Autonomy ou les risques de la spéculation ?

L’Etat américain attaque le vendeur d’un éditeur de logiciel. L’homme est anglais. Il a vendu Autonomy à HP, pour 11md$. C’était en 2011. Depuis, HP affirme avoir été trompé sur la marchandise.

En jeu, outre une amende, vingt ans de prison… Cette nouvelle est un précédent. Elle montre l’agressivité des USA, qui font une affaire d’Etat d’une question privée, étrangère. (En outre, la justice anglaise s’est jugée incompétente.) Ensuite ce pourrait être la remise en cause de petits arrangements entre amis. Car l’engouement pour les modes du moment, Big data, IA et autres block chains, est spéculatif. La plupart des vedettes d’hier ne sont plus rien. Mais elles ont fait beaucoup d’heureux. Les perdants, les acquéreurs en dernière instance, tels HP, ne se vantent pas de leur infortune. Elle a d’ailleurs fait la carrière d’un dirigeant. En outre, il est difficile d’affirmer que l’acquéreur a été abusé : il est mieux équipé en compétences et en avocats que l’acquisition.

Morale ? Non seulement les acquéreurs-entreprises pourraient attaquer les vendeurs, avec des moyens  démesurés, mais les multiples violentes chutes de cours post introduction en bourse pourraient devenir l’objet de recours en justice. C’est une menace pour l’entrepreneur mais surtout pour toute l’industrie financière. La « fausse économie » entre-t-elle dans l’ère glaciaire ?

Chaos, principe du capitalisme de marché ?

Irak. L’intervention américaine a donné l’Irak à des intérêts particuliers. D’où révolte du peuple. D’où terreau pour Al Qaeda. Europe. Mme Merkel a besoin de l’Angleterre pour faire pièce à la France et bâtir une Europe libérale. L’irresponsabilité de M.Cameron ne lui facilite pas la tâche. Alors, elle temporise. Avec le temps, on peut faire avaler n’importe quoi aux uns et aux autres. D’ailleurs, tout va bien en Allemagne. Le marché européen redevient porteur, la baisse de l’euro favorise les exportations, le marché domestique consomme. Le capitalisme de marché a vaincu l’Italie ? Mediobanca avait des participations dans les très grandes entreprises. Mission de reconstruction donnée en 46. Aujourd’hui, elle se retire. C’est le marché financier qui la remplace. Il en est de même dans la PME. Là, c’est un capitalisme familial qui disparaît. Ukraine. Le peuple veut nettoyer la corruption oligarchique. Mais les mêmes sont à la tête du pays. Les USA désertent Israël. Reste l’Europe. Mais l’Europe est un chaos confus. Aux USA, les Républicains vont reprendre le pouvoir. Cependant, le peuple s’en méfie. La faute à Bush. Il a fait l’envers de ce qu’il avait promis.
Le régulateur américain mène une croisade contre le financement par les banques internationales des ennemis des USA. Pour cela, il va au-delà de l’esprit des lois et inflige des peines terrifiantes. Résultat : les banques, par prudence, ne font plus d’affaires avec les pays qui auraient le plus besoin de leurs services. Le petit investisseur est bien meilleur que le grand analyste. Et cela parce qu’il a moins de pression à la conformité. Innovation chez les fonds d’investissement. Plutôt que d’acheter des entreprises, ils les reconstruisent de zéro. Les vieilles industries innovent. La destruction créatrice ne les liquide pas (cf. montres, stylos, voiliers, vêtements traditionnels, livres…). Elle en fait des niches hyper rentables et innovantes. Destruction créatrice de HP ? HP cherche de nouvelles idées pour renouveler des affaires qui vont mal. Pour l’instant, la seule certitude, c’est que 50.000 personnes ont été licenciées. Bataille de la batterie. Par l’effet d’échelle on veut abaisser massivement son coût. Destruction créatrice de l’automobile. Cependant, une grosse partie de ce coût est de la matière…
Football. La nature d’une société influe sur le succès du penalty. L’anxiété de l’échec est insoutenable pour l’individualiste. 

Vieux démons occidentaux, guerre en Palestine et espoir au Mexique

The Economist voit le conflit Israélo-palestinien sous un angle inhabituel. La politique belliciste de M. Netanyahou a réussi. Israël se porte mieux, et ne reçoit quasiment plus de missiles. Le pouvoir de nuisance de l’Iran baisse depuis les troubles en Syrie. Parce que le Hamas a pris le côté de l’opposition syrienne, et que le chemin vers le Hezbollah est coupé. Et les nouvelles démocraties arabes sont trop préoccupées par leurs problèmes pour aider la Palestine. Mais, le Hamas pourrait avoir le temps pour lui, d’autant qu’il sera difficile, pour Israël, de maintenir une enclave palestinienne privée de droits au sein d’une région devenue démocratique. Bon moment pour un changement ?

Le Mexique aussi se transforme. Les Chinois devenant chers, les industries qui veulent alimenter les USA s’installent chez lui. D’où croissance forte, arrêt de l’émigration. Mais aussi baisse du taux de fécondité (au dessous de celui des USA, dans dix ans). Malheureusement, le parti gouvernemental serait corrompu.
La faille de la démocratie américaine est l’argent. Beaucoup de fonctions y étant électives, et se faire élire demandant beaucoup d’argent, ceux qui en ont, ont le pouvoir de faire la pluie et le beau temps. A mon avis, c’est surtout préoccupant en ce qui concerne la justice. Quant à l’élection présidentielle, les deux partis s’équilibrent. (Bien qu’ils doivent tout de même se plier aux désirs des gros donateurs.)

Europe de l’Ouest. La Catalogne va-t-elle quitter l’Espagne. Pour l’éviter, le pays pourrait devenir plus ou moins fédéral. Mais je n’ai pas compris en quoi cela résoudrait les problèmes économiques de l’ensemble. En Italie, le résultat des prochaines élections est imprévisible, mais M.Monti devrait continuer à la gouverner. L’avenir de l’UMP est tout aussi brouillé. (Victoire de Sarkozy ? ce dont je doute.) Les Allemands sont aux prises avec leurs néonazis, et l’Angleterre voit son salut dans le Commonwealth. Les crises ressuscitent les vieux démons ?

Changement dans l’industrie. La production des pays riches augmente. Et la composition de l’emploi se transforme. Il glisserait de l’usine aux services liés à l’industrie, et à la fabrication de machines. Chez HP, tout va mal, sauf le logiciel. Et ses acquisitions semblent malheureuses. « Au troisième trimestre, HP a réduit de 8md$ la valeur d’EDS, un vendeur d’équipements et de services acheté en 2008 pour 13,9md$, plus 1,2md$ pour Compaq, un fabricant de PC. » Quant à Autonomy, le chiffre serait de 8,8md$ (sur 10,3md$). Pour la voiture et l’avion, le temps du sans pilote arrive à grands pas. La technologie qui le permet servira, pour commencer, à aider les pilotes humains.
Théories économiques. Pendant longtemps on nous a enjoints de ne penser qu’aux intérêts de l’actionnaire. Aujourd’hui, on dit que c’est dangereux. Mais, curieusement, The Economist nous demande de continuer sur la même voie, les alternatives ne conduisant à rien de mesurable… De manière plus profonde, peut-être, le journal pense que ce n’est l’indicateur, en lui-même, qui est en faute, mais la façon dont les dirigeants l’ont employé. « Le problème n’est pas que les investisseurs sont des idiots, mais que les dirigeants le croient. »
Un résultat mesuré sur eBay : en moyenne, il rapporte plus de ne pas masquer les défauts d’un produit que de faire le contraire… Et, pour une raison inconnue, fixer un salaire minimum serait bon pour l’économie et pour l’emploi, et réduirait les inégalités salariales. C’est contrintuitif.  Et c’est tout ce que j’ai retenu de The Economist, cette semaine. 

HP catalogue de changements ratés ?

HP a investi 42md$ dans une série d’acquisitions, mais ne vaut que 42md. Sa division services (le résultat d’une mode ?) bât de l’aile. Il fusionne ses divisions PC et imprimantes, ce qui avait déjà été fait par un prédécesseur et défait par un autre.

Finalement, le dirigeant actuel se demande si l’on n’a pas lâché la proie pour l’ombre et s’il ne faut pas en revenir à ce qui fit HP de HP : la recherche et le développement… (Article du Financial Times)

Mais reste-t-il encore des capacités de RetD dans cette société ? J’imagine que si elle a entassé autant de changements ridicules elle a dû être dominée par une couche de courtisans, qui ont fait crever les gens sérieux et la culture technique de l’entreprise. 

HP, Autonomy et l’échec des fusions

HP a acheté Autonomy, un éditeur de logiciel d’analyse de données, en annonçant que cette entreprise était son avenir.

On apprend qu’Autonomy a déjà perdu un quart de ses effectifs, dont quasiment tout son comité directeur (ainsi que ses programmeurs !) et que la division logiciel a augmenté son chiffre d’affaires de 173m$ sur le trimestre, alors qu’Autonomy aurait dû lui apporter 250m…
Nouvel exemple d’échec d’une acquisition ? Une valorisation à la Facebook (10,3md$ pour 1md$ de chiffre d’affaires !), un fondateur qui a perdu sa motivation avec les 800m£ qu’il a touchés, la discipline bureaucratique d’HP qui étouffe une start up…

HP et le mythe du sauveur

Comme dans le village d’Astérix, où le bon poisson ne peut venir que de Lutèce, HP croit que le bon patron doit venir de chez les autres.

Or une étude a montré que plus le patron était réputé (et pouvait négocier un haut salaire), plus il était, en fait, mauvais. 
Le patron est un facteur de succès moins important que l’entreprise et sa culture. (The trouble with superheroes)

Compléments :
  • En fait, HP a choisi une personne qui a échoué par le passé à faire ce qu’elle doit faire maintenant…
  • Mauvaise nouvelle pour la France, dont les grands patrons sortent quasiment tous de l’administration ? Pas forcément : ils ont été des grands commis de l’État, ils peuvent être des serviteurs de leur entreprise et l’aider à développer ses talents, en toute humilité. Mais ce modèle, qui sous-entendait un lien étroit entre l’État et l’entreprise (la seconde exécutant les ordres du premier), mériterait peut-être d’être reconsidéré maintenant que ce lien n’est plus d’actualité. 

HP : de charybde en Scylla ?

HP débarque son PDG et le remplace par un ancien d’eBay. Des métiers qui n’ont pas grand-chose à voir…
Nouveau mauvais choix d’une longue série ? (Board game)
En période de changement, l’entreprise a besoin de « leaders », au sens de John Kotter, c’est-à-dire de dirigeants capables de concevoir une vision de son métier et de son avenir, qui lui soit propre et unique ? (HP vend son âme)

Hoshin

Découverte il y a quelques temps du Hoshin, technique japonaise qui aurait beaucoup été utilisée par HP. (Strategic Planning With Hoshin)

Idée ? Dire ce que l’on rêve de faire (par exemple éliminer la dette du pays, pour notre gouvernement). Identifier les actions nécessaires pour réussir et concentrer l’attention de tous sur elles.

Parallèlement, identifier les processus critiques de l’organisation (par exemple la qualité de l’enseignement national), leur fixer des indicateurs, et s’assurer qu’ils restent au niveau désiré.

Tout ceci fait l’objet de quelques tableaux, et d’un suivi implacable.

Compléments :

  • Pourquoi les Japonais se perdent-ils dans des rites politiques d’une grande subtilité mais d’une totale inefficacité, alors ? (The mud-lover)

HP vend son âme

HP se débarrasse de ses PC, parce que le marché de la technologie ne donne que de petites marges et elle achète (très cher) une société anglaise parce qu’elle estime que ses logiciels d’aide à la décision sont essentiels pour la bonne gestion des entreprises. En fait, HP « singe IBM ». (Aping IBM)
A-t-on ici une illustration de la différence entre un leader et un manager (selon John Kotter) ? Le leader (Steve Jobs) a une vision, et il transforme l’univers, le manager (M.Apothecker, le dirigeant de HP) ne sait que copier ?
Compléments :
  • KOTTER, John P., Leading change, Harvard Business School Press, 1996.

Microsoft achète Nokia ?

Rumeur selon laquelle Microsoft achèterait Nokia.
Probablement sans fondement, mais pas illogique. Steve Balmer, le patron de Microsoft, est menacé de liquidation. Tenter un coup d’éclat à risque maximum est un moyen rationnel de sauver sa place dans un monde d’individualistes optimisant leur utilité. C’est ce que semble avoir fait, avec succès, Carly Fiorina, chez HP.
Quant aux politiques, dans ces situations, ils préfèrent généralement déclencher des guerres.