De l’inconscient

Un livre cité par ce blog dit que Freud n’est pas sérieux. Rien de ce qu’il affirme ne peut être testé.

Est-ce sûr ? Ce que l’on en a retenu est surtout que parler fait du bien. Et cela a été testé.

Freud semble dire que nous plaçons dans notre inconscient ce que nous ne voulons pas regarder en face. Je me demande si notre mécanisme d’appréhension du monde n’est pas double. Il y a, d’une part, la raison, de l’autre « autre chose », que l’on nomme l’inconscient. Ma théorie est que les deux « captent » plus ou moins en même temps. Ou même que l’inconscient est le premier à « capter » : c’est le réflexe, ou l’évaluation « inconsciente » de la distance entre deux voitures. La raison est extraordinairement limitée. Du coup, elle fait beaucoup d’impasses. Ce n’est pas qu’elle ne veut pas le danger, elle ne le voit pas. Elle est bête. Mais il est vécu par l’inconscient, qui le stocke. Ce qui fait qu’il revient nous hanter, comme le font les cauchemars de concours, dont parlait un précédent article.

Pour éliminer ces sources de stress, il semble qu’il faille qu’ils passent par la raison. En parler pourrait donc avoir deux fonctions. D’une part transformer en mots quelque-chose « d’impalpable ». Ce qui est un exercice complexe, parce que c’est probablement un travail d’invention, pas de catégorisation. Les mots se créent avec ce qu’ils expriment. Ensuite permettre à la raison, une fois qu’elle est parvenue à poser le problèmes en des termes qu’elle comprend, à régler la question.

Qu'est-ce que la thérapie ?

J’ai tiré de ce que j’ai lu et de mon expérience que la « thérapie » du psychiatre est simplement une question de parole. 

Parler ou faire parler quelqu’un conduit à la formulation de « problèmes » au sens mathématique du terme. Et une fois que l’on a un problème bien exprimé, il existe beaucoup de techniques pour le résoudre. 

Je crois qu’il y a un mécanisme purement humain qui fait que notre façon, humaine, de traiter nos soucis consiste à les faire passer de l’inconscient au conscient, puis, ensuite, de faire appel au groupe, ou, du moins, aux connaissances acquises par le groupe, pour traiter la question. (Connaissances que l’on trouve, par exemple, dans les livres.)

Bien sûr la transformation de l’inconscient au conscient est longue et difficile, mystérieuse. Sans fin ? 

Je dis l’envers de Freud, lorsqu’il parle du refoulement. Tout commence par le passage de l’inconscient au conscient. Une fois là, on « refoule » probablement parce que l’on ne sait pas résoudre le problème.  

Une vie de little bangs ?

J’ai fait un grand nombre de choses dont je serais aujourd’hui incapable. Par exemple, j’ai failli avoir une ou deux fois des accidents de la circulation, et je m’en suis tiré avec un sang froid étonnant. Quant à ma carrière scolaire, c’est maintenant qu’elle me donne des cauchemars. J’échoue lamentablement à chaque fois que je la rejoue en imagination. Je souffre rétrospectivement.
De tout cela, je tire la théorie des « little bangs ». Vieille idée. Comme il y a la théorie du « big bang » qui dit qu’à l’origine de l’univers était l’ordre, qui a éclaté, notre vie serait faite de tels moments de « désorganisation ». Nous fonctionnons plus ou moins automatiquement, selon des règles inconscientes. (Ces règles sont en partie imposées par la société.) Soudain quelque-chose se produit. Il nous tire de notre léthargie. Comme dans l’accident, il est possible que la raison en soit un appel aux fonctions « supérieures » du cerveau, à la « conscience ». Dégel à la Kurt Lewin. Du coup, on découvre les règles que l’on suivait sans le savoir. Conscientes, elles deviennent inopérantes. L’ordre fait place à une forme de désordre. (Ou à un ordre d’ordre supérieur ?)
Cela expliquerait le temps. Du fait de ces bangs, il serait impossible de revenir en arrière, contrairement à ce que disent la plupart des branches de la physique. Par ailleurs, ces bangs doivent être plus ou moins synchronisés puisque nous avons tous plus ou moins l’impression de vieillir de la même façon…

(Ma théorie est un peu plus compliquée que cela. Les bangs seraient de plusieurs niveaux. Comme les bombes atomiques, il leur faudrait une masse critique, un détonateur, et boum, plus possible de reculer. Ces bangs seraient le tic tac de l’horloge.)

Inconscient et changement : contre Freud

Freud dit que nous balançons ce qui nous déplaît dans notre inconscient. Pas d’accord :
Pour ma part, il me semble qu’il y a construction du conscient. Par nature, c’est l’inconscient qui pilote l’homme. Cependant, certaines choses « émergent » et deviennent conscientes. Elles font partie de notre « raison ». Nous mettons des mots sur notre impression. L’évolution de l’enfant me semble suivre ce principe. Initialement, il est totalement inconscient, progressivement, la conscience apparaît. Et le phénomène est probablement continu, jusqu’à la mort. 
Quelles sont les raisons de la raison ? Je soupçonne que c’est notre incapacité de résoudre seuls nos problèmes. La raison permet d’en parler et de les traiter en groupe. Ce serait une forme de souffrance qui ferait émerger la raison. D’où ma contre-interprétation de Freud. Quand il souffre trop, l’homme ne rejette pas le conscient dans l’inconscient, mais il refuse à l’inconscient de devenir conscient. C’est le déni. 
Faut être inconscient pour changer ?
Cette théorie a des implications majeures en termes de changement. C’est parce que l’enfant est inconscient qu’il peut subir les chocs violents de son éducation. C’est ainsi que l’on souffre « a posteriori » de son éducation, alors qu’aujourd’hui on profite de ses bénéfices. Quant à celui dont les études ont été ratées, lui ne souffre pas : l’échec est demeuré inconscient. 
L’éducation est essentiellement une question de raison. (Rien de neuf là-dedans. C’est tout le programme des Lumières et de la France républicaine.) Par conséquent, couper une partie de la population de l’éducation permet de la maintenir dans l’inconscient (l’enfance) et de lui faire subir de mauvais traitements, sans qu’elle s’en rende compte. C’est ce que je retiens, en particulier, des travaux de JB.Fressoz : le peuple a fait les frais de la mise au point de la technologie moderne par des fous-furieux.

Qu’est-ce qui passe, et ne passe pas, le mur de la raison ?
Question finale : pourquoi y a-t-il parfois passage de l’inconscient au conscient, d’autres fois non ?
Cela pourrait résulter du théorème des anxiétés d’Edgar Schein. Le passage inconscient / conscient est caractérisé par une anxiété de survie élevée. Mais il peut être bloqué par une anxiété d’apprentissage tout aussi élevée. Autrement dit, on ne sait pas par quel bout prendre le problème. Ou, plus exactement, puisque le mécanisme de résolution est collectif, on ne sait pas à qui on peut demander de l’aide (de nous aider à résoudre notre problème). 

La raison comme moteur de l’évolution de l'humanité ?

Le progrès pour les Lumières, c’était la raison. Autrement dit le bon usage du néocortex. Former cette raison était le rôle de l’école.
De plus en plus, il me semble que le siège de l’intelligence est dans l’inconscient. Le conscient, la raison, n’est qu’un moyen extrêmement puissant de communication à distance. Elle permet à la fois d’exprimer son inconscient en étant compris, et d’apprendre de l’autre, d’enrichir son inconscient.
Voilà pourquoi il est important de développer notre raison. Mais pas seulement. Car la raison est aussi le plus puissant moyen d’asservissement qui soit. On parle alors de sophisme. Il faut forger sa raison pour échapper à la manipulation.
Cependant, la raison n’est pas tout. Il faut se méfier de ce que l’apprentissage ne détruise pas la source réelle de notre talent, qui est inconsciente. 
C’était ma théorie du moment.