Fiscalité et changement

« Les ressources fiscales des collectivités locales sont largement basées sur les logiques dont elles prétendent s’extraire. » (Article sur la fiscalité locale.)

Curieuse forme de résistance au changement. La fiscalité contrarie les politiques « officielles » du pays.

De l’intérêt du Jacobinisme ? La France s’est construite sur des projets de société cohérents.

En tous cas, après quelques années folles, il serait peut être temps de se demander, tous ensemble, ce que l’on veut faire, et comment on y parvient…

La dette de l'Etat et la prospérité de l'entreprise

La France empile des dettes. Un jour il va falloir s’en occuper. Comment ? L’impôt ! 

Et s’il produisait un cercle vicieux ? Appauvrissant le consommateur, et faisant perdre sa compétitivité à l’entreprise. Et produisant toujours moins de capacité à payer l’impôt et donc toujours plus d’impôts ?

Pour qu’il ne soit pas pire que le mal, il faut que nos entreprises trouvent le moyen de dégager de bien meilleurs résultats, de gagner sérieusement en performance. Face à l’épidémie, et qui nous dit qu’elle est la dernière ?, l’entreprise compte autant, voire plus, que notre système de santé. 

Voici une réalité que nous avions oubliée. Une leçon du virus. 

Le socialisme c'est la redistribution ?

Dans un débat sur l’impôt, quelqu’un, qui se présentait comme « philosophe », expliquait que notre système politique était socialiste, sans le dire. L’impôt, c’était le vol. La redistribution était contre nature.

Idée intéressante. Il y a un évident manque de proportion entre ce que l’on gagne, et l’effort que l’on fait, voire la contribution que l’on apporte à la société. Même dans le domaine de l’entreprise, un petit patron est un quasi smicard, alors que le salaire d’un PDG salarié représente le chiffre d’affaires de dizaines de PME. D’ailleurs, il y a très peu d’entrepreneurs qui réussissent. Et lorsqu’ils arrivent à quelque-chose, c’est souvent la seconde génération (les Arnaud et les Pinault) qui deviennent très riches, ou leurs héritiers, qui ne sont que des rentiers. Il faudrait aussi se demander si le crime ne paie pas.

Le mécanisme de répartition monétaire étant déréglé, il semble donc dans notre intérêt collectif que l’on mette en place un système de redistribution, qui le corrige. Et ce que l’on se place sur le plan de la justice ou de l’efficacité (des gens très utiles sont peut-être en train de crever de faim, ou n’ont pas les moyens d’exprimer leur talent).

Crédit impôt recherche : hold up du siècle ?

Le Crédit Impôt Recherche. Changement raté pour cause systémique ? 
Il a, au moins, un objectif, créer 18 à 25000 emplois dans la recherche en 10 ans. Mais le CIR, qui coûte 6md par an, n’a pas les effets escomptés. Gigantesque détournement de fonds publics ? Une part importante (20%) va vers des organismes qui aident à obtenir le dit crédit. Ensuite, on a massivement requalifié certains intitulés de postes pour se rendre éligible au CIR. Enfin, les, très grandes, entreprises qui en ont été les grandes bénéficiaires ont réduit leur investissement en recherche et développement ! Et beaucoup d’autres bénéficiaires ont des activités qui ne sont pas compatibles avec la recherche. 
Depuis que j’ai découvert le CIR, je ne crois pas qu’il vise à aider la recherche. Le mot « recherche » me semble plutôt là pour faire accepter le changement. La motivation de la mesure est, probablement, de donner de l’argent aux entreprises. Et ce parce que l’entreprises crée. Plus elle aura de moyens, plus l’économie sera prospère. Pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ? Parce que le monde n’est pas tel que le voit le QI négatif. Comme le disait encore cette semaine The Economist, les entreprises sont en phase d’auto destruction. Elles font monter la valeur de leurs actions en les achetant, et en fusionnant, de façon à produire des synergies. L’entreprise ne trouve pas des usages productifs à l’argent qu’on lui donne. Elle le distribue à ses actionnaires. Et si c’était cet état d’esprit qui devait changer ?

Allocations familiales

Le gouvernement veut faire varier le montant d’allocations familiales en fonction des revenus. A droite et à gauche, les hommes politiques s’opposent à la mesure. Bonne ou mauvaise mesure ?
  • C’est une spirale dangereuse disent les politiques. D’ordinaire c’est un argument qui m’agrée. Mais là, j’ai du mal à comprendre de quoi il s’agit. Les impôts me semblent aussi modulés en fonction des revenus, et personne n’y voit rien à redire. Mais j’ai peut-être raté quelque chose. En fait, j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi on donnerait de l’argent à des gens qui ont des revenus élevés, pour l’entretien de leurs enfants. D’autant que les sommes sont ridicules en comparaison avec ce qu’ils gagnent. 
  • Efficacité économique. On nous dit qu’il faudrait une relance. Là, c’est le contraire. Certes. Mais puisque tout le monde veut faire des économies, y a-t-il d’autres idées plus efficaces ? 

Le gouvernement taxe l'épargnant

L’autre jour j’ai lu que le gouvernement avait décidé de taxer rétroactivement l’épargne. Notamment PEA et assurance vie. Visiblement, sa stratégie c’est l’imposition. Et l’imposition de quelqu’un qui ne peut pas se défendre. Le riche s’étant révélé trop fort, on est contraint de se rabattre sur celui qui n’a pas de pouvoir ? Le petit épargnant ? Celui qui investit dans l’économie (PEA), et qui constitue la retraite que ne pourra pas lui offrir l’Etat, en dépit de ses promesses (Assurance vie) ?

Mais cela semble tout de même suicidaire. Les gains attendus sont faibles (600m) au regard de l’ampleur du déficit public, et du mécontentement que cela peut susciter chez le petit électeur. Et surtout des dégâts que cela peut faire à la parole de l’Etat. Comme le répètent mes livres, honnêteté et compétence sont la loi de la communication. Le gouvernement fait coup double ? Ou bien illustre-t-il ce que je disais de ma voiture : elle est si cabossée que les chocs ne peuvent que l’arranger ?

Gouvernement aux abois ? Le plus terrible dans l’affaire est peut-être ce que cela révèle sur ceux qui l’entourent. Après tout notre haute administration est l’élite de l’élite. Et pourtant son encéphalogramme est plat. Sélection sur l’incapacité de penser ? Notre élite est-elle abrutie par son éducation ?…

Crédit impôt recherche : changement raté ?

Le Crédit Impôt Recherche pourrait être victime de la rigueur. Il coûte cher à l’Etat et a connu une brutale inflation : de 1,8md en 2006 à 5,8md en 2013. (Je découvre qu’il est ancien : il aurait été créé en 1983.)

Je me demande si ce n’est pas un exemple de changement raté. En effet, on me dit que c’était un moyen d’abaisser les charges sociales. Ce qui ne m’étonne pas, car j’avais déjà noté que la stratégie de M.Sarkozy était d’attribuer de l’argent aux entreprises, sans que l’on s’en rende compte. Mais, comme le disait aussi une étude sur son art du changement, la manœuvre tend à rater, souvent parce que ceux à qui elle devrait profiter n’ont pas compris son intention. Toujours est-il que l’argent n’aurait pas eu un emploi très productif.

  • Il y aurait eu fraude massive (?).
  • De grandes entreprises ne l’auraient pas utilisé dans un but d’investissement. Par exemple, je discutais il y a peu avec quelqu’un qui, parce qu’il s’ennuyait, s’est penché sur le CIR, a fait une demande, et a fait gagner à son entreprise 20m par an. Argent dont elle n’a pas besoin.
  • J’ai observé, dans au moins quelques cas, que le CIR passe de la petite entreprise à la grande, par le biais des appels d’offres. En effet, le donneur d’ordre tend à laisser une marge nulle au fournisseur. Toutes les subventions que reçoit ce dernier passent donc au premier. 

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? L’Allemagne dirige l’Europe

« Les Allemands ont une vision biaisée de la crise de l’euro (« elle est due à des défaillances des économies de la périphérie »), une interprétation incomplète de leur succès économique (« on a réussi parce qu’on s’est serré la ceinture ») et une conscience limitée des liens entre leur économie et les autres (« l’Allemagne doit être protégée du désordre extérieur »). » The Economist dresse un portrait inquiétant d’une Allemagne autiste. C’est un pays qui souffre. Où le travailleur est pauvre, et l’entreprise riche. Il s’est imposé la rigueur. Et il pense que c’est la solution aux problèmes de l’Europe. Mais il se trompe sur toute la ligne. Il doit son succès en grande partie à la chance (« fabriquer les bonnes choses au bon moment », un euro faible, et avoir laissé filer son déficit, sans respecter le traité de Maastricht…), et les décisions unilatérales qu’il prend, comme sa politique énergétique ou le réinvestissement désastreux de ses surplus, sont des échecs et peuvent avoir des conséquences déplorables sur l’Europe. Un espoir tout de même : le pays vieillit vite, il devra absorber une grosse immigration. Cela le forcera à transformer les principes même de sa société, qui sont aujourd’hui une forme de ségrégation. A noter que la courbe des salaires allemande (plate) semble se distinguer de celle de toutes les nations occidentales, pas uniquement de celles d’Europe du sud. Dumping social ?
Chaque peuple a ses obsessions. Les Allemands s’opposent à la BCE, qui distribue leur argent. La France s’inquiète de son « exception culturelle ». The Economist s’étonne d’un comportement « suicidaire ». Apparemment, « la menace principale vient d’Internet et du développement des services de vidéo à la demande ».
La Turquie aurait une curieuse interprétation de la démocratie : la minorité n’a aucun droit. Le style de M.Erdoggan est le passage en force. Et il va continuer sur cette ligne. Il faut espérer qu’il ne laissera pas ses partisans écraser les mécontents.
Au Japon, la montagne promise par le premier ministre accouche d’une souris. Les réformes attendues ne sont pas annoncées. Peut-être après les élections ? Mais la résistance au changement semble forte au sein de son parti.
La Chine va-t-elle intervenir au Mali ? Elle aimerait cultiver une image de coopérant pacifique.
La banque fédérale américaine parle de réduire ses achats de dette américaine,  l’argent qui était allé s’investir dans les pays émergents (4000md$ depuis 2009) pourrait être rapatrié. De ce fait, les émergents vont traverser des moments difficiles, mais un désastre majeur n’est pas à attendre. (Le moteur de leur économie doit passer de la consommation tirée par un crédit facile, à l’exportation.)
En dépit du gaz de schiste américain, le prix du pétrole est élevé. Ce serait l’Arabie Saoudite qui jouerait les régulateurs. Il y aurait peu d’espoirs que les prix baissent à terme.
L’Angleterre est devenue le champion de la lutte contre l’évasion fiscale. Le G8 aurait adopté une nouvelle stratégie « mettre sa maison en ordre ». Ce qui semble signifier la transformation de son système d’imposition des entreprises « qui remonte à l’époque ou les actifs principaux des entreprises étaient fixes ». En dépit de l’émergence d’un consensus sur le sujet, les obstacles sont formidables. A commencer par l’empilage de sociétés écrans qu’utilisent les entreprises, et la complaisance du Delaware et du Nevada.
L’Amérique, PRISM et l’espionnage des données Internet. Comme d’habitude, elle respecte la lettre pour trahir l’esprit. L’espionnage porterait principalement sur les « métadonnées » (pas le contenu du message, mais des informations sur l’échange en lui-même). Elles étaient mal protégées par une réglementation qui remonte à l’époque du téléphone fixe. En outre, les entreprises d’Internet emploient apparemment des personnels de l’Etat, qui ne leur rendent pas de comptes. Ce qui leur permet de protester de leur innocence. L’affaire montre aussi les liens étroits entre les services d’espionnage et les entreprises privées. On passe aisément des uns aux autres. (J’imagine qu’outre de belles carrières on doit aussi y faire de belles fortunes.) Avantage du scandale : les entreprises découvrent qu’elles sont espionnées (par l’Etat américain !). Voilà qui est bon pour les consultants !
Google achète Waze. Surtout, pour le retirer des pattes de ses concurrents ? Le streaming a le vent en poupe (écouter de la musique que l’on choisit, sans l’acheter). Solidement installé dans sa nouvelle stratégie d’iMitation, Apple le propose, après tout le monde. Menace pour iTunes ? Ou pour les radios ? L’autoradio serait le prochain client du streaming.
Le câble de carbone allège l’ascenseur et permet de construire des immeubles de plus de mille mètres, et de relier les satellites à la terre. Ascenseur pour les étoiles.

La Birmanie s'ouvre au monde, et l'Europe est toujours aussi désespérante

The Economist encourage M.Obama à réformer ses régimes sociaux. Il propose des mesures qui dépassent mon entendement limité. Mais il me semble qu’il sera difficile de réformer à un moment où les finances des USA semblent s’améliorer miraculeusement.
En Europe, comme d’habitude, tout va mal. L’Espagne est dans une mauvaise passe. Elle a pourtant réformé ferme et l’électorat se laisse faire. Elle commence même à attirer les entreprises d’autres nations de l’UE. Mais elle dépend de ses exportations dont deux tiers vont vers une euro-zone en pleine dépression. The Economist voudrait plus de réformes. Mais cela va être difficile à avaler. The Economist a enfin compris la ligne directrice de M.Hollande : l’ambiguïté. (Il ne lui reste plus qu’à lire Hannah Arendt.) En tout cas, le journal est inquiet pour la France qui « pourrait couler l’Europe ». L’Europe, aurait, comme l’Espagne, besoin de réformes, mais « les gouvernements ont dépensé tellement de capital politique à promouvoir l’austérité, qu’ils pourraient être trop affaiblis pour libéraliser leurs économies ». « L’infortuné » M.Hollande a peut être raison : « il serait erroné de penser que l’euro peut survivre sans un plus important partage de risques ». Mais l’opinion de la France ne pèse pas lourd, ces temps-ci.
L’économie anglaise irait apparemment un petit peu mieux. Ce qui permettrait de réutiliser la planche à billets sans effet adverse.
La Birmanie s’ouvre brutalement au monde, après un demi-siècle d’isolement. C’est un (des rares) succès pour la politique asiatique de M.Obama. Le pays pourrait profiter d’une situation géostratégique exceptionnelle (entre l’Inde et la Chine, notamment). Mais il est constitué d’une multitude d’ethnies. Ce qui le rend extrêmement fragile. Cela explique peut-être l’importance que l’armée a joué dans son gouvernement. Elle était nécessaire pour le conserver en une seule pièce. On se prépare à négocier avec M.Assad. Car on a peur que les islamistes profitent de sa chute. Mais l’armée de M.Assad ayant l’avantage, il n’a pas grand intérêt à lâcher quoi que ce soit. Ce qui inciterait l’Angleterre et la France à donner des armes à ses opposants. L’Amérique chercherait, elle, à gagner du temps. « Mais pour quoi ? »
Les grandes entreprises vont-elles payer plus d’impôts ? On en parle beaucoup, les « entreprises américaines ont amassé de l’ordre de 1900 md$ à l’étranger, protégés du percepteur américain »,  mais il y a peu de chances que cela se fasse. Les intérêts de pays comme la Grande Bretagne, l’Irlande ou le Luxembourg s’y opposent. Yahoo achète 1,1md$ Tumblr, qui gagne 13m$. Ce type d’acquisitions devrait se multiplier : « les géants du Web nagent dans l’argent ». C’est aussi le cas dans d’autres secteurs. Et c’est pour cela que les fonds d’investissement « activistes », se préparent à lancer l’assaut.
Il n’y a pas que les Chinois qui utilisent Internet pour l’espionnage industriel. L’Inde, et bien d’autres, s’y mettent. Pour vendre des armes, il faut proposer à l’acheteur des projets qui aident son économie. Curieusement, ce serait une forme de subvention déguisée à certains secteurs du pays acheteur que le dit pays paierait au prix fort. La pratique aurait son origine aux USA. « Ils avaient forcé l’Allemagne à acheter des armes américaines pour compenser le coût du stationnement de troupes en Europe ». Elle aurait de beaux jours devant elles. En effet, les industries de l’armement de l’UE et des USA ont besoin de nouveaux marchés.
Il semble que l’on puisse corréler les mots que nous employons avec les caractéristiques de notre comportement. Une bonne nouvelle pour le marketing. Ces temps-ci la recherche découvre que l’être est un écosystème. Dans cet épisode on apprend que certains virus peuvent constituer une sorte de système immunitaire. 

M.Hollande ou l’art du non agir ?

La France reprochait au gouvernement son manque d’activité. M.Hollande contrattaque : il augmente les impôts. J’imagine que le Français est satisfait : il a eu ce qu’il voulait.
C’est une bonne idée d’imposer loin des élections. Si la mesure fonctionne, sa douleur aura été oubliée au moment de voter. Les maires agissent ainsi : ils veillent à ce que le chaos produit par la construction des lignes de tram soit oublié au moment des municipales. Autre tactique : mesures exceptionnelles (imposition à 75%). Cela semble obéir à une nouvelle mode : le prélèvement unique, qui a l’avantage de ne pas pousser ses victimes à quitter le pays.
Malheureusement, en France, les mesures exceptionnelles ne le sont jamais longtemps. La CSG, qui serait à nouveau sollicitée, est passée entre Rocard et Jospin de 1,1% à 7,5%, à quoi il faut ajouter la CRDS (0,5%). Curieusement, on nous dit que ces impôts sont « justes », parce qu’ils touchent tous les revenus. Pourtant, ils ne sont guère progressifs… (Ils me semblent même ressembler à la poll tax de Mme Thatcher.)
Par ailleurs, le gouvernement parle d’un mystérieux contrat de génération, dont la mise en œuvre est nébuleuse. Le serpent de mer de la flexisécuritéémerge à nouveau. Là aussi les aspects pratiques de la question ne sont pas évoqués.
Que penser de tout ceci ? Que M.Hollande est un praticien du wuwei chinois, l’art du non agir ? C’est un expert de la mesure qui décontenance l’opinion, et qui ne suscite aucune résistance ? Mais une telle mesure est-elle efficace, quand elle n’attaque pas la cause structurelle des déséquilibres nationaux ? Cette cause, d’ailleurs, n’est-elle pas la grande facilité que nos gouvernements ont à dépenser l’argent public (ou à le prélever) ?