel vit dans le monde des idées de Platon ? Il a trouvé une noble cause : le réchauffement climatique ? Et il croit que pour le régler tout est une question de lois ? J’ordonne, tu obéis ? Quant aux usines, et tout ce qui demande d’employer ses mains, c’est sale, et doit être éliminé ?

(Paradoxalement, l’intellectuel ne sait pas penser : « pensée simplifiante » et non systémique ?)

Cette semaine, c’est du jamais-vu, on a vu la France s’endetter plus cher que la Grèce à six mois et voir ses taux à cinq ans s’envoler au-dessus de ceux de la dette hellénique, en quasi faillite il y a dix ans. Après le Portugal, nos taux à dix ans ont dépassé ceux de l’Espagne.

Philippe Mabille, La Tribune, « Bercy, ce Titanic qui regarde l’iceberg en chantant ! »

Manque d’usines

On se plaint : la France n’a plus d’industrie. Il faut qu’elle construire des usines. Vive la « start-up industrielle » ! Mais le start-up industrielle se plaint, à son tour : elle ne trouve pas d’argent pour financer ses usines ! Alors l’Etat dit qu’il va lui en donner.

Il se trouve que je vis au niveau du plancher et suis directement confronté aux dites start-up. Comme souvent, ma conclusion est diamétralement opposée à celle de l’Etat

En particulier, le fait que nous n’ayons pas d’usines ne vient pas du manque de cash, mais de ce que nous en avons trop (de cash) ! Depuis quelques années, il est devenu relativement facile de trouver des fonds publics dits « d’amorçage ». Du coup, les entrepreneurs développent, pendant 5 parfois dix ans, des projets sans se confronter à la réalité. Quand il faut le faire, ils échouent faute d’expérience ! Car, ils ne savent ni ce qu’est un client, ni ce qu’est une usine ! Leurs réflexes sont faux !

Pour que le changement réussisse il doit partir d’en bas !

Béton recyclé

La fabrication du béton est un des plus gros émetteurs de CO2. On vient de découvrir que si l’on remplace la chaux des fours de recyclage de l’acier par du béton usagé, on fabriquait de l’acier et du béton neuf, sans émission de CO2.

Les vieilles industries n’ont pas dit leur dernier mot. Et l’écologiste impénitent ferait bien de s’y intéresser sérieusement ?

“As well as being a breakthrough for the construction industry, we hope that Cambridge Electric Cement will also be a flag to help the government recognise that the opportunities for innovation on our journey to zero emissions extend far beyond the energy sector.”

Cuisine

Je n’aime plus manger hors de chez moi. Pourtant, c’est moi qui fait la cuisine, et depuis longtemps.

J’ai l’impression, à tort ou à raison, que le monde de la cuisine est divisé en deux :

  • La cuisine du pauvre : tout est dans l’esthétique, ça brille, mais le contenu est une application des traités « d’analyse de la valeur » : il s’agit d’en foutre plein la vue, pour pas un rond. Quitte à utiliser, pour cela, des dérivés du pétrole.
  • La cuisine du riche. On utilise des ingrédients, crème, vieux alcools, qui donnent, par eux-mêmes, du goût. Mais il n’y a aucun talent. Ce n’est pas sain. Ce n’est pas raffiné. Et le cuisinier se croit intellectuel, il se répand en propos complaisants sur l’étendue de son génie.

Le génie s’est perdu. Et il se trouvait dans une simple omelette.

Je crois qu’il tenait à l’amour. Pour prendre le cas du riche, son personnel l’aimait, et se faisait un point d’honneur à concocter des plats qu’il aimait. Quitte à se suicider, comme Vatel, si un contre-temps mettait en péril son honneur de cuisinier.

France explosive

Et si l’histoire d’Heuliez était celle de la France ?

On peut lire la disparition de cette « ETI » industrielle comme une parabole du sort de l’industrie en France. Beaucoup de talent détruit. Et pour quoi ? Pour rien.

Mais on peut aussi y voir un phénomène beaucoup plus profond. Il y aurait au sein même de la société française des tensions violentes. Le Français hait le Français. Il en faut peu pour qu’elles s’expriment. Ce phénomène est peut-être bien à l’origine de la Saint Barthélemy et de nos incessantes guerres intestines. Un sujet qu’a étudié Michel Winock dans La fièvre hexagonale.

Voilà un sujet que ferait bien de prendre en compte nos gouvernants ? Comme le disaient Montesquieu et Tocqueville, pour bien le gouverner, il faut veiller à comprendre l’esprit d’un peuple. Et ce, au moins, de façon à ne pas encourager ses passions destructrices.

Chaque gouvernement porte en lui-même un vice naturel qui semble attaché au principe
même de sa vie; le génie du législateur consiste à le bien discerner. Un État peut triompher
de beaucoup de mauvaises lois, et l’on s’exagère souvent le mal qu’elles causent. Mais toute
loi dont l’effet est de développer ce germe de mort ne saurait manquer, à la longue, de
devenir fatale, bien que ses mauvais effets ne se fassent pas immédiatement apercevoir.

Tocqueville

L’industrie dévisse

La production industrielle est en recul en Allemagne. En cause, en grande partie, l’industrie automobile, victime de la concurrence chinoise. (Informations de la BBC, hier matin.)

Les Allemands ont vendu la corde pour nous pendre ? Ils commencent peut-être à s’en rendre compte ?

Ces mêmes informations disaient que, si l’Europe subventionnait autant ses usines de batteries, cela tenait à ce que, sans elles, elle n’aurait plus de fabricants d’automobiles.

Un premier succès écologiste ?

Panne

La voiture d’un ami crève. Le pneu moderne étant increvable, il n’a pas de roue de secours. Vendredi soir rien d’ouvert. « Solidarité des amis et des potes » : on lui signale des « Roumains » : ils lui changent sa roue en 15 minutes.

Voilà qui illustre le changement devant lequel se trouve notre société.

J’entends d’ici une voix me dire « le Français est paresseux ». Mais, cette voix ne pense pas : je suis Français, donc je suis paresseux ! Le paresseux, c’est l’autre.

Pour moi, ce n’est pas une question de paresse, mais de conditionnement. Si l’on y réfléchit bien, quel est l’idéal de vie que l’on nous a enseigné ? La retraite. Ne rien faire. Peut-être, au mieux, un peu de stimulation intellectuelle. Peindre, voyager. Culture ?

Aujourd’hui, choc. Il faut fabriquer, c’est le salut, nous dit M.Macron. Et les Chinois lui répondent : je ne vous alimente plus en Germanium. Vous chantiez, dansez maintenant.