The Economist de la semaine

Asia’s next revolution
The Economist de cette semaine annonce que l’Asie réinvente l’Etat providence. Il lui donne des conseils pour éviter les erreurs occidentales.
Notre système est-il intrinsèquement vicié ? Je n’en suis pas sûr. Comme toute organisation humaine, il a été efficace un temps, et a besoin, périodiquement, d’être reconçu.
En ce qui concerne l’intérêt de l’Asie pour l’Etat providence, il me paraît donner raison à une théorie de ce blog, à savoir qu’à une phase libérale va succéder une phase plus solidaire. La concurrence entre mains d’œuvre devrait décroître, ainsi que les inégalités, la pauvreté, la natalité et la course en avant productive. C’est du moins mon intuition.

Ce journal pense aussi (depuis quelques temps) que les dirigeants de la zone euro sous-estiment les risques que court la dite zone. Sa situation économique empire, son système bancaire est fragile, et le moindre pépin pourrait se transformer en cyclone. Solution ? Une fédération.

Facile à dire… Vue la complexité du changement nécessaire, je doute, qu’il puisse se faire sans l’impulsion d’une sérieuse crise. (Note postérieure. Contrairement à ce que je pensais, les gouvernements européens auraient démarré un travail sérieux pour aboutir à une fédération, tout le monde serait prêt à faire des concessions – à commencer par la France.)
D’ailleurs, il semblerait que cette fédération émerge progressivement : un système d’encadrement des banques européennes est annoncé. Il a pour objet d’éviter aux Etats de renflouer celles qui défaillent. En échange de quoi ils perdent le contrôle d’une partie de leur économie nationale…

Parmi les autres sujets que j’ai vu passer : François Hollande est impénétrable, y compris par ses proches ; Israël se serait mis d’accord avec B.Obama, pour ne pas bombarder l’Iran en période d’élection ; l’Inde affronte les laboratoires pharmaceutiques ; les banques centrales se demandent pourquoi la politique monétaire est sans effet sur la crise (faut-il agir directement sur l’économie ? comme un Etat dirigiste ?) ; et les dernières recherches sur l’ADN, qui révèlent une réalité bien plus complexe que celle que l’on soupçonnait, et où l’on parle de la dernière idée à la mode : reprogrammer nos cellules… 

Zone euro contre nature ?

Arrêtons l’acharnement thérapeutique. Mettons un terme aux souffrances de la zone euro. Achevons-là, dit Dennis Meadows.  Beaucoup d’Américains pensent comme lui : aucune union monétaire n’a jamais tenu.

Mais un pays n’est-il pas une union monétaire ? L’Inde, la Chine, les USA sont comparables à l’Europe et ne sont pas menacés de chaos. Par contre, la Belgique, si.
Tout ceci a une raison : la confiance. Les Américains ont confiance les uns aux autres, ce qui fait qu’un État peut en subventionner massivement un autre, sans que ça ne pose de question à personne. Il en est de même en France : qui voudrait de la Corse ou de la Corrèze si la France était une union comptable ?
Toute notre crise ne tient qu’à cela : confiance. La confiance commence par un acte de foi. Mais un acte de foi qui n’est pas totalement irresponsable. Il est basé sur un raisonnement, inconscient, à long terme : peut-être aurons-nous besoin d’eux un jour ? Peut-être cela vaut-il la peine que nous les aidions aujourd’hui ? C’est le raisonnement dont sont faites les familles. Mais la confiance, cela se maintient aussi. Par la force de la pression sociale. Il est extrêmement difficile de jouer les parasites lorsque l’on appartient à une équipe…
Bref, ce qui se joue a peut-être deux faces : 
  • ai-je envie d’un monde où j’aimerais les Grecs ou les Allemands comme j’aime les Corses ou les Corréziens ? 
  • Quel type de lien social dois-je installer pour m’assurer qu’on n’abuse pas de ma confiance ?
Compléments :

Qu’est ce qui empêche l’Inde de se développer ?

L’Inde est dans une curieuse situation. Elle a connu une forte croissance. Cela a enrichi colossalement certains entrepreneurs. Mais ils n’investissent pas en Inde, le pays n’ayant pas d’infrastructures (de transport…) propices aux affaires. De ce fait les inégalités se creusent de manière gigantesque.

Et si l’Inde devait inventer une sorte de « service public léger », qui ne demande pas notre culture et notre histoire, mais puisse apporter des services minimaux, ce faisant prenant à contre le cercle vicieux précédent ? me suis-je demandé.

Plus intéressant, peut-être : pourquoi l’Inde n’explose-t-elle pas du fait de sa diversité et de ses tensions internes ? Peut-être du fait de sa « constitution », d’une sorte de contrat moral entre Indiens : nous acceptons chacun et ses particularités. Autrement dit, il est inconcevable pour l’Indien que l’Inde se disloque ? Un enseignement pour la zone euro (billet précédent) ?

L’article du Monde qui m’a inspiré ces réflexions : « En Inde, le thème de l’inégalité devient central »

Le libéralisme : une idée qui a fait son temps ?

Le libéralisme vivrait-il ses dernières heures ?

On nous enjoint de réformer nos États, de réduire nos dettes, de déréglementer notre économie pour qu’elle crée enfin « des richesses » et de l’emploi. Sans cela « les marchés » nous grilleront de leurs feux. Le discours dominant est massivement libéral.  Mais le doute s’est installé.
De la Chine à l’Europe en passant par l’Inde et la Russie, le monde s’est systématiquement libéralisé à partir des années 80. Les États ont vendu ce qui générait des revenus (par exemple la production d’énergie, les télécoms, parfois des banques) et ont conservé ce qui n’était pas rentable. En outre, ils ont relâché leur rôle régulateur. Cela a créé de grandes fortunes, mais aussi beaucoup de souffrance et de résistance à l’injection d’une seconde dose du même traitement. Partout, le populisme menace.

Et les feux de l’enfer ? L’Amérique refuse de se réformer et n’a pas été punie pour cela. C’est plutôt les pays vertueux qui vivent l’enfer : Irlande, Angleterre, Espagne, Grèce… (les trois premiers sont, curieusement, les champions du libéralisme européen). Et la BCE n’a-t-elle pas infligé une défaite aux marchés financiers ? Au fait, qui sont-ils ? Une force de la nature, aveugle, ou un mouvement entraîné par une clique de copains, qui pourrait être remise au pas pour peu qu’on le veuille ?

Petit à petit, les idées de Paul Krugman gagnent du terrain : il faut une relance Keynésienne. Ce qui sous entend, au moins à court terme, plus d’État, et pas moins. On peut d’ailleurs se demander si la prochaine série d’élections européennes ne va pas connaître une vague socialiste.

Le changement comme dégel

Le changement a quelque chose d’extrêmement contrintuitif, et celui-ci ne semble pas être une exception. Une majorité se forme, qui rejette les idées qui occupent le haut du pavé. Mais, étant composée d’individus isolés, elle ignore qu’elle est une majorité. Il faut une sorte d’incident pour qu’elle se découvre. Alors, ce qui semblait un consensus est renversé, à la surprise générale.

Et l’avenir ? Il est imprévisible. Il se cristallisera autour d’une idée qui aura probablement deux caractéristiques : comme le libéralisme en son temps, elle sera portée par des gens extrêmement déterminés (pour qu’elle puisse percer), elle semblera répondre aux maux à court terme de la population. 

Compléments :
  • Le modèle du dégel est dû à Kurt Lewin, c’est aussi le modèle de la transition de phase, en physique. 

De la globalisation à la parcellisation ?

Les trente dernières années du monde ont été marquées par ce que l’on peut résumer par le « consensus de Washington ». C’est-à-dire la domination du libre échange et de la démocratie anglo-saxonne. Ce modèle a connu une crise majeure. Or, aucun modèle ne peut survivre à une crise. Les forces qui vont le renverser sont certainement en cours de constitution. Peut-on apercevoir ce qui pourrait les alimenter ? Tentative d’exercice de prospective :

  • La démocratie  a été pervertie pour servir de rouleau-compresseur au libre échange. Elle est vue comme une hypocrisie par les puissances montantes (à commencer par la Chine).
  • Au Moyen-Orient, s’affrontent des forces extrémistes islamistes. Elles remplacent des dictatures dont l’ambition avait été d’occidentaliser leurs pays (Iraq, Syrie, Égypte, Tunisie…). Que mettront-elles à leur place ? L’Islam, avec ses variantes infinies qui se haïssent toutes, est probablement plus explosif que le christianisme des guerres de religion.
  • Le Japon, le meilleur converti à l’occidentalisme, est en dépression quasi suicidaire.
  • La Chine pourrait devenir une grande puissance pauvre. Viserait-elle à atteindre la taille qui lui permettra de tenir l’Occident et son modèle en respect ?
  • L’Inde est un chaos au contact de poudrières, le Pakistan et l’Afghanistan.
  • Quant à l’Occident, il se bat contre lui-même. Les Républicains américains pensent que les démocrates sont le mal. En Europe, le nord veut se séparer du sud. Les pays victimes de la crise se déchirent.
Tout cela semble signifier un repli sur soi généralisé. Qu’il soit instable ou non dépend peut-être de ce que l’Occident arrive ou non à se réconcilier avec lui-même, et à contrôler l’irresponsabilité (revendiquée) de la classe financière anglo-saxonne. En effet, il n’y a pas beaucoup d’autre groupe social désireux d’assurer la concorde internationale

Chaos indien

Il y a quelques temps, The Economist annonçait que l’Inde allait devancer la Chine. Raison : c’était une démocratie.

Il n’en est plus question aujourd’hui. Les politiques incapables ont étranglé les vertueuses forces du marché. Finalement, il ne peut pas se passer de routes et de ponts, que seul l’État peut construire.

Les réformes libérales des années 90 ont suscité la croissance qui a suivi. Il en faudrait une nouvelle vague dit The Economist. Curieusement, le peuple n’y semble pas prêt.

Faut-il désespérer de l’Inde ? Ou penser, simplement, qu’elle a découvert que le libéralisme n’était pas la façon qui lui convenait de mener le changement ? Et qu’elle doit en inventer un autre ?

Compléments :

L’Inde achète le monde

Les entreprises indiennes sont prises d’une fureur d’acquisition. Vont-elles invalider la « première loi de la finance : les acquisitions font perdre de l’argent à l’acquéreur » ? se demande Running with the bulls.

Eh bien non. Le retour sur investissement est mauvais.
Cette erreur commune me semble moins venir d’un prix d’acquisition trop élevé que de l’incapacité de l’acquéreur à mettre en œuvre le plan d’action qui justifiait ce prix. 

Le miracle indien sabordé par l’individualisme ?

Le centre commercial indien est un assemblage de boutiques indépendantes : le souci du bien collectif n’est pas suffisant pour qu’il y ait accord sur des investissements communs, parkings ou autres. (A modest diagnosis of India’s infrastructure woes » INSEAD Blog)

L’Inde peut-elle « émerger », sans une vision partagée d’une volonté souveraine,  se traduisant par un État qui organise l’action individuelle ?

Culturellement, l’Inde serait-elle encore plus individualiste que les pays anglo-saxons ?  

Globalisation, confiance et coût de transaction

« Seules les tribus rendues solidaires par un sentiment d’appartenance peuvent survivre dans le désert ». Remplacez désert par « économie globalisée » et cela décrit fort bien le monde moderne.

Partager une même culture est un facteur de confiance, qui abaisse le « coût de transaction ». Ce qui donne un avantage concurrentiel aux diasporas chinoises, indiennes, ou à l’Angleterre et ses colonies.  (The power of tribes)
La globalisation comme une agression permanente ? Seul moyen d’y résister, avoir / se faire des amis ?

La face cachée du miracle indien

Où sera l’Inde en 2025 ? (What will India look like in 2025? | vox) Nulle part, peut-être.

Elle a connu une croissance astronomique, certes. Certains sont devenus fabuleusement riches, mais, pour le reste, c’est le tiers monde, ou pire. Elle manque cruellement d’entrepreneurs, 90% des emplois sont dans le secteur informel, la pauvreté se maintient à un niveau exceptionnel (en Asie du sud, « la mortalité infantile et les niveaux de malnutrition sont parmi les plus élevés au monde »), et le conflit social y est endémique.

On ne peut pas compter sur le marché seul pour tirer un peuple de la famine ?