Tactique Trump

M.Trump découvre que le programme Air force One, d’avion présidentiel, coûte 4md$. Il l’annule. On conteste. Il a raison. 
Et si M.Trump était l’image même de Sun Tzu ? Il a vu la faille de son adversaire : l’hypocrisie. Maintenant wu wei, non agir: tactique : Mr Smith au Sénat. L’homme du peuple qui arrive au pouvoir et qui y trouve partout la corruption. Il lui suffit de mettre au jour les petits arrangements de ses prédécesseurs démocrates, parti de la morale, pour les décridibiliser. Une fois qu’il aura réussi, il fera ce qu’il veut. Qui pourra lui jeter la première pierre ? Certainement pas la presse, démocrate.

Trump lâché par les siens

Cette fois-ci c’est l’hallali disait France Culture, parlant de M. Trump. Il a menacé Mme Clinton de la poursuivre pour une histoire d’email. Cela ne se fait pas lui a dit M.Bush. Imaginez que l’on me poursuive pour mes responsabilités dans la guerre d’Irak, quel manque d’éducation ! Cela ne se fait pas, non plus, en France, n’est-ce pas M.Sarkozy ? 
Le journaliste était surpris, aussi, que ce lâcher par la droite vienne si tard, alors que M.Trump avait dit des horreurs sur beaucoup de gens. Or, ce qu’a dit M.Trump en privé, c’est ce que bien des hommes disent en privé. Et que beaucoup font (DSK ?), en particulier chez les politiques dont la lubricité est bien connue. On peut le faire, mais à condition de ne pas le dire en public ? Comme au tant de la prohibition. Décidément, Clint Eastwood paraît avoir vu juste : ce qu’attaque M.Trump (par sa seule présence ?), c’est le « politiquement correct », l’hypocrisie (américaine). C’est-à-dire une identité fantasmée. Comme l’expliquent mes livres, c’est le meilleur moyen de se faire flinguer. Make my day, Mr Trump.

Myriam El Khomri

Myriam El Khomri est une potiche ? Tentant de le penser. Elle a un nom arabe (alors qu’elle est à moitié bretonne), c’est une femme, et elle est jeune. C’est idéal pour la composition d’un gouvernement.  Surtout, elle n’était pas armée pour porter la réforme du droit du travail. Avant son arrivée au gouvernement, elle était membre de l’équipe de Mme Hidalgo, à Paris. Il semble donc vraisemblable qu’elle ne peut être qu’une exécutante, juste bonne à prendre de mauvais coups. A commencer par donner son nom à une réforme que haïssent bon nombre de gens de gauche. Et peut-être elle-même, en un autre temps. Comme disent les anglo-saxons : expendable ? Voilà comment la gauche traite la « diversité » ?

Apprenons à aimer les Anglo-saxons

Ce blog est violemment anti Anglo-saxons. Probablement, il n’est pas seul dans son cas. Partout on leur reproche leur hypocrisie. Généralement en leur assimilant l’Occident.
Nous commettons tous la même erreur. Nous déduisons des actes des Anglo-saxons ce à quoi ils croient. Et donc leurs objectifs à long terme. En fait, le long terme n’existe pas pour eux. L’action n’est corrélée qu’à une intention à court terme. L’Anglo-saxon a des valeurs, à long terme, qui ne se déduisent pas de ses actes. Il ressemble à un voilier face au vent. Il tire des bords pour atteindre son objectif. Pour autant, cela ne signifie pas que son comportement soit sans danger. Il peut faire des bords trop longs et perdre le cap, ou s’échouer. Ou le cap peut être mauvais. Mais, les critiques qui lui sont faites sont infondées.
Voici la réflexion que je tire des changements d’avis de The Economist et de McKinsey

Et si l'hypocrisie (américaine) avait fait son temps ?

Apparemment, la France est sous une forte pression pour ne pas livrer de navires Mistral aux Russes. Pour une fois, la France ne feint pas les bons sentiments. M.Fabius explique que ces bateaux représentent beaucoup d’emplois.

Il aurait pu aussi dire que ses critiques devraient commencer par balayer devant leur porte. La Grande Bretagne est la terre d’adoption des oligarques russes. M.Obama fait voter une loi qui lève la plupart des restrictions sur l’exportation de matériel militaire. Nos bateaux ne seraient pas équipés d’armements et auraient des coques civiles, une tactique qu’utilise l’armement allemand pour contourner les embargos.

Mais cela aurait été grossier.

Et si c’était une tactique efficace ? Au jeu de l’hypocrisie les USA (i.e. softpower), ou l’Allemagne seront toujours meilleurs que nous, abandonnons-le ? Reconnaissons nos faiblesses, nous sommes un pays insignifiant et pauvre, et faisons en des forces ?

Le pharisaïsme de l'individualiste

Histoire racontée par une étudiante :

Il y a quelques années, le Directeur Financier de l’entreprise (qui est aujourd’hui Directeur des Ressources Humaines) avait remarqué que le nombre de « fils/filles de… » embauchés en contrat saisonnier était très important. Suite à ce constat, il avait écrit un mail presque incendiaire à tous les collaborateurs en avançant, certainement en d’autres termes, que l’entreprise n’était pas une garderie et que ce genre de pratiques était à limiter, voire même à bannir. Quelques années plus tard, un constat s’impose : cinq de ses sept enfants ont travaillé au siège.

Cela rappelle une aventure de Nicolas Sarkozy. Il appuyait la candidature d’un de ses rejetons, encore étudiant, à une fonction prestigieuse, alors qu’au même moment, il faisait un discours sur l’élitisme républicain. 
Une de mes théories est que l’homme est naturellement hypocrite. C’est à dire qu’il est capable de suivre des lois incohérentes. Une autre possibilité est le « pharisaïsme », propre aux peuples nordiques, et à l’individualiste. Son principe est que l’individu a raison, par principe. Autrement dit il est guidé par son intérêt immédiat. Ce que l’Ancien régime appelait « son bon plaisir ». Et cela est bon qu’il en soit ainsi.  Pour atteindre ses objectifs, il utilise le langage comme arme. Il construit donc des raisonnements apparemment rationnels. Autrement dit des « sophismes ». 

L'Ukraine enrichit l'Amérique ?

Il faut sauver l’Europe de sa dépendance au gaz russe. Il faut l’approvisionner en gaz américain et irakien. Voilà le message qu’envoie de plus en plus la presse anglo-saxonne (UK urges EU to cut energy reliance on Russia, dit le Financial Times.)

La crise ukrainienne ne pourrait-elle pas tourner en une magnifique action commerciale anglo-saxonne ? S’emparer du marché de l’énergie européen, cela doit rapporter beaucoup, non ? Ne serait-il pas dans l’intérêt de l’Europe d’amener M.Poutine à arrêter de se comporter comme un irresponsable ? (Ce qui est peut être le jeu de Mme Merkel.)

La sélection naturelle aurait-elle voulu la schizophrénie ?

Un sous-produit de ma tentative de compréhension de notre modèle de société est la réhabilitation de la schizophrénie :

A l’origine était Bateson
Bateson a une théorie fameuse concernant la schizophrénie. L’injonction paradoxale. Le cas type est la relation mère, enfant. La mère place l’enfant, qui ne peut pas s’échapper, dans une situation irrationnelle. Par exemple elle lui dit à la fois qu’elle l’aime, tout en le repoussant. L’enfant s’adapte rationnellement en devenant irrationnel, schizophrène.
Hypocrisie et schizophrénie
J’ai toujours interprété Tartuffe comme croyant à ce qu’il disait. Quand il se dit dévot, il se croit dévot, il n’est pas conscient de tromper. Il refuse (inconsciemment) de se voir tel qu’il est. Le psychologue Robert Trivers semble m’approuver. Il observe que, pour mentir efficacement, il faut croire à son mensonge. C’est pour cela que l’hypocrisie me paraît une forme de schizophrénie. Un dédoublement de la personnalité.
La sélection naturelle et la schizophrénie
Perfide Albion, « langue fourchue » dit l’Indien du cowboy… l’hypocrisie est une caractéristique culturelle de l’Anglo-saxon. C’est un atout, puisque, si vous le croyez, il vous dévalise. L’hypocrisie anglo-saxonne a le même rôle que l’aspect de certains animaux qui trompent leurs proies. C’est pour cela qu’il me semble que la schizophrénie résulte de la sélection naturelle.
Il est possible, d’ailleurs, que l’équilibre mental de l’Anglo-saxon soit relativement solide. En effet, il pense que la fin justifie les moyens. Puisque sa cause est juste, toutes les tactiques sont bonnes pour gagner. Sa réussite sera d’ailleurs la preuve de l’approbation divine.
(Cependant, l’hypocrisie n’est pas une arme absolue. Phénomène de « dissonance cognitive » : l’hypocrite a une faille, il ne peut pas supporter d’être mis en face de ses contradictions.)

Schizophrénie et créativité
Il est aussi possible qu’une forme de schizophrénie soit favorable à la créativité. Une des grandes idées grecques est celle de la dialectique : une pensée qui se construit par contradictions. Peut-être qu’être un tantinet schizophrène permet de vivre avec de telles contradictions, le temps nécessaire pour leur trouver une solution ?

La schizophrénie est bonne pour la société
En poussant ce raisonnement, j’aboutis à une idée qui court de Machiavel à Adam Smith : c’est en faisant le mal que l’on fait le bien. Les médecins de Molière, par exemple, furent la pub de la médecine à une époque où elle n’avait rien de séduisant. Peut-être que, sans eux, elle n’aurait pas survécu ? De même les droits de l’homme sont la meilleure arme commerciale des Anglo-saxons. Mais, eux, refusent qu’ils les contraignent (c’est une raison, par exemple, du retrait de l’Angleterre de l’UE). Conséquence imprévue : les droits de l’homme ont gagné le monde.
Un épisode fameux est raconté par E.P Thomson (THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966). L’Angleterre est le berceau des droits de l’homme. Mais homme, en anglais, signifie possédant. La France du 18ème siècle s’est méprise. Elle a cru que le principe était universel. A la nouvelle de notre Révolution, la classe supérieure britannique a pris peur. Cette erreur de traduction pouvait avoir des conséquences terribles. Elle a décrété l’état d’urgence. Pour que le peuple ne soit pas contaminé par la peste égalitaire, elle l’a divisé pour régner. En dissolvant la communauté traditionnelle, elle a inventé le prolo (la classe ouvrière), et fait la fortune de Dickens. Mais il était trop tard. Le bien était fait.

La schizophrénie comme pathologie
Question finale. N’est-il pas exagéré de parler de schizophrénie pour tous ces phénomènes ? Et si, comme beaucoup de maladies, la schizophrénie, en tant que telle, était un cas limite d’une caractéristique favorable à la société ? Accepter la contradiction ?

Cahuzac : n'avoue jamais…

Les informations m’apprennent que M.Cahuzac a avoué. Voilà son crime semble-t-il. Personne ne l’avait fait avant lui. Du coup, le gouvernement est dans la panade.

Suis-je le seul à ne pas être choqué ? Non seulement je suis à peu près certain que M.Cahuzac n’est pas le seul politique à faire des entorses à la loi, mais la plupart des Français lui ressemblent. J’entendais l’autre jour un interviewé de France Culture dire d’ailleurs que le gros des fraudes ne passe pas par les paradis fiscaux mais pas la petite entourloupe de type non déclaration de TVA.

Si cette affaire révèle quelque-chose, c’est à quel point notre société est hypocrite ?

La société idéale selon The Economist

Quelque chose m’a toujours frappé dans The Economist : la publicité que l’on y trouve. Elle décrit la façon dont ses lecteurs conçoivent le monde.

L’étonnant n’est pas tellement que l’on y vende des propriétés qui ont une dizaine de salles de bains (dans une métropole). C’est plutôt l’image de la famille qu’elle donne. La femme est au foyer. Elle est très belle, mais bête. On propose de l’assurer : que fera-t-elle si le chef de famille vient à disparaître ? Quant au fils, il héritera de son père, qui « construit une dynastie » (et lui lègue sa montre).

Tout ceci dans une culture bobo bling-bling. Publicité pour montres, sacs Vuitton et palaces sans âme, généralement faite par des artistes de gauche, représentés dans la nature sauvage. Car le riche a quelque chose que nous n’avons pas. Il se voit bohème. Il se donne les moyens de réaliser ses rêves, par exemple de passer une nuit dans (ce qui reste de) la canopée amazonienne.

C’est fascinant. Les valeurs des lecteurs de The Economist sont exactement celles que le journal veut détruire chez les autres : la femme au foyer, l’héritier, l’oisiveté, la nature vierge… Le plus curieux est peut être la publicité de la canopée : le riche rêve de la vie de ceux qu’il sacrifie à sa fortune.