Conscience de l’impact

L’autre jour, j’ai fait une remarque désobligeante. J’ai reçu une liste d’exemples d’entreprises à « impact ». Ma réaction a été : le seul impact de ces entreprises est de donner bonne conscience à leurs fondateurs. (Celle qui semblait avoir le mieux réussi transportait des produits « équitables » à bord de voiliers. Ses fondateurs semblaient avoir trouvé un moyen de financer leur passion.)

L’argument selon lequel « si tout le monde fait comme moi, le monde changera » est idiot. Il y a très peu d’entrepreneurs. L’entrepreneur doit changer les choses en grand, pour le compte des autres. En conséquence, il doit partir de la fin, de « l’impact » qu’il veut avoir. Il doit être mondial.

En travaux

Quand j’ai vu apparaître les termes de « RSE » et « d’impact », j’ai pensé que c’était des modes.

La RSE, en particulier, a surgi dans la littérature de management anglo-saxonne. Sa raison d’être semblait provenir de ce que, dans un monde libéral, la société était entre les mains de l’entreprise. En conséquence de quoi, cette dernière devait avoir un code de conduite impeccable. (Ou, à l’envers : sans code de conduite, pas de libéralisme.)

J’avais peut-être tort. Tout ceci semble correspondre à une aspiration de la société. Et pas exclusivement des jeunes. La plupart d’entre-nous sont des Messieurs Jourdain de la RSE ou de l’impact !

Paradoxalement, si la croisade libérale a réussi quelque-chose, c’est de rendre l’entreprise omniprésente. L’entreprise, c’est la liberté, me dit-on.

Du coup, l’entreprise est l’agent du changement. Mais elle mène un changement peut-être fort peu libéral. Elle semble vouloir réaliser les « circuits courts » au sens véritable du terme : réinsérer l’homme dans la nature. Ce qui a une signification surprenante : remplacer le fossile par la production du vivant. Or, ce n’est pas qu’une question d’énergie renouvelable, mais aussi de chimie…

Le changement pourrait prendre un tour imprévu.

L'écologiste sauveur de l'industrie ?

Greta Thumberg, sainte Geneviève de l’industrie ? La jeunesse rêve « d’entrepreneuriat à impact (positif) ». Et cela signifie des projets industriels massifs. Et même un reengineering total de l’industrie. Il faut recycler les chaussures, les batteries, les panneaux solaires, les éoliennes, réinventer les teintures, la chimie, les transports, etc. 

Et elle attaque le sujet « façon licorne », à coups de levées en capital risque. D’ailleurs, même le crowdfunding se met soudainement à donner des résultats. 

Le potentiel est énorme et les fonds commencent à être intéressés. Mais, seulement, il se pose un problème : le jeune entrepreneur a tous les talents que n’avaient pas ses prédécesseurs industriels, seulement, il n’a pas leur savoir-faire. Des questions évidentes pour un industriel sont des montagnes pour le novice. A commencer par celles de la production…

Une idée ? La capitalisation d’un groupe comme Renault n’est qu’une fraction de celle d’une start up qui se respecte. Pourquoi les start up industrielles, avec leur capacité à lever des fonds, n’achèteraient-elles pas des industriels en place ? 

(Ce qu’écrivait Financial Times, le 3 avril dernier : Electric vehicle start-ups face their toughest challenge: making cars. Investors have bet heavily hoping to find the next Tesla, but many EV groups are struggling to make the production process work.)

Génération impact

La jeune génération rêve d’avoir un « impact ». Du moins celle qui appartient à la classe supérieure. 

Qu’entend-elle par là ? Faire du bien à l’humanité, à la nature, à la planète. Mais, pas n’importe comment. C’est la transition climatique ou la mission des ONG. 

S. Zweig raconte que la passion des jeunes de son âge a été la littérature, alors que celle de ceux qui les ont suivis était le football ! Et il aurait pu ajouter que, quelques-temps après, la jeunesse était hitlérienne.

Le jeune est extraordinairement sensible aux modes ! Encore incapable de penser par lui-même, il croît aux absolus ? (Ce qui est peut être la première étape de la pensée.) La jeunesse est un « fait social » dirait peut-être Durkheim. D’où le paradoxe du conflit de générations. Les jeunes affrontent les vieux avec les idées de ces derniers, que ceux-ci, en bons hypocrites, ne reconnaissent pas !

Pour autant, faut-il s’en moquer ? Cette aspiration à l’impact annonce peut être un homme nouveau. Petit enfant de 68 ? Il rompt avec la passivité du citoyen et du salarié gaullien ? Il aspire à penser et agir par lui-même ? Résultat inattendu de l’épidémie ?