Décarbonation : désastre écologique ?

Que signifient les alternatives à l’énergie carbonée ? Résoudre des problèmes extrêmement complexes. 

À basse pression, l’hydrogène « fragilise » les métaux comme l’acier d’une manière que nous découvrons encore après un siècle et demi de recherche. À des températures et des pressions plus élevées, l’hydrogène « attaque » l’acier. Les minuscules atomes ou ions d’hydrogène trouvent leur chemin à travers les joints et les soudures. Pour maintenir les canalisations d’hydrogène sous pression, il faut plusieurs étages de compresseurs de plus que pour le gaz naturel. Et le déplacement du sol ou les tremblements de terre pourraient avoir des effets graves sur ce pipeline en acier fragilisé. 

En outre, à moins que les catalyseurs de piles à combustible de laboratoires puissent être rapidement adaptés à une industrie de masse, l’économie de l’hydrogène sera plus dépendante du platine d’Afrique australe que l’industrie pétrolière ne l’a jamais été des gisements du Golfe. Même sans dépendance au platine, nous devrons comprimer en quelques années l’équivalent de plusieurs générations d’ajouts à notre infrastructure de production de métaux.

Et une dépendance vis-à-vis de certains métaux, à un moment où l’extraction perd en productivité. Ce qui pose beaucoup de difficultés, techniques, économiques, politiques et environnementales. Ces goulots d’étranglement du changement peuvent décaler tous les plans d’une décennie. (Un article du FT.)

Irons-nous éternellement de Charybde en Scylla ? 

La prochaine bulle sera à hydrogène ?

« Nikola a un projet de production de camions à moteur électrique et à hydrogène. Il n’en a pas encore fabriqué ni vendu un seul, mais, entre avril et aujourd’hui, les investisseurs ont propulsé sa capitalisation boursière à près de 15 milliards de dollars. » (Financial Times.)

Bulle spéculative ? Le moteur à hydrogène, avant qu’il soit un succès, demande des investissements énormes, dit l’article. Mais il n’y a pas d’obstacle technique. Apparemment, c’est une question de baisse de coût et d’équipement des routes.

Surtout, l’hydrogène aurait un avantage sur la batterie pour les poids lourds. Et, nouvelle, on envisage, de développer des voies spéciales pour camion autonome (ce qui éliminerait les difficultés qui gênent l’intelligence artificielle).

(Pour mémoire : la capitalisation de Renault est de 7Md€. Nikola, qui n’est qu’une idée, vaut deux fois plus qu’une société qui a 120 ans et l’expérience qui va avec, et vend 3 millions de voitures par an.)

Système D : les raisons de son invention

Brutalement, l’hydrogène crée l’agitation. Carburant de demain ? Ecologique de surcroît ? Mieux que la batterie ? J’enquête, mais pour le moment rien n’est clair (article) : on avance péremptoirement que la batterie électrique serait adaptée aux courtes distances, l’hydrogène aux longues. On annonce des coûts qui, à mon avis, ne veulent rien dire puisque si l’on concentre nos moyens sur eux, ont les réduira à quasiment rien, comme on l’a fait quand cela en a valu la peine (et que l’on n’a pas laissé agir les « forces du marché », comme avec le solaire). Et on ne parle pas des réels enjeux écologiques : savons-nous ou saurons-nous recycler le matériel nécessaire (ce qui est un problème majeur pour les batteries au lithium, les éoliennes et les panneaux solaires) ?

Mais surtout pourquoi cet engouement ? Un moyen d’aspirer l’économie en période de crise ?

Et là, un détail qui laisse rêveur : l’Allemagne investit 9 milliards, la France 100 millions. C’est probablement tout ce que l’on a. Peuple de charlots ?

(Cela me rappelle un film avec Belmondo et David Niven, Le cerveau, où l’on voit le cambrioleur français tenter le casse du siècle avec des boules puantes…)

La bataille de l'hydrogène

Après la bataille de l’eau lourde, celle de l’hydrogène « vert » (ou « décarboné ») ? Politico, lundi dernier, disait que l’Europe voulait devenir un champion mondial dans ce domaine.

De quoi s’agit-il ? ai-je demandé à l’IFPEN. Réponse ici.

L’hydrogène est généralement extrait du gaz, il n’est donc pas vert. L’hydrogène décarboné est produit par électrolyse. Ce qui permet d’utiliser l’électricité générée en période de creux. C’est un moyen, donc, de stocker de l’énergie. Ensuite, cet hydrogène a plusieurs usages, dont les « piles à combustible », qui pourraient rendre obsolète Tesla.

Pour le moment, il coûterait cher à produire.

L’hydrogène pourrait répondre à deux enjeux essentiels de la transition énergétique : 

Décarboner le secteur des transports. 

  • Les véhicules électriques équipés d’une pile à combustible (PAC) transforment l’hydrogène en électricité et en vapeur d’eau : mais cette solution n’est favorable en termes environnemental que si l’hydrogène est produit à partir de sources décarbonées, 
  • l’hydrogène présente des avantages par rapport aux batteries, en termes d’autonomie (500 à 700 km) et de temps de recharge (< 5 mn).

Pallier la variabilité de la production de certaines énergies renouvelables avec la possibilité de stocker l’hydrogène : 

  • l’hydrogène est produit par électrolyse de l’eau en utilisant les excédents de la production électrique, éolienne et photovoltaïque notamment, 
  • l’hydrogène ainsi produit peut être stocké puis reconverti en électricité,
  • le stockage est envisagé principalement en cavité saline.

PS. L’aéronautique, aussi, serait concernée :